‹ ValérieChapitre 8 sur 43 · LETTRE XIII · texte numérisé non relu

LETTRE XIII

Oh! Ernest, je suis le plus malheureux des

D,mi,.=db,Ct.)onlc

hommes; Valérie est malade; elle eti peol-étre en danger; je ne puis l'écrire, j'ai la fièvre, je sens tous les battements de mon cœur contre la table où je suis aiipuyé; je ne pourrais compter les lourineDts que j'ai endurés depuis ce matin.

Elle va mieux , elle est tranquille. Valérie ! Valérie I avaia-je besoin de ces craintes ponr savoir qu'il n'est plus de ressource pour moi , que je t'aime comme un insensé! C'en est fait : il est inutile de lutter contre cette funeste passion. Ernest! tu ne sais pas combien je suis malheureux. Hais pnis-je me plaindre? elle est mienx , elle est hors de danger. Tu ne sais pas comment elle est devenue malade : c'est une

chute; mais cette cbute n'eût été rien, si

Quelle agitation il m'est resté, qnel supplice! ma tête est bouleversée ; mais je veux absolument t'écrire, je veux que tu saches combien je suis faible et malheureux.

Le comte m'annonça , il 7 a quelques jours , qne nous partirions dans peu, afin d'arriver à Venise, de nous y établir ; il ajouta que Valérie avait besoin de repos, que son état l'exigeait. Son état, Ernest , cela me frappa. VA quand le comte me dit qu'elle deviendrait mère, qu'il me le dit avec joie, crois-tu qu'au lieu de l'en

ta,i,.=db,Ct.)onlc

féliciter , J6 restais dans uite espèce de stupeur ? Mes bras , au lieu de chercher le comte pour l'embrasser, pour lai témoigner ma joie, se sont croisés machinaicinent sur aïoi-méme ; je trouvais qu'il y avait de la cruauté à exposer cette jeune et cbartnante Valérie ; j'ai beaucoup souffert, et le comte s'en est aperçu. Il m'a dit avec bonté : Vous ne m' écoutez pas ; et voyant que je portais la main à ma tête, il m'a demandé si j'étais malade. — Je vous trouve changé. — Oui, je suis malade, lui ai-je répondu ; et, rejetant sur les pofties d'Allemagne, qui sont de fonte, on mal de tète que j'éprouvais réelle* ment, j'ai remercié le comte de sa bonté toujours attentive pour moi ; je lui ai dit que son bonheur m'était mille fois plus cher qne le mien, et c'était vrai. Au dîner je n'ai osé rester dans ma chambre , de peur de voir arriver le comte chez moi , de me voir interroger ; et cependant j'éprouvais un embarras extrême , j'étais tourmenté par l'idée de revoir Valérie. 11 me semhlait que tout était changé autour de moi , singulier effet de l'altération de ma raison. Depuis quelque temps je deviens réellement fou; les tendres attentions du comte pour Valérie m'avaient tou> jours rappelé celles d'un frère , d'un ami ; il est si calme ! il a tant de dignité dans sa manière de l'aimer! Valérie est si jeune !

En entrant dans l'antichambre de la comtesse,

i,n,L^=db,Ct.)onlc

j'ai vu un homme qui sorlail de chez elle ; it avait l'air fort grave : il nie semblait qu'il secouait la tétc en mettant une espèce de surtout qui était jeté sur une chaise ; mon cœur a battu violemment. J'ai cru que c'était un médecin, et que Valérie n'était pas bien ; j'ai voulu lui parier , je n'ai osé élever la voii , tant je pensais qu'elle devait être troublée. Je sois eutrédans la chambre de Valérie; elle était devant une glace ; mais, étant encore trop agité, je ne voyais pas ce qu'elle faisait. Cependant je me réjouissais de la voir levée ; j'approchais, je la trouvais fort rouge. — Êtes-vous malade , madame la comtesse ?dis-je avec une espèce d'inquiétude et de gravité. — Pion, monsieur de Linar, me ditelle du même ton. — Et elle se mit à rire. Elle ajouta : — Vous me trouvez trè»-rouge , c'est que j'ai pris une leçon de danse. — Une leçon de danse! m'écriai-je. — Oui, me dit-elle encore en riant; me trouvez-vous trop vieille pour danser? Au moins vous ne me défendez pas l'exercice. — Et elle riait toujours; elle a levé les bras un moment après , pour descendre un rideau, et tout à coup elle a jeté nn cri, en mettant sa main sur le c6lé. — Valérie, me snisje écrié , vous me ferez monrir ; vous nous fereis tous mourir , ai-je ajouté , avec votre légèreté. Pouvez-vous vous exposer ainsi? vous vous ferez mal. — Elle m'a r^rdé avec étonuemeot ,

ta,i,.=db,Cooglt'

Page 1