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pour la nôtre, et Goethe a lui-même exprimé ' quelque part le regret qu'une femme de ce ta- ^ lent eût passé i la France.
Pourtant le mouvement teutonique de réaction contre la France, ou dn moins contre rhomme qui la tenait en sa main» allait bientôt gagner madame de Kriidner et la pousser, par degrés, jusqu'au rôle où on Ta Yue finalement Déjà dans Valérie, il ; a trace de quelque opposition an Consul, àTendroit des réflexions du Comte sur les tableaux et les statues des grands maîtres qu'il faut voir en Italie même, sous leur ciel, et qu'il serait déraisonnable de déplacer. Le meurtre du duc dTnghien ajouta Tindignation à ce premier sentiment indisposé. Le séjour à Berlin, l'intimité avec la reine de Prusse et les événemens de 180C y mirent le comble ; c'est vers ce temps, et en Suéde, je crois, au milieu d'une vie encore toute brillante , mais à l'âge où l'irréparable jeunesse s'enfuit, qu'une révolution s'opéra dans l'esprit de madame de Krûdner ; qu'un rayon de la Grâce, disait-elle, la toucha, et qu'elle se tourna vers la religion , bien que pourtant d'abord
SUE MAPAMB DE UUBNBB. XXIX
a?ec des nuances légèrement humaines » et sans le caractère absolu et prophétique qui ne 86 décida que plus tard. On peut voir au tome seoond des Mémoires de mademoiselle Gochelet^ et se détachant dans des pages fort plates, une admirable lettre d'elle , datée de Riga » dé* cembre 1S09 ^ , qui marque parfaitement le point où se trouvait portée alors cette ftme meryeilleuse. Si elle ne prophétisait pas encore , elle prêchait déjà ses amis avec tout le zèle et l'obsession d'une sainte tendresse. Son influence chrétienne sur la reine de Prusse, son dévouement sans bornes à cette héroïque et touchante infortune, et les bienfaits de consolation, d'espoir céleste, dont elle Tenvironna, sont suffisamment attestés. U parait qu'à cette époque elle avait composé d'autres ouvrages qui n'ont jamais été publiés ; elle dte dans sa lettre à mademoiselle Cochelet une Oihildef par laquelle elle aurait voulu retracer le dévouement chevaleresque du moyen âge : <ic Oh I que vous aimeriez cet ouvrage 1 écrit-elle naïve-
* Cette lettre est imprimée k la fin du volome.
XSX NOTICE
ment ; il a été âdt avec le Ciel,; voilà pourquoi j'ose dire qu'il y a des beautés. » £a se replaçant ainsi an moyen âge , aux horizons de la croisade teutonique et chrétienne, il semblait que madame Krudoer revenait par instinct à ses origines natnrelles.
Un grand poète. Le Tasse, sujet à l'illusion comme madame de Krûdner et idéalement touchant comme elle, dut, ce me semble , offrir à sa pensée, dans le tableau qu'elle essaya, quelques ions de la même harmonie, et je me figure que cette Olhilde pouvait être écrite et conçue dans la couleur de Clorinde baptisée.
Madame de Kriidner passa ces années de transition à parcourir l'ÂUemagne, tantôt à Bade, avec des retours de monde , tantôt visitant des frères moraves, tantôt écoutant, à Carisruhc , l'illuminé Jung Stilling et préchant avec lui les pauvres ^ . Elle travaillait i s'élever,
^ Ott peut lire quelques détails sur le séjour de M"^® de RrQdner dans le grand-ducbé de Bade, pages V et suivantes de V Éclaircissement qui précède le tome X de THistoire de France sous Napoléoui par H* Bigoon.
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SUR MADAME Dfi KEUDNJBE. %XXl
à se détacher de pios en plus» suiYani son nonveau langage > des pensées des hommes du torrmt; mais die changea moins qu'elle ne le crut. Si l'on a pu dire de la conversion de quelques âmes tendres à Dieu : Ce$t de l'amour encore » il semble que le mot aurait dû être trouvé tout exprès pour elle. Elle portait dans ses nouvelles voies et dans cette royale route de VàvMy comme elle disait d'après Platon, toute la sensibilité et l'imagination affectueuse de sa preniière habitude, et comme la séduction de sa première manière. L'inépuisable besoin de plaire s'était changé en un immense besoin d'aimer, ou même s'y continuait toujours ^ .
1 On rapporte (et c'était déjà daaâ ses années de coo- YersioD) qu'iu hoauii« disUngaô gui venait toami ehsz elle, épris des charmes de sa iHlc qui lui ressemblait avec jeunesse» s'envrit et perU & la mdre» nn jeor, de Témotioa qu'il découvrait en lui depuis quelque temps, des espérances qu'il n'osait former; etl|i»^« deKrttdoer, à ce discours assez long et assez embarrasséi avait tan« tôt répondu oui et Unt6t gardé le silence; nais tout
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Les évéaemeDs de 1813 achevèrent d'éclairer , de dessiner la mission que madame de Krudner se figurait avoir reçue » et ce mouvement de rAllemagne régénérée qui produisait tant de guerriers enthousiastesy de poètes nationaux, de pamphlétaires éloquens,. l'amena aussi à son rang, elle, la Yelléda évangélique, la prophétesse du Nord. Outre le caractère religieux qu'elle revêt et qui la distingue, ce qu'a de particulier le rèle de madame de Krûdner entre tous les enthousiasmes teutoniques d'alors, c'est qu'elle s'appuie plutôt sur l'extrême Nord, sur la Russie, et, comme elle dit, sur les peuples de l'aquilon ; elles les concilie dans son cœur ayec un ardent amour de la France* Son
d'un coup, à la fia I quand le nom de sa fille fut prononcé, elle s*évanouit : elle avait cru qu'il s'était agi d'eUe-méme. — Au reste, pour bien entendre , selon la mesure qui eenvieot, ce reste de fadiitô romaiiesque cbea M»* de krudner au début de sa conversion, et aussi
la décence toujours conservée an milieu de ses ineonsé* quencesda monde, il faut ne pu oublier ce mélange
particulier en elle de la légèreté et de la pureté livoniennes qui explique tout*
SUR MADAME DE KRUDNER. XXXIll
imagination frappée va chercher la ressource et la renaissance de la civilisation par delà l'antiqae Germanie même , dans ce qui était la barbarie glacée et qui esiderenn» «elonelle, le résenroir de la pureté perdue. Ce qu'elle appelle de ses vœux , ce qu'elle se peint en vision avec contraste , c'est la revanche et le contre-pied de Tinvasion d'Âttila» cette fois pour le bien du monde.
Elle passa 1814^ à Paris , surtout en Suisse, i Bade, dans la vallée de Lichtenthal, où affluaient sur ses traces les pauvres nourris et consolés, en Alsace, à Strasbourg, où elle vit mourir d'une mort tragique et chrétienne le préfet M. de Lézai-Mamésia , dans les Vosges au village du Banc-de-la RochCf fécondé et édifié par Oberlin. Tout ce qu'elle voyait rentrait dans son inspiration et y poussait. Elle ne connaissait encore l'empereur Alexandre qu'indirectement, bien qu'elle l'appelât déjà le Sau^ veur univerself VÀnge blanc, et qu'elle l'oppo* sût sans cesse à YÀnge noir , Napoléon. La seule pensée de celui-ci, son ombre» lui donnait, dès l'instant qu'elle en parlait, le vertige sacré