LETTRE XXVI I
BOUS avoDB beaaooapploa de liberté qu'aiUean,
et, avec la permission de Tabbesse, noas pouvons voir les personnes qu'elle admet. Les jours de fête, nous ornons Téglise de flears; nous eû cultivons de bien beHes : nous sommes aussi chargées de l'instruction des en£ans? — Aimez- Toos les en&ns? demanda virement Valérie.
-—Beaucoup, répondit la scear. — - Dans ce moment la cloche appela la religieuse. Yalé* rie était restée à la place où elle nous avait quittés; ses yeux la suivirent. — Jamais, dil-elle, elle ne connaîtra la douleur de perdre un fils bien-^ômé 1 Ni les peines de Tamour malheureux I ajoutai- je, en soopirant. —Elle parait si calme ! Mais aussi elle ne connaît pas toutes les ftlieités attachées au bonheur d'aimer ; et il y en a de si grandes I Et puis, Gustave, nous re« verrons les êtres que nous avons aimés etperdus id4>as. L'amour innocent, l'amitié fidèle, la tendresse maternelle, ne continueront-ils pas dans cette autre vie? Ne le pensez-vous pas, Gustave î medemanda-i-elle avec^émotion . — Je le crois, hif répondis-je , profondément ému ; et pre»
nant sa main , je la mis sur ma poitr i ne : — Peutêtre alors , lui dis-je , des seniimens réprouvés ici-bas oseront-ils se montrer dans toute leur puielé, peut-^'trc des cœurs séparés sur cette terre se confondront-ils là-bas. Oui ; je crois à eas réunions, comme je crois à l'immortalité.
Les récompenses ou les punitions ne peuvent exister sans souvenirs; rien ne continuerait de nous-mêmes sans cette faculté. Vous vous rappellerez le bien que vous fîtes, Valérie, et vous retrouverez dans votre souvenir ceux que votre bienfaisance chercha sur cette terre ; vous aimerez toujours ceux que vous aimâtes. Pourquoi seriez-vous punie par leur absence? O Valérie, la céleste bonté est si magnifique 1 — Le soleil , en cet instant , jeta sur nous ses rayons ; la mer en était rougie , ainsi que les Alpes du Tyrol , et la terre semblait rajeunie à nos yeux, et belle comme l'espérance qui nous avait occupés. Nous arrivâmes à l'enceinte du tombeau; les arbustes le cachaient : Valérie, étonnée de ce changement, se douta que je les avais fait planter ; elle me remercia d'une voix attendrie, en me disant que j'avais réalisé son idée. Nous écartâmes des branches touffues d'ébéniers qui avaient fleuri encore une fois dans cette automne et quelques branches de saule et d'acacia. Valérie fixa ses regards sur j la tombe d'Adolphe ; ses larmes coulèrent ; elle leva ses yeux au ciel ; je vis ses lèvres se remuer doucement , son visage s'embellir de piété ; elle priait pour son fils. Des voix célestes se mêlèrent à ce moment d'attendrissement, les religieuses chantaient de saintes strophes qui arrivaient jusqu'à nous à travers le silence,
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an momeiit où le soleil se retirait lentement ,
abandonnant la terre , et s éteignant au milieu des vagues» comme.la vie de l'homme qui s'iteial 9 qui parait tomber dans Tablme des ténèbres y pour en ressortir plus belle et plus brillante.
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Yeniie, le
Le comte veut distraire Valérie de sa douleur; il craint pour sa santé, il trouve qu'elle est maigrie; il veut» dit-on, hftter son voyage de Rome et de Naples. Il paraît qu'il n'en a point encore parlé à sa femme. C'est mon vieux Erich qui a appris du valet de chambre da comte qu'on faisait en secret les préparatifs du voyage, afin de surprendre Valérie plus agréa^* blement. Ernest, j'ai parlé souvent avec enthousiasme au comte de cette belle partie de ritalic , du désir que j'avais de la voir ; eh bien, s'il me proposait d'être de ce voyage, je refaserais, je refuserais, j'y suis décidé. Est-co à moi à abuser de son inépuisable bonté? Si, par un miracle, je n'ai pas encore été le plus méprisable des hommes ; si mon secret est en-^
core dans mon sein ; si Textréme innocence de Valérie m'a mieux servi que ma fragile vertu, rexposerai-je , ce funeste secret , au danger d'un nouveau voyage , à cette présence continuelle , à cette dangereuse familiarité? Non , non, Ernest, je refuserai; et si je pouvais ne pas le faire, après avoir si clairement senti mon devoir, il faudrait ne plus m'aimer . O ma mère! du haut de votre céleste séjour, jetez un regard sur votre fils! il est bien faible, il s'est jeté dans bien des douleurs ; mais il aime encore cette vertu, cette austère et grande beauté du monde moral , que vos leçons et votre exemple gravèrent dans son cœur.