SUA MADAME M KEUDIIBB. VU
madame JoUana de lùrudiier, fiUe do baron de Vietîogoff, un des grands seigneorg du pays, et d'osé fiuniUe ip'aTait réoeannent encore illustrée le maréchal de Monicb, eut une première enfance telle qu'elle s'est plu à la pein« dre dans les souvenirs de sa Valérie. Elle fiit élevée d'abord au sein d'une campagne pitto* resqw et sauvage : ce charmant petit lac où le Tent jetait quelquefois les pommes de pin de la forêt, et où elle conduisait, en se jouant, une barque légère; ces sorbiers, amis des oiseaux ; ces pyramides desapins tout peuplés d'écureuils qui se miraient dans les ondes; ces plaintes des joncs; ces rayons de lune sur les bouleaux pà* lissans; tel fut le fond de tableau i jamais cher, eè se dédara son innocente et déjà passionnée rêverie. Les élégances du monde et de la société s'y joignirent bientôt. La haute noblesse du Nord était alors attirée par un attrait invincible vers Paris, vers cette Athènes des arts et des plaisirs. Les princes et les rois s'honoraient d'y venir passer quelques instans, et d'y prendre, pour ainsi dire, leurs grades debeauxesprits oud'esprits-foris. Leurs ambassadeurs
VIII KOTIGB
étaient eux-mêmes nn des ornemens essentiels de la philosophie et de la conversation française : on se rappelle sur quel pied distingué y vivaient le baron de Gleichen, ambassadeur de Danemarcky et celui de Suède, le comte de Creutz. La jeune Livonienne, lorsqu'elle vint de bonne heure à Paris, y vit là continuation de ce monde. Mariée à quatorze ans au baron deKrûdner, son parent, qui, bien que jeune encore, avait un bon nombre d'années plus qu'elle, elle ne paraît s'être jamais pins occupée de lui que lorsqu'elle Ta peint, en l'idéalisant nn peu, dans le personnage du Comte, époux de Valérie. C'était l'habitude alors dans ces mœurs de grande compagnie : un mari vous donnait un nom définitif, une situation et une contenance convenable et commode; il ne prétendait guère à rien de plus, et de lui, passé ce point, dans la vie de la femme célèbre, il n'était jamais fait mention. On le découvrait tout au plus de profil, ou le dos tourné, dans le coin du prochain roman. M. de Krûdner, ambassadeur pour la Russie en diverses cours de rEurope, y introduisit successivement la per-