SUE MADAME DB KEUDNBE. IX
sonne qui nous occupe» et qui partout ravissait les coeurs sous ses pas.
Les particularités de sa première vie sont déjà bien loin : elle avait atteint vingt ans avant quelaRévolntion française eût commencé; n'ayant encore aucune célébrité ni prétention littéraire, die était simplement une femme à la mode ; tout ce que sa grâce, son esprit et son âme ne manquèrent pas alors d'inspirer ou de ressentir» n'a laissé que des traces légères comme elle. 11 serait vain et fastidieux de les rechercher autre part que dans VeUriey qui en réunit, comme en un miroir, tous les rayons les plus purs.
Il ne parait pas que la Révolution française, en éclatant, ait dérangé la vie et la tournure, encore toute mondaine, de celle que plus tard les événemens de la fin devaient tant exalter. Ses passions, ses tendresses et ses gaietés lui frisaient encore trop de bruit dans cet âge heureux, pour qu'elle entendit autre chose. La partie profonde de son àme était (pour me servir d'une expression de Valérie ] comme tes sources dont le bruit se perd dans l'activité et
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dans lei antres bniito da Joor^ et qat ne reprennent le dessus qu'aux approches du soir.
Maigri 89 , malgré 93 , quand déjà des voix prophétiques et bibliques devenaient distinctes» quand Saint-Martin , moins inconnu qu'auparavant, écrivait son EeUUrf quand de Maistre lançait ses premières et hautes menaces , quand madame de Staél arrivait , en parlant de wUimmi^ à de puissans éclats d'éloquence politique» madame de Kriîdner ne parait pas avoir cessé de voir dans Paris, dans ce qu'elle traitera finalement comme NinivOy une continuelle Athènes.
Une lettre de février 93, écrite par elle de Leipsick à Bernardin de Saint-Pierre S prouve seulement que de grandes douleurs pcrsonnelles» la mort d'un père, quelque secret déchirement d'une autre nature peut-être , le climat aussi de Livonie, avaient, durant les quatorze derniers mois, porté dans cette organisation nerveuse un ébranlement dont elle
commençait enfin à revenir, a La fièvre qui t «
I OÊwrêê tompléM, U XH, édit de M. AimS-Martfai.
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brAIail mon sang, dit-elle^ a disparu; mon oenreau n'est plus afiboté comme il rétaH an*» trefoisy et Faspérance et la nature descendent derechef anr mon âme sonlerée par d'amers chagrins et de terribles orages. Onil la nature m'offre encore ses douces et consolantes distractions 1 elle n'est pins recouTerte à mes jmix d'un voile funèbre... £a reprenant mes facultés, en reoonmnt mes sontenirs, ma pensée a volé Ters vous... Quelle est votre existence dans un moment de troubles si universels ? i> Ce mot est le seul de la lettre qui Asse allusion à l'état des événemens publics . M. deKrûdner oceopait alors en Danemarck son poste d'ambassadeur. Quant à elle, d'accord aveo lui, elle devait habiter Leipsick pour l'éducation de son fils. Mais son premier regard, ansnt6t sa vie morale renaissante, se reportait vers Fauteur de Poulet Vir§ini$ (de Virginie qnl sert un jour pour Valérie une sœur ), et vers Paris.
HIe y revint après plusieurs voyages à travers l'Europe , en 1801, à ce moment de paix et de renaissance brillante de la société et des lettres. Elle était assex jenne et belle toujours,
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délicieuse de grâce , petite, blanche, blonde, de ces eheYons d'un bUmd emdré qui ne «onl qu'à Valérie, avec des yeux d'un blea sombre ; une Toix tendre» un parler plein de donoear et de chant, comme c'est le charme des femmes livoniennes ; une walse enivrante, une danse admirée. Ses toilettes n'allaient qa'à elle ; son imagination les composait sans cesse, et il lui en est échappé quelques secrets. Qu'on se rappelle la dansedu schall, et cette toilette de bal dans laquelle on pose sur les cheveux blonds de Valérie une donce gnirlanda blene de manves. Telle je me Timagine toujours, entrant vi* vement en quelque soirée splendide, au milieu d*nn chantde Garât: chacon se retourne an bruit aérien de ses pas ; on crut voir la Musiqne eUe-méme.
C'est à Paris, où venait de paraître Beni, c'est à Berlin, où elle retourna bientôt, et où elle recevait i chaque courrier des caisses de parures nouvelles, c'est là, et pendant que madame de Staél de son cAté publiait en France IklpIUne, que madame de Krûdner , rassemblant des souvenirs déjà anciens, et pepit-étre
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tossi des pag^ écrites précéderaient» se mit à composer Valérie.
Valérie parut en Tan XII ( iSOk ) y sans nom d'auteur, à Paris. Qoaod madame de Staèl, en pleine célébrité » et hautement accueillie par Técole française dndix-hniliéme siècle, commençait à tourner à rAlIemagne, madamede Krûdner , Allemande , et malgré la littérature alors si glorienae de son pays» n'avait d'yeux que vers le nôtre. Dans cette langue préférée^ elle nous] enroyait un petit cheM'œnyre, où les teintes du Nord Tenaient , sans confusion, enrichir, étendre le genre des La Fayette et des Souza. Après Saint-Preux, après Werther, après René, ' elle sut être elle-même, à la fois de son pays . et du nôtre, et introduire son m^ancolique Scandinave dans le vrai style de la France.
Gustave, au plus fort de son délire amoureux, écrit sur son journal : ce J'ai avec moi quelques auteurs favoris; j'ai les odes de Klopstock, Gray , Racine ; je lis peu , mais ils me font
rêver au delà de la vie » Remarques,
Gray, et surtout Racine, après Klopstock ; cela se tmpère. Dans VaUrie^ en efiet, plus que
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chei madame de Staël, Tinspiratiaii sermani- - que, si seotimeniale qu'elle soit, se corrige ea s'exprimant, et, pour ainsi dire, se termine avec on certaiD goût toujours, et par une certaine forme discrète et française. Ce qui, à Torigine aérait aisément devenu une ode de Klopstock, nous arrive dans quelques sons du langage de Biriniee.
Delphim est certainement un livre plein de
puissance, de passion, de détails éloquens; mais l'ensemble laisse beaucoup à désirer, et, chemin faisant, l'impression du lecteur est sou^ vent déconcertée et confiise. Les livres, au contraire, qui sont exécutés fidèlement,, selon leur propre pensée, et dont la lecture compose dans l'esprit comme un tableau continu qui s'achève jusqu'au dernier trait, sans que le crayon se brise, ou que les couleurs se brouillent; ces livres, quelle que soit leur dimension, ont une valeur d'art supérieure, car ils sont en eux-mêmes complets. Je lisais l'autre jour dans uu recueil inédit de pensées : « La faculté poétique n'est autre chose que le don et Tart de produire chaque sentiment vraii en
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fmr^ selon sa mesore, depuis le lis royal elle
dalhia jusqu'à la pâquerette. » Ce qui est dit li de la poésie, à proprement parler, peut s'ap* pliquer à toute œuvre créée et composée, où ridée du beau se réfléchit. Eugène de Rothelin sst certes nn tableau de moindre dimension, et, si Ton veut, de moindre portée que Del" phine: mais c'est un chef-d'œuvre en son genre €t dans sa mesure. Une petite rivière brillante, aux codes perlées, encaissée à merveille, et courant sur nn lit de sable Bn, sons une atmosphère transparente, a son prix ; et comme beauté, à Tœil du peintre, elle est supérieure au fleuve plus large, mais inégal, brisé, et tout d'un coup vaseux ou brumeux. Si nous nous reportons aux maîtres, Jean-Jacques, voulant recommander pour les finesses de cœur la quatrième partie de sa Nouvelle HiUfise^ n'a pas dédaigné de la rapprocher de Uk Princeue de CUves S et il parait envisager celle-ci comme modèle. 11 avait raison de le croire, et aujour-
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