‹ ValérieChapitre 51 sur 68 · A GUSTAVE · texte numérisé non relu

A GUSTAVE

« Je ne sais par où commencer, Gustave.

Au milieu de tant de beautés , mon âme s'arrête indécise ; elle, voudrait vous conduire partout 9 TOUS frire partager ses plaisirs , et cÂrir du moins î\ votre imagination quelques esquisses de ces tableaux que vous n'avez pas voola voir avec moi.

» Mais comment vous rendre ce que j'admire? Comment parler de cette terre aimée de la nature , de cette terre toujours jeune » tou-

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jours parée , aa milieu dee aniiqaes débris qui la couvrent? Vous le savez, deux fois mère des arts , la superbe Italie ne reçut pas seu** lement toutes les maguifiques dépouilles du

monde; magnifique à son tour, elle donna aussi de nouvelles merveilles et de nouveaux cheb-d'œuvre à Tunivers. Ses monumens ont vu passer les siècles, disparaître les nations, s'éteindre les races » et leur muette grandeur parlera encore long-temps aux races futures»

1» Le temps a dévoré ces générations qui nous étonnèrent ; les fortes pensées , les mâles vertus de l'antique Rome , et sa barbare grtadeur, tout a disparu ; la mémoire seule plane silencieusement sur ces campagnes : tantôt elle appelle de grands noms , tantôt elle cite des cendres [coupables , dessine ces scènes gigantesques, où se mêlent le triomphe et la mort, les fêtes et les douleurs , le pouvoir et Tesclayage ; ces scènes où Home donna des lois , régna sur l'univers , et périt par ses victoires mêmes.

» Le voyageur alors aime à rêver sur les ruines du monde ; mais , fiitigué d'interroger

la poussière des conquérans , sur laquelle il croit voir encore peser tant de calamités , il cherche , dans des bosquets tranquilles , ou près d'un mouainent consolateur élevé par la religion , il cherche les restes de ces hommes

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qui y dans le siècle des Hédicis , donnèrent à ritalie une nouvelle splendeur, qui parlèrent à leurs frdres un langage simple et céleste.

Nous croyons les voir consacrer les arts à élever râme y à la rapprocher d'un bonheur plus pur, ei essayer en tremblant de rendre les saintes beautés qui les transportent.

» La peinture , la poésie et la musique , se tenant par la main comme les Grâces , vinrent «ne seconde fois charmer les mortels; mais ce ne lut plus , comme dans la fable y en s'asso« ciant à de folles absurdités. Ces pudiques et charmantes sœors avaient ajqporté des traits célestes ; et , en sonnant i la terre , elles regardaient le ciel ; et les arts alors se vouèrent à une religion épurée, austère , mais conso* lante , et qui donna aux hommes les vertus qni font leur bonheur.

a là s'élevèjrent aussi le Dante et Michelw Ange, comme des prophètes qui annoncé- » rent toute la splendeur de la religion cathox> lique. Le premier chanta ses vers pompeux » et mystiques qni nous remplissent de terreur ; » l'autre , avec une grâce sauvage qui ne re* » connaît de loi que celle qu'elle créa elle- 9 même » conçut ces formes grandes et hardies, » qu'il revêtit d'une beauté sévère ; il a'abbne » dans les secrets de la religion , il épuise Tef- » froi » il fait fuir le temps , et laisse enfin à

VALÉAIB.

» Fart étonné son miracle du jugement dernier.

» Mais que j'aime surtout son géuie, quand » il se dépose dans cette grande conception , » dans ce temple dont la vaste immensité ap- )» pelle pensée sur pensée, et qu'un siècle entier 1» construisit lentement 1 Des rodiers ont été i> arrachés à la nature , de froides carrières D ont été dévastées » d'innombrables mains ont » travaillé à assembler ces pierres, et se sont » engourdies elles-mêmes ; mais où est-il celui » qui donna une pensée à tout cela? qui dit à

ces magnifiques colonnes de s'élever? qui fit » la loi à cette énorme coupole , et la fit obéir » à sa téméraire conception ? Qui réalisa ainsi

cet incroyable réve par un art pieux et les » secours de ces pontifes qui portèrent la triple » couronne ? Hélas 1 il a passé aussi Tauteur » de ces merveilles ; et comme lui les pontifes » se sont levés lentement de leurs sièges sacrés; )» ils ont déposé leur tiare, et ont passé sous » tes voûtes , sublime monument , majestueux » Saint-Pierre 1 toi qui , créé par des honunes , » as TU s'ethcer la race de tes créateurs , et » qui verras encore, pendant des siècles, y> les générations plier religieusement sous tes )»dAmes.io (Tick.)

» Vous voyez , Gustave , combien je me suis laissé entraîner ; et pourtant , de combien de choses encore je voudrais vous parler I

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» Suivez-moi. Voyez, près de là où dorment

qui ont renoncé à tout; voyez , sous l'arc du triomphateur, l'araignée filer silencieusement sa toile. C'est an pied de ce Gapitole,où Yinrent eipirer tant d'empires , que j'ai la Tite-Ltve; c'est aussi du rivage où je considérais Capréo que j'aimais à lire Tacite , et à voir Tafifreux ïibèîre , par nn juste diàtiment de la Providence, forger son propre malheur en forgeant celui des autres , et écrire au sénat qu'il était le plus à plaindre des hommes.

T» Hais laissons les crimes des Romains ; voyons de ce même rivage ces verdoyantes lies parées d'une éternelle jeunesse» et le YésuTO tonnant sur ce même golfe ci noos nous laissons tranquillement aller vers Pausilippe. Plus loin 9 que j'aime» sur cette terre mythologique» prés de l'antre o& prophétisait la Sibylle, le couvent d*où sort un pauvre religieux qui s'en Ta préchant la vertu et prophétisant sa récompense!

Que j'aime à m'arréter dans ces vallons que le ciel semble regarder avec joie , et où mon pied heurte souvent contre une pierre funèbre! Bocages de Tibnr, aimable Tivoli , jar« dins où méditait Cicéron , sentiers que suivait Pline en observant la nature » qu'avec volupté je me sois Yu au miliea devousl Ah! du moins

lU VALÉRIE.

VOUS resterez toujours à Tltalie , et le voyageur cherchera vos traces et les retrouvera.

» Mais vous , chefs-d'œuvre que mes sens enchantés contemplent souvent , où vivent encore des hommes que nous n'admirons pas assez, vous pouvez quitter ce ciel comme des captifis emmenés loin de leur pays natal ; un nouvel Alexandre peut étonner l'univers et enrichir son triomphe de vos superbes dépouilles ; heureux alors celui qui vous aura vus ici ; ici , où vous fûtes inspirés par la religion , et où la religion vous entoura de ses pompes I Heureux qui vous aura vu dans ces temples où se prosterna devant vous la dévotion humble et errante et la puissance orgueilleuse et superbe 1

» En ôtant d'ici la Transfiguration, la sainte Cécile, la sainte Cène, du Dominiquin, où les placera-t-on ? Quel que soit le palais magnifique , ou l'édifice qui leur est destiné , leur effet sera détruit. C'est au fond d'une chartreuse; c'est rempli de terreur et d'effroi, qu'il faut voir un saint Bruno, et non auprès d'un front couronné de roses. Et ces vierges si pures, qui ont apporté des traits divins et des âmes qui ne connaissent que le ciel, les verrat-on sans tristesse à côté de profanes et d'impudiques amours ?

» Et vous aussi, enfans de la Grèce, race de demi-dieux, modèles enchanteurs de l'art, vous

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qui, en quittant la Grèce, n'arec diangé qae de terre sans changer de ciel , ne quittez jamais cette seconde patrie, où les souvenirs de la pie* ttriire sont si Tiyement empreints I Ici, sons de légers portiques , ou bien sous la voûte plus belle d'un ciel pur , vos regards se tournent encore vers TAttique cm la^riMileose Sicile.

Irè^-vons cadier vos fronts sous d'épaisses murailles et au milieu d'une terre étrangère? Vons» Nymphes, dispersées dans ees boeages»

Vivres-vons auprès des misseanx enchaînés?

Et vous aussi, Grâces, qui n'êtes point vêtues, qui ne pouvez point l'être, que ferie^vous dans des dÉoiats rigoureux T

» Vous devez me savoir gré, mon ami, d'une aussi longue lettre ; car ce n'est pas le pays oii il Esnt écrire I et j'emploie chaque minute à nmasser des souvenirs. D'ailleurs, vous m'aves presque donné le droit de vous en vouloir» si je ne trouvais pas bien plus doux de vous aimer comme vous Mes. Il fendra pourtant» Gustave»

que je vous parle de vous-même; ce ne sera pas aujourd'hui» mais au premier moment* Vous nk'éÊcàfeÈ quelquefois ; et cela » parce que vous avez dépassé votre âge. Gustave, Gustave, il n'est pas bon de se retirer devant la vie comme devant un ennemi avec lequel nous dédaignons j également et de nous battre et de nous récon- ] cilier. Quelles sont ces sombres préventions»

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cette défiance da bonl^eur? J'aimerais mimx TOUS Toir faire des firatès ; Totre âme me rassurerait sur toutes celles qui peuvent vous être vraiment dangereuses. Vous êtes absolumeni le contraire de la plupart des jennes gens, qni comptent la jeunesse pour tout, et croient que ces belles années nous ont été données, avec leors couleurs vives et leur ivresse, pour nous cacher l'ennui et les dégoûts des années qui suivent ; tandis que, si nous connaissions la vie, nous verrions qu'en nous en rendant dignes elle n'est pas un don funeste, un fruit amer sous une écorce douce et brillante ; mais je réserve à un autre lettre de plus longues réflexions. Je T0udrais,6ustave,que votreieunesse fàtcomme nn beau péristyle qui doit conduire à un plus bel ordre d'architecture. Je voudrais, Gustave, vous voir, non pas toujours heureux, il est trop ntile de ne pas toujours Vètre« mais vous voir avec le bonheur de votre âge et avec ses beaux défauts.C'est de nous-mêmes que nous devons tirer notre bonheur ; c'est à nous à tout donner aux autres, même en croyant recevoir beaucoup d'eux : être riche , c'est être susceptible de la faculté de jouir; c'est avour en soi quelque chose qui vaut mieux que ce que les hommes peuvent donner.

» Que le vulgaire se plaigne des illusions détruites ; il existe, pour l'homme supérieur, une

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