LETTRE XXXVI
sait Valérie. Mon imagination se monta à nn
point incroyable ; la réalité était disparue , le passé revivait t m'enveloppait ; la voix qoe j'entendais m'envoyait les accens de Famonr ; j'étais hors de moi ; je frissonnais , je brûlais tour àtour . Je rencontrai un rc{][ard de Bianca» qni me pamt passionné ; je m'élançai vers elle ponr la saisir dans mes bras ; ma démence al^ lait jusqu'à l'appeler Valérie. Dans ce moment on firappa à la porte; je vis entrer nn grand homme asses mal mis.— Ah I c'est toi»
Angélo I dit Bianca en se levant et courant audevant de lui. — £n môme temps elle jeta son ehàle, reprit sa guirlande, la remit sur sa tète, me dit : — C'est mon beau-frère. — Tout cela se suivait coup sur coup , et me donnait le temps de me reconnaître. Il me semblait que je sortais d'un nuage , que je m'éveillais de ces songes légers qui nous font vivre deux Ibis da même bonhear, en nons rappelant ce que nons avons déjà senti , et que je ne voyais plus qu'une froide comédie. Bianca était là comme une marionnette, qui ne se doutait nullement de mon Ame, et qui , dans l'atmosphère d'une passion brûlante , n'était pas môme susceptible de la moindre contagion.
Je me mis à rire d'elle en la voyant sauter parla chambre» et bientôt après dei^ioi-mème; je sortis, je courus chez moi le long du quai ,
et 06 ne fiil qu'en sentant que j'avais saccesst-
vcment froid cl chaudy que je me rappelai d'avoir eu la fièvre.
(Plusienn lettres» et entre autres celles qai annoncent le retour du comte et de Vaterie à Venise, ont été perdues. )