‹ Valérie (volume 2)Chapitre 6 sur 30 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

VALERIE, conduite par AMBROISE; HENRI, AMBROISE.

(Entrés par le fond , ils viennent d:s jardins de gauche.)

Henri , êtes-vous là 1

HENRI

Oui, sans douta; et je désirais bien vous roir.

Eh ! vite , Ambroise , conduis-moi de ce côté. (Lui tendant la main.) Bonjour, mon ami. Je vous ai fait attendre , ce n'est pas ma faute ; mais moi, je ne vais pas aussi vite que je le voulais 1

AMBROISE

tX,i! vous allez encore un bon pas, surtout pour moi! Qui m'auraitjamais dit qu'à soixante-six ans je serais le conducteur d'une jeune et jolie lille comme vous ?

Valérie , gairaent.

Comme ma cousine me le disait l'autre jour

dans cet opéra français ê<è Richard , tu es mon Antonio.

AMBItGISE.

Oui., un Antonio caduc,

Tant mieux.... Ta vieillesse me permet de m'acquitter envers toi... Tu me guides , et je te soutiens.

AMBROISE

Si vous vouliez bien vous pourriez un

jour vous guider vous-même Vous avez

beau dire , je n'ai pas perdu tout espoir.

Mon bon Ambroise , ne parlons pas de cela , je t'en prie ; tu sais bien que les gens les plus habiles de ce pays ont déclaré que c'était impossible.

AMBROISE

D'accord : mais un habile homme d' Allemagne peut être un ignorant dans un autre pays. Si je vous raconiais ce qui m'est arrivé, en France, à moi.

henri, bas à Valérie.

Valérie , j'ai besoin de vous parler... Renvoyez-le.

Laissez-lui achever son histoire: ce vieux serviteur aime à raconter ; je suis pauvre, je n'ai rien... je le paie en écoutant. l'A A mbroisa.) Eh bien ?

AMBROISE

Depuis longtemps j'étas, comme vous, privé de la vue, et l'année dernière , lors de la mort de M. de B umfeld, mon ancien maître et le mari de madame, je me trouvais avec lui à Paris.

HENRI

Oui , je sais que tu l'avais accompagné dans ce voyage.

AMBROISE

Il n'était question alors que d'un savant docteur, le plus célèbre de toute l'Europe , qui faisait, disait-on, descuresmerveilleuses.. Je m'y fis conduire par curiosité... Un grand hôtel... des voilures da^s la cour... à ce qu'on me dit du moins; une antichambre immense., où l'on me fit attendre deux heures un quart., enfin on se serait cru chez un ministre !

HENRI

Eh bien ! voyons. Ce docteur t'a guéri.

AMBROISE

Du tout, monsieur! j'étais pauvre.... il ne voulut seulement pas m'écouter... et je me retirais , lorsqu'un jeune homme , qu'à ses discours je pris pour son élève , m'arrête , et , croyant me reconnaître à mon accent, me demande si par hasard je ne suis pas Allemand.

Eh bien ! qu'est-ce que tu as répandu l

AMBROISE

J'ai répondu ya mein herr ! Il n'y avait pas de meilleure réponse. — De quelle province? — Souabe. —Connaissez-vous Olbruk ? — J'y suis né ! — Quoi ! vous êtes d'Olbruk ? combien je suis heureux 1... Et moi, jugez comme j'étais fier de trouver à Paris quelqu'un qui connût notre endroit !

henri, vivement.

Enfin... c'est lui qui t'a rendu la vue ?

AMBROISE

Oui , monsieur. Quel beau jeune homme !...

un air noble , distingué et quel talent !

Comme il m'écoutait parler, celui-là ; et avec tous les développements convenables !

Henri , souriant.

J'entends... mais avec ce beau jeune homme et cette physionomie si distinguée... combien cela t'a-t-il coûté ?

AMBROISE

Je ne vous dirai pas au juste... vu qu'après l'opération il m'a mis vingt-cinq louis dans la main, en me souhaitant un bon voyage !

Comment ! il serait possible 1

HENRI

Je ne puis le croire encore !

AMBROISE

Comment, vous ne pouvez le croire ? mais enfin , mademoiselle , si je vous disais....

Je te remercie, Ambro se ; ton histoire est en effet très-singulière ! Malheureusement nous ne sommes pas à Paris, et l'on ne fait pas chez nous de pareils miracles !

AMBROISE

Vous croyez peut-être que j'en impose...

Non , certainement... mais que je ne te retienne pas , Ambroise... je n'ai pas besoin de toi.

AMBROISE

Merci, mademoiselle; car on vient de nous donner des ordres pour ce comte de Halz-

bourg qu'on attend Ce seigneur qui vient,

dit-on, pour épouser madame; et c'est tout au plus si j'aurai le temps nécessaire.

(Il sort par le fond, à droite *.) ooeeooeooeoeeeeeooeoeoooooooooeeeoeeeoeeeeeeeoeeeeo

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