SCÈNE V
HENRI , VALERIE.
Enfin, il est parti!
Ebbienl que me voulez-vous?
HENRI
Vous venez de l'apprendre... on attend ce
* En indiquant par le fond, je veux dire par k jardin extérieurement.
comte de Halzbourg, l'un des plus granas seigneurs de l'Allemagne... un millionnaire ; et moi qui n'ai d'autre fortune qu'une modeste place...
Eh bien ! qu'importe ?
HENRI
Qu'importe! il veut plaire à Caroline, il vient pour l'épouser, et vous ne savez pas que je l'aime.... que je l'adore.... que personne ne s'en est encore aperçu ?
Excepté moi...
HENRI
Comment, il serait possible?
Oui. Depuis quelque temps vous êtes triste., silencieux... aucun plaisir ne paraît vous toucher... alors j'ai réfléchi... Je me suis rappelé.. (Elle a l'air de tomberd;ins une profonde rêverie.)
Eh bien! avez-vous jamais connu quelqu'un de plus malheureux que moi?... Si du moins Caroline savait mon amour !.. j'aurais presque le droit de la défendre, de disputer son cœur.. Je serais trop heureux de l'arrivée de ce comte de Halzbourg; mais en ce moment, comment aller le défier? comment lui contester le titre d'époux , moi qui n'ai pas même celui d'amant ! Il faudra donc être témoin d'un bonheur auquel je n'ai pas le droit de m'opposer. Non.... je veux oublier Caroline.... je veux la fuir et m'éloigner à jamais.
Vous éloigner !.... croyez-moi, mon ami.... c'est un mauvais moyen ; l'absence ne fait rien sur un amour véritable... Vous ne l'oublierez pas, et vous serez plus malheureux 1
HENRI
Que dites-vous , Valérie ? Vous parlez de ces tourments comme si vous les aviez éprouvés. Quelqu'un que vous aimez serait-il loin de vous ?
Valérie , avec émotion.
Il n'est pas question de cela... C'est de vous qu'il s'agit...
HENRI
D'où vient donc ce trouble., cette émotion.. mon récit vous a rappelé quelques souvenirs douloureux !... Oui, vous avez des peines et vous craignez de me les confier. Caroline »-telle seule le droit de les connaître ?
Caroline ne sait rien ; elle qui n'a pas su deviner vos chagrins , aurait-elle pu comprendre les miens ?
HENRI
Moi, du moins... je suis digne de les partager. Cet espoir seul peut me retenir en ces lieux ; mais si vous me refusez votre amitié, votre confiance, je pars à l'instant même.