‹ ValérieChapitre 11 sur 55 · ACTE I. SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE I. SCÈNE V

seulement, en signe de son amitié, il me donnait un bouquet que je lui rendais le soir après l’avoir porté toute la journée ; c’était là notre seul entretien! Enfin, un jour, il me dit : “ Yalérie, je quitte ce château, l’honneur le veut; mais je reviendrai, ma vie est avec toi! ” Alors je crus mourir ! je sentis avec désespoir la nuit éternelle qui couvrait mes yeux ! Il partait, il ne me laissait rien, pas même son image,

Henri. Pauvre Yalérie !

Valérie. J’errais en vain dans ces allées que nous avions parcourues ensemble, sous ces ombrages, près de ces ruisseaux... Hélas ! je ne voyais plus!... A cette époque, mon aimable cousine, madame de Blumfeld, vint au château de Einsberg, fut touchée de mon amitié, m’accorda la sienne et m’amena avec elle ici, où je croyais trouver la tranquillité, et où je n’ai rencontré que des souvenirs, des regrets... Croyez-moi, mon ami, le malheur... c’est l’absence.

Henri. Et depuis qu’il est parti, il ne vous a pas écrit une seule lettre ?

Valérie. Je n’aurais pas pu la lire ! (Se tour nant vers la gauche.) Mais, écoutez... on vient !

Henri. Ah mon Dieu ! serait-ce Caroline ?

Valérie. Eh bien! ne tremblez donc pas ainsi. Allons, voilà le moment. Faites votre déclaration.

Henri. Je le sens, je n’oserai jamais.

Valérie. Eh bien ! je la ferai pour vous, et je trouverai moyen d’éloigner le comte de Halzbourg ; car, d’après ce que vous m’avez dit, je le hais déjà, et, sans le connaître, je le déteste sur parole.

Henri. Ah ! que vous êtes bonne 1

Valérie. Vous ne partez plus ?

Henri. Non, non, je reste.

Valérie. Ne vous semble-t-il pas plaisant qu’il y ait ici une intrigue, et que ce soit moi qui la dirige ? J’entends ma cousine ; laissez-moi î

Henri sort.

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