Scène HZ
LE COMTE, AMBROISE
Ambroise. Voilà, voilà ! 1 Ces grands seigneurs ont la parole haute.2 Mais le prétendu a bonne tournure.3 {Haut.) L’appartement de monsieur le comte est préparé.
Le Comte. Je te remercie, je n’en profiterai pas ! Dis à mes gens que je repars à l’instant.
Ambroise, à part. C’était bien la peine !...4 Après tout le mal5 que je me suis donné ce matin. {Haut.) Je vais dire de faire avancer la voiture de monseigneur ? 6
Le Comte. Oui, c’est cela !
Ambroise, prêt à s'en aller. C’est agréable de recevoir des personnages importants, des gens à équipage. Voilà notre cour encombrée de tous les mendiants des environs.
Le Comte, avec un peu cV impatience. Eh bien ! qu’on les renvoie.
Ambroise. C’est bien aisé à dire. Il y a là surtout un aveugle qui fait un bruit...
Le Comte, vivement. Un aveugle, dis -tu ? Tiens, donne ma bourse à celui-là.
Ambroise, étonné et regardant la bourse. Qu’est-ce que cela signifie ? {S' avançant et regardant le comte.) Ah! mon Dieu! voilà une ressemblance... et si vous n’étiez pas monseigneur, je croirais que vous êtes ce brave jeune homme... qui, l’année dernière... à Paris... chez le docteur Forzano...
Le Comte, avec dignité. Hein! qu’y a-t-il ?7
Ambroise. Pardon, monseigneur, je me trompe sans doute. Il me semblait au premier coup
d’œil... Mais quelle différence! ce bel équipage ! ces grands laquais ! Monseigneur est bien mieux.1 (A part.) L’air plus noble d’abord.
Le Comte. Qu’avez-vous donc ? que voulezvous dire ?
Ambroise. Bien, monseigneur, je croyais reconnaître les traits... ( Le regardant . — Bas.) Allons, allons, au fait,2 il y a quelque chose. ( Haut .) Lés traits d’un jeune homme que j’avais vu à Paris, et qui m’avait parlé d’Olbruk, ma patrie.
Le Comte. Ah ! ah ! tu es d’Olbruk ? tu connais le château de Rinsberg ?
Ambroise. Si je le connais ! Ces quatre grandes tourelles...
Le Comte. Je veux parler de ses habitants. Peux-tu me donner des nouvelles de la comtesse de Rinsberg, de sa fille Emilie et de cette jeune personne qui était chez elle, Valérie ?...
Ambroise. Mademoiselle Valérie ! Elle est ici, chez madame de Blumfeld, son amie.
Le Comte, vivement . Elle est ici ! (Se remettant .3) Eh bien ! mon ami, je reste; c’est bien. Dis à madame de Blumfeld que j’accepte l’appartement qu’elle a eu la bonté de m’offrir. Il faut aussi que je lui parle... mais auparavant, écoute, y a-t-il ici un homme d’affaires, un notaire ?
Ambroise. Pas précisément. Il n’y en a qu’un pour cette résidence et les trois villages voisins ; de manière que,4 quand il se trouve le même jom un mariage et un testament...5
Le Comte. C’est bien. Envoiele chercher à l’instant, qu’il vienne me parler ici, en secret ; en secret, entends-tu bien ? et surtout n’en dis rien à personne.
Ambroise. J’entends ; cette fois-ci, ce ne sera