Scène V
Valérie, sortant de son appartement. Ambroise ! Ambroise I Je voudrais bien savoir, si le comte est parti. Ambroise avait promis de venir me reprendre ; et moi, quand on m'oublie... (Entendant le comte qui a fait quelques pas vers elle et le prenant pour Ambroise.) Ah ! te voilà ! Viens ; donnemoi la main. ( Le comte s'avance et saisit sa main.) Eh! mais, ce n’est pas Ambroise! (Avec une émotion marquée.) O ciel ! est-il possible ! (Mettant son autre main sur son cœur.) Voilà ce que j prouvais autrefois. (Au comte.) Qui que vous soyez, si vous n’êtes pas lui, ne me répondez pas, et laissez-moi mon erreur ! Ernest, est-ce toi ?...
Le Comte. Valérie !
Valérie. Dieux ! Il ne m’a donc pas oubliée !
Le Comte. Oui, c’est Ernest, qui, fidèle à sa
promesse, revient te défendre, te protéger. Veuxtu me rendre mes droits, me permettre d’être encore ton guide, ton ami ? Valérie, le veux-tu ?
Valérie, écoutant toujours . Parle, parle encore, j’ai besoin de t’entendre ; il y a si longtemps que ta voix n’a retenti à mon oreille !
Le Comts. J’allais te chercher à Olbruk, au château de Einsberg, dans ces lieux qui me rappelaient tant de souvenirs.
Valérie. Que vous est-il arrivé ? qu’êtes-vous devenu ? que de choses vous aurez à me raconter ! Vos peines, vos chagrins, vos dangers... songez, mon ami, que je veux tout savoir.
Le CeMTE. Et vous, Valérie, pendant ces trois années d’absence, que faisiez-vous ?
Valérie. J’attendais!... Et si vous saviez, Ernest, combien pour moi les instants s’écoulent lentement!... Vous, du moins, vous pouvez les compter ; mais moi ! j 'ignore ce que vous appelez des jours, des semaines, des mois ; depuis votre absence, ce n’était qu’une nuit, mais qu’elle fut longue ! Enfin, n’en parlons plus ; il me semble qu'elle est finie, et que je m’éveille. Vous voilà !
Le Comte, souriant . Oui ; vous avez raison, c’est le jour qui revient ; je l’espère du moins.
Valérie. Et c’est pour moi que vous retourniez à Olbruk ?
Le Comte. Oui, Valérie, j’y allais pour vous épouser.
Valérie. Que dites-vous ? Moi, Ernest ; moi, votre femme !
Le Comte. Je suis libre et maître de mon sort. Quel qu’il soit, voulez-vous le partager?
Valérie. Ah ! si je n’écoutais que mon cœur, je serais peut-être assez égoïste pour accepter,