‹ ValérieChapitre 9 sur 55 · Scène Vi · texte numérisé non relu

Scène Vi

Henri. Enfin, il est parti !

Valérie. Eh bien ! que me voulez-vous ?

Henri. Vous venez de l’apprendre ; on attend ce comte de Halzbourg, l’un des plus grands seigneurs de l’Allemagne, un millionnaire ; et moi qui n’ai d’autre fortune qu’une modeste place...

Valérie. Eh bien, qu’importe?

Henri. Qu’importe ! il veut plaire à Caroline, il vient pour l’épouser, et vous ne savez pas que je l’aime, que je l’adore, que personne ne s’en est encore aperçu ?

Valérie. Excepté moi.

Henri. Comment ! il serait possible ?

Valérie. Oui. Depuis quelque temps vous êtes triste, silencieux, aucun plaisir ne paraît vous toucher; alors j’ai réfléchi, je me suis

rappelé . . . Elle paraît tomber dans une profonde rêverie.

Henri. Eh bien, avez -vous jamais connu quelqu’un de plus malheureux que moi ? Si du moins Caroline savait mon amour ! J’aurais presque le droit de la défendre, de disputer son cœur. Je serais trop heureux de l’arrivée de ce eomte de Halzbourg ; mais en ce moment, com-

ment aller le défier? comment lui contester le titre d’époux, moi qui n’ai pas même celui d’amant ? Il faudra donc être témoin d’un bonheur auquel je n’ai pas le droit de m’opposer ? Non. Je veux oublier Caroline, je veux la fuir et m’éloigner à jamais.

Valérie. Vous éloigner ! Croyez-moi, mon ami, c’est un mauvais moyen ; l’absence ne fait rien sur 1 un amour véritable. Vous ne l’oublierez pas, et vous serez plus malheureux !

Henri. Que dites-vous, Valérie ? Vous parlez de ces tourments comme si vous les aviez éprouvés. Quelqu’un que vous aimez serait-il loin de vous ?

Valérie, avec émotion. Il n’est pas question de cela. C’est de vous qu’il s’agit.2

Henri. D’où vient donc ce trouble, cette émotion ? Mon récit vous a rappelé quelque souvenir douloureux ! Oui, vous avez des peines et vous craignez de me les confier. Caroline a-t-elle seule le droit de les connaître ?

Valérie. Caroline ne sait rien : elle qui n’a pas su deviner vos chagrins, aurait-elle pu com-

endre les miens ?

Henri. Moi, du moins, je suis digne de les partager. Cet espoir seul peut me retenir ici; mais si vous me refusez votre amitié, votre confiance, je pars à l’instant même.

Valérie. Vous partez ! faut-il vous perdre aussi ? vous qui êtes maintenant mon seul ami ; vous partez si je ne vous confie mes chagrins ! Que me demandez-vous ? Le cours de mon existence offre si peu d’intérêt ! Ignorant toujours ce qui se passe autour de moi, je ne puis dire que ce que j’éprouve, et l’histoire de ma vie est celle

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