‹ Valérie. PubliéeChapitre 5 sur 15 · I. Ce fragment ne s'est pas retrouvé · texte numérisé non relu

I. Ce fragment ne s'est pas retrouvé

e vit et tourna autour de moi en signe de reconnoissance ; je pris ses larges oreilles, je le caressai, en pensant qu'il t'aimoit , qu'il ne t'avoit sûrement pas oublié; et soudain une idée , dont tu riras, me passa par la tête: je courus à ta chambre, où j'avois encore vu un de tes habits de chasse ; je l'apportai à Hector en le lui faisant flairer, et je crus voir que ce bon chien le reconnoissoit. Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'il mit ses pattes sur l'habit, remua la queue, et donna toutes les démonstrations de la joie auxquelles il mêla quelques sons plaintifs. Ce spectacle m'attendrit tellement que je pressai la tête de cet animal contre mon sein, et sentis couler mes larmes.

Adieu, Ernest, je pars pour le presbytère de***, d'où je t'écrirai dans quelques jours.

J'ai été au presbytère; j'ai revu notre respectable ami, le vieux pasteur, et ses charmantes filles. Le croirois-tu ? Hélène se marie demain, et j'ai promis d'assister à ses noces. J'arrivai à six heures du soir à cette paisible maison; un vaste horizon de neige m'éclairoit assez pour me conduire, car il faisoit déjà nuit quand je partis. Mon traîneau fendoit l'air; les lumières du presbytère me guidoient, et je dirigeai ma course par le lac où de jeunes mélèzes m'indiquoient le chemin que je devois suivre : car tu sais combien ce lac est dangereux par les sources qui s'y trouvent et qui

l'empêchent de geler également partout. Le silence de la nuit et de ces eaux enchaînées me faisoit entendre chaque pas des chevaux et laissoit arriver jusqu'à moi le bruit des sonnettes d'autres chevaux de paysans qui regagnoient les hameaux et auquel se mêloit de temps en temps la voix rauque et solitaire de quelques loups de la forêt voisine; j'en vis un passer devant mon traîneau, il s'arrêta à quelque distance, mais il n'osa m'attaquer.

Quand j'arrivai au presbytère, je vis une quantité de traîneaux dessous le hangar, près de la maison, avec de larges peaux d'ours qui les couvroient et qui me firent juger qu'ils n'appartenoient pas à des paysans; je trouvai le corridor très éclairé, couvert d'un sable fin et blanc, et jonché de feuilles de mélèze et d'herbes odorantes ; j'eus à peine le temps d'ôter mon énorme vitchoura que la porte s'ouvrit et me laissa voir une nombreuse compagnie. Le vieux pasteur me reçut avec une touchante cordialité; il se réjouit beaucoup de me revoir. La jeune sœur d'Hélène vint me présenter des liqueurs faites par elle-même et des fruits séchés; et le \ieillard ensuite me fit faire la connoissance d'un jeune homme de bonne mine, en me disant : « Voilà mon gendre futur; demain il épouse Hélène. » A ces mots, je sentis quelques battemens de cœur. Tu sais combien la jeune Hélène me plut. J'avois été bien près de l'aimer; et l'idée que ma mère n'approuveroit jamais une union entre elle et moi me donna la force de combattre tout de suite un

sentiment qui ne demandoit qu'à se développer. La raison m'avoit ordonné de la quitter; mais, dans cet instant, tous ces aimables souvenirs revinrent à ma mémoire, et je me rappelai vivement cet été tout entier passé avec elle. Hélène s'approcha de moi, sur l'ordre de son père; elle me salua une seconde fois, et avec plus de timidité que la première. Le vieillard fit apporter du vin de Malaga, qu'on versa dans une coupe d'argent, pour me faire boire, selon l'usage, à la santé des futurs époux. Hélène, pour suivre encore la coutume, porta cette coupe à ses lèvres, puis elle mêla présenta en baissant les jeux. Je rougis, Gustave, je rougis prodigieusement. Je me rappelai qu'autrefois, quand j'étois à table auprès d'Hélène et que cette même coupe faisoit la ronde, mes lèvres cherchoient la trace des siennes; maintenant tout m'ordonnoit une conduite opposée. Ma jeune amie s'en aperçut, et je vis ce front si pur se couvrir aussi de rougeur. Je sortis précipitamment et fis quelques tours de promenade dans le petit jardin, où je vis encore des arbres que nous avions plantés ensemble. La lune s'étoit levée; j'étois redevenu calme comme elle : je m'applaudis de n'avoir pas troublé le cœur d'Hélène par unepassion qui auroit pu être douloureusement traversée, de n'avoir pas aussi affligé ma mère; et je me composai, du bonheur d'Hélène que je vojois déjà heureuse épouse et mère, une suite d'images qui me consoloient de ce que j'avois perdu.

Adieu, Gustave. Que n'es-tu ici, au milieu de ces scènes naïves et tranquilles, ou que ne suis-je près de toi pour adoucir tes maux !

Venise, le...

Ce jour est un jour de bonheur pour ton ami.

J'ai reçu ta lettre, cher Ernest, en même temps que j'en recevois une du comte. Il sembloit que l'amitié eût choisi cette journée pour l'embellir de tous ses bienfaits. Et quand ton cœur me ramenoit en Suède, au milieu de tant de tableaux où s'enlaçoient et les souvenirs de la patrie et ceux des affections plus chères encore , le comte me transportoit à son tour au milieu de ces merveilleuses créations du génie, de ces antiques souvenirs d'où l'histoire semble sortir toute vivante, pour nous raconter encore ce que d'autres siècles ont vu. Il faut, Ernest, que tu partages ce que j'ai éprouvé, et je t'envoie des fragmens des endroits qui m'ont le plus intéressé. Je neveux point toucher au passage qui peint la constante affection du comte; tu verras comme il me juge et comme j'en suis aimé.

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