CHAPITRE II
Les trois périodes de l’histoire de la néphrectomie pour la tuberculose rénale
L'histoire de la néphrectomie, qui a passé par plusieurs phases bien caractéristiques, peut se diviser en trois grandes périodes.
Dans une première période, qui s'étend d'Hippocrate à 1869, aucune intervention n'est faite intentionnellement sur le rein, du moins chez l’homme.
Dans une seconde période, allant de 1869 à 1896, la néphrectomie pour tuberculose, malgré plusieurs bons résultats, n’est pratiquée qu'avec une certaine réserve par la majorité des chirurgiens. Elle est considérée comme une intervention grave.
Enfin, après 1896, cette opération est considérée de plus en plus comme l'intervention de choix dans la bacillose rénale; les statistiques des urologistes s’accroissent rapidement en nombre et, en même temps, elles s’améliorent.
Etudions maintenant avec quelques détails ces trois périodes.
Avant la célèbre intervention de G. Simon et les quelques opérations accidentelles dont nous avons
parlé, nul n'avait osé songer sérieusement à la possibilité d'enlever un rein à un être humain; l'opinion de RAYER', qui traitait cette idée de « folie », de rêve, était adoptée par tous ses contemporains.
Et cependant, dès le xvu* siècle, on savait, on admettait plutôt qu'un rein pouvait cesser de fonctionner sans entraîner la mort de l'individu.
Des cas de rein unique, en anatomie (BÉRENGER, RioLan, Eusracui, etc.), avaient démontré la possibilité de vivre avec un seul rein. La clinique, d’autre part, avait appris que des malades avaient survécu un certain temps avec un ou même les deux reins plus ou moins atrophiés.
Au point de vue expérimental, ZAMBECCARIUS, en 1670, et ROONHUYSEN en 1672, montrèrent les premiers que, chez les animaux, la vie était possible après l’ablation d’un rein. En 1690, BLANcARD° pratiqua avec succès la néphrectomie chez le chien, et constata même qu'après l’ablation des deux reins, les animaux pouvaient survivre pendant trois Jours. Se basant sur ces résultats expérimentaux, il émit l’idée que l’extirpation du rein pouvait bien être tentée avec des chances de succès chez des malades lithiasiques qu'aucun autre traitement n'avait pu soulager. HÉvIN® rapporte, pour la repousser formellement, cette proposition qui avait déjà été condamnée par
1. Rayer. In Traité des maladies des reins. Paris, 184r, t. III. 2. Joserni ZamBeccarn Doctoris e
malibus viventibus exerta viscera in P. 1202.