HISTORIQUE
Déjà Koch s'était préoccupé de l’aspect que présentent certains bacilles qui, au lieu d’être homogènes présentent une alternance de zones colorables et incolores lorsqu'on les a traités par la méthode d’Ehrlich et de Ziehl et il considérait même volontiers les parties incolores comme des spores.
De nombreux travaux ont montré depuis qu'en réalité il ne s'agissait pas de spores, puisque ces parties ne pouvaient être colorées par aueun procédé, mais que les parties claires étaient probablement des vacuoles. Les parties colorées appartiennent done seules au bacille de Koch. Strauss remarque que dans le pus on peut retrouver ces formes granuleuses alors qu’on ne retrouve pas de bacilles de-Koch: il pense que cet aspect granuleux est dû à l'existence dans certaines zones d’un certain degré de désintégration du bacille.
Gram avait observé que, par sa méthode, on voit une série de granulations colorées en violet, alers que la masse même du bacille n’est pas colorée.
Nous arrivons alors à une période nouvelle avec les affirmations très osées de Much, qui veut que les granulations soient considérées non pas comme des corpuscules
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chromophiles, mais comme de véritables spores qui pourraient traverser même les filtres.
A l’occasion de ces travaux la question prend un regain d'actualité, avec la technique de Much, d’abord, puis avec les travaux de Fontès, dont la technique est plus précise.
srâce à ces techniques, on peut étudier mieux la texture du bacille tubereuleux, voir qu’en réalité il y a une substance fondamentale qui prend la fuchsine, reste colorée dans la technique simple et garde le Ziehl par la méthode de Ziehl-Gram;: de plus, on observe des granula- Hons qui sont gentianophiles: ces granulations ou corpuseules peuvent être au nombre de 1 à 6 par baecille. (Bezançon et Philibert). « On peut donc dire que le corps bacillaire est fuchsinophile, et que les granulations sont eramophiles, ou plus exactement qu’elles sont plus avides de violet que de fuchsine, alors que le corps bacillaire est plus avide de fuchsine que de violet » (1).
Poussant plus loin cette étude, Bezançon et Philibert s'occupent de la forme des bacilles dans les voiles des cultures tubereuleuses. Dans ces voiles une très grande partie est constituée par une substance prenant le bleu, formant des réseaux. Au sein de cette substance on trouve les bacilles tuberéuleux acido-résistants qui, dans les voiles jeunes, sont homogènes, dans les voiles très anciens se présentent sous l'aspect de bâtonnets allongés à substance fuchsinophile diminuée d'importance et où, au contraire, subsistent les granulations gentianophiles. On peut diré que dans les cultures jeunes des bacilles tuber-
culeux il existe surtout des formes homogènes courtes ou
(1) Bezançon et De JonG. — Traité de l'examen des craehats, p. 373.
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moyennes. Dans les très vieilles cultures sur milieu liquide en voiles, il existe surtout des granulations, la partie fondamentale fuchsinophile semblant s'atrophier et même disparaître.
A côté de ces études purement scientifiques, la question des granulations a été reprise au point de vue du diagnostie de la tuberculose. Certains auteurs ont estimé que
dans des pus tuberculeux d’une part et même dans les
crachats d'autre part, on pourrait trouver des chaïînettes de granulalions gramophiles et que cette constatation pouvait faire penser qu'on était en présence de bacilles de Koch d’un caractère spécial, mais cependant réellement des bacilles tuberculeux. Plusieurs auteurs, en particu-
. lier Dumarest et Murard, Bezançon et de Jong, ont soutenu :
qué si la présence de ces granulations était dans certains cas bien réelle, on ne pouvait en tirer parti au point de vue du diagnostic clinique, car leur ressemblance avee des grains de chromatine ou des bactéries banales rendaient dangereux leur emploi. En effet toute étude diagnostique basée sur l'emploi de la technique de Gram plus ou moins modifiée est sujette à l'erreur.
Les seules méthodes qui doivent être conservées pour l'analyse bactériologique doivent donc être les anciennes méthodes d'Ehrlich-Ziehl basées sur l’acido et l’alcoolorésistance du bacille tuberculeux. Ces techniques d'’ailleurs montrent très nettement que le bacille tuberculeux peut se présenter tantôt sous la forme d’un bacille homogène de longueur variée, tantôt sous la forme d’un bacille granuleux. Laissons done les techniques de Gram. de Much et de Fontès pour l'étude scientifique. Ce sera la
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technique banale qui devra servir aux recherches au point de vue du diagnostic.
L'étude des différents aspects morphologiques des bacilles tuberculeux n'aurait pas seulement un intérêt diagnostique, mais aussi un intérêt pronostique d’après certains bactériologistes et elle pourrait même servir à con: trôler l’action thérapeutique de certaines subetances. On a voulu, en effet, voir dans la forme granuleuse une forme qui résulterait de la bactériolyse du bacille tuberculeux ; la constatation de cette forme traduirait soit l'existence de substances bactériolytiques naturelles qui se dévelepperaient à la fin des poussées évolutives lors de l’amélioration des symptômes locaux ou généraux, — soit le résultat d'actions médicamenteuses qui détermineraient ainsi artificiellement des modifications comparables à ce qu'on verrait dans les évolutions spontanément curables. Sans vouloir entrer ici dans la discussion de la signification des formes granuleuses que nous aurons à discuter dans la suite, nous rappellerons que, bien loin de voir dans ces aspects le résultat d’une bactériolyse, beaucoup de bactériologistes estiment aujourd'hui que les granulations chromophiles constitueraient plutôt des formes de résislance. |
Au point de vue du diagnostic des formes cliniques, Piéry et Mandoul, Ortal et Chauvin sont peut-être les seuls qui aient attaché à la morphologie une valeur telle qu'ils se soient cru autorisés à poser de véritables lois; cette classification est résumée dans le tableau suivant de Piéry et Mandoul (1904)
À LEUR d'une poussée caséeuse à la tres période cavitaire d’une phtisie comnombreux mune.
Homogènes courts Phtisie galopante.
Rares | Phase d’apyrexie ou de rémission de
} pY la phtisie commune.
\ Début d'une phtisie éommune.
seuls} Broncho-pneumonie tuberculeuse.
fonte PRE Le (Phtisie comaune à Moniliformes }d'un more FSOOPURANTE la fin de la poussée foyer D A INaE \ es Mmoniliformes/ caséeuse ou febrile longs A cEe aux + VE
US homo- Périodes fébriles de CUS / Prédominance \ la phtisie commune | des homogènes ou de la phtisie
| \ galopante.
Homogènes longs :
Moniliformes courts ; Paramoniliformes.
l'erminaison des accès fébriles de la phtisie commune et de la phtisie galopante.
Quant au pronostie de la tuberculose pulmonaire, nombre d'auteurs ont tenté de le déduire des variations de formes des bacilles de Koch. Nous résumerons très rapidement les plus importantes des opinions émises
Les bacilles granuleux et en particulier les granuleux longs seraient d’un pronostie favorable pour Mircoli, Berthier, Antonio Chiesi, d'Arrigo, Czaplewski, Amann, Guetschell, Bard, Mélamet, Berthelon et Delbeck: pour certains de ces auteurs l'apparition des formes granuleuses serait un indice de guérison sous l'influence du traitement qu'ils préconisent.
Balmer et Fraentzel estiment que les bacilles granuleux sont d'un pronostic défavorable, alors que les homogènes courts sont l'indice d’une évolution favorable.
Au contraire les homogènes courts seraient particulièrement virulents pour Mircoli, Berthier, Antonio Chiesi et d’Arrigo.