‹ Valeur des variations morphologiques du bacille tuberculeux: au point de vue du diagnostic et du pronostic de la tuberculose pulmonaireChapitre 6 sur 20 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Déjà Koch s'était préoccupé de l'aspect que présentent certains bacilles qui, au lieu d’être homogènes présentent

une alternance de zones colorables et incolores lorsqu'on.

les à traités par la méthode d'Éhrlich et de Ziehl et il considérait même volontiers les parties incolores comme des spores.

De nombreux travaux ont montré depuis qu’en réalité il ne s'agissait pas de spores, puisque ces parties ne pouvaient être colorées par aueun procédé, mais que les parties claires étaient probablement des vaeuoles. Les parties colorées appartiennent done seules aù bacille de Koch. Strauss remarque que dans le pus on peut retrouver ces formes granuleuses alors qu'on ne retrouve pas de bacilles de Koch; il pense que cet aspect granuleux est dû à l'existence dans certaines zones d’un certain degré de désintégration du bacille.

Gram avait observé que, par sa méthode, on voit une série de granulations colorées en violet, alers que la masse même du bacille n’est pas colorée.

Nous arrivons alors à une période nouvelle avec jes affirmations très osées de Much, qui veut que les granu-

lations soient considérées non pas comme des corpuscules

fie

chromopkhiles, mais comme de véritables spores qui pourraient traverser même les filtres.

A l’occasion de ces travaux la question prend un regain d'actualité, avec la technique de Much, d’abord, puis avec les travaux de Fontès, dont la technique est plus précise.

Grâce à ces techniques, on peut étudier mieux la texture du bacille tuberculeux, voir qu’en réalité il y a une substance fondamentale qui prend la fuchsine, reste celorée dans la technique simple et garde le Ziehl par la méthode de Ziehl-Gram: de plus, on observe des granula- Hons qui sont gentianophiles: ces granulations ou corpuscules peuvent être au nombre de 4 à 6 par bacille. (Bezançon et Philibert). « On peut done dire que le corps bacillaire est fuchsinophile, et que les granulations sont gramophiles, ou plus exactement qu’elles sont plus avides de violet que de fuchsine, alors que le corps bacillaire est plus avide de fuchsine que de violet » (4).

Poussant plus loin cette étude, Bezançon et Philibert s'occupent de la forme des bacilles dans les voiles des cultures tuberculeuses. Dans ces voiles une très grande partie est constituée par une substance prenant le bleu, formant des réseaux. Au sein de cette substance on trouve les bacilles tuberculeux acido-résistants qui, dans les voiles jeunes, sont homogènes, dans les voiles très anciens se présentent sous l'aspect de bâtonnets allongés à substance fuchsinophile diminuée d'importance et où, au contraire, subsistent les granulations gentianophiles. On peut dire que dans les cultures jeunes des bacilles tuber-

culeux il existe surtout des formes homogènes courtes ou

(1) BezançoN et DE Jon. — Traité de l'examen des craehats, p. 373.

sn lee

moyennes. Dans les très vieilles cultures sur milieu liquide en voiles, il existe surtout des granulations, la partie fondamentale fuchsinophile semblant s’atrophier et même disparaître.

A côté de ces études purement scientifiques, la question des granulations a été reprise au point de vue du diagnostic de la tuberculose. Certains auteurs ont estimé que dans des pus tuberculeux d'une part et même dans Îles crachats d'autre part, on pourrait trouver des chaînettes de granulations gramophiles et que cette constatation pouvail faire penser qu'on était en présence de bacilles de Koch d’un caractère spécial, mais cependant réellement des baciiles tuberculeux. Plusieurs auteurs, en particulier Dumarest et Murard, Bezançon et de Jong, ont soutenu que si la présence de ces granulations était dans certains cas bien réelle, on ne pouvait en tirer parti au point de vue du diagnostie clinique, car leur ressemblance avec des grains de chromatine ou des bactéries banales rendaient dangereux leur emploi. En effet toute étude diagnostique basée sur l'emploi de la technique de Gram plus ou moins modifiée est sujette à l'erreur.

Les seules méthodes qui doivent être conservées pour l’analyse bactériologique doivent done être les anciennes méthodes d’'Ehrliech-Ziehl basées sur l’acido et l’alcoolorésistance du bacille tuberculeux. Ces techniques d’ailleurs montrent très nettement que le bacille tuberculeux peut se présenter lantôt sous la forme d’un bacille homogène de longueur variée, tantôt Sous la forme d’un bacille granuleux. Laissons donc les techniques de Gram., de Much et de Fontès pour l'étude scientifique. Ce sera la

Sr 1, RES technique banale qui devra servir aux recherches au point de vue du diagnostic.

L'étude des différents aspects morphologiques des bacilles tubereuleux n'aurait pas seulement un intérêt diagnoslique, mais aussi un intérêt pronostique d'après certains bactériologistes et elle pourrait même servir à con: trôler l’action thérapeutique de certaines subctances. On a voulu, en effet, voir dans la forme granuleuse une forme qui résulterait de la bactériolyse du bacille tuberculeux ; la constatation de cette forme traduirait soit l'existence üe substances bactériolytiques naturelles qui se développeraient à la fin des poussées évolutives lors de l’amélioration des symptômes locaux ou généraux, — soit le résultait d'actions médicamenteuses qui détermineraient ainsi artificiellement des modifications comparables à ce qu'on verrait dans les évolutions spontanément curables. Sans vouloir entrer ici dans la discussion de la signification des formes granuleuses que nous aurons à discuter dans la suite, nous rappellerons que, bien loin de voir dans ces aspects le résultat d'une bactériolyse, beaucoup de bactériologistes estiment aujourd'hui que les granulations chromophiles constitueraient plutôt des formes de résisiance.

Au point de vue du diagnostic des formes cliniques, Piéry et Mandoul, Ortal et Chauvin sont peut-être les seuls qui aient attaché à la morphologie une valeur telle qu'ils se soient cru autorisés à poser de véritables lois; cette classification est résumée dans le tableau suivant de Piéry et Mandoul (1904)

Fr

À \ Début d'une poussée caséeuse à la tres période cavitaire d’une phtisie comnombreux | mune.

Homogènes courts Phtisie galopante.

Rares | Phase d’apyrexie ou de rémission de LEE phtisie commune.

Début d'une phtisie commune.

\ seuls” } Broncho-pneumonie tuberculeuse.

fonte Æ \Phtisie commure à ili d'un . | Prédominanre } |A fin de la poussée Moniliformes |}! ae D:

l \oyerren \ es Mmuniliformes/{ caséeuse ou febrile ongs ace ä ca Que : , ee homo- Périodes fébriles de + gènes. Prédominance \ la phtisie commune des homogènes } ou de la phtisie | ) galopante.

SRE Cn SAT l'erminaison des accès fébriles de la phtisie Moniliformes courts ; commune et de la phtisie galopante. Paramoniliformes.

Quant au pronostie de la tuberculose pulmonaire, nombre d'auteurs ont tenté de le déduire des variations de formes des bacilles de Koch. Nous résumerons très rapidement les plus importantes des opinions émises :

Les bacilles granuleux et en particulier les granuleux longs seraient d’un pronostic favorable pour Mircoli, Berthier, Antonio Chiesi, d’Arrigo, Czaplewski, Amann, Guetschell, Bard, Mélamet, Berthelon et Delbeck; pour certains de ces auteurs l'apparition des formes granuleuses serait un indice de guérison sous l'influence du traitement qu'ils préconisent.

Balmer et Fraentzel estiment que les bacilles granuleux sont d’un pronostic défavorable, alors que les homogènes courts sont l'indice d'une évolution favorable.

Au contraire les homogènes courts seraient particulièrement virulents pour Mircoli, Berthier, Antonio Chiesi et d’Arrigo.

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A côté de ces opinions diverses, nombre d'auteurs nient ioute valeur pronostique aux variations de formes du bacille tuberculeux : ce sont : Fraentzel, Lichtheim Ziehl, Strauss, Piéry et Mandoul, Ortal et Chauvin, Kaplansky, Bezançon, de Jong et M.-P. Weil, Tecon, Barbier, Remigio Dargallo.

La disposition intra-cellulaire des bacilles de Koch. aurait pour Lœwenstein un pronostie favorable: cette Opinion n'a pu être confirmée par Bezançon, de Jong et M.-P. Weil.

Les bacilles disposés en amas auraient un pronostie favorable pour Burnand et Meyer, un pronostie défavorable pour Mackensie: enfin pour Kaplanskv, Tecon, F. de Cérenville cette disposition n'a aucune valeur.

Enfin la question du nombre des bacilles a été très longuement étudiée par beaucoup d'auteurs : Koch, Balmer et Fraentzel, Dieudonné, Burnand, Mackensie. Remigio Dargallo pensent que l'augmentation du nombre des bacilles implique un pronostic défavorable. La diminution qu nombre serait d’un bon pronostic pour Balmer et Fraentzel, Guetschell, Dieudonné, Exchaquet, Bezançon, de Jong et M.-P. Weil, Remigio Dargallo : elle serait au contraire d'un mauvais pronostic pour F. de Cérenville

Beaucoup d'auteurs pensent que le nombre des bacilles n’a pas de valeur absolue et qu'il est sujet à des variations quotidiennes étrangères à l’évolution favorable ou défavorable du malade; c’est l'opinion de Fraentzel, Lichtheim, Ziehl, Strauss, Piéry et Mandoul, Kaplansky, Ortal, Chauvin, Detweiler et Meissen, Gaffky, Barbier, Barth, Bezançon, de Jong et M.-P. Weil, Remigio Dargallo.

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