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LA PENSEE « AUTISTE » ET LE REVE PATHOLOGIQUE

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La connaissance des points communs de l'Art et du Rêve nous est acquise. Cette parenté, nous l’avons étudiée sur le plan de la vie normale, renversant ainsi l’ordre historique de nos connaissances. Car il existe, comme un Art, un Rêve patholegique, et Freud n’est arrivé à sa conception actuelle du processus onirique normal que par l’étude antérieure du Rêve des Névropathes.

Reprenant la thèse chère à Auguste Comte, Taine, P. Janet, E. et H. Biancani (A propos du livre de MM. Delmas et Boll sur la Personnalité humaine, Encéphale, nov. 1925) développent l’idée qu’ « un phénomène normal varie entre certaines limites; en deçà, au delà, le phénomène devient pathologique; Mais il n’y a que « des différences de degré, des variations quantitatives, rien d’autre, entre le normal et le pathologique ». Ainsi, du pathologique on peut déduire le normal, et dans l’ordre psychique, par exemple, on parviendra, par l'étude des excès et des déficiences des hypertrophies et des atrophies, à la connaissance des états moyens, c’est-à-dire des états normaux.

La série de transitions insensibles que nous pouvons imaginer entre le normal et l’anormal, le Rêve nous l'offre. Adrien Borel et Gilbert Robin (Les Réveurs éveillés, 1 vol., Gallimard, Les documents bleus, Paris, 1925) différencient heureusement le Rêve de :

4° La Rêvasserie, marqué par l’incoordination de la pensée;

2 De la Rêverie, dans la direction de laquelle le « moi » inconscient intervient.

Tel, M. Joyeuse, du Nabab, qui donne à Alphonse Daudet l’occasion de noter : « La race est plus nombreuse qu'on ne croit, de ces dormeurs éveillés chez qui une destinée trop restreinte conprime des forces héroïques. »

3° La Songerie, trouve sa place entre le Rêve et la Rêverie. Plus intellectualisée que celle-ci elle indiquerait aussi les tendances profondes de l'individu, mais de façon plus abstraite; son Symbolisme plus épuré nous apparaît de ce fait comme plus complexe.

Ainsi le Rêveur éveillé n’est pas un halluciné, mais se présente à nous comme un.individu qui s'abstrait du monde extérieur plus fréquemment que ses contemporains. Or, et c’est là le point que Borel et Robin ont bien mis en lumière, « n’est pas rêveur éveillé qui veut!!! ». L'individu doit remplir pour cela certaines conditions, posséder une constitution particulière : la constitution « schizoïde ».

Kretschmer, le premier, en a parlé (Kürperbau und Charalter, Berlin, 1921). Appelant constitution « l’ensemble des dispositions individuelles et réduisant le caractère à la possibilité des récations affectives, cet auteur définit le tempérament comme : « la constitution vue au travers du caractère. Sa conception devait connaître avec Bleuler une expansion considérable. Syntonie et Schizoïdie s'opposent. « La Syntonie est la possibilité de se mettre au diapason de l'ambiance, de. pouvoir vibrer à l'unisson avec celle-ci; elle réalise en même temps l'unité de la personnalité. La schizoïdie, par contre, est la faculté de s’isoler de l’ambiance, de perdre le contact avec elle; elle a pour conséquence un fléchissement ‘plus où moins grand de la synthèse de la personnalité humaine (Minkovski, Impressions psychiatriques d'un séjour à Zurich, Annales médicopsychologiques, févr. 1923).

Envisageant ainsi l'individu du seul point de vue de ses. rapports avec le réel, Bleuler a fait de la constitution schizoïde le terrain de la Démence Précoce (schizophrénie), de la Para-

noïa, du délire de préjudice sénile, de l'Hystérie, des Obsessions, etc. C’est l’aliénation mentale par excellence, et elle en justilie l’étymologie.

Encore discuté, ce point de vue psychologique permet de souligner une réalité qui seule, nous importe ici : la relation du normal au pathologique.

Car la constitution schizoïde est le lot d'un groupe immense d'individus et ne comprend pas les seuls malades; l'aptitude à la rêverie, l’intériorisation de la pensée, se retrouvent chez beaucoup de savants et d'artistes et conditionnent fréquemment l'élaboration esthétique.

Cette intériorisation morbide, l'étude de ce que l’on a appelé « l’Autisme » normal, permet de s’en faire une idée : La pensée autiste, c’est en somme la pensée du schizoïde, elle est à l’opposé de la pensée réaliste. Pour Rogues de Fursac et Minkovski (Contribution à l'étude de la pensée et de l'altitude autistes [L'Encéphale, avril 1923 |), « elle ne cherche pas à s'adapter à la réalité et se détourne en quelque sorte de celle-ci... La pensée autiste, avec ses procédés spéciaux comme le symbolisme, la: condensation, le déplacement, l'identification et ainsi de suite, se manifeste avant tout dans les phénomènes psychiques, qui, par leur nature même ne s'intègrent pas à la réalité, ou la faussent, tel le Rêve ou la Rêverie à l’état de veille, ou encore les Hallucinations et les conceptions délirantes ». | :

Cette altération du contact vital avec la réalité présente bien des analogies avec la perte de la « fonction du réel » dont parle Pierre Janet. La notion de « schizoïdie » nous paraît tenir dans un cadre singulièrement plus large.

Nous connaissons déjà une autre attitude mentale bien voisine : La pensée de l’enfant, nous l'avons vu, est une pensée presque « automatique ». Rapidement amnésique, elle rejette le commerce du réel, activité « ludique », elle ne se plie pas aux exigences du principe de réalité et affecte les allures d’une manifestation narciste. La Rêverie de l’enfant procède de tous

ces caractères. Certes, Freud la reconnaît bien comme « cen-

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triluge » (La science des Rêves) chez la plupart des enfants normaux, et il ne faut pas oublier que la partie consciente de, la pensée infantile est encore soumise dans la journée aux incitations extérieures; mais il arrive parfois, qu'avant de doubler le cap de la puberté, où il commencera à prendre conscience de sa personnalité, la rêverie de l’enfant prenne un tour particulier : repliant l'enfant sur lui-même, elle l’isole du monde extérieur et devient pathologique.

Pensée infantile, rêve, rêverie normale et pathologique nous apparaissent maintenant comme liés par ce trait commun : la perte du contact avec la réalité.

Chez l'adulte, les choses se passent de façon analogue. Deux cas peuvent cependant se produire, selon Borel et Robin.

1° Les conceptions imaginatives créent peu à peu l'attitude schizoïde ;

2° Beaucoup plus souvent, c'est la « désinsertion du réel » qui entraîne secondairement la Rêverie.

Ces deux évolutions ne paraissent pas à vrai dire inconciliables, et si l’on peut concevoir, à côté des « rêveurs passifs » et des « dilettantes du Rêve », l'existence d’une troisième catégorie de sujets qui ne peuvent plus adapter leurs productions oniriques aux nécessités de la vie réelle, il n'est pas interdit de penser que ces individus en sont tenus là, poussés par deux raisons

Une constitution schizoïde primitive, qui ne demandait que l’occasion de se manifester;

Une impossibilité progressive d'adaptation à la vie, condition du « reluge dans la maladie ».

Hesnard et Lafforgue (Encéphale, janv. 1924, Contribution, à la psychologie des états dits schizophréniques) publient deux observations dont l’évolution paraît répondre à ce double pro- CESSUS. ) |

La première de ces deux observations ayant le grand mérite de « dénoncer le moment critique où, malgré la conscience très active et parlois même protestataire du sujet, le rêve, morbide, organisé habituellement à l'insu du malade et dans les pro-

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