‹ Valeur du Langage Symbolique Normal et PathologiqueChapitre 32 sur 45 · OBSERVATION I · texte numérisé non relu

OBSERVATION I

Mlle Z..., au moment où on l’examine pour la première fois, présente le tableau clinique suivant : Impuissance intellectuelle non seulement subjective, mais affective, et l'ayant obligée à abandonner tout travail. Pendant des périodes de plusieurs heures elle reste « dans le vague », l’air absent ou absorbé, ne répondant pas aux questions, immobile. Interrogée, elle répond qu’ « elle croit ne penser à rien », mais s'aperçoit cependant que « le temps passe sans savoir comment ». Elle se sent dans un état complet d’abrutissement, arrive à s'isoler la plus grande partie de la journée dans une vague rêverie, et déclare qu'elle a souvent le sentiment de « flotter à la dérive ». Prise parfois d’une terreur apparente, elle paraît réagir par des mouvements d’effroi, puis tombe dans de violentes convulsions suivies d’inconscience assez prolongées; elle dit ne conserver aucun souvenir des représentations apparemment terrifiantes qui doivent la hanter durant la crise. D’autres fois, les crises convulsives font place à des tics multiples, avec mouvements stéréotypés et sans signification expressive nette, qui peuvent durer plusieurs heures. Dans ces moments d’agitation motrice, Mile Z... devient entièrement indifférente à l'entourage, éprouvant seulement parois des sentiments de dépersonnalisation (trouvant le monde extérieur « étrange », lointain, percevant tout « comme en rêve », « comme. si ce n'était pas la réalité »). D'autres fois encore elle accuse des visions hallucinatoires horribles : têtes dans lesquelles sont implantées des épingles, squelettes rampant par terre, un enfant sans tête.….., un diamant qui scintille devant ses yeux et l’obsède..…., et quantité d’autres images qu'elle n’arrive pas à classer ou à désigner. Elle ne ‘tente aucune explication, elle a seulement le sentiment qu'elle finira par sombrer dans l’aliénation mentale.

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L'analyse (MM. Hesnard et Lafforgue) découvre entre autres, que Mile Z... avait contracté à l’âge de neuf ans des habitudes solitaires qui s’accompagnaient de représentation, à ce moment-là intentionnelles et conscientes, dans lesquelles la note sadique dominait scènes de violence où l’on torturait des femmes enceintes qui hurlaient de douleur, ete. Le plaisir organique ressenti dans ces évocations librement acceptées devint si tyrannique par leur répétition qu'elle en arriva à se livrer à son vice imaginatif durant plusieurs années avec une véritable frénésie. Cette pernicieuse culture de la sensualité avait un autre sens : elle ne respectait pas des images familières aux rêves infantiles, telle l’image de la mère.

En grandissant, la fillette élargit le champ de ses évocations; quelques pâles images masculines s’y glissent aux environs de la puberté. Puis, prenant peu à peu conscience des valeurs morales, elle tire de sa honte la force suffisante pour résister sincèrement à son vice, finit: par ressentir pour ses rêves sensuels une profonde horreur et renonce à ses habitudes.

Plusieurs déceptions affectives dans sa vie de jeune fille, une grave maladie, achèvent de la dégoûter de l'existence; elle renonce au mariage « qui la révolte » et se réfugie à nouveau dans ses rêveries. C’est alors, à l’âge de 25 ans, qu'un beau jour une crise la saisit et installe la symptomatologie décrite plus haut. Les analystes insistant pour savoir à quoi pensait Mile Z... durant ses absences, ses rêveries diurnes et ses crises, elle finit par avouer qu'elle est, au cours de ces paroxysmes de la névrose, le jouet de rêves obscurément voluptueux et nettement terrifiants. Ils la reportent en imagination aux « choses horribles » qui occupaient son imagination d'enfant; mais ces scènes de torture autrefois évoquées volontairement, surgissent maintenant d'elles-mêmes, compliquées d'angoisse eb imposées sous la forme despotique du cauchemar, |

Ces déclarations sont faites par la malade à la manière d’un dormeur qui, réveillé, reconstitue d’abord avec effort, puis avec des 6clairs soudains de conscience, les péripéties d’un songe nocturne.

Poussée plus loin, l'analyse apprend encore que c’est au moment précis où, ayant pris conscience de sa personnalité sociale, elle avait renoncé à provoquer consciemment l'apparition de son système :

d'images que commencèrent à se manifester les premiers signes extérieurs d’une constitution mentale défectueuse, -

Quant à la genèse de l’ensemble, images de torture, préoccupations liées à la mère, la voici : à l'âge de 5 ans, la fillette était restée dans une chambre contiguë à celle où accouchait sa mère. Les bruits mystérieux entendus par ee, les hurlements, l'avaient profondément troublée. Très attachée à sa mère elle avait éprouvé pendant toute son enfance une antipathie secrète pour son père.

Enfin pendant toute sa vie, en dehors de sa névrose, la malade avait trahi l’existence en elle d’un antagonisme entre certains de ses sentiments très violents et la personnalité morale très sévère qu'elle s'était imposée en grandissant.

N'épiloguons pas plus avant dans le sens de la Psychanalyse et négligeons la découverte d'un complexe maternel sadique et d’une ambivalence ici très marquée pour nous attacher seulement à ceci

« l'identité apparente du monde imaginaire qui peuplait l'autisme de cette jeune fille et celui de ses rêveries infantiles d’autres part » et à cela :

« le parallélisme assez manifeste du développement de la névrose avec le refus de l’évocation consciente touchant ses imaginations.

Notre étude du Symbolisme doit y trouver son compte.

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