CHAPITRE II
Physiologie et physiopathologie
« Lorsque étendu sur un plan résistant plus ou moins horizontal, sur un plancher par exemple, dans le décubitus dorsal », un sujet sain « fait un effort pour se mettre sur son séant », les talons restent fixés au sol. Le même fait que nous venons de décrire se produit quand « après s'être mis sur le séant, les bras toujours croisés sur la poitrine, notre individu porte le tronc en arrière pour reprendre la position primitive. >» Au contraire, chez un hémiplégique, présentant une grosse contracture, la flexion combinée de la cuisse et du tronc apparaît du côté paralysé, dans ces deux cas. Nous ne reviendrons pas sur la description clinique de ce signe. Ce qui nous importe de savoir maintenant, c’est pourquoi ce phénomène ne s’observe que dans les grosses hémiplégies spasmodiques tandis qu’il fait défaut chez les personnes normales ou dans les cas où la paralysie des muscles : d’une moitié du corps ne s’accompagne d’aucune con-
ARE TE es ER
tracture. Nous allons donc étudier la physiologie normale et pathologique de la flexion combinée de la cuisse et du tronc.
Un sujet sain, placé dans le décubitus dorsal, essaye de se relever: que se passe-t-il ? Pour accomplir cet acte, il va incliner en avant sa colonne vertébrale et son bassin, mais cette inclinaison ne sera possible que si ses fémurs ont été préalablement fixés.
Représentons schématiquement la colonne vertébrale, le bassin et les fémurs par un article composé de deux bras réunis par une charnière. Appelons FO les fémurs et CO la colonne vertébrale et le bassin, O étant le point de jointure c’est-à-dire les deux articulations coxo-fémorales (fig. 1). Dans le décubitus dorsal, les deux segments FO et CO seront horizontaux (fig. 1). Au contraire, dans la station assise CO deviendra perpendiculaire à FO (fig. 2). Pour que notre article vienne occuper cette deuxième position, il faut qu’une force ayant son point d’appui en « et son point d'application en 6 exerce sur CO une traction suffisante pour lui faire accomplir en ‘avant une rotation d’un quart de cercle. Mais si cette même force venait à agir en même temps et en sens contraire sur FO : que se passerait-il ? Les deux segments de notre article se mouvraient ensemble et marcheraient à leur rencontre. Donc dans ce cas, pour que CO tourne seul autour de O il faut que FO résiste à la poussée en avant, il faut qu’il soit fixé (fig. 3).
Les conditions mécaniques que nous venons de po-
alors coro. femoua
AZ É cinnrelebiah. el Pan Qt F O G
Fig. 1 . PREMIERE Position : Deculilis doad.
Fg 4. DEUXIEME POSITION : Os assA£ -
Ce Le 6 (8:
F Se
Vfree de tépshance opposée par B grand fer.
Fig: 3... MJecanime pounal du mouvement.
=: 50 ms
ser se trouvent réalisées dans l’acte qui nous intéresse. On peut, en effet, comparer à la force «6 l’action du psoas iliaque. Muscle situé à la fois dans Ja cavité abdominale et à la partie antérieure de la cuisse, il est constitué comme on sait, par deux faisceaux. « Le faisceau psoas s’insère en haut sur la face latérale de la douzième vertèbre dorsale et des quatre premières lombaires et des disques intervertébraux qui les unissent; de là ses fibres se rassemblent, passent dans la gouttière située dans l'épine iliaque et l’éminence ilio-pectinée, arrivent à la cuisse et se fixent à la face postérieure du petit trochanter à l’aide d’un gros tendon. » Le faisceau iliaque, après avoir pris des insertions multiples sur la fosse iliaque, sur la lèvre interne de la crête de ce même os, sur les épines iliaques antérieures, l’échancrure qui les sépare, enfin, sur la face antérieure de la capsule articulaire de la hanche, suit en bas le même trajet et vient s’insérer à son tour sur le petit trochanter. |
S'il prend point d'appui à son insertion supérieure, le psoas-iliaque fléchit la cuisse sur le bassin, au contraire, s’il s'appuie à son insertion inférieure, il incline en avant le bassin et la colonne vertébrale. « On conçoit qu’un défaut d’immobilisation de la cuisse dans l’acte en question, doive entraver l’inclinaison du bassin en avant et entraîner une flexion de la cuisse sur le bassin. » Or, cette fixation des fémurs nécessaire à la bonne marche du mouvement est physiologiquement réalisée par le grand fessier.
Muscle superficiel de la fesse, il est, on se le rappelle, constitué par une « série de gros faisceaux jux-
Gr
taposés et parallèles dont l’ensemble affecte assez régulièrement la forme d’un losange. Il s’insère à la fois sur la partie externe de la lèvre iliaque, sur le ligament sacro-sciatique, sur l’aponévrose lombaire, sur la crête du sacrum et du coccyx et de là se portant obliquement de bas en dehors, il vient s’insérer sur la crête du grand fessier du fémur. Prenant son
point d'appui sur le bassin, il agit sur la cuisse qu’il
porte en extension. Dans le décubitus dorsal, il l’immobilise en l’appliquant sur le sol.
Les conditions mécaniques, dont nous parlions plus haut se trouvent donc réalisées; Le grand fessier, en fixant les fémurs, entrave l’action du psoas-iliaque et empêche ainsi la flexion de la cuisse sur le bassin. L’immobilisation des fémurs est donc le temps le plus important.
Nous voulons apporter une preuve de plus à nos arguments, preuve expérimentale, que nous avons maintes fois réalisée au cours de nos recherches. Un sujet sain à bonne musculature, un sportif, par exemple, est étendu, sur un plancher, dans le décubitus dorsal, les bras croisés sur la poitrine. À notre commandement, il se mettra avec aisance sur son séant et les talons resteront fixés au sol. Maintenant, après avoir placé ses membres inférieurs à trente ou cinquante centimètres de hauteur, et après lui avoir recommandé de les maintenir dans cette position, demandons-lui de s’asseoir à nouveau. Il ne pourra pas ou il le fera difficilement. Au contraire, si nous mettons à sa portée une chaise ou un objet quelconque sur lequel il puisse reposer ses cuisses ou fixer ses
talons, il parviendra à exécuter ce mouvement et cela pour la simple raison qu’il aura pu immobiliser ses fémurs. |
Nous venons de voir la physiologie normale du premier procédé de recherche de la flexion combinée de la cuisse et du tronc. Le même mécanisme intervient dans le deuxième, quand après s’être mis sur son séant, le sujet porte le tronc en arrière pour reprendre la position primitive. Comme dit M. Babinski « c’est une erreur de croire que le sujet fait simplement contracter les muscles qui inclinent le tronc en arrière. S’il en était ainsi, la partie supérieure du tronc entraîné par la pesanteur viendrait se heurter brutalement contre le sol. L’extension du tronc doit être modérée par la contraction des fléchisseurs qui ne se relâchent que progressivement et cette contraction, pour être efficace, nécessite une immobilisation préalable de la cuisse. »
Ces diverses constatations physiologiques étant posées, nous allons passer à l’étude de la flexion combinée de la cuisse et du tronc, au cours même des hémiplégies spasmodiques.
A l'heure actuelle, tous les neurologistes sont à peu près d'accord pour faire de ce phénomène une syncinésie de coordination. C’est Vulpian qui, le premier, en 1822, avait défini et créé le terme de « syncinésie ». Les mouvements associés ou syncinésies consistent en ce fait qu’un effort musculaire du côté sain provoque un mouvement du côté malade. MM. P. Marie et Ch. Foix divisent ces divers troubles en trois groupes : les syncinésies globales ou spasmodiques, d’imi-
cr