CHAPITRE PREMIER
Valeur des Polypes muqueux
en pathologie générale
(€ Il faut entendre par polypes, disait Levret, vers le milieu du xvrr1° siècle, toute production organique qui se détache par un pédicule plus ou moins large d’une surface muqueuse, quelles que soient d’ailleurs l’origine et la texture de cette production (1). » C’est ainsi que Levret schématisait les caractères communs à un grand nombre de tumeurs, tumeurs aussi variables par leur siège que par leur constitution anatomique et leur évolution.
Les anciens auteurs avaient été frappés de la ressemblance que ces tumeurs offraient avec le mollusque céphalopode connu en zoologie sous le nom de poulpe ou polype de mer et leur avaient donné le nom de polypes.
On trouve dans le dictionnaire de Dechambre, à l’article
(1) Levrer. Observations sur la cure radicale de plusieurs polypes de la matrice, du nez et de la gorge, 1749.
: Polype, que Palucci attribuait la raison de cette dénomination à la facilité qu’ont les excroissances polypeuses de se reproduire une fois qu’elles ont été arrachées, facilité que possède aussi le mollusque marin. Et Paul d'Egine disait des polypes « qu’ils ont la perversité du chancre et envoient des racines dans tous les points, de même que le poulpe de mer saisit et étreint les pêcheurs de ses longs bras ».
C'est ainsi qu’on expliquait les récidives.
Ne devons-nous pas déjà être frappé par ce fait que la dénomination donnée à ces tumeurs par les anciens auteurs soit précisément basée sur leur tendance à la reproduction ? N'est-ce pas la preuve que le traitement commun, la ligature, qu'on appliquait à ces tumeurs, n’était souvent qu’une thérapeutique palliative, et laissait persister la lésion causale, permettant la récidive du polype ?
Il est évident que l’on englobe sous la dénomination de polypes différentes sortes de tumeurs, ayant des caractères très variables et une constitution anatomique qui n’est pas toujours la même. La seule variété dont nous ayons à nous occuper est constituée par les polypes dits muqueux.
Les polypes muqueux peuvent exister sur toute surface muqueuse : ils sont fréquents sur les muqueuses pituitaire et respiratoire supérieure et bien connus des spécialistes : polypes muqueux des fosses nasales, du sinus maxillaire, des choanes, du larynx. Plus rares, ils existent pourtant sur la muqueuse de l'oreille moyenne : polypes du conduit auditif externe.
L’intestin dans ses différents segments peut être le siège de telles tumeurs : polypes muqueux de l’œsophage, de l'estomac, de l'intestin, du rectum.
Le revêtement de l'appareil excréteur urinaire n’en est pas exempt : polypes muqueux de la vessie, de l’urètre.
Enfin ils sont assez ‘fréquents sur l'appareil génital de la femme : polypes muqueux du corps de l'utérus, du col de l’utérus, de la trompe : ce sont ceux que nous étudierons dans le chapitre suivant.
Nous voulons auparavant dans une étude rapide montrer quels sont les caractères, et les conditions évolutives, des polypes muqueux non génitaux et montrer surtout quelle valeur séméiologique on leur accorde en clinique.
A. —- Les polypes muqueux
en Oto-Rhino-Laryngologie
1° Polypes de l'oreille. — II est admis dans tous les traités que les polypes de l’oreille ne constituent pas une affection autonome. Ils sont presque toujours symptomatiques d’une otite moyenne suppurée ancienne et négligée. Ce n’est que par exception qu'ils se développent en dehors de toute inflammation suppurative de l'oreille moyenne, sur les parois du conduit préalablement altérées par le contact d’un corps étranger, la présence d’un furoncle, etc. L'existence d’un polype doit donc faire diagnostiquer d’emblée une lésion de l’oreille moyenne, sauf contrôle ultérieur.
Il est vrai que sous la dénomination de polypes se groupent des tumeurs variées : granulations, angio-fibromes, fibromes et myxomes.
= Ils se reconnaissent à la présence dans le conduit d’une masse blanc-rosée, plus ou moins dure, mobile, qui saigne souvent soit spontanément, soit par un léger traumatisme :
aussi les petites hémorragies après les injections doivent-
elles faire soupçonner la présence de polypes dans l'oreille moyenne.
Ces excroissances d’abord enfermées dans la caisse, sortent par les perforations tympaniques en raison de leur développement progressif.
Les polypes doivent être enlevés, parce qu'ils entretiennent la suppuration, parce qu’ils favorisent la stagnation du pus et enfin parce qu’ils opposent un obstacle au traitement des parties malades. En effet, il ne faut pas s'attendre ‘à voir l’ablation du polype suivie immédiatement de la cessation de l'écoulement, parce que les polypes sont généralement symptomatiques d’une lésion osseuse ou d’une otite qu’il faut traiter efficacement par les moyens habituels, parfois même d’un cancer de la caisse.
Telles sont les notions actuellement couramment admi-
ses pour ce qui concerne les polypes de l'oreille (1).
2° Polypes muqueux des fosses nasales. — C'est une maladie très commune pour ceux qui pratiquent la rhinoscopie. Les variétés de polypes sont nombreuses depuis le polype unique, minuscule, latent, jusqu'aux polypes volumineux et multiples qui débordent et par les narines et par les orifices postérieurs des fosses nasales.
Leur développement est lent. Quand ils ont atteint un certain degré, il s'établit un écoulement nasal muqueux ou muco-purulent.
Toutes les hypothèses ont été soulevées au sujet de la cause de cette affection ; un seul fait est à retenir, c’est qu'elle est le résultat d’une irritation mécanique ou inflammatoire d’origine variable.
() Lermoyez, Bouray et HAuTANT. Traité des affections de l'oreille, tome METMD Morse
La plupart des polypes siègent dans le méat moyen, près de l'ouverture du sinus frontal.
« La constatation de polypes du nez ne constitue pas ur diagnostic complet. Les polypes ne sont souvent qu'un épiphénomène greffé sur une altération osseuse où accompagnant une sinusite de l’une des cavités accessoires (1). »:
Les polypes muqueux occupent généralement les deux: cavités nasales : on voit rarement un polype unilatéral.
Quant aux polypes muqueux des choanes, ils ont la plupart du temps une origine intrasinusale, et s'accompagnent d’autres polypes muqueux du nez.
Donc sans admettre la théorie trop exclusive qui dit : Pas de polypes sans sinusite, la majorité des auteurs s’accordent à reconnaître la coexistence fréquente des deux affections.
B. — Les polypes muqueux du tube digestif
La muqueuse digestive peut également être le siège de: formations polypeuses sur toute son étendue. C’est ainsi que l’on a décrit des polypes de l’œsophage, de l’éstomac, de l'intestin et du rectum. |
En ce qui concerne l’œsophage et l'estomac, on a affaire à des tumeurs bien particulières et qui sont d’ailleurs des. raretés aussi bien anatomiques que cliniques.
Il n’en est pas de même au niveau du gros intestin ; là la muqueuse est assez fréquemment le siège de polypes: muqueux, pédiculés ou sessiles, présentant histologique-
ment la structure d’un adénome.
(1) J. GareL. Diagnostic et traitement des maladies du nez, p. 253.