AO TE
Nous choisirons quelques exemples recueillis au cours de nos recherches bibliographiques.
F. Cathelin (1) a présenté en 1898 à da Société anatomique de Paris des pièces prélevées à l’autopsie d’un enfant, et sur lesquelles on constatait la présence de polypes muqueux du cæcum et des trois côlons à côté de lésions nettes d’appendicite chronique hypertrophique.
Quelle que soit d’ailleurs l'interprétation pathogénique que l’on admet dans ce cas, qu’il s’agisse de tuberculose Gu d’inflammation banale, il n’en est pas moins intéressant de constater la coexistence des polypes muqueux et des lésions appendiculaires.
Il est d’autres cas pouvant prêter à discussion, mais qui sont généralement interprétés de façon diverse. Nous voulons parler de la polypose recto-colique coexistant avec un néoplasme.
Il est évident que dans certains cas la polypose rectocolique semble bien avoir précédé le développement de la tumeur cancéreuse et qu'il n’y a là qu'un cas particulier de la loi générale du développement du cancer sur une adénome préexistant. Ainsi doit être interprété le cas que Lardennois et Mondor (2) ont présenté à la Société anatomique de Paris en 1913. Sur un segment intestinal long de quarante centimètres et extirpé par' voie abdominopérinéale, coexistent un adéno4carcinome de l'ampoule rectale et une quantité de polypes pédiculés à structure adénomateuse. On peut noter la même coexistence sur
la préparation dont se sont servis Roussy et Leroux (3)
(x) F. CATHELIN. Bulletin de la Société anatomique, 1898, p. 487.
(2) LarDENNois et Monpor. Bulletin de la Société Anatomique, 1913, p. 231. M 231
(3) Roussy et Leroux. Diagnostic des tumeurs, p. 119, fig. 17.
dans leur ( Diagnostic des tumeurs » : à côté d’un polype bénin du rectum se voit un bourgeon épithéliomateux qui permet de penser qu'il s'agit de transformation maligne de l’adénome en cancer:
Mais dans d’autres cas, il s'agit non plus de polypose multiple, affection particulière, mais de polypes muqueux isolés au voisinage d’une tumeur souvent infectée et l’on peut se demander si le petit adénome n’est pas consécutif
dans son développement à l’évolution de la lésion cancéreuse.
Nous avons eu personnellement l’occasion d'examiner
histologiquement deux cas qui peuvent rentrer dans cette catégorie :
1° Femme de 46 ans. Diagnostic clinique : cancer du cæcum.
Intervention, le 11 juin ‘920 (MM. Tavernier-Michon). — Laparotomie droite : on trouve une tumeur du volume d’un œuf siégeant à l’union du cæcum «et du côlon ascendant. Résection du cæcum et janastomose termino-terminale du grêle dilaté et du côlon ascendant.
A l'examen de la pièce, on découvre tout près de la tranche de section supérieure une petite tumeur pédiculée de la grosseur d'un haricot.
L'examen histologique (Michon). montre un épithélioma atypique au niveau de la tumeur cæcale principale ; quant à la petite tumeur pédiculée, elle a la structure d’un adénome.
2° Commandant X. Cancer du rectum.
Intervention, en juillet 1920 (MM. Tixier-Leriche). — Amputation périnéale. Sur la pièce on trouve à côté d’une vaste tumeur ulcérée du rectum un petit polype muqueux.
L'examen histologique (Michon) montre la nature épithéliomateuse de la tumeur principale, tandis que la petite tumeur pédiculée a tous les caractères d’un adénome.
Quelle que soit d’ailleurs l'interprétation que l’on donne à ces faits, que l’on admette la transformation de la
Re
tumeur bénigne préexistante en tumeur maligne ou que l’on croie au développement ultérieur du polype adénomateux, réaction inflammatoire de la muqueuse au contact d’une tumeur infectée, il n’en reste pas moins vrai qu’en pratique la coexistence des deux tumeurs est possible et que la découverte d’un polype muqueux rectal ou sigmoidien doit faire rechercher le cancer sus-jacent.