X. Malheureusement les troupes de Kellermann étaient
^ Monit. du 19 octobre, et Posselt, Taschenhuch fur die neuste Geschichte, 179-4, t. I, p. 117, loue fort ce t trait touchant de grandeur d'âme » (ein rùhrender Zuj^ vou Edelmuth).. Lormier, dit Kellermann dans son rapport, était un officier distingué de toutes les manières.
' Lettre du 26 septembre publiée dans le Courrier des 83 départements, t
2 Dumouriez, Mém.^ I, 290.
entassées près du moulin de Valmy ; ce rassemblement si maladroit, observe le général PuUy, non seulement gênait le service de Tartillerie, mais nous coûtait beaucoup de monde. Vers deux heures*, un obus, parti de la Lune, fit sauter trois caissons. Le fracas de l'explosion fut terrible; il retentit sur tout le champ de bataille et fut suivi d'un grand cri, puis d'un profond silence. L'artillerie française se tut pendant dix à douze minutes; des jets d'une fumée épaisse s'élevaient au dessus du moulin ; comme par instinct, les canonniers prussiens suspendirent leur feu.
Kellermann assure, dans son rapport du 21 septembre qui fut inséré dans le Moniteur et lu devant la Convention, que l'explosion a fait perdre à ses troupes des rangs entiers, mais qu'elles n'ont pas sourcillé ni dérangé leur alignement. Le mémoire qu'il rédigea plus tard révèle la vérité. Les caissons étaient trop rapprochés de l'infanterie; la première ligne* recula; le désordre se mit dans deux anciens régiments allemands au service de France, Salm-Salm et Nassau (62® et 96«) commandés par les colonels Ruttemberg et Rewbell * ; les conducteurs du train d'artillerie, qui n'étaient alors que des charretiers sans discipline, s'enfuirent en toute hâte; ce fut, reconnaît le général, un instant très critique.
Massenbach voyait de la Lune cette scène de confusion. Il crut la bataille gagnée. Il court à bride abattue vers le duc de Brunswick. Charles-Ferdinand se tenait devant le premier rang de l'infanterie, calme, impassible, sans qu'on pût remarquer sur son visage la moindre trace de l'émotion qui agitait son cœur. C'était bien, dit Massenbach, le Mornay de Voltaire * :
* Kellermann dit « après dix heures » ; tous les témoiprnap^es prussiens placent l'explosion des caissons dans le courant de l'après-midi ; Massenbach dit Qu'elle eut lieu vers trois heures et demie ; Minutoli, à deux heures ; le prince royal et Strantz, après une heure ; cp. la Geschichte der Kriege in Europa. I, 71.
* G^est-d-dire en réalité les troupes qui formaient la seconde lifçne de l'ordre habituel de bataille, les troupes que commandait Muratel.
3 On trouve ce détail dans la Vie anecdoiique de Louis-Philippe^ p. 62.
* Cp. Invasion prussienne j 127-128, le périrait de Brunswick et les vers de la Henriade que lui applique Massenbach. Le duc, ainsi que
Incapable à la fois de crainte et de fureur,
Sourd au bruit des canons, calme au sein de Thorreur.
Il prie Brunswick d envoyer sur la hauteur de la Lune des renforts d'artillerie et d'infanterie, et de diriger de ce point Tattaque contre le moulin. Le major était hors de lui ; <r. si jamais homme a parlé avec une langue de feu, ce fut moi en ce moment : a A l'endroit où vous êtes, Excellence, on ne peut voir la position ennemie, on ne la voit que de la Lune. » — « Allons », répond Brunswick et, suivi de Massenbach, il se dirige vers la hauteur.
Mais déjà tout avait changé de face. Au moment où les caissons éclataient, Kellermann surveillait avec d'Aboville l'installation d'une nouvelle batterie, qui devait attirer le feu des ennemis et soulager par cette diversion les troupes postées près du moulin. Au bruit de l'explosion, il accourt; il arrête de la voix et du geste la première ligne qui se retirait; il s'efforce de la remettre en bon ordre. Bientôt le tumulte cesse ; l'infanterie reprend son aplomb et se reforme; les cavaliers démontés se placent dans ses rangs, la carabine sur l'épaule ; le duc de Chartres amène deux batteries d'artillerie légère, celles de la 3« et de la 6° compagnie, qui s'établissent, en avant de la première ligne, à l'ouest du moulin. La canonnade, un instant interrompue, recommence avec intensité, et c'est alors qu'elle se fait entendre dans toute sa force. La terre, assurent tous les témoins de l'action, tremblait au sens le plus vrai du mot. Une grêle de projectiles tombait au milieu des Prussiens. Le vieux capitaine Ostendorf était tué près de sa batterie. Un ami de Massenbach, Radecke, avait le pied fracassé par un boulet : « je le vis tomber, dit le major, et je pensai : il n'en peut être autrement, que d'autres tomberont encore aujourd'hui ! » Le premier aide-de-camp de Hohenlohe, Boguslawski, était à côté de Massenbach; une émotion profonde saisit les deux officiers ; au milieu de l'effroyable canonnade qui menaçait leur vie et couchait par
le roi et ses fils, dit Gaiidy (p. 17), furent toujours à Pendroit où Iq danger était le plus grand.
terre leurs camarades, lis s'embrassèrent en se jurant une éternelle amitié; ce spectacle, s'écrie le major, élevait les cœurs* !
Cependant Brunswick était sur la hauteur de la Lune. Allait-il tenler de nouveau la chance et entreprendre une seconde attaque? Profilerait-il de rapproche des Autrichiens de Glerfayt qu'il venait d'appeler en toute hâte sur le champ de bataille ? Mais le duc vit les Français encore fermes à leur noste; il vit leur artillerie redoubler la violence de sonneu ; il vit dans la plaine, au pied de la butte, entre Orbeval et l'Auve, les dragons, les chasseurs, les carabiniers mettre pied à terre et, parmi les boulets qui venaient s'enfoncer dans la terre vaseuse et mourir à leurs pieds, donner tranquillement Tavoine à leurs chevaux ; il se tourna vers les officiers qui Tenlouraient : « Voyez, Messieurs, à quelles troupes nous avons affaire ; ces Français attendent que nous soyons sur eux pour monter à cheval et nous charger * I »
Sa résolution était prise. Il manda le lieutenant- colonel Manstein et causa quelques instants avec lui sur la grande route. Il fallait, avant de convaincre le roi, convaincre l'aide-de-camp qui possédait sa confiance. Bientôt après arriva le monarque, suivi de Nassau-Siegen. Frédéric-Guillaume et Brunswick s'entretinrent .avec vivacité. Grawert, Hohenlohe, Manstein, Nassau s'étaient groupés autour d'eux. On avait fait signe aux officiers del'état-major de rester à l'écart. Un conseil de guerre se tenait en plein air et au bruit du canon, près de l'auberge de la Lune. Brunswick prononça le mot décisif : Hier schlagen wir nicht, « ce n'est pas ici qu'il faut se battre ». Hohenlohe, Grawert, Manstein approuvèrent le duc. Le roi céda. Charles-Ferdinand parlait avec énergie, sur un ton d'autorité qu'il n'avait encore pris dans aucune circonstance. Il affirma que la bataille serait perdue, et que, môme gagnée, elle était aussi funeste
* Ein herzerhebendes Schauspiel ; cp. le mot de Caraman, p. 15 ; < le spectacle le plus imposant >.
> Mallet du Pan. I, 323-324; Fersen,II,60. Cp l'aveu de Nassau- Siegen, 353 : « Nous avons été à môme d'observer que cette cavalerie tenait parfaitement bien au feu de notre canon. *
qu*une défaite. Cette conviction, rapporte un de ses confidents , fut le ferme rocher où 11 s'appuya dans cet orage.
Nassau-Siegen , exaspéré , tente un suprême efiTort. Suivi de quelques émigrés', il avance sur la route et agite un mouchoir blanc. Des chasseurs français étaient à quelque distance ; Tun d'eux se détache; il déploie son mouchoir, de môme que Nassau ; il accourt au galop, si près de la maison de la Lune et du groupe royal que Massenbach et ses compagnons, craiguant pour la vie de leur souverain, se jettent à sa rencontre. Le chasseur cause avec Nassau : mais bientôt il pique des deux et disparait. Ce fut la seule tentative d'embauchage que firent les émigrés dans la journée de Valmy; pas un soldat français ne déserta ; pas une âme, dit un Prussien, ne vint à nous *.
XL Pendant que celte scène dramatique se passait à l'aile droite de Tarrnée prussienne, et que Brunswick renonçait pour la seconde fois à l'attaque du moulin, le lieutenant-général Kalkreuth canonnait le mont d'Yvron •. Il disposait d'une seule batterie dirigée par le lieutenant Hahn. Mais durant quelque temps elle fut hors de portée et trop loin de ITvron pour faire urt mal sérieux à l'ennemi. Hahn la poussa plus avant, à cinq cents pas du monticule qu'il occupait d'abord. Mais sur l'Yvron comme sur la butte de Valmy, l'artillerie française riposta vivement au feu des Prussiens.
Pourtant, à la fin de la journée, quelques pièces étaient démontées, et les munitions faisaient défaut, lleureuse-
1 Sans doute Caraman, Sombreuil, Bombelles, Heymaun.
* Massenbach, Mém.^ I, S9-90 ; Minutoli, der Feldxug, 251 ; Magazin der neuesten Kriegsbegebenheiten, II, 89 ; Laukhard, 111, 160; (jaudy, 20.
3 Minutoli, der Feldzug^ 252-253. Kalkreuth avait sous ses ordres la cavalerie du prince de Wurtemberg; c/étaient les réfçiments qui focmaient l'aile gauche de l'armée : cinq escadrons de Wolfradt (hussards), les dragons de Bayreuth et de Tschiersky, les cuirassiers d'Ilow. Le lieutenant Hahn, qui commandait la batterie, reçut Tordre pour le mérite. (On remarquera que tous les chefs de l'artillerie, Ostendorf, Menz, Decker, Hahn, semblent être des plébéiens ; comp. Invasion prussienne, 96j,
ment la nuit tombait; les Prussiens ne purent profiter de leur avantage, et d'ailleurs l'avant-garde de Stengel, renforcée par les vieilles troupes du camp de Maulde, avait essuyé la canonnade avec la môme constance et le môme sang- froid que Tarmée de Kellermann sur le tertre voisin. Beurnonville passait de rang en rang; « enfants, dit-il, asseyez- vous, le danger sera moins grand. » Mais personne ne s'assit, et on répondit au général : « Vous êtes bien à cheval 1 » Un jeune soldat demanda la permission de se porter sur le front des troupes pour embrasser son frère qui venait d'ôtre tué ; lorsqu'il revint à son poste, en essuyant ses larmes, il cria : a Vive la nation * / »
On oublie ordinairement dans les relations du combat du 20 septembre la résistance des Français qui gardaient le mont d'Yvron et empochèrent Kellermann d'être pris à revers ; on ne connaît et ne cite que le moulin de Valmy ; Kellermann, qui tire tout de son côté et s'attribue l'entier honneur de la journée, nomme à peine Stengel dans son rapport *. Mais un officier d'élat-major qui ne cessa de porter des ordres durant l'action, Belliard, déclare que Stengel se conduisit vaillamment et en homme habile. Lorsque le brave soldat fut traduit l'année suivante devant le tribunal révolutionnaire, son compagnon d'armes, le colonel Frége ville, lui rendit un hommage mérité. « Au 20 septembre, disait Frégeville, Stengel commandait une division de huit mille hommes avec laquelle il s'empara d'une hauteur qu'il était si important de posséder que, sajis cela> les Prussiens
' Monit, du 16 octobre, lettre de Tarinfie de Kellermann.
* « Les troupes commandées par M. Stengel, maréchal de camp, que M. Dumouriez avait envoyées, ainsi que M. Chazot, lieutenantgénéral, pour renforcer mon armée, se sont brillamment conduites >. Aussi Beurnonville écrivait-il à Dumouriez que < Kellermann n'avait pas oublié les louanges pour son afmée ; je n'en demande point pour moi, ajoutait -il, mais dites quelque chose pour votre avant-garde à mes ordres ; elle Ut, elle verra avec plaisir que vous ne l'oubliez pas » (Ternaux, IV, notes, 545). Môme dans le mémoire rédigé plus tard, Kellermann se contente de dire, sans entrer dans aucun déiail et sans prononcer le nom du mont d'Yvron, que t le général Stengel ei le colonel Dumesnil. actuellement général de division (c'est le colonel du 54* régiment ci-aevant Royal-Houssillon), se sont conduits avec la plus grande distinction >. •
pouvaient mettre toute notre' armée en déroute, et là' il se comporta avec tant de bravoure et de talents militains qu'il fut un de ceux qui coopérèrent le plus efficaoetnent à la retraite de Tennemi ». Stengel lui-même, rappelant au tribunal ses services passés et la défense de rYyroa, s*écriait : a Le 20 septembre, nous repoussâmes les Prussiens dans une retraite dont Tissue, si elle avait été malheureuse, aurait nécessairement décidé du sort de Paris et de la France. Qu'ai-je fait ? Demandez-le au général Dumouriez. Demandez-le au 54^ au 83<» régiments ci-devant Roussillon et Foix, demandez^le au 40® et au 44' régiments de chasseurs, à la compagnie des Quatre Nations, demandez-le à vingt-deux escadrons des chasseurs, hussards et dragons ! Tout ce monde vous dira que la position de la côte d*Yvron que j'ai choisie, que la belle résistance des troupes que j*ai commandées et la contenance fière qu'elles ont tenue, alors même que notre artillerie revenait, après avoir usé toutes ses munitions, sont la cause principale de cette importante journée. Nous sommes modestes, et ni mon avant-garde ni moi n'avons réclamé contre, lorsque les relations de cette affaire paraissaient oublier la juste part de gloire qui nous en revenait * 1 »
XII. La journée s'écoulait, et la bataille restait ce qu'elle était depuis le matin, un duel d'artillerie. Qu'on lût, ou uon, exposé au feu, lisous-nous dans le journal de Goethe, on n'avait d'autre rôle que celui de spectateur et d'auditeur; aucun des deux partis ne changeait sa position et personne ne savait ce qui résulterait de cette canonnade qui, tantôt se ralentissait, tantôt se
^ BeWÏBvà, Mém., I, 76 ; arch. nat., W, 272, dossier 41, p. 20, déposition de Fréfi:eville ; p. 26, Stengel au président (imprimé, p. 3-5). « C'est à vous que nous devons le succès de la journée d'hier, écrivait Dumouriez à Stengel le 21 septembre, remerciez de la part de la nation et de la mienne vos troupes qui se sont conduites héroïquement et particulièrement la compagnie des chasseurs de Paris (la compagnie des Quatre Nations; qui, n'ayant jamais fait la guerre, auraient pu marquer de l'étonnement. Avec de pareilles troupes nous devons battre les esclaves du Nord. » (Dumouriez à Stengel, 21 septembre. Papiers de Dumouriez. Arch. nat. F 7 4598.)
rallumait avec plus de vigueur, et durait toujours, semblable à un feu de peloton *.
Enfin, à quatre beures, Brunswick fit un mouvement. Il n'avait pas vaincu les Français, mais s'il s'établissait fortement en travers de la grande route, il les coupait de Ghâlons et de Paris. Sur son ordre, les trois régiments de Brunswick, de Waldeck et de Tbadden qui formaient la moitié de la première ligue, franchirent la chaussée et se postèrent près de la Lune, en face d'Orbeval et de Gizaucourt; les trois régiments de hussards, Eben, Kôhler, Wolfradt, couvraient le flanc droit de cette infanterie. Kellermann s'imagina que les Prussiens voulaient l'attaquer ". Tl fit une seconde allocution à ses « braves frères d'armes » et donna l'ordre à son artillerie de ne tirer qu'à bonne portée, afin d'ébranler plus sûrement la tète des colonnes ennemies. On lui répondit par de nouveaux cris d'allégresse « Vive la nation! Vive notre général I » On éleva, comme trois heures auparavant, les chapeaux sur les baïonnettes et sur les sabres. Toute l'armée, fière de son altitude, convaincue qu'elle avait déjà fait reculer Tassaillaut, fatiguée, selon le mot de Kellermann, d'être tirée de but en blanc, attendait avec impatience l'assaut des Prussiens. L'artillerie redoubla son feu ; vingt-quatre pièces de canon étaient alors installées près du moulin de Valmy; elles tirèrent à pleines volées. Mais l'ennemi ne faisait qu'une simple manœuvre; on crut. qu'il se retirait encore; il opérait une conversion à droite et s'établit à la Lune avec le même calme méthodique, la môme régularité de mouve-
* Gœlhe, Camp, de France^ passim.
* D'après toutes les relations allemandes, sans exception, les colonnes u'altaque ne se sont ébranlées qu'une seule fois. Kellermann seul assure qu'elles s'ébranlèrent deux fois, « l'ennemi a deux fois ébranlé quatre colonnes d'infanterie pour achever l'affaire, et chaque lois il a lait halte et replié ses troupes » (leltre confidentielle à Servan, du 21 septembre) ; < après quatre heures, deux colonnes se dirigèrent encore vers le moulin de Valmy. . . cette l'ois Kennemi s'arrêta a une
f)lus grande dislance que le matin. . . le désordre s'y mit ; la fierté de 'armée française redoubla leur frayeur ; elles se rétirèrent 'avec plus de précipitation que le matin, et laissèrent beaucoup d'hommes et de chevaux sur le champ de bataille •. (Mémoire ) Pully dit simplement : < Les ennemis parurent plusieurs fois s'ébranler pour nous attaquer et ils menaçaient de nous tourner par notre ga<ache. *
220 YALMT
ments, le même ensemble que s*il défilait sur un champ de manœuvres*.
Le soir venait. La canonnade cessa peu à peu. Des deux côtés on n'avait plus de munitions que pour une seule bataille. Si j'ai encore une affaire, disait Kellermann, elles me manqueraient totalement. Tempelhof, courant de batterie en batterie, comme un furieux, criait aux officiers de l'artillerie : « Que diable I ne jetez donc pas votre poudre aux moineaux'! • Entre cinq et six heures, expiraient les derniers feux.
Clerfayt ne parut qu'à la fin de l'action. Il avait campé l'avant -veille à Vouziers et la veille à Manre ; il voulut de là se porter sur Somme-Suippes. Mais une patrouille de hussards lui conta qu'on voyait à Somme-Suippes un camp de quarante mille Français. Clerfayt envoya tout exprès son quarlier-maitre-général, le colonel Schmidt, en reconnaissance. Schmidt annonça qu'il n'y avait pas à Somme-Suippes un. seul ennemi et les Impériaux allaient s'ébranler lorsque des paysans de Manre assurèrent à Clerfayt que l'armée française approchait. Clerfayt envoya de nouveau un officier de hussards à la découverte, et tout le corps autrichien, le fusil au pied, attendit de minuit à trois heures du matin, sous une pluie battante, Tordre de se mettre en mouvement. Au retour de rolficier, le feldzeugmestre, convaincu que la route était sûre, partit en laissant à Manre ses bagages, de même que les Prussiens avaient laissé leurs équipages à la ferme des Maisons de Champagne II atteignit Somme-Suippes à neuf heures; mais la il recevait de Brunsv^ick l'ordre de marcher sur La Croix-en-Champagne, pour couvrir le flanc droit de l'armée prussienne. Il s'engagea dans de mauvais chemins et ne fut à La Croix-en-Ghampagne qu'à quatre heures du soir. Il y
* Le 20 septembre, observe ironiquement Valentini (p. 7}, était l'époque des manœuvres d'automne de Potsdam.
* Kellermann à Servan, 21 septembre (arch. guerre) ; Massenbach, Mém.^ I, 100; le major prussien nous raconte que Tempelhof n'avait fait emporter dans PArgonne, à la suite de l'armée, que le tiers des munitions de guerre ; les deux autres tiers étaient restés dans les parcs d'artillerie , et à Luxembourg, et à Longwy, et à Verdun ; chaque batterie n'avait en moyenne que 1248 coups à tirer.
22a VALMY
enterrement anticipé. Les artilleurs fournirent des outils, les fosses furent creusées, et les officiers de Weimar s'y couchèrent, enveloppés de leurs manteaux. Gœthe avait traité le matin avec un chasseur qui devait lui prêter durant trois nuits consécutives, au prix d'un franc par nuit, une bonne couverture de laine ; il la réclama, la roula autour de son corps, et dormit avec autant de douceur qu'Ulysse sous le manteau d'Euraée *.
Mais les soldats n'avaient ni couverture, ni manteau pour se défendre contre la bise et la pluie. On leur avait donné l'ordre de mettre leurs fusils en faisceaux et de bivouaquer, comme la veille. Ils allumèrent de grande feux avec la paille qu'ils trouvèrent à la Lune et à Maigneux ; ils brûlèrent les peupliers de la grande route et les chariots d'un convoi français qui venait de Châions, et que les hussards avalent enlevé dans la journée. Mais, tout en se chauffant à la Ûamme des brasiers, ils restaient exposés à l'averse et au vent glacial qui souffla toute la nuit; on était, dit un témoin, à la fois rôti et gelé. Quelques-uns, tombant de lassitude, s'endormirent sur la terre humide et se relevèrent l3 lendemain malades ou perclus.
On ne prit aucune nourriture, car les vivres comme les tentes étaient restés aux Maisons de Champagne. Le prince royal s'estima fort heureux d'obtenir du général Wolframsdorf un verre de vin blanc. Gœthe avait conservé précieusement une des bouteilles qu'il avait trouvées la veille dans une cave de Somme-Tourbe, et un hussard lui vendit un morceau de pain. Un prince qui s'était caché pendant la bataille dans la maison de la Lune, fit une omelette au roi de Prusse. Mais le reste de l'armée jeûna, et l'on vit les soldats assis au bivouac, ramassés sur eux-mêmes, les coudes sur les genoux et la tête dans les mains, comme pour étouffer les tourments de leur estomac. Tout manquait en ce triste et aride endroit. Les blessés, consumés par la soif, demandaient vainement une goutte d'eau. On les avait transportés dans la ferme de Maigneux, où ils gisaient,
1 Strantz, 101 ; Rémin,, IGO ; Masscnbach, I, 93-94 : Gœthe. 8R cl 94.
étendus sur des gerbes de blé, entre les mains de fraters ignorants et maladroits *. On crut un instant qu'ils seraient abandonnés sans secours, la pharmacie militaire étant demeurée, avec tout le reste, aux Maisons-de -Champagne. Heureusement on découvrit de la charpie et des médicaments dans les chariots du convoi dont les hussards s'étaient emparés.
L'armée était mêlée comme dans une déroute. Pour mieux masser ses régiments et les avoir sous sa main, Brunswick les aval' fait reculer de quelques pas. Mais la nuit tomba pendant ce mouvement. Les troupes, se croisant et s'entrechoquant dans l'obscurité, se confondirent. Le prince royal ne savait plus où était le bataillon des grenadiers de Vittinghoff, et ne le retrouva que dans la matinée du lendemain. Le désordre était si grand que pour la première fois, en présence des ennemis, on ne donna pas le mot d'ordre.
Pas un officier qui ne fit d'amères réflexions et n'eût conscience de la défaite*. « Le vieux Fritz, s'écriait Wolfradt dans son langage soldatesque, n'aurait pas fait ainsi. Que diable! pourquoi sommes-nous venus ici, si nous ne voulons pas nous battre? Frais poissons, bons poissons 1 Nous sommes vaincus ! Vous verrez comme ces gaillards-là vont lever la crête ! » Wolfradt exprimait tout haut les sentiments de l'armée : elle comprenait qu'elle avait perdu son prestige; elle songeait aux raiHeries de l'adversaire et à l'étonnement de l'Europe; accoutumée aux succès et fière de sa gloire passée, elle était à la fois surprise et consternée à l'idée qu'on ne la regarderait plus comme invincible. Le matin, dit Goethe, on ne doutait pas d'embrocher tous les Français et de n'en faire qu'une bouchée ; le soir, chacun allait devant soi, on ne se regardait pas, et, si Ton s'abordait, c'était pour maudire l'expédition. Les compagnons du poète lui demandèrent ce qu'il pensait de l'affaire. « De ce lieu, répondit-il, et de ce jour date
* Voir sur le service sanitaire de l'armée des alliés Invasion prussienne, 107-108 ; Rémin., 160 ; Massenbach, I, 110-111 } Gœthe, 93 ; Témoin oculaire, II, 113.
* Niederlage, dit Massenbach.
une nouvelle époque dans Thistoire du monde, et vous pourrez dire : j'y étais ». Il prévoyait que la France ne se bornerait pas à détrôner son roi et à chasser l'étranger, mais qu'elle déborderait sur l'Europe; 11 devinait la force irrésistible de la Révolution victorieuse. Ses amis ne voyaient dans la bataille de Valray qu'un échec à réparer et une revanche à prendre ; c'était, aux yeux de Gœlhe, un de ces événements qui changent le cours de l'histoire. Massenbach fit la môme prophétie : le 20 septembre, affirmait-Il, donne au monde une autre face ; c'est le jour le plus important du siècle *.
Brunswick partageait la tristesse et l'abattement de sou armée. Caramau entra dans sa chambre au milieu de la nuit. Le duc était assis au coin du feu, la tête couverte d'ua bonnet, dans l'attitude d'un homme affaibli qui ne peut supporter le poids d'une pensée douloureuse. Il accueillit Garaman avec sa courtoisie ordinaire et l'entretint longtemps au milieu d'un profond silence que troublaient parfois les gémissements des blessés entassés dans la chambre voisine. Il avoua qu'il était surpris de la résistance qu'il avait rencontrée. Il regretta que le roi de Prusse se fût eogagé dans une diflicile entreprise ; il n'avait plus, disait-il, à sa disposition qu'une armée de quarante mille hommes décimée par la dysenterie ; il allait se trouver isolé au milieu d'un pays que l'ennemi avait déjà occupé et mangé ; les chemins étaient mauvais ; il serait presque impossible d'ussurer le service des subsistances. « Il parlait, raconte Garaman, avec une sorte d'effroi de sa responsabilité ; j'essayai vainement de combattre ses tristes impressions ; je n'avais plus moi-même que de bien faibles espérances et, lorsque je le quittai, je le laissai de plus en plus pénétré des sinistres prévisions qui assiégeaient son esprit*. »
Pour comble de disgrâce, on apprit le lendemain que les Français de Le Veneur et de Duval avaient failli s'emparer, pendant la canonnade, de la ferme des Maisous-de-Ghampagne. Ils avaient pris quelques fonction-
* Gœthe, Camp, de France, 93; Masseabach, Mém.f 1, 94. ' Garaman, Mim.^ 16-17.
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de Cbâlons ; ils pouvaient déborder sa gauche, se porter sur les hauteurs de Dampierre et de Voilemont, lui couper ses communications avec le chemin de Vitry-le- François, le seul qui fût désormais ouvert. Inquiet, hésitant, Kellermann envoya chercher Dumouriez pour lui demander conseil. La conférence eut lieu, entre sii et sept heures, dans la chétive maisonnette qui dépendait du moulin. Cette cabane, composée d'une pièce unique, ne renfermait qu'une seule chaise occupée par un grenadier qui paraissait dormir. Dumouriez entra et frappant sur Tépaule du soldat: • Allons, camarade, ditil, il faut nous céder la place » ; le grenadier tomba de la chaise ; il était mort *. Les généraux tinrent un conseil de guerre. D'Aboville proposa d'évacué/ le soir même TYvron et Valmy. L'avis, rapporte le général Pully, était bon et heureux; il fut adopté. On résolut que Tarmée de Kellermann passerait TAuve durant la nuit et appuierait sa droite à Dampierre et sa gauche à Voilemont; on aurait devant soi la rivière et les marais ; on menacerait le flanc droit des ennemis s'ils marchaient sur Ghâlons; on pourrait les devancer s'ils demeuraient sur les hauteurs de la Lune ; on resterait maître de la chaussée qui menait de Sainte-Menehould à Vitry-le- François par Elise et Daucourt, ainsi que de la route de Vitry-le-François à Ghâlons ; on n'était donc pas, malgré le mouvement des Prussiens, coupé de ses magasins ; on forçait simplement les convois à faire un détour.
La retraite commença vers neuf heures, dans le plus grand silence, sans confusion et sans tumulte, comme à Grandpré, cinq jours auparavant. On alluma des feux sur la crête de Valmy, pour faire croire aux Prussiens que l'armée française gardait sa position. Valence couvrit la marche des troupes avec sa réserve ; Deprez-Grassier,
1 Monit. du 11 juin 1831. La maisonnette portait encore, en 1831, I lorsque Louis-Philippe visita le champ de bataille, la trace des boulets prussiens ; elle est restée debout jusqu'en 1845; elle avait été achetée par un nommé Jean-Louis Thiéry, dont le petit-fils, Thiéry-Rouyer, possède encore le terrain. Quant au moulin, il n'avait pas été détruit par la canonnade ; on Je restaura, et il n'a disparu qu'en 1829. (Communication de M. Thénault.)
à son tour, couvrit avec son avant-garde qui devenait l'arrière -garde, la marche de Valence. Stengeî abandonna ITvron et se retira sur Domcoartin-ia-PiaBchette, où il établit son quartier-général; mais il avait laissé sur la hauteur du moulin quelques escadrons de chasseurs qui furent chargés d'enterrer les morts et d'enlever les blessés, et de ne se replier que lorsque l'adversaire avancerait sur Valmy avec des forces supérieures.
La marche de Tannée fut lente et la queue des colonnes ne passa le pont de Dommartin^a-Planchette que vers six heures du malin. Mais le 24 septembre, Kellermann était au delà de l'Auve, sur un affluent de cette petite rivière, ITèvre, entre Dampierre et Voilemont. La position était très forte ; elle couvrait la route de Vitry ; elle donnait à l'armée du Centre un front inattaquable ; elle appuyait son flanc droit à l'armée de Dumouriez et son flanc gauche à des hauteurs qu'il était facile de défendre et difficile de tourner. L'avant-garde occupait Plagnicourt et Sommerécourt , et poussait jusqu'à Dampierre-le- Ghâteau. Frégeville, détaché de l'armée de Dillon, allait avec trois cents chevaux s'établir au Fresne-sur-Moivre, pour « conserver la libre circulation du chemin de Vitry à Ghâlons ». Ce fut, écrit Kellermann à Servan, un coup de théâtre ; j'avais tiré mon armée du mauvais pas en faisant cette marche, la nuit, à la barbe des Prussiens, n'ayant qu'un chemin à tenir et un ruisseau à passer sur un seul pont ; il faut maintenant qu'ils passent l'Auve et l'Yèvre pour arriver sur moi *.
* Kellermann à Servan , 24 septembre (arch. guerre) ; Dillon, Compte renduy 32 et 36 ; Deprez-Crassier à la Convention ^ 5 : « Je fis l'arrière-garde, à la portée du canon ennemi, avec trois escadrons de hussards, et sans perdre une botte de paille. » Gobert juge ce mouvement f admirable » ; Rochambeau, d'ailleurs très bref et très inexact sur ce point, observe (Jbf^M., I, 429) que Kellermann < fit pendant la nuit un mouvement habile qui menaçait le flanc de Tarmée prussienne 1. Le général en dief àe Parmée du Centre a -dit plus tard : < L'affaire du 20 septembre procura à Kellermann la possibilité de
E rendre une position dans la nuit qui suivit le combat, laquelle mit Erunsv^ck absolument hors d'état de suivre son projet d'invasion. • (Lettre de Kellermann en réponse à la nouvelle accusation portée contre lui à la Convention par le général Gustine. Arch. nat, W. 483, n» 374, p. 4.)
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XIV. Telle fut la canonnade de Valmy qui dura, non pas quatorze heures, comme Ta dit et répété Kellermann, mais sept à huit heures K L*armée prussienne comptait environ 34,000 combattants, et celle des Français, 52,000, dont 36,000 furent mis en ligne *. Les Prussiens traînaient avec eux 58 pièces de canon ; les Français établis sur le tertre disposaient de 40 bouches à feu. Ceux-ci perdaient près de 300 des leurs'; ceux-là n'avaient que 484 hommes hors de combat, mais la plupart de leurs blessés moururent, faute de soins, le lendemain et les jours suivants*.
Cette action si peu meurtrière n*est donc pas, à proprement parler, une bataille, et, si Ton ne tient compte que du nombre des morts, ce fut à peine un combat. Mais elle eut de plus grands résultats que ces journées sanglantes qui ne sont que d'inutiles carnages et ne font pas époque dans l'existence d'une nation *.
1 Elle commença le matin, vers sept heures, se ralentit à neuf heures et reprit avec violence vers midi pour cesser entre cinq et six heures. • Après une attaque de huit heures > (Dumouriez au commandant de Chftlons, 21 sept., arcb. guerre) ; la canonnade, écrit Heuss, a duré de midi et demi à quatre heures et demie, sans compter le feu que nous dûmes essuyer depuis neuf heures (Vivenot, Quellen^ II, 234). Tous les Prussiens assurent que la canonnade a duré quatre heures, parce au'ils ne la font commencer qu'à l'arrivée du gros de leur armée sur le plateau de Maigneux.
* Diaprés Strantz (p. 101), l'armée prussienne était composée de 42 bataillons et de 70 escadrons ; en comptant pour un dixième les blessés et les malades, on obtient le chiffre de 34,000 hommes. Quant au chiffre de l'armée française, nous savons que Kellermann avait 16,000 hommes et j'estime les forces de Stengel, de Beurnonville et de Chazot respectivement à 6,000, à 9,000 et a 5,000 hommes.
* 250 hommes tant tués que blessés, dit Kellermann (lettre du 21 septembre) ; 150 tués et 260 blessés, écrit le commissaire des guerres Brémont (voir son journal en 1792, Mevue historique des Ardennes, 1864, 1*' semestre, p. 63).
* Chiffre officiel donné par la Creschiehte der Kri$ge in Europa, 1, 73. s Comp. la bataille de la Boyne qui ne fut qu'un petit combat où,
par hasard, le duc de SchOnberg fut tué, mais qui donna Tlrlande à Guillaume III (Rousset, Zouvots, IV, 422-423), la baUille de Culloden qui ne coûta que 300 tués et blessés aux Anglais et décida du sort de *a Grande-Bretagne, l'affaire de Vernon où la troupe de Brune ne
Serdit qu'un seul homme et qui porta un coup mortel a l'insurrection es départements et à la cause girondine. * Les lieux, les temps, a dit Voltaire, font l'importance de l'action ; on a vu dans la guerre de
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de Tavantagë quMls avaient remporté, ne cachait pas ses alarmes : a Je vois, disait-il, que les troupes, officiers et soldats se sont battus avec la bravoure de Français libres, et que tous ont bien mérité de la patrie ; mais je yois aussi qu^en perdant plus ou moins de monde, les ennemis ont fait ce qu'ils ont voulu, qu'ils ont coupé T08 communications et se sont placés entre vous et Cbâlons. » 11 passe Valmy sous silence dans son rapport du 25 septembre à la Convention et se borne à remarquer que la France avait « opposé aux alliés plus de soixante nuiUe hommes réunis à Sainte- Menehould x> K
Le public n'avait pas les mêmes craintes que les généraux et que le ministre. Il ne crut pas un seul instant, ptendant toute la durée de la campagne, que les étrangers pénétreraient jusqu'aux portes de Paris*. Mais, au lieu d'applaudir Valmy, il applaudissait la République proclamée par la nouvelle assemblée nationale, et trouvait à cette ouverture de session quelque chose de sublime, a Châlons et Reims sont à la vue de l'ennemi, écrivait Prudhomme, et, tranquille à son poste, la Convention décrète la République et la déclare une et indivisible *. » La nouvelle de la canonnade ne causa donc pas une très vive émotion; on se contenta de dire que l'armée s'était bien défendue et que, reuforcée par les nataillons de volontaires qu'on voyait marcher vers les frontières de Champagne, elle refoulerait les envahisseurs. On ne sentit que plus tard, lorsque les Prussiens se retirèrent, les obligations qu'on avait à la journée de Valmy. Ob comprit alors que cette affaire^ comme on la nommait, avait été le salut de la France ; sans infliger aux alliés une défaite signalée et sans leur coûter beau-
* Sefvan à Dumouriez, 23 sept. (arch. guerre), et à la Convention, 25 sept., Monit. du 27.
* Voir sur cette disposition du public qu'il faut attribuer non seulement à la lassitude et à la légèreté nationale, mais à lïnébranlable contiance qu'on avait dans la force des sentiments patriotiques et révolutionnaires, les témoifçuages recueillis par M. Taine [Conquête jacO' bine, 253).
a H^vol. de Paris, n» 1G8, 22-29 sept. 1792, p. 16 ; voir aussi p. 41, Kellermann reconnaît lui-même que « l'affaire de Valmy fit dans les premiers temps assez peu de sensation » (Lettre à la Convention, Arch. nat. w. 483, n» 374, p. 4).
coup, elle avait écrasé leur fierté ; elle avait arrêté court leur marche en avant ; elle les avait convaincus que leur entreprise échouerait *.
Le combat de Valmy, dit Dumouriez dans ses Mémoires, a produit un très bon effet sur les Français en leur prouvant que leur contenance et leur feu pouvaient arrêter un ennemi formidable *. C'était, en effet, leur premier fait d^armes depuis Bergen et Yorktown. L'armée de la Révolution reçut à Valmy le baptême du feu ; elle avait tenu tête aux troupes les plus redoutables de l'Europe ; elle remportait une victoire morale, une de ces victoires qui enhardissent et fortifient les cœurs, rehaussent l'enthousiasme, et prouvent avec éclat l'énergie de la lutte et de la résistance ^ Le soldat eut désormais en lui-même cette conQance qui fait la force réelle des armées ; il se sentit plein de courage et destiné à entreprendre de grandes choses, a J'ai présenté le combat aux Prussiens, annonçait Kellermann au ministre de la guerre, et ils n'ont jamais osé m'attaquer; l'ennemi le plus aguerri ne doit pas l'emporter sur ceux qui se consacrent à la défense de la liberté. » Le soldat répéta ces paroles de Kellermann. Son orgueil s'exalta. Il ne vit plus dans ses adversaires que les aveugles instruments du despotisme. Déjà les discours et les brochures du temps ne représentaient le militaire autrichien ou prussien que comme une machine, comme un vil esclave dressé à force de coups. Le 25 août, un officier de grenadiers, se promenant à cheval près de Lauterbourg, le long du Rhin, voyait sur l'autre rive sept ou huit soldats de Mirabeau qui se retiraient à son ap-
* « Lorsque Charles X se rendit à Reims pour son sacre, en passant par la Champagne, il dit au duc d'Orléans : « Nous nous sommes vus autrefois dans ces plaines? — Oui, sire, mais ce n'était pas sous les mômes drapeaux. — Je n'ai jamais bien su, ajouta le roi, si Brunswick avait ou non reçu de largent ou des ordres pour se retirer, — Sire, le courage de Tarmée française a tout fait, et je ne suis pas surpris qu'après la bataille de Valmy le duc de Brunswick n'ait pas été d'humeur à marcher sur Paris. » ( Vie anecd, de Louis-Philippe, p. 65-66.)
* M<fm,, I, 292.
3 Le gain moral, avouent les auteurs de la Qesehichte der Kriege in Suropa (1, p. 72-73), était incalculable.
proche. « Les lâches I s*écriail-il, ils n'ont pu soutenir un inslant la vue d'un chevalier des droits de l'homme* ! » Après Valmy, tout Français qui tenait Tépée ou maniait le fusil, s'envisagea comme le champion d'une cause qui devait nécessairement triompher. L'affaire du 20, écrivait-on du camp de Dampierre au Moniteur, a fait voir que les soldais de la liberté valent mieux que ceux des despotes •. Après avoir vu cette action, mandait un capitaine de volontaires à Brissot, je regarde noire nation comme invincible *. Dès le lendemain de la canonnade, les I^russiens remarquaient un grand changement dans l'allure et le langage de nos sentinelles. Autant les avant-postes étaient timides dans les derniers jours, dit avec dépit un noajor de l'avantgarde, autant ils étalent devenus fiers et superbes ; ils nous témoignaient une extrême arrogance^. Le pro-
1 Monit. du 7 septembre.
* Monit, du !•' octobre, lettre du 25 septembre.
* Patriote français du 3 octobre.
^ Massenbach, Mém.^ I, 94 : < . . . im bôcbsten Grade arrogant >. L^armée entière est très animée, écrivait Dumouriez le 21 septembre (arch. guerre) ; ma petite armée est bonne, mandait Eelleimann le 24 septembre, et l'ennemi n'ayant pas osé l'attaquer de front, cela l'a enhardie à ne plus compter leur nombre ; la dernière affaire l'a échauffée^ disait Gorsas {Courrier des 83 départements^ 25 septembre,
&51). Un des meilleurs jugements sur Valmy est celui de Pémigré ampmartin, qui se pique d impartialité (jtf^m.^ 302) : < La canonnade de Valmy étonne les étrangers, anime les Français, et s^assure une place dans l'histoire par ses importants résultats. * Comp. aussi Vatentini (p. 9-10) : • Elle réveilla l'esprit guerrier de la nation et les jeunes troupes apprirent dans cette crise dangereuse qu'à la guerre le péril n'est pas aussi grand qu'il en a l'air » ; et Minutoli, Erinnemngefit 128 : « On n'avait pas attaqué les Français, ils se crurent vainqueurs, et d'ailleurs ils s'étaient convaincus qu'un feu, si vif et si bruyant qu'il fût, n'était pas aussi dangereux qu'ils le pensaient d'abord. » La canonnade de Valmy, dit lauteur du Tableau historique (II, 91 et 115), devint l'époque de Vindomptahilité des troupes françaises et il faut dater de cette journée la valeur et l'assurance dans leurs propres forces qu'elles manifestèrent depuis pendant toute cette guerre. « La résistance que les alliés rencontrèrent à Valmy, juge le colonel Miot, fut pour la France comme le signal des victoires qui, pendant vingt ans, ont couronné ses drapeaux ; c'est contre un moulin qu'est venue se rompre la première coalition, et c'est de là que nos bataillons ont pris leur premier élan dans la carrière qu'ils devaient parcourir, • (Alémoire inédit.)
234 VALMT
rappeler que pour la première fois, depuis la guerre de Sept-Ans, rartillerie tonnait en Europe sur un champ de bataille, car les combats des Autrichiens et des Russes contre les Turcs s'étaient livrés loin du monde civilisé et, pour ainsi dire, en Orient. On comprend dès lors la stupeur et Tétourdissement des deux partis. La plupart des combattants n'avaient pas encore vu la guerre ; ils furent étonnés et troublés par ce fracas formidable. C'était, dit Caraman, la première fois que je me trouvais à une bataille rangée, et les premiers bonlets qui portèrent près de moi, les premières mutilatiens dont j'eus le triste spectacle, me causèrent une impression involontaire ^
On attribuerait peut-être une plus grande importance au combat de Valmy, si le nombre des morts avait été plus considérable. Mais, comme l'ont remarqué tous les témoins de la journée, la distance entre les deux armées était trop grande pour que l'artillerie pût faire de larges trouées dans les rangs et, le sol étant entièrement détrempé, la plupart des boulets s'enfonçaient en pleine boue et ne ricochaient pas. Les régiments prussiens qui souffrirent le plus furent ceux de Tavant-garde, surtout Hohenlohe et Kleist ; ce dernier perdit près de quarante hommes. Mais la première ligne fut à peine atteinte ; le régiment de Romberg eut quelques morts ; le régiment de Thadden, quatre seulement; les deux bataillons de Kenitz, pas un blessé'.
Liicchesinis, p. 25, lettre du 24 septembre 1792 « la canoanade devint bientôt si terrible, que nous pouvioûs à peiue maîtriser nos inquiétudes » .
* Caraman, Mém.. 15 ; cp. les mots de Lucchesini t canonnade furieuse » (Ranke, Urspnmg, 317), de Reuss « hitzige Canonade » (Vivenot, Quellen, II, 233) et de Duraouriez < terrible canonnade » {Mém., 289). Voir plus haut, p. 209, l'impression dont est saisi Massenbach. * L'œil pouvait alors embrasser plus de 100,000 (lire 70,000) hommes prêts à se livrer bataille, et ce spectacle était d'autant plus imposant qu'on n'était pas habitué à voir des armées aussi nombreuses que celles qu'on a vues depuis, et qu'à cette époque il y avait plus de trente ans que l'Europe n'avait mis sur pied une plus grande réunion de combattants. » [Vie anecd. de Louis— Philippe^ p. 63.)
> Gœthe, 91; Rémin., 160; Strantz, 99; Gaudy, 17 , Témoin oculaire, II, 87.
XV. Où a souvent blâmé le duc de Brunswick d'avoir arrêté les colonnes prussiennes qui se déployaient en face du moulin de Valmy. On a prétendu que s'il les avait rapidement entraînées, il aurait mis en déroute l'armée de Kellermann et rejeté celle de Dumouriez dans la vallée de l'Aisne *. On a cherché les motifs qui le décidèrent à suspendre l'attaque. Dès le 21 septembre 47921, la résolution qu'il avait prise la veille paraissait extraordinaire. On croyait qu'il s'était, selon le mot de Ferscn, déterminé par des raisons inconnues *. Les uns affirmaient qu'on l'avait gagné à prix d'or; les autres, qu'il ménageait les Français parce qu'il aspirait à la couronne de Louis XYI et se souvenait des propositions de Carra*. D'autres contaient qu'il était franc-maçon et que les loges lui défendaient de marcher sur Paris. Quelques-uns assuraient môme qu'il s'entendait avec l'Angleterre secrètement alliée à la France, qu'on avait vu des courriers de Londres aller et venir dans son camp, qu'il s'entretenait fréquemment avec le colonel anglais Saint- Léger ; n'avait-il pas épousé la sœar de Georges III et sa fille ne devait-elle pas se marier à l'héritier des trois royaumes* ? Un historien de nos jours a même avancé que la manière d'agir de Charles- Ferdinand à Valmy fut si honteuse, si fatale à l'Allemagne et à son honneur qu'elle provoque la plus grave accusation et le jugement le plus rigoureux. Ah I si le duc, s'écrie cet auteur, avait pu prévoir le châtiment qui l^attendait à léna 1 II ajoute qu'on ne peut parcourir le champ de bataille de Yalmy sans un sentiment de tristesse, « car c'est là que la déloyauté, pour ne pas dire la trahison de Brunswick, a commencé la longue
*■ Caraman, Mém,, 16 — mais c'est un émigré; Valentini, 8 — mais c'est un Prussien, et sa sévérité à l'égard de Brunswick passe toute limite ; Gouvioa Stint-Cyr, I, p. Ixxvj, — mais il aime les paradoxes et na pas connu les documents dont nous disposons aujourd'hui; Dumouriez, Mém.^ 1, 292, — mais il dit seulement qu'il fallait attaquer avant midi, et le gros des Prussiens n^arriva qu'à midi sur le champ de ha taille.
» Fersen, II, 48-49.
^ Cp. Invasion prussienne^ 124.
* Mémoires d*un homme d^JStat II, 34.
série des malheurs et des hontes qui depuis ont accablé rAUemagne K »
Il est certain que Charles-Ferdinand fut à Valmy ce qu'il avait toujours été, circonspect, porté à prendre Tattitude défensive et à ne s'engager résolument que s'il avait mis toutes les chances de son côté. Quelques jours après la canonnade, il revenait de la Lune aa quartier-général de Hans en compagnie de MassenbacL « C'est ici, lui dit le major, qu'était la batterie de Schônermark, et là, un peu à droite, est tombé le brave Ostendorf ; voyez, Excellence, tous ces boulets dont la terre est jonchée. » — « Oui, répondit Brunswick, l'endroit a été chaud, mais que pensez-vous de Tafifaire ? > — « Qu'il fallait attaquer. Pourquoi Votre Excellence ne l'a-t-elle pas voulu? » Brunswick garda quelques instants le silence ; ce major, reprit-il soudain, connaissez-vous la hauteur de Jobannisberg près de I>)auheim, non loin de Friedberg ? J'ai eu là maille à partir avec le prince de Condé ; je ne savais pas ce qu'il y avait derrière la hauteur; je fus battu. Eh bien, Valmy a une grande ressemblance avec Jobannisberg. Je ne savais pas ce qu'il y avait derrière. On devient prévoyant, major, lorsqu'on a été malheureux à la guerre • ! »
Mais la prudence de Brunswick et le souvenir de son échec de Jobannisberg ne donnent pas la clef de sa conduite. Il faut se rappeler ce qui s'était passé, la veille de la canonnade, au quartier-général prussien. Le duc voulait s'enfoncer dans l'Argonne, gagner le posle de la Ghalade, attaquer de flanc les Islettes, faire sa jonction avec les Austro-Hessois et déloger Dumouriez de Sainte-Menehould sans coup férir. Le roi traversa les desseins du général; il crut aveuglément au rapport du lieutenant de Loucey ; il s'imagina que Tarmée française se retirait sur Ghâlons ; il n'écouta ni le général Kôhler, ni le duc de Welmar, ni Heymann, assurant tous trois que l'ennemi n'avait pas bougé. C'était, dit Massenbach dans son emphatique langage, « courir à des actions d'éclat qui n'étaient pas suffisamment
» Dilfurlh, die Hessen, 89-93.
* MasseDbach, I, 102-103.
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semblait abandonner la Teille ; il déclarait énergiqnement à son souTerain que Tattaque du moalin n'aurait pas lieu ; il s*opposait à toute bataille.
Il avait TU la contenance de Tarmée française et la force inattendue de son artillerie. Il avait remargué que le champ de bataille était accidenté et entrecoupé, comme il Test encore, de ravins, de chemins creux et de pentes rapides *. Il s'était convaincu que sa cavalerie ne pourrait manœuvrer dans les terres détrempées et que ce sol difficile et boueux ralentirait la marche de rarlillerie qui servirait de soutien à ses colonnes dîittaque *. Il savait que son infanterie, prise en écharpe par le mont d'Yvron, attaquée en face par les batteries du moulin, arrêtée déjà dans sa marche par les crevasses et les bas-fonds du terrain, n'arriverait au pied de la butte qu'après avoir subi des pertes énormes. Il craignait que cette Infanterie ne fût, malgré sa discipline et sa belle ordonnance, rompue et mise en déroute, comme la cavalerie de Weimar, î>ar le feu juste et rapide du canon français. Il redoutait enfin qu'elle ne fût repoussée et renversée, en montant à l'assaut du tertre.
On croit ordinairement que l'armée prussienne de 4792 se composait de vétérans de Frédéric IL Mais si quelques vieux officiers avaient vu les batailles de la guerre de Sept-Ans, les soldats n'avaient fait que les promenades militaires de Hollande et de Silésle. Ils étaient aussi neufs que les Français et sans autre expérience que celle des manœuvres de Potsdam. Enfin leurs marches
1 Massenbach, Mém,^ I, 98 : « das Terrain durch tiefe Grûnde und hohie Wege und sleile Absaize durchschnitteu », Il faut, avant d'arriver au moulin, traverser un terrain humide et fangeux, la Jambe Daniel et la Man-e, puis la côte de la Marre, traverser de nouveau un • pli de terrain qu'on appelle dans le pays la petite Marre^ et gravir encore une légère côte, la Moulette (ainsi nommée, parce qu'il y avait autrefois sur cette côte un petit moulin, moins important que celui de Valmy) ; on gagne ainsi le terrain qui s'étend au pied de la Lutte de Valmy et qui porte le nom de Marivière,
* Lorsqu'on voyait de -ses yeux, dit Goethe (Camp, de France, 81] avec quels tourments il fallait traîner une batterie volante au milieu de cette fange aifreuse i durch die schreckbaren schlammigen Hiigel qualvoU duichzerren », on avait un nouveau sujet de rélléchir à la situation critique dans laquelle nous étions engagée.
de la veille et du matin les avaient épuisés. Ecoutons successivement cinq témoins de la canonnade, un simple soldat, Laukhard, deux officiers, Minutoli et Strantz, le secrétaire du roi, Lombard, et le prince de Reuss, ambassadeur d'Autriche. « Plus de la moitié d'entre nous, dit Laukhard, s'avançaient pour la première fois sous le feu du canon ennemi; un grand nombre étaient malades: on n'avait pas mangé depuis la veille à midi; tous étaient harassés et mouillés jusqu'aux os; croit-on que dans de semblables circonstances on se réjouisse de l'approche des ennemis, qu'on marche gaiement à leur rencontre et qu'on murmure lorsque les officiers commandent halte! ^^ Minutoli reconnaît que l'armée prussienne, inférieure en nombre aux Français, était en outre très affaiblie par des marches, des fatigues et des privations de toute sorte*. Strantz avoue que l'état de l'armée prussienne était extrêmement triste, que les soldats se noui> Tissaient mal, que la cavalerie manquait de fourrage '. « Après quinze jours de souffrances, écrit Lombard, nous nous retrouvions sur la chaussée de Paris, mais bon Dieu, en quel étati cette brillante armée était méconnaissable; un tiers était incapable de servir et un autre tiers se composait de spectres plutôt que d'hommes*. » Le témoignage le plus considérable est celui du prince de Reuss. ce L'armée prussienne, mandait-il au cabinet de Vienne, aurait poussé l'attaque, si l'on avait pu supposer à des hommes et à des chevaux, très fatigués par une marche forcée, la vigueur nécessaire pour engager une affaire générale *. »
Tous les Prussiens n'avaient pas le même courage que leur roi. On leur avait trop souvent répété que l'armée française n'oserait rendre de combat ; leur âme
' Laukhard, lU, 1Ô7.
2 Minutoli, der Feldu^ng, 232.
3 Strantz, article cité, 97, ftoeeerst traurig.
4 lombard, Lettres, 316.
5 Reuss à Philippe Cobenzl ; Vivenot, Quellen, II, 234 : « . . .wûrde die Attaque poussirt haben, weon denen durch den forcirten Marsch ermûdeten Menschen und Pferdea die Kr&fie hâUen zugetraut werden kônuen, eine Affaire générale zu eogagiren. >
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n*acceptait plus le danger, et Tidée d'une bataîlk était sortie de leur pensée *. Le prince royal raconte qu'avant d'arriver sur le plateau de Maigneux. il donna Tordre de charger les fusils et qu'il vit alors beaucoup de soldats pâlir, et les catholiques de la Haute-Silésie égrener leur chapelet. Vainement Frédéric-Guillaume, allant de bataillon en bataillon, ordonnait aux hommes de se tenir roides et immobiles. Un grand nombre se baissaient et se couchaient à plat ventre lorsqu'un boulet passait au-dessus de leur tète, et criaient : e Seigneur Jésus » ; ils rompaient leurs rangs lorsqu'ils voyaient un projectile tomber devant eux et faire ricochet ; ils jetaient leurs jeux de cartes ou la viande qu'ils avaient dérobée la veille, parce qu'ils craignaient d'attirer sur eux la vengeance divine ; ils expliquaient l'extraordinaire intrépidité de leur souverain en se disant tout bas qu'une tète couronnée ne pouvait être atteinte que par un boulet d'argent et non par un boulet de fer, que les rois de Prusse avaient toujours possédé le secret de se rendre invulnérables, et qu'ils étaient les seuls souverains d'Europe qui fissent la guerre, parce qu'un enchantement les protégeait contre les balles*.
Cette armée n'avait donc pas autant de valeur et de solidité qu'on l'a dit. Si les relations allemandes nient que les colonnes prussiennes aient reculé sous le feu de l'artillerie française, Kellermanna toujours soutenu qu'il avait remarqué dans les troupes qui marchaient sur le moulin, un <c flottement, avant-coureur de la défaite ».
^ Oo s^était nourri, dit Caraman (p. 16], de la fausse idée que les troupes françaises se débanderaient a première vue et avant aavoir été attaquées.
« Rémin., 158 et 159; Témoin oculaire, II, 88-89, 91, 93 ; € die todtblassen Gesichter um mich her... > ; Laukhard, III, 155-157. Le récit du témoin oculaire paru en 1793 excita la bile d'un officier
Jrussien qui répondit dans le Magazin dtr neuesten Kriegthegeh9%~ eUen qu'il assistait à la canonnade et que ni ses soldats ni lui n'avaient pftU ou baissé la tdte ; que ce serait une bonté pour les troupes {>russieDnes si Tauteur avait dit vrai. Laukbard riposte dans le III* voume de ses Mémoires (154-158) : « Eb bien ! moi, j'ai vu des soldats et même des officiers pâlir, je les ai vus baisser la tête, et je pourrais les nommer. Mais pourauoi n'aurait-on pas baissé la tête pour se soustraire au danger ? L^onneur prussien ezige-t-il une folle témérité ou une bravonre sage et opportune ? >
Dampmartin, confident de Frédéric-Guillaume, assure que rinfanterie prussienne chancela et parut ébranlée. Peltier, le journaliste de Témigration, déclare qu'on vit plier des bataillons, et que l'armée prussienne fut vaincue en discipline et en constance par la ligne de Kellermann. Le 20 septembre, osait écrire Archenholz deux mois plus tard, fut pour la gloire prussienne un triste jour, peut-être plus bumiliant que le jour de Maxen *.
Mais, lors môme que les Prussiens auraient subi le feu de Tartillerie française avec le plus héroïque courage, sans trembler ni pâlir, que gagnaient-ils à la victoire? Gomme Brunswick l'avait dit à Garaman, ses troupes s'affaiblissaient de jour en jour; la victoire qui serait évidemment meurtrière, achèverait de les réduire et ce n'étaient pas trente à trente-cinq mille hommes qui soumettraient Paris *. Mais si l'armée subissait une défaite, elle était perdue sans ressources. Les Français s'emparaient des bagages qu'elle avait laissés aux Maisons-de-Ghampagne et lui coupaient ses communications avec Verdun; elle reculait en désordre, sans vivres, presque sans munitions, harcelée par l'armée victorieuse de Dumouriez et de Kellermann, par les renforts de Ghâlons, par les garnisons de Mézières, de Sedan et de Montmédy, par les paysans soulevés. Que serait-elle devenue, dit Massenbach, après un désastre, dans sa retraite de la Tourbe vers le Rhin ; il suffit de rappeler ce qu'elle devint en 1806, dans sa retraite de rilm sur l'Oder.
La situation de l'armée ', voilà la grande, la vraie raison qui détermina Brunswick à suspendre Tattaque. Il ne
^ Eellermann, mém. (arch. guerre) ; Dampmartin. Quelques traits, 121, et Mém.y 302; Peltier, 54; Archenholz, Minerva. noyemhre 1792, p. 122.
* L^armée, disent les auteurs de la G-eschichte der Kriege in Europa {I, 74), avait tellement souffert que la plus brillante victoire aurait eu pour suite sa destruction totale, et le lieutenant-colonel Gross (Historisch-militârischet Handbueh fur die Kriegsgeschichte dur Jahre 4792 bis 1808, 1808. p. 13) reconnaît qu* « il était très douteux qu'une bataille de Valmy, lors même qu'elle eût été gagnée, aurait produit un bon résultat > , sehr zweifelhaft .ob eine Schlacnt bei Valmy, wftre sie auch gewonuen worden, etwas Qutes bewîrkt hfttte.
* Unsere ganze Lage,
TALHY. 16
WL YàlUàY
Yovlni passe mBtiro'àila' merci d^un revers ; il. eut pw de perdre la Irataille*; une fois engagée, reeoimalt tb officier de rétai-major, était-elle en soq peuToir, efc. qsi aurait osé répondre de l'issue ^ ? Il était sage^ rapporte k témoin oculaire, de ne pas pousser plus avant '. Oa fit liaite, écrit le prince royal, et c'ébail bien: le meillem: parti qu*ou pût prendre *. L'ennemi, mandait Lonafaesd dans< cette belle lettre du 8 octobre, un des préeia les pliu vrais* et les plus saiîHSBauts de la campagne ^ «■ rennemi avait trompé notre espérance. Dumouriez et KeUarmaoB n^étaient pas des généraux méprisables-; Ils aiv^aieni choisi d?exi:ellentes positions; ils avaient sous leuD ordres tout ce qui restait de troupes de ligne à la Fianoe; les volontaires agissaient au moins par leur nombm>et pouvaient rendre des services au milieu de réetls- soldats; leur cavalerie légère était distinguée et toute fcakiw; Men ne manquait à leur armée, et à nous, tout manquait Gu les avait tournés, mais on les tcouarait aussi bLegufoP'
l'Massenbttch. Mém,, I, 101-102.
*> 'l^émuin oculaire, II, 87 et. 132 : «es war. klug dasa wir nicH 'weiter auf sie vordrangeu . . . unsere Armée war klein^ und, wenn sie nur einmal gebchlageii wurde, so war sie verloren... wir waren fcrti^ » .
^ Rémin,^ 169 : « Es war auch wohl noeh daa- Besie, deniL. vm wolUen wir dann eigcntlirh thuu ? >
* Lombard, Lettres^ 317 ; cp. la note des auteurs de la GeschickU der KriC(/e in J^U/'oj}a, 7*2 : « la situation de Tarmée commandait de ne ptM! altaquor > ; Renouard aboutit à la- môme conclusion (ùf^isehùktt des fi^anz. lievolutionskriegcs, 223], et ce capitaine de l'étotHnajor hessois reconnaît, tout bien pesé, oue < le duc, en ce moioânt déoisif où disparaissait l'espoir d'atteindre le but de la guerre, donna un exemple d'énergie et de conviction indépendante qui pnrroqua am comltat la voix de l'opinion publique contemporaine, mais que la postérité estimera à sa pleine valeur ». Minutoli juge, de son côté, que « 1b Déoeseité commandait! au courage de se soumettre aux- loi» de la pmdenoe, ou plutôt do la prévoyanoo » [dvrFtldzuff^ 250). « Après l'ar*rivée de Beurnonville et de Kellermann, dit l'auteur du TaiUatu kit*torif/iéé (II, lOt)), il existait en présence du duc de Brunswick- 53,000 combattants eilectifs, force suffisante pour lui résister et môme pour prendre impunément en sa présence le» paitis les plus convenables aux ciroonsiances ; d'ailleurs les trois armées réunies pouvaient e«oore être secondées par environ 23,000 homnnes réportis sur la âiiippe, À Qhâlons et à Bar; ce qui présentait une masee disponible de 76,u86 homme&, dont plus de 12;000 de cavalerie, et- pax oouséqiiMit des moyens égaux à'oeux de» généraux allemands quant) au- ncmibre^ nuM supérieurs quant à la position et aux conjoncturat» *
VAiLMI 243
tiûés- SUC leurs dexriàres q:uasur leur front, et leur artillerie, pouvait se mesurer avec la nôXre. Voilà ce qui retint le: coup décisif. »
Ces mjols de Lombard expliquent à lai fois la résolution de Brunswick et le succès des Français. La victoire remportée par la première armée de la Révolution était due aui£. généraux et aux soldats, à rintrépidifeé de Kellermannet aux dispositions de Dumourie^, au tir vigoureux de rartillerie-, à la fermeté des troupes de lig;ne et des volontaires: de 4791 encadrés* parmi elles.
Kellermaon montra une rare vaJeur et prodigua sa vie, comme l'aurait fait un simple grenadier. Il était incapable d'embrasser par Tesprit un vaste terrain d'opé* rations, mais: il avait résolu de tenir bon sur Tétroit terrain. qu'il occupait, et 11 tint bon. Cette affaire, dit Gouvion Saint-^yr, lui fit une réputation méritée, car il était plus difficLle à celte époque> et dans la circonstanee où il se trouvait, de la soutenir avec succès que de gagner une grande bataille quelques années après, lorsquje nos of aciers et nos- soldats fucent également instruits et aguerris *. Kellermann méritait donc le surnom d'homme du 2i^' sepùembre que ]m déceruditle. convenlionuel Jean Debry, et le titre de duc de Valmy qiae Napoléon lui donna,, fut le prix juste et tardif do sa bravoure. IL ne parlait jamais, sans une vive émotion, de ce jour qu'il regardait comme le plus? beau de sa vie. A ses derjiiers instants, il reportait encore sa pensée vers le champ de bataille où son nom avait conquis une gloire impérissable, et demandait que son cœur fût placé au milieu. des mort&du ^i septembre, 4-7931 Ce vœu-toucbani; fut rempli. Le corps- de Kellermann est au cimetière dw Père-Laeliaise ; son cœur repose- au sommet du tertre de Talmy, soup la pyramide élevée en 182t3 par les habitants. du.pays. à a câliii qui. les. a. préservés de Tiur vasion*».
^ Intiod.^ aux. J£^.. sur. lea^campagoea âes^a^né€a du R];ii]i..
2 Un. autre combattant de^ Valmy s'est taujpura raDpelé la. journée, du. 20 septembra.. An mois da juin 183i, le duc de Qiartces, devenu, roi desiéraaçaisv 'visita, la champ de bataille ai eiaœina Remplaça* ment des baUeriea. Un.canonnier,. nommé Jamaie^ quiavait eu. la bras emporté dans l'action*. seprésAnta «uLauis^i^iiilippfi et lui demanda.
244 VALliY
Mais rhabileté de Dumouriez avait décidé du succès presque autant que l'intrépidité de Kellermann. Ce dernier aurait été enveloppé et mis en déroute si Stengel et Chazot n'avaient flanqué le plateau de Valmy, Tun sur sa droite, l'autre sur sa gauche. Dumouriez, avoue Kellermann, a m'a donné plus de troupes que je n'aurais dû en espérer dans sa position, et je ne puis assez me louer de sa conduite envers moi » *. Le général en chef de l'armée des Ardennes vint au secours du général en chef de l'armée du Centre avec cet esprit de ressource et cette activité qui font le véritable homme de guerre. Il prit vaillamment sa part du danger commun, sans jalousie «t sans rivalité, avec une magnanimité qu'il est rare de rencontrer, môme en un jour de bataille, chez des généraux égaux en commandement. « Le brave Kellermann m'a vigoureusement aidé », disait-il quelques jours plus tard en pariant de sa campagne, mais lui aussi avait aidé vigoureusement Kellermann dans la journée du 20 septembre. « J'ai été le Fabius, ajoutait-il, il a été le Mfifrcellus, et nous minons ensemble l'Annibal Brunswick » ; Fabius avait noblement travaillé à la gloire de Marcellus en même temps qu'au salut de la patrie.
Aussi bien que les généraux, l'armée fit son devoir. Mais rartillerie eut la gloire de la journée ; elle joua le premier rôle, et sans elle la victoire serait restée aux Prussiens. Elle obtint plus tard, témoigne un bon juge, des succès plus brillants; jamais elle ne rendra de
de rétablir sa pension de 800 francs accordée par la Convention et supprimée depuis. Louis-Philippe le décora aussitôt » sur le lieu môme où il avait défendu la patrie » [Monit. du 11 juin 1831).
1 Lettre à Servan, 21 septembre : < il m'a donné tous les renforts que je pouvais raisonnablement exiger » (arch. guerre). 11 prétendit plus tard, mais sans raison, que Dumouriez V avait jalousé; « il retarda dans Valmy ces succès dont il ne pouvait usurper la gloire. J'exposai ma vie et celle de mes braves soldats contre une armée trois fois plus forte que celle que je commandais, et Dumouriez restait spectateur oisif. » (Lettre au président et aux membres du comité de Salut public, 16 germinal an II. Arch. nat. W. 483, doss. 374, p. 33). Comp. également ce passage injuste des notes de Servan aux mémoires ae Dumouriez, p. 66 : f Sur la bataille de Valmy, il faut entendre les plaintes du général Kellermann, soit sur la première position indiquée par Dumouriez, soit sur sa conduite le jour du combat. *
ervices plus grands *. Tous les contemporains, tous les acteurs de la journée proclament Tlncontestable supériorité de rartillerie française. C'est la seule arme qui reste aux retelles, dit Fersen, et elle est très bien servie; elle tirait à merveille, assure Caraman ; elle est toujours la première de l'Europe, écrit Lombard, et son tir a été admirable ; elle est formidable, rapporte le ténaoin oculaire, et nos canonniers désespérèrent de la vaincre ; les officiers, reconnaît Brunswick, ont toujours les talents de Tancien corps royal*. Le bulletin prussien de l'affaire de Valmy confessait la puissance de notre artillerie. On ne put, mandait à Berlin le quartier-général de Hans, empêcher Tennemi de fortifier le poste du moulin à vent et d'y établir finalement plus de quarante canons ; on ne jugea donc pas utile d'attaquer, et on se borna à garder sa position'. Mais laissons parler le général qui commandait Tarlillerie, d'Aboville, le véritable vainqueur de la journée. A la fin de la campagne, il félicita dans un ordre du jour les soldats et officiers de l'arme ; il ne cite pas la canonnade du 20 septembre; il loue, comme dans un jugement d'ensemble, les qualités de
1 Favé, Histoire et tactique des trois armes et plus particulièrement de V artillerie de campagne, 1845, p. 158. Comp. aussi un article du Moniteur de Varmée du 21 avril 1863.
* Fersen, II, 40 et 389 ; Lombard, Lettres, 317 ; Témoin oculaire, II, 85 : < ... sie zeigten ganz meisterlich dass sie noch âchte franz^sische Kanoniere waren », 87 t mehr und besseres Geschûtz », 91 « ...riistig und geschickt », 130; Brunswick, conversation avec Galbaud. Nos canonniers, écrivait un soldat le 26 septembre au Courrier des 83 départements, ont manœuvré comme à l'ordinaire, c'est-à-dire avec beaucoup d'intellifçence et d'activité. « L'ennemi a dû beaucoup souffrir de notre feu » (Marceau à Maugars, 24 septembre. Doublet, Marceau j 146).
• Le bulletin est cité par Posselt, p. 170, note {Beîlumjjopuli gaîlici adversns Hungariae Borussiaeçue reges eommque socios^ 1793). L'auteur ajoute, à propos de la canonnade : < Mira ejus praelii ratio fuit, neque enim tam ad mamis deducla res est, quam emiuus tormentorum jactu peracta pugna > . 11 affecte la concision de Tacite. Il dit Rocamhaeus pour Rochambeau, Fayettus pour Lafayette, Dumorius pour Dumouriez, Clarefaeus pour Clerlayt, Boreparius pour Beaurepaire. Vernio pour Vergniaud, Collotus Herhas pour Collot d'Herbois,
Wimpenus (Wimpfen), montesquius (Monlesguiou), Ciw^»«as (Gustine), Valens (Valence); il nomme le duc d'Oriéans Aureliensis duœ ou Aequalis (Egalité), Servan Servius rei hellicae proeurator, Pétion Pethio praetor, etc. ; ces noms latins sont Tunique attrait du volume «
tout génie qae les OTtilleurs ont déployées ; meiB Téioge <|u'il leur déoeroe prouve que ces bra<v€S ^ex>s doivent ôtredesBésè la plus belle place pamni oeux qui seavèrent la fFrance à Valmy. « Le citoyen lieutenant-généval, commandant en chef rartiilerie de Tarmée du'Qeixtre, remplit avec pleieir un de ses devoirs les plus chevs «n faisant connaître à la République la conduite disLiDgiiée des cauonniers et autres soldats qui, pendant ta campagne, ont été employés au service de l'artillerme. El n'-eât pas d'éloges dont tous ces braves soldats ne soient dignes; leur courage, leur habileté, leur constance, leur subordination, leur amour de Tordre, leur respect pour les propriétés, ont été Tadmiration de toute l'armée. Une foule de traits particuliers offriraient des ppeunnes brillantes de toutes ces vertus, mai-s ils sont si nombreux que le détail en serait trop long. Il suffit de dire que, •cpueUîwe saillants que paraîtraient plusieurs de ces traits, lia manière dont seront-conduits les caaonniers -et autres soldats attachés à rarlillerie, prouve qu'ils en -étaient tous capables * . »
La résolution et la bonne volonté de l'infenterie et de la cavalerie n'avaient pas moins contribué que l'artillerie au gain de la bataille. Car tout est singulier dans cette canonnade. On avait cru que l'armée française, obéissant au génie de la nation et à son propre enthousiasme, se jetterait irapélueusemîent sur l'adversaire. On attaquera, pensait Pellenc, et la furia francese aura l'avantage*. Les Français étaient au contraire restés sur une
* Daté do Metz, 10 novembre (arch. p^uerre) : « félicitations au corps de l'artillerie pour sa bonne conduite ». Cp. sur rartiilerie française Invasion prusftienne^ 81-87, et ce mot de Pellenc .qui lait honneur à la perspicacité de l'ancien secrétaire de Mirabeau; ilest du 20 «vril 1792 : t Notre artillerie est la meilleure de rjEirrope et :c^est de là oue viendront nos succès. » Ou lit dans les variétés delà Chronique de Paris du 13 octobre (1147-fl48) ce passap^ie ourievx : t Le canon deviendra désormais Parme favorite des Français. Notre
-artillerie, déjà la meilleure de ^Europe, nous a rendu l«s pius grands •servLcas dans cette guerre. Ge genre de «upériorité de notre nation dans cette arme doit Ôtre attribué à la sagacité -du Français, -à la promptitude deson coup d'œil, et pent-âtre à ce qu'à égalité .d« pco- •testions, le Français a Tesprit le plus cultivé. >
* Lettre du 20 avril 1792, Pellenc à La Marok (citée par Flantmer- ■ mont, Négociations secrètes de Louis XVI et de Breteuil^ tB85, p. 24);
défisnsi<ve absolue 'et .ranflu&^an In^s. lisiafnaieiit déplogré ébes <{iaalités de «ang^froid J9t de itémeoité' qu- oaa leur irefufl6 il'oitiiaaire. !Kéll0nnaim dit des carabiiriers qaUlS'furMt d£95 rmodèles de rcourage -et ée traaqmllité.; Tarniée^eii*tièire naaérilaitle môme éUnge ; l^pproebe des isoupeslAe phi8^ffliout8bl08;quiluB9eQt^esiiBirrope et>Le feu de leur artillerie !n^a<vaieiit pu rentamer:; elieisemblaitaroir pris racdaDe dans J» sol. Natve eoBlonaiice, écrit' €robeFt arvec xm juste ocgneil, fiiti)ien belle et duiit^en imposer fortei&eat«iUK ennemiB, il n'y -eut pas un iiontiiixe de faibte ce jour-là, et chacun garda son poste 'a¥ec^ilerm6té, mal*gré )ie danger ^
' ikfass IVarm'ée de E^ellermemn ^ composait ^'ppesque uni- <|Ti0iiEent' de troupes de ligueV GTétaitiranoienne damnée du Nwrd, devienne celle du Centre, quixampait au meis de
comp. le passage suivant des Mévol, de P-aris, écrit au moment xnéme crû avait lieu la canonnade (n* 168, p. 19) : « Des militaires éckiirés tfai .reTiennsnt de l'armée de Dumonriez nous «ssurent que desbaiaiUons de piquiers seraient de.ki plu6gTaiid« ttiilité du&s âon-avmée. Tout le monde connaît davantage çu$ nous avoiis à Varme blanche sur toutes les troupes d'Europe. C'est d'après cela, sans doute, qu'ils calculent ravantage des piques, soutenues par les baïonnettes et pféoédéafi de Partillecie. > C-eat ainsi que BeurnonyiDe écrirait àDomoariez le 28 septembre : t Nous avons assez d'infanterie, et, comme elle n'est pas assez manœuvrière, il faut une ligne de canons en avant et jouer de la. baïonnette,. apràsx|u'eileaina feiit «on afiGaire. >
^'•Gobert, mémoire (areh. guerre).
■'' Cela seul justifiiBrait Brunswick ; tous ceu-x qui le blâment de n'avoir pas attaqué, Caraman, "Nassau-Siegen, "Strantz etc., s'imaginent que l'année française n'était composée que de volontaires et de fédérés. On éprouva, dit Toulongeon {Histoire de France depuis la réoolution de 4789, II, 326-327) que ceux qui s'étaient opposés au licenciement de l'armée de ligne avaient rendu un service public. La conduite des troupes de ligne, disait Dubois-Crancé (rapport du Î1 janvier 1793), depuis le commencement de la révolution et surtout dès Vinstant qu'elles ont pu combattre' les satellites des despotes ^ mérite trop d'éloges pour ne pas détruire tout aoapçon, toute incertitude. <Cp. au reéte sur les sentiments de cette armée, la lettre d'un volontaire datée de Vitry et le discours de Siaond aux JacoliinB, Inifumon pfmssUnne, p. 61 et 242 ; le volantaire ^crit c rarmée me s'occupe pas beaucoup de l'intérieur, nous ne voyons que les Prusaieita >:; Stmond n'a rencontré que dea soldais gais 'et dispos >et qui n'a<vaÀ«i>t à la bouche d'autre mot que ça ira >. Le8 septembre, JKiellermemi éoriviait .de '¥oid au ministn ide la auane : c Je «ois tout pleia d'éloges aux soldats pour Tordre «t la- oisoipliQe qu'ils oiU obseF^a jpaaidfint toute laoMBche. >
348 VALMT
mai sous les murs de Valenciennes, qui prenait au mois de juin Menin et Gourtrai, qui n'avait cessé, depuis la déclaration de guerre, de défendre la frontière et de s'aguerrir. Les troupes venues de Wissembourg passaient pour les meilleures de Tarmée du Rhin et s'étaient formées au camp de Neukirch où Kellermann les faisait manœuvrer tous les jours, et les commandait de sa propre voix*. Les treize régiments ou bataillons d'infanterie, postés au moulin de Valmy, ne comptaient que deux bataillons de volontaires, le^^^ de Saône-et-Loire et le 2® de la Moselle ; les onze autres étaient de vieux régiments, le 4", le 5^, le 22^, le 24«, le 44®, le 84®, le 90« et le 402®, ci-devant Colonel général, Navarre, Viennois. Brie, Orléans, Gonti et Ghartres * qui formaient la première ligne commandée par Linch ; le 30% le 62® et le 96®, ci-devant Perche, Salm-Salm et Nassau, qui formaient la seconde ligne, sous les ordres de Mura tel*.
D'ailleurs les deux bataillons de volontaires, encadrés entre les trois vieux régiments de la seconde ligne, ne se montrèrent pas indignes du reste de l'armée. Lorsqu'eut lieu l'explosion des caissons, le bataillon de Saône-et-Loire, dit Kellermann, « fut celui qui perdit le plus de monde, mais ce bataillon qui commençait à faire
* Arch. guerre, Kellermann à Servan, 3 juin; cp. ses notes pour le cabinet historique-topographique du comité de salut public (l"' mai) : « cette petite armée (du camp de Neukirch) a fait le noyau de celle qui combattit si glorieusement à Valmy ». Ces troupes, venues de Wissembourg où commandait Custine, formaient, comme on sait, la seconde ligne de l'armée du Centre (voir Invasion prussienne^ p. 210) : i J'ai envoyé à l'armée du Centre, écrivait Custine à Servan, presque toute la cavalerie de mon armée, sa meilleure infanterie, des régiments éprouvés » (lettre du 2 septembre) .
* Le 102» (ainsi que le 103« et le 104») avait été formé le 11 octobre 1791 avec les compagnies soldées de la garde nationale de Paris, dans lesquelles étaient entrés un grand nombre de gardes françaises.
3 Quant à la cavalerie de l'armée du Centre, postée soit dans la plaine, à Orbeval et près de l'Auve, soit sur le tertre de Valmy, elle était ainsi composée : I avant-garde de Deprez-Crassier : 3« hussards (ancien Esterhazy), 4« dragons (ci-devant Conti), l*"- chasseurs à cheval (chasseurs d'Alsacej ; II première ligne : 8» (cuirassiers) et 10« cavalerie (Royal-Cravate), 14* et 17® dragons (Chartres et Schomberg); III seconde' ligne : 4« cavalerie (ci-devant régiment de la Reine), et 1«' dragons (ci-devant Royal-Dragons); IV réserve : les deux régiments de carabiniers et le 17« cavalerie (ci-devant Royal-Bourgogne).
VALMT 249
la guerre, montra une contenance qui aurait fait honneur aux troupes les plus anciennes et les plus accoutumées au feu *. »
Les volontaires ont donc pris une part glorieuse à la défense du moulin de Valmy. Mais ces volontaires avaient eu le temps de se discipliner et de s'instruire ; ils n'appartenaient pas à la levée de 4792 et, comme on disait alors, à la nouvelle levée. Le l^r bataillon de Saôneet-Loire et le 2" bataillon de la Moselle avaient été formés en 1791 ; ils venaient de ces confins militaires de la France, de cette région belliqueuse du nord-est qui mit à l'organisation des corps de volontaires à la fois le moins de temps et le plus de soin ; ils servaient depuis une année et figuraient vaillamment à côté de l'armée régulière '.
^ Mémoire de Kellermann (arch. guerre) et discours à la Convention, 14 novembre : t La journée du 20 septembre a sauvé Paris sur les hauteurs de Valmy, par la valeur mémorable des troupes de ligne et des volontaires nationaux, parmi lesquels il faut distinguer le bataillon de Saône-et- Loire. » On raconte que ce bataillon, que Custine regardait comme f excellent > (lettre du 11 septembre à Biron), avait d'abord été chargé, le 20 septembre, de la garae des équipages, mais c il était animé d^un si bon esprit et d'une telle émulation avec les troupes de ligne qu'il refusa de faire ce service. Lorsqu'on en rendit compte au duc de Chartres, devant le front du bataillon, un soldat sortit des rangs et lui dit, au nom de ses camarades : t Mon général, nous sommes ici pour défendre la patrie, et nous vous demandons de ne pas exiger qu'aucun de nous quitte le drapeau de notre bataillon pour aller garder des équipages. > — c Ëh bien, répondit le duc de Chartres, les éauipagcs se garderont tout seuls aujourd'hui, et votre bataillon marcnera tout entier avec vos camarades de la ligne ; vous êtes, aussi bien qu'eux, des soldats français. > (Laugier et Carpentier, Fie anecd, de Louts-Philippe, 59.) N'oublions pas aussi, parmi les bataillons de volontaires de 1791 qui appartenaient à l'armée du Centre, le l»' bataillon de l'Yonne attaché au service de l'artillerie.
* Le !•' bataillon de Saône-et-Loire fut formé le 10 septembre et le 2« bataillon de la Moselle le 18 août (Susane, Histoire de l'infanterie française f 1876, I, 336 et 342 ; Rousset, Les Volontaires, annexe I, 319 et 325). — De même sur l'Yvron ; Stengel, de son aveu, n'avait guère que des troupes régulières : deux régiments de ligne, deux bataillons d'infanterie légère et vingt-deux escadrons (cp. cidessus p. 212). Aucun document ne nous apprend, il est vrai, la composition exacte et détaillée des corps de Beurnonville et de Chazot qui soutinrent efficacement l'armée du Centre ; mais nous savons que 1 armée de Dumouriez (voir p. 161) ne comptait que des troupes de ligne et des volontaires de 1791.
CHAPTTKE 'X
rESlSnETHES
T. Dillon et ses lieutenants* — Les gentilshommes verriers. — Les .frMMisotieeurs ée .l'Arg^niM. — IL «Les Aitstro**HeBsoi8. ««-.X^M^deux laâai^M da.L7<>et du.a(V49pt«nilRr«. — JklMrMaa.- — NeuiU^.
I. "Peadant que les "Prussiens se heurtaient à TaîîBy contre une Tési^tcmoe inatteïwiue, les Autri^iens de Hdh-enlohe-Kirchberg et les fîessoïs du landgrave ne faisaient contre les Islettes que d'inutiles démonsiarations.
Du"mouri«z avait confié îa défense de ce poste cau^chef de son avant-garde, Arthur Dillon. Mais "Dillon était an fervent royaliste qui. ne servait la Révolution qii'à conlre- IKBUT ; il avertit les alliés de la prochaine in vasion de Custine ; il proposa à son lieutenant Money d'émi^rer avec lui. Il manquait d'énergie et d'activité. Le 31 août, lorsqu'on ie chargeait de seconder l'attaque de Hiac- ^yns'ki surStenay, il ne s'engageait qu'avec hésitation 6t se retirait précipitamment sur Mouzon. Le 4 septembre il prenait le chemin dje Viarennes avec angoisse et en maudissant la foUe audace de Dumouriez. Il laurait dû se saisir de la gorge de Ciermont qui est, eu réalité, la clef du défilé des Islettes. Maître de cettetrouée, il attrait défendu quelque temps le passage de l'Aire jet retardé la marche des Austro-Heesois. Il laissa l3e6^•enll8-
LES ISL'ETTES 2Î51
mis occtrper Clennonrt, s'avancer Bar îa grande route bordée de bois, et déboucher dans la plaine des Islettes, ^sans engager contre eux la morndre escarmouche. Courtisan de Versailles, favori tie Marie-Antoinette, xrval des Besenval et ùes Lau^un, Dillon, ou, comme on l'avait ^suTnommé,T)iIlon 7e !5eew^, n'était qu'an général de cour; ir restait au lit jusqu'à dix heures du matin et durant toute la campagne, ses aides de camp donnèrent de leur prapFe mouvement des ordres qu'il ratifiait ensuite. Tout l'honneur de la défense des Islettes revient, non pas à 'Dillon, mnis à Galbaud qui plaça rartillerie ; à Gober t qui fit les retranchements et dicta la plupart des dispositions*; à Money qui cammaudait le poste le phïs important, celui de la côte de Biesme; aux T?61onels de cavalerie Neuilly et Frégeville ; aux soldats qui a manifestaient les plus ardentes dispositions et brûlaient de se mesurer en plaine avec l'ennemi ' » ; enfin aux habitants de. la jcojxtrée ^
^ Grobert [voir p..â4'55)'a rédigé, oatre un mémoire inédit du dépôt de laguerce, une brochure iipi^il publia en 1793 et qui porte le titreeui- ^ant : Exposé de la conduite du général de brigade Gobert (Axch. nat. AF Ji.281). Il nous apprend ckaas cette hrocbure qu'il était capitaine du^énie emplojé.à C«aai&,4)u!il.prit part, le 29 avril 17Ô2, à la malheureuse affaire de Touraay, qu-il fut chassé d^élablir et de fortLder le camp de Pont-sur-Sembre., en quaiité d'adjoiat aux adjudantegénéraux, qu'au 10 août il fut le seul de l'état-major qu'on traitât 'de jacobin et d'ennemi xLe iLafayetta. .11 raconie ainsi la oampagne de 1792 : ( Après plusieurs marches que l'histoire appràcieFa, nou£ .occupâmes k côte de Biesme que je fus chargé de fortifier, outra les £oactions importantes. et pénibles de chef d'état-^^a^jorique je, puas dire?avx»ir ramplies avec honneur ; j'employai jusqu;à «ix .cents jouvriara à m^ trancher ce poste déjà. fort par sa nature et qui devint. l'écueil de toiUes les forces autrichiennes, hessoiaes et prussiennes. Je fus présent à Taffaire du 17 septembre, à toutes celles que nous eûmes, à la côte de Biesme, à toutes .les sorties que nous limes de nos retrADchemants, dont je commandai .une partie. •>
> Lettre de deux .députés mKi tx)rp« éleetcn!tal de r-Auite tqui ont<élé a la côte de Biesme, 7 sept. ^srch. guerve) : < C^t là, disent ces braves .gens, qu'ils (les 'ennemis) trouveront leur tam^b«au<K>u que la France entièce trouvera fie sicin. >
3 Cp. les Souvenirs de Money. La moHesse de "Billon et sa ma-Qvaise volonté n'échappèrent pas à l'œil peijçant de Dnmouriez. 11 faut absolument renvoyer Dillon, mandait-iï le 11 septembre àServan, je l'ai jugé trop favorablement. Servan rédigea aussitôt (15 sept.) une lettre de rappel qui contenait ces simples mots : < A M. 'DiUcn, le
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La partie de TArgonne qu'arrose la Biesme, de Viennele-Gbâteau aux Islettes et à Futeau, renferme et renfermait déjà en 4792 d'importantes verreries. Les gentilshommes nommés ffentilshommes verriers s'étaient établis depuis le xvi® siècle dans cette vallée. Tous les rois, depuis Henri III, leur avaient permis de faire le commerce sans déroger. Ils travaillaient eux-mêmes et on les voyait, revêtus seulement d'une longue chemise, manier la fêle et souffler la bouteille. Les bourgeois les appelaient des hazis, c'est-à-dire des desséchés, et se moquaient de leur orgueilleuse pauvreté ; les gentilshommes à leur tour nommaient les roturiers des sacrés mâtins. Mai^, grâce à la puissante recommandation de la duchesse d'Ëlbeuf qui possédait la baronnie de Vienne-le-Château, les verriers envoyaient leurs fils
Conseil exécutif provisoire vous destitue de la place de lieutenantgénéral dans Parn^e de Dumouriez > ; elle serait remise à Dillon lorsque Dumouriez le jugerait convenable. Ce dernier la garda ; « je ne Pai point encore remise, écrivait-il a Servan le 24 septembre, quoiaue Dillon soit t oujours le même. Westermann vous en dira les motits. Mais je lui ai déjà ôté le commandement de l'avant-garde pour le donner à Beurnonville. Il me dissimule sa sensibilité sur cette préférence, mais je crois que le diable n'y perd rien. » Dumouriez ajoutait : * Je crois au'il y a un moyen très simple de s'en débarrasser, c'est que vous l'appeliez à Paris sous un prétexte quelconque; quand une fois il y sera, gardez-le bien, et je donnerai sa place à un autre, i Servan réunit le conseil et, trois jours après (27 sept.), il écrivit à Dumouriez une lettre destinée à être mise sous les yeux de Dillon : < Il sera important de m'envoyer un officier qui vienne rendre compte au conseil. Il m'a ordonné de vous écrire qu'il a jeté les yeux sur M. Dillon, pour remplir cet objet. » Dillon se méfia ; il répondit que sa présence était nécessaire à la côte de Biesme, que lui seul connaissait la position et ou'il ne pourrait quitter l'ennemi de vue. On patienta, mais lorsqu'il eut écrit sa lettre au landgrave de Hesse, il fut attaqué en pleine Convention et son rappel décidé. (Arch. guerre.) C'est ce général dont Camille Desmoulins devait se faire le champion dans sa Lettre de Camille Desmoulins, député de Paris^ à h Convention^ au général Dillon^ en prison aux Madelonettes ; le spirituel mais étourdi pamphlétaire s'était engoué de Dillon qu'il regardait comme un grand capitaine et demanda pour lui le commandement de l'armée du Nord ; un passage piquant ae sa Lettre à Dillon, relatif à la campagne de 1792, mérite d'être cité : « . . . Aussi, Arthur Dillon, pourquoi avez-vous dit, en présence de maints députés, que lorsqueBillaud-Varennes était commissaire à votre armée, il avait eu un jour une belle peur, et qu'il vous avait toujours regardé comme un traître pour lui avoir fait voir Pennemi ? »
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aux écoles militaires et leurs filles à la maison royale de Saint-Cyr. Un grand nombre d'entre eux avaient émigré pour s'enrôler sous le drapeau du prince de Gondé, comte de Giermontois, qu'ils considéraient comme leur protecteur naturel. Ceux qui n'avaient pas quitté le pays avouaient leur haine pour la Révolution ; ils étaient, dit Dumouriez, fiers de leur fragile noblesse et détournaient le patriotisme des paysans. On arrêta les principaux, au nombre de vingt, et on les conduisit à Ghâlons *.
Mais, si les gentilshommes verriers de TArgonne s'étaient efiforcés un instant de paralyser la défense nationale, les bourgeois et les paysans la secondaient de tout leur pouvoir. « Ils ont, rapporte Gobert, bien mérité de la patrie et il faut leur rendre cette justice; c'est à eux que nous devons une partie de nos succès. Tous étaient prêts à venir à notre voix ; tous étaient nos espions, et l'adversaire ne trouva pas un traitre parmi eux. » Ils informaient Dillon des moindres mouvements des Autrichiens et des Hessois. Ils tiraient sur l'ennemi qui s'écartait imprudemment du gros des troupes. Ils résistaient aux détachements qui venaient faire du fourrage et lever des contributions. Les habitants de Fleury chassèrent de leur village les hussards autrichiens et tuèrent Tun d'eux. Le 11 septembre, Galbaud faisait appel aux districts de Sainte-Menehould et de Varennes; il priait, au nom de la France et du général Dumouriez, les « braves gens habiles à tirer un coup de fusil » de se rendre à Sainte-Menehould et les autorisait, dès qu'ils seraient au nombre de cinquante, à se former en compagnies de chasseurs et à choisir eux-mêmes leurs chefs. Ges « braves gens » vinrent en foule, et on tira, dit encore Gobert, de cette population extrêmement attachée à la patrie, plusieurs corps de chasseurs utiles *.
» Buirette , Histoire de Sainte-Menehould, I, 267-268 ; II, 601 ; Dumouriez, Mé^m,, I, 268 ; Muret, Histoire de Varmée de Condé. p. 35, < ils formèrent deux compagnies presque entières sous les orares du prince de Condé >.
* Mémoire de Gobert (arch. guerre) ; lettre de Galbaud aux administrateurs des districts de Sainte-Menebould et de Varennes, Arcb. Nat. AA«S p. 91, et Bibl, de Verdun, Yerdnn-R^tol,, II, p. 49 ;
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IL Les Hessoi» campaient à Clermont, en face dv Islette» et les Autrichiens' de Hohenlohe*-£tirchberg^ i Neuvilly, en face delà Ghalade. Nous les voyions «devait nous, écrit Gobert, et nous pouvions presque compter leurs soldats. Un poste établi à Aubreviiie les reliait les uns aux autres. Quelq[ues escadrons de hueserds de Wurmser, envoyés à Rarécourt, coufraieni le fiair gauche' des Kessois.
Hoheniohe-Kirchberg et le landgrave jugèrent lapontion des Isleltes inattaquable. On sait du reste qy»lè duc de BrunsT^ick leur avait recommandé la plus stricte défensive. Ils se bornèrent donc à des simulacres d'attaque, ài des rencontres de fourrageurs et à de petits combats d'avant -garde où les Français admicrèreat Tadresse des chasseurs hessois ^
Deux affaires méritent d'être mentionnées; elles eurrot lieu le 47 et le 20 septembre.
Le matin du 17 septembre, pendant que le comte de Nauendorf marchait avec cinquante soldats de Schrôder et quatre escadrons sur le chemin de Varennes à la Pierre-Croisée, Hohenlohe-Kîrchberg s- avançait sur la grande route de Clermont aux Isiettes. Il avait avec lui douze compagnies d'infanterie, deux escadrons de chevau-légers, cinq pièces de canon et deux obusiers. Deux cents volontaires autrichiens et les chtisseurs hessois couvraient les flancs du détachement. Le landgrave et le jeune archiduc Charles, que IIoheulohe-Kirehbergdevait initier aux pratiques de la guerre*, s'étaient joints à l'expédition. On refoula les avant-postes français établis
Ditfurth; die Resmn in den Peldaûgén in dtr Champagne ^ atm Maint tind Hheins, 100*
^ Un Français que les Hessois avaient fait prisonnier et qui savait un peu d'allemand, disait : mack chasseur mit chapeau pouf, gleich sein kaputt. (Ditfurth, die Hessen^ 78). Voir sur l'armée nessoise Invasion ptHissienne^ 140-141.
*C est le futur adversaire de Napoléon. Il était alors « genejMlfield-^ wachtmeister- » et commandait une brigade (François II à. Uohenlobe- Kirchberg, Vivenot, Quellen, II, 186 ; cp. Gross-Hofiafç,er, ErzhersùQ KarU p. 87). Mais le précédent chef de la brigade était demeuré a son poste « afin que l'archiduc put s'éloigner pour se trouver auprès de HoheniLoher-Kicchbeig dans. les. bonnefi occasions >v
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à rentrée de la vallée; sur le HUtebas, derrière^des abatte'. On mit en batterie sur une éminence les obusiers et deux pièces* de* canoa. Pendiernt ce temps, Hohenlohe*- Kîrcbberg-, le- landgrave, l'archiduc Charles faisaient uue reconnaissanci. lia position leur parut si forte qu'ilsordonnèrent la retraite. Les Austro-Hiessois n'avaient perd\i' que disux hommes: Galbaud, qui ménageait ses munitions et ne- voulait tirer qu'à coup sûr; n'avait répondu que par quelques- volées de canon au feu des ennemis: Les Français n'eurent môme pas- un blessé. Ce combat, rappelle- Gobert dan« son mémoii^ sur la campagne; paraissait si peu sérieux à nos gens qui bordaient Ifes- retranchements que, le moment de la soupe étant arrivé, ilfe la mangèrent tranquillement en accompagnant de leur chant le sifflement des obu^ qui passaient sur- Iburs tètes. Nos soldats, dit de même Dillon, supportèrent cette attaque avec une gaieté ex- Vtèmei avecdes cris de Vive la nation et en défiant l'ennenri des'&pprocher plus près*.
Trois jours après, les Hessois firent uue nouvelle tentative. Hohenlohe-Kirchberg et le landgrave entendaient le' canon' de Vieiliny ; mais ils n'avaient pas d'instructions' et ne- pouvaient" en avoir; puisque Ife combat s'était llvré-à rimprovlstei contre les prévisions de Brunswick, ïfohenlohe - Eirctiberg se contenta d'envoyer dans la matinée" quelques détachements sur le chemin de La Gha» lade. M^is, à- d'eux heures de rapiès-midi, le landgrave impatitot* fèit battte lu' générale dans les rues de son
^ Dillon, Compte rendUj 30 ; Gôbert, mémoire (arch. guerre) ; Ditforth) dié'Hhmen, 79vGeWer, Ohètefrtiehiaehe militâH$che Zeitschrfft\ i8B3i, lU^. p. 8â-81u Dillon. écrirait le jour môioo à Dumotiher la letirft auùranie, fost . hoBOrahle pvur. un. bataillon de valoutaires da 1791, celui da la Charente-Inférieure, et pour un régiment des troupes dé ligne^ le 58* : « Les ennemis* nous ont- envoyé une centaine d'obus qui* n(êati. tahé'pennoiBai-. Nott» amuis' U:oi8« prisonniers; oe-sont des grenadiers hongrois. J'ai été enchanté des troupes. Les volontaires de la Charente garnissaient les retranchements. Je ne saurais apprécier la conduite an B^ régiment, ci-devant Rou«rgne. . . Je renvoyais, à Ficnnernt, il passait dUns le moment de raction; Je l'ai fait venir, n est aiïivé, battant la charge avec des physionomies rayonnante?; U a ^KUté les ntrancbements pour aller enlever la batterie d^obua. L'ennemi s^èst retira avec précipitation. > (Papiers de Dumonriez; Arch. nat. F 7 4598.)
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camp et prendre les armes à sa petite armée. Il laisse à Giermout le gros de ses forces, et se porte sur la route des Isletles, à la lôte des troupes légères^ des grenadiers, des carabiniers et des dragons de la garde. Les grenadiers s'avancent en chantairt et au pas de course. Mais ils s'arrêtent devant la Biesme débordée et le feu de Tartillerie française. Les boulets pieu vent au milieu d'eux; un canonnier est tué à côté du landgrave qui tombe de cheval, étourdi et sans connaissance. Le temps se passe ; le bruit de la canonnade qui vient de Sainte- Menehould s'apaise peu à peu ; le landgrave, qui s'est remis en selle, ne remarque pas le moindre mouvement sur la côte de Biesme; il ordonne la retraite, et les Hessois rentrent dans leur camp, silencieux et abattus. Les tirailleurs français les poursuivirent jusque dans les jardins de Glermont. « J'ai moi-môme été chargé de la poursuite des fuyards, écrivait Marceau, et je les ai menés jusqu'au bord de leur retranchement, sans qu'il me soit arrivé d'autre perte que celle de deux chasseurs d'une compagnie franche qui était avec nous*. »
Ces deux reconnaissances du 47 et du 20 septembre furent les seules opérations des alliés contre les Islettes". Le 2 octobre, après avoir langui dans l'inaction, les Autrichiens se repliaient de Neuvilly sur Fromeréville et les Hessois de Glermont sur Regret. La veille (4®^ octobre), le colonel Neuilly, qui venait de recevoir son brevet de maréchal de camp, s'était signalé par un brillant fait d'armes. Il est bon à tout, disait Dumouriez. Il attaqua dans le village d'Autrécourt, sur la rivière d'Aire, à la tète de son 40® régiment de dragons, un détachement de cavalerie austro-hessoise; il passa le pont au galop, culbuta les Hessois qui le gardaient et tua de sa main le premier qu'il rencontra. Ginq hussards de Wurmser et vingt-deux dragons du landgrave restèrent sur la place.
^ Ditfupth, die JBessen^ 81-82 ; Gebler, article cité du € Journal militaire autrichien », p. 85. Dillon, Compte rendu ^ 33; Marceau à Maugaps, 24 sept. (Doublet, I, 145.)
*^ Lossbepg, Zevtschrift fur Kunst, Wissenschaft und Geschichte des Krieges, 1846, I, 13 « wir hatten nur unbedeutende Vorpostengefechte >.