I.KS GUEHHES DE LA RÉVOLUTION
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et de plaisirs qu*ll menait avant la Révolution, avait lihsé en lui tout ressort éner^que ; Tbomme qui n'avaii cberché que des succès de société et les fugitives faveurs de la mode, n'avait plus la force de jouer un graad rôl»; il garda sa tournure élégante et sa bravoure, mais le béios de roman ne put devenir un héros d'histoire. A Famée du Rhin, il fut adoré de ses soldats qu'il sut disciiplînMr et faire subsister ; on vanta son désiniéressemenA, wa esprit, sa grâce chevaleresque, Taménité séduisaol^âi ses manières ; les observateurs perspicaces le cona^^arèrent à ce duc de Vendôme si populaire et si bienveillant envers tous, mais ils ajoutèrent qu'il avait riadolencaet la mollesse du vainqueur de Villaviciosa, sans avMV 80D génie. Biron se contenta, pendant son commaindeBtn4y d'observer les Autrrchiens d'Esterhazy et les émigrés cte Gondé; il laissa le péril et Thonueur des opération» mili' taii*es à son lieutenant Gusline *.
Philippe-Adam de Gustine avait commencé de bonoe heure le métier des armes et vu la guerre dès son «• fance ; à Tâge de sept ans, il assistait au siège de Maastricht. Il avait étudié à Berlin et à Vienne la tactifte allemande et cau«é, aux manœuvres de Potsdam, aveate grand Frédéric. Engoué des traditions du système pras^ sien, il envoya son fils à TAcadémie militaire des fiohks, se proclama le disciple du comte de Saint-€rerm&iB, fatigua le soldat par de ridicules exercices et ae^fuit la réputation d'un chef tracassier et brutal. Lo^rscfu'éetato la guerre de llndépendance américaine, il partit, après avoir échangé le régiment de dragons qu'il commandut et qui portait son nom contre celui de Saiutonge^iafkB* terie. Il fut, à son retour, nommé maréchal de eamp. (o déc. 1781.) Député de la noblesse du bailliage d* Metz, il se déclara pour la Révolution. Employé aux armées après la session, et lieutenant-général depuis le 6 oeiebre 1791, il ne cessa de donner des gages aux partis avancés. Il comptait obtenir un grand commandement. Le diar et impitoyable colonel de dragons était devenu le plus
* Sainte-Beuve, Causeries du lundis IV, 287-308 ; G«y-Vera«», Custine et Bcvchard, 46-47 ; duc de Bellune, Mém.^ I, a5> M, 92; duc de Levis, Souvenirs et portraits^ 192, 196, 199.
indulgent des lieutenants-généraux ; il rudoyait rofôcier, mais il flattait le soldat. Sa moustache épaisse — on le surnommaÂi le général Moustache^ — son air martial, ses façons brusques et familières l'avaient rendu populaire dans L'armée. Sobre, robuste, très actif, disposé aux largesse», il possédait de grandes connaissances en administvatioa nilitaire et savait écouter uo bon avis. Mais, seVoa \» mot de Biron, sa tète s'échauffait dans Texécutioa*; raideur de son tempéranuent rengageait souvent dans un mauvais pas ; il avait gardé remportement de la ^unesse, et Le péril où le précipitait sa fougue imprBéeol», achevait de lui ravir sa liberté d'esprit. Aussi, quoigull fCLt très ôer des compliments qu'il avait reçus de ]>^ttfdépic II et de Texpéi^ience qu'il rapportait de la guevre <it* Amérique, hésitait-on à Ld nommer géoéral d*armè«. Yaduement il obsédait le ministère de ses projets, à» SAS plaintes, voire de ses dénonciations. On lui préféra successivement Lamorlière, Biron, Duuijouriez et Kellermann. Chacune de ces nominations excita son dépit efc sa coière. Le vieux Lamorlière avait été chargé de commander l'aimée du Rhin pair intérim et Custine devait l« seconder de ses comâeils. L'ambitieux général se plaignis bientôt de la £aiblesse de Lamorlière et de l'importance que s'attribuait le chef de l'état-major, Vi«tOF de Broglie ; à l'entendre, il n'avait pas assez d'autorité ; seul il jugeait sainement la siiuation ; seul il savait ee qu'il fallait faire, et si l'on restait sourd à ses avis, oo devait s'attendre à tous les événements. Biron rem^piaça Lamorlière ; aussitôt Custine écrivit au ministre qu*^ou le nourrissait de couleuvres, q:u'on ne cessait de lui donner de cruels dégoûts, que Biron n'avait ni ses longs services ni son expérience ; a Washington et Rocbambeau, disait-il, ont jugé que M. de Biroa dievait être à mes ordres, et on vient de proposer le contraire 1 Je puis assurer que je ne compterai jamais dans ma carrière militaire de journée de Mons. » Il eâpérait succéder à Lafayette, et ce fut Dumouriez qu'on nomma. * Je suis loin, écrivit Custine au ministre, de ne pas croire aux talents de Dumouriez, mais en ai -je moins
^ Biron à Servan, 23 août (arch. guerre).
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montré que lui ! Ai-je moins prouvé de patriotisme, et une grande expérience, une grande habitude du commandement ne donnent-elles pas des droits ? » Quelques jours plus tard Kellermann remplaçait le vieux Luckner à Tarmée de Metz. Gustine exhala de nouvelles plaintes. Je le dis nettement, mandait-il à Servan^ cette nomination est le coup de pied de Tâne, et il s'écriait devant Biron : c Quelle folie fera Dumouriez ? Brave sans doute, mais incapable de former ou de suivre un projet, pas plus d'habitude que Kellermann à manier des troupes. Et Kellermann ! Un homme de cette incapacité 1 Quel plan peut-il sortir de sa tétel Je le vois déjà en Bourgogne, si les ennemis font une marche sur lui. » On conçoit que ces récriminations nuisaient beaucoup à Gustine ; les jacobins de Strasbourg écrivaient assez justement qu'il n'était qu'un brouillon, tourmenté d'une ambition démesurée, et qui n'avait jamais su ni obéir ni commander *.
II. Il ne restait donc qu'à choisir Dumouriez, et, dit un contemporain, on fut heureux de le trouver : son nom n'était point populaire, ni sa fidélité bien sûre, mais comme personnage politique et comme militaire, il pouvait rendre d'émiuents services *.
Il était né en Flandre, à Gambrai, le 25 janvier 4739, mais il descendait d'une famille parlementaire de la Provence. Il môle ainsi le sang-froid du Nord à la vivacité méridionale. Son père, commissaire des guerres, et poète à ses hjuies, a fait une tragédie, Demetrius^ et traduit le Richardet de Fortiguerra. Après avoir étudié chez les jésuites du collège Louis-le -Grand et suivi son père en Hanovre, le jeune Dumouriez s'engagea comme volontaire dans le régiment de cavalerie d'Escars. H reçut bientôt un brevet de cornette (21 octobre 4758) qu'il
^ Arch. guerre, corresp. de Gustine avec le ministre, lettres i Servan [4, 6, 14 juin), à Lajard (14, 16, 24 juillet), à Clavière (24 août), à Servan (2 septembre), à Biron (7 et 11 septembre) ; lettre des Jacobins de Strasbourg au ministre (juin) ; sur Gustine voir Jominii Gouvion-SaintrCyr et surtout Lavallette, Mém.^ 1, 123, et Gay-Vcmon, Custine et Bouchard^ 48-49.
« Daunou, Mém., édit. Barrière, 410.
justifia par une bravoure extraordinaire. Il servait sous les ordres de Fischer, le plus habile chef de partisans qu'ait eu la France au xviii« siècle. A Warbourg, il rallia deux cents cavaliers autour du drapeau de son régiment et couvrit la retraite. La veille de Glostercamp, il fut assailli par des hussards prussiens et abandonné de son escorte ; il se battit avec fureur et ne se rendit qu'après avoir mis cinq de ses ennemis hors de combat, le visage brûlé par des grains de poudre, le front déchiré, lebras presque fracassé. Une balle de carabine l'aurait étendu mort ; un exemplaire des Provinciales qu'il avait dans sa poche, amortit le coup (15 octobre 17G0). Il fut nommé capitaine et reçut la croix de Saint- Louis ; il n'avait alors que vingt-quatre ans. Réformé le 1®"* janvier 1763, il demeura quelque temps à Paris et se lia d'une étroite amitié avec Favier. Ce Favier, Thomme de France qui savait le mieux son Europe, était Tun des principaux agents de la diplomatie secrète de Louis XV ; il avait composé pour le comte de Broglie, qui fut lame de cette diplomatie, un livre complet sur la politique étrangère de la France,, les Conjectures raisonnées sur l'état de V Europe ; c'est le théoricien de la diplomatie révolutionnaire ; il critiqua le premier, avec une vive sagacité, le système autrichien et préconisa l'alliance de la France avec la Prusse; Sémonville, Maret, Barthélémy le reconnaissent comme leur maître ; Favier, dit Dumouriez, m'apprit tout ce que je sais en politique *. Fatigué de son inaction, le jeune officier résolut de courir le monde, et dès lors, sa vie est- celle d'un génial aventurier qui cherche partout à se pousser et à se produire, tire parti de chaque occasion et de chaque rencontre, tantôt faisant le soldat l'épée au poing, tantôt agent secret, toujours actif, résolu, prenant parfois la grande route, mais le plus souvent les chemins couverts et les voies souterraines. Cette existence équivoque et flottante a gâté Dumouriez ; il en a contracté les vices et gardé la marque jusqu'à ses derniers instants. Il étudia le fort et le faible de chaque pays, mais il joua tous les rôles, çiôme ceux de condottiere et d'espion ; si son
^ Voir sur Favier, Senac de Meilhan, le duc de Broglie, A. Sorel.