VALU Y
caractère se trempa fortement, il se défit de tous les scrupules.
Il s'offre d'abord à Gènes contre Paoli, puis à Paoli contre Gènes ; repoussé par la République et par le béros corse, il s'abouche avec Costa, chef d'un parti hostile à Paoll, débarque à Porto-Vecchio, trace quelques retrancbements à Brjgogoano, se met à la tête des gens de Sartêne et lente l'assaut de Bonifacio. A son retour en France^ il se présente au duc de Cholseul qui le ebasse. Il passe en Espagne; il obtient une mission du marqois d'Ossuoa ; il visite Lisbonne et Coïmbre. parcourt la région du Douro, recueille des notes de toute espèce, rédige pour le marquis d'Ossuna et le duc de Ghoiseul un système d'attaque et de défense du Portugal. Aidemaréchal général des logis dans Texpédition de Corse (10 mai 4768;, il propose des plans, se querelle avec M. de Marbeuf, enlève des redoutes, essaie avec une poignées d'hommes de s'emparer du port de l'Ile Rousse et fait capituler le château de Corte. En 4770, Choiseul renvoie en Pologne . Du mouriez était chargé d'organiser l'infauterie des confédérés de Bar *. Il appela de France lncfêmedes aventuriers et recruta des déserteurs ; il acheta des fusils de tous les côtés ; il fit sa place d'armes du château de Landskron. Mais d'Aiguillon le rappalft; il revint, certain que les Polonais, ces Asiatiques de TEnrope, comme il les nommait, perdraient bientôt leur iadépeudauce.
11 entra dans cette diplomatie conûdentieUe et occulte qu'on appelait le secrei du roi. Il en fut la viictime. Louis XV l'avait chargé de se rendre à Hambourg pour y former un corps de sept mille hommes destiné à secourir la Suède contre la Russie. Mais la négociatLon où s'engagea Dumouriez fut tellement obscure quiC Louis XV lui-même n'y comprit plus rien ; le ministre de la guerre et le ministre des afl'aires étrangères en ignoraient chacun une partie ; le chef de la politique secrète, le comte de Broglie, ne savait pas qu'elle fût entamée. Dumouriez, arrêté à Hambourg par un exempt sur Tordre du duc d'Aiguillon, se laissa mener à la BastillA-
' 11 avait rang de mestre de camp depuis le 11 mai 1769.
SBDAN 4 1
Il y lut, comme Mirabeau à ViDcennes, une foule de livres, et répondit sur un ton goguenard aux questions de ses juges. Au bout de six mois, on lui donua pour prison le eb4t«au de Gaen. 11 en sortit à Tavèuement de Louis XVI et se maria. Il avait retrouvé dans uu couvent de Caea sa eousine germaine, W^^ de Broissy, qu'il aimait avee ardeur douze ans auparavant. Elle avait Yî^ilûi : ses traits étaient grossis par la petite vérole ; l>SL3H>ariev la revit sans trouble et sans battement de Ecsnj'. Mais elle eut une fièvre maligne ; il la soigna du- 3axi3 DO mois, sentit renaître pour elle une tendre afifec- ~u}ii. el l'épousa. Ce mariage romanesque fut malheur^m; M"» deBroissy était bigote et acariâtre, elle eut vum TÎDgt diOQMStiques en e^uiuze ans. Les deux époux se séparèfeat à t^araiable. Dumouriez prit une maîtresse, M"* de BurtMl-Beauvert; sa femme se retira dans un coaveat de PariSw
Gependajfrt Dumouriez était devenu colonel (1775); mais- il n'avait pas de régiment à commander. Il rédigeait mémoires sur mémoires, tantôt contre le redressement de la Lys et Jia créaiion d'un port militaire à Ambleteuse, taatôi sur TinsuFrecUon des colonies d'Amérique et la défense des côtes de Normandie Ehlin, le 2S ÉéTiiei 1T7a, il reçut le commandement de Cherbourg. Aide-maréetial général des Lgis de Tarmée de Bretagne (♦««•jttia iZ79), brigadier d'infanterie (5 décembre 4781), il fui iiajuinê- maréchal de camp le 9- mars 17H^. Il avait (busw mille livres d'appotutemeuts. Mais ce qu'il voulait, c'était le pouvoir, c'était l'influence sur la destinée de son pays, le ministère ou le commandement d'une arméa *-. Il allait entrer dans sa cinquantième année. L*âge des vastes pensées et des espérances glorieuses seùiblait passé pour lui. Mais il comptait toujours avec l'iflLprévu. Un jour, dans l'automne de 1788, il se promenait avec M. de Beuvron sur le port de Cherbourg ; a ne croyez, pas, lui dit<iL, que je reste longtemps encore à
* • J'ai ouï dire à Vioménil que dans les comptes que Dumouriez lui remit de l'argent du gouveniemeut (eu Pologne), il avait reconnu la plus grande nelteté. Dumouriez n'ebt pas iulércssô ni avide d'argent ; tout ce qu'il a fait, n'a eu d'autre motit que Tambilion de jouer un grand rôle. > Clermout-Ciallerande, i/efm., 111, 448.
végéter ici ; un grand mouvement se prépare à Paris, je vais y aller et y faire fortune ' ». La Révolution éclata; Dumouriez Taccueiliit avec joie. Dès que le branle commença, il n'eut plus d'autre pensée que de devenir, selon l'expression du xvii<> siècle, le maître du bal. Il ne connut pas l'enthousiasme désintéressé des Ck)nstituants; il n'embrassa la cause des réformes que par calcul et par ambition, comme faisait au môme instant Napoléon Bonaparte '. Indififérent aux grandes idées qui passionnaient alors toute la France, il voyait dans la Révolution une carrière nouvelle qui s'offrait à son activité, une voie inattendue pour tenter encore le destin et prendre sur le tard un rapide essor.
Il ne rêvait pas la destruction de la royauté. Il avait servi la monarchie durant de longues années, et, sans se croire enchaîné à aucun régime, il se contentait de cette forme de gouvernement, à condition de tout mener. Il était soldat et voulait, dans l'état comme dans l'armée, la discipline, l'ordre, une forte autorité. Homme de vigueur et d'action, il méprisait les déclamations des clubs, détestait le fanatisme révolutionnaire, et se flattait de réprimer l'anarchie. Il se déclara donc ouvertement contre l'ancien ordre de choses ; il devint membre de la Société des Amis de la Gonstliution ; il se lia avec Mirabeau, avec Lafayette, avec la Gironde. Mais il fit à la cour ses premières et plus grandes avances. Dès 1789, il proposait à Louis XVI un plan qui devait empocher la prise de la Bastille. Il était le condisciple et l'intime ami de l'intendant de la liste civile. Laporte. Chaudement recommandé par Laporte, Dumouriez s'offrit au roi qu'il appelait le plus honnête homme de son royaume. Il demanda successivement le commandement de Lyon et l'ambassade de Mayence. Enfin il s'engagea, s'il entrait au ministère, à sauver la monarchie. Son plan était simple et audacieux : il fallait, pour vaincre les jacobins, se faire jacobin, abonder dans leur sens, adopter leur esprit et leur langage, puis se retourner contre eux.
' Clermont-Gallerande, Mém,, III, 449.
* Voir la conversation de Napoléon avec Mathieu Dumas, So^Mt^ de Dumas, III, 363.
prendre l'ascendant sur ses collègues et de m rendre populaire. Son langage fut ferme et résolu; sa politique habile et prévoyante ^ Sa nomination avait flwrprii l'émigration et TEurope. « Dumouriez. s'écrKit Fersan, cet .intrigant et très mauvais sujet, que le cMtle de Broglie avait employé dans la correspondance secrète de Louis XV et qui espionna ensuite le comte <le Broglie 1 * » Mais un des hommes les plus libéraux de Tépoque écrivait alors à Dumouriez : « Votre eèle, votre activité, Téuergie que vous témoigaez en partant au nom du peuple français, commandent et justifieat la confiance », et il exprimait son « estKne ^Nx^fonda paw le civisme et les talents du ministre patriote * »•
Dumouriez tomba. 11 avait cru diriger la Révolution ; il s-était Imagiué qu'une fois mtnislre, ôl mènmraik la France et la ierait marcher. Mais il oubliait qyCii y araft alors, comme sous Louis XV, un secret 4% r^U 6t ^ue Louis XVI, en paraissant céder au parti popuiairey demandait en même temps riaterventiom ^ l'étranger; il méprisait les intrigues de rémigration; einfim, ii se méprenait, comme la plupart de ses contemporains^ sur la portée de la Révolution et sur se force d'iœpuhHon. La diplomatie occulte de Louis XVI, tes manœuvres des émigrés, surtout la propagande, le fanaiissne d'égalité, l'esprit de prosélytisme de la t^eligion révolutkMUiaire rompirent les plans de Dumouriez.
Il osa se séparer de la Gironde. Il se moqua de i'aiistérité puritaioe de ses collègues; il donna la directioa^i* nérale de son ministère à l'Intrigant Bonne^^arrèn» malgré l'opposition de Brissot. Il fit renvoyer Bolfiâd, Glavière, Servan et prît le port-efeuilie ùe la guerm» Oi jugera de son audace si l'on se rappelle qu'eprès eette crise de cabioet, il se présenta devant d'JLssemèlée et lut, malgré les muraïUTes et les cris, un inémoire stf son nouveau miûisière. « L'ent^endes-vous, dit Chuadat» il s'avise de nous donner des conseils. -^ £Hi> pourquoi pas ? » répliqua froidement Dumouriez. Il acheva la lec-
^ Voir VlnMèionpmsê,^ p* 15 ; Math. Ombas, ^ù^ewit»^ IL lOS.
« Fersen à Gustave 111, Fersen, II, 213*
3 Victor de Broglie à Duinourie^ 2 bmI (ai«h. gmcM^
SSDAN 15
tuTO de son tnémoire, le signa, le déposa sut le bureau et sortit de la salle à petits pas, en fixant d'un fier regard les -membres de la gattcfee. « On vous enverra à Orléans, lui dirent quelques «tnis. — Tant mieux, répondit-il avec le même calme, je me reposerai et y prendrai des bains et du petit laft. » Mais Louis XVI rejeta les décrets dont D«Lm<yaTiez exigeai la sanction ; ie général, joué par le rôi, compromis, ne pouvant plus se maintenir, donna sa démission (4S jaio) *.
Il se Pendit à Tarmée du Nord. Il semblait avoir encouru la disgrâce de tous les partis. Marie-Antoinette le regardait comme un traître dont les protestations ne méritaient wolUb ci*éftnoe. Brissot disait hautement que son patriotisme n>était qu'hypocrisie et rappelait « le plus Til des intriganits », un « saltimbanque en politique et en mora^ d. Lafayette l'accusait de trahison et avait annoncé publiqoieftnent qu'il cimenterait en vain par le saoTifice de ses trois collègues son équivoque et scandaîeuse existence dans le conseil du roi ^
Mais Damouriez savait prendre le vent. Mathieu Dumas le vit, au 20 juin, coiffé d'un chapeau à larges bords et enveloppé dune longue redingote, se mêler à la foule qui remplissait le jardin des Tuileries et montrer le Ghëileau d'un geste menaçant. Il était convaincu de la chute prochaine de la royauté. On lui avait donné le commandement du camp de Maulde. Mais, en môme temps qu'il aguerrissait ses troupes et gagnait leur affection en partageant leurs bivouacs, il faisait parade de son zèle révolutionnaire ; il querellait Luckner et refusait de le suivre à Metz ; il s'élevait contre le fayetlisme, « Ote» Dumouriez d'où il est, écrivait Alexandre de Lameth BU ministre d'Abancourt, car il est coalisé avec Lille, avec le département, les clubs et il vous jouera quelque mauvais tour. » Il flattait les jacobins, et Ton sait que, dès son entrée au ministère, le 49 mars, il se présentait devant eux, coiffé du bonnet rouge, embrassait Robespierre et promettait à ses frères et amis de triom-
• Math. Dumas, Souvenin, H. 192-193.
> M"* Campan, Mém.j 325; Brissot, Patriot» fi^empms des 14 et 16 juin ; Lafayette à rAssemblée et a d^Abancouit.
pber ou de mourir avec eux. Il se rendit au club de Lille et proposa la déchéance de Louis XVL II alla voir Merlin de Douai et lui dit que les intrigues Tavaient dégoûté de la monarchie constitutionnelle. Il fit connaissance avec le paralytique Cou thon qui prenait des bains de boue à Saint-Amand. Gouthon, comme Gensonné, subit 1er charme de Dumouriez ; 11 vit les soldats du camp de Maulde entourer leur général en poussant des vivats et rappeler leur père; 11 écrivit à Paris qu*on pouvait compter sur Dumouriez; « j'ai été, disait-il, prévenu contre lui, comme tous les patriotes, mais sa conduite, depuis qu'il est à Tarmée, m*a réconcilié avec lu^ et je crois qu'il nous est très essentiel; le camp de Maulde est le camp du patriotisme et de la liberté ^ »
Dumouriez était donc sûr qu'il rentrerait en scène et que la Révolution, ayant besoin d'un capitaine* se tournerait vers lui '. Il envoyait lettres sur lettres à la commission des Vingt-et-un '. Il demandait le commandement en chef des troupes du Nord qu'on avait eu la sottise de confier à Dillon. Il répondait du salut de la France, si on lui donnait beaucoup d'argent et carte blanche ^ Tantôt il écrivait directement au président de l'Assemblée et faisait semblant de croire qu'il n'y avait plus de ministre ; la nation, avouait-il plus tard, m'aurait confondu avec les autres et ignoré qu'il existait un général prêt à verser son sang pour soutenir la cause du peuple". Tantôt il prenait dans ses dépêches au ministre de la guerre le ton le plus insolent. D'Abancourt
* Cp. Servan, Notes sur les mém, de Dumouriez^ 1795, p. v : t II vogrût venir les événements afin d'en profiter > ; Math. Dumas, Sowomn^ II, 215-216; Alex, de Lameth à d'Abancourt, 9 août {Moiàimt du 20) ; Merlin de Douai à la Convention (Monit. du 9 décemLre) ; Correspond, de Couthon, 30 août, 165, et lettre du môme i l'Assemblée, 19 août (Ternaux, 111, 445-447).
* Servan, id. N'est-il pas curieux que le 16 septembre 1789 Dumouriez écrivait à M. ae La Rozière : < 11 se fera une coalition di rois ; c'est alors que les hommes, comme vous et moi, qui ont pen^ par leurs talents, deviendront les chefs nécessaires de la nation pour défendre sa liberté > (Bertrand de Molleville, II, 34),
* Louvel. Mém,, 1823, p. 62.
4 Dumouriez à Bourdio, 30 juillet 1792, Catalogue d'auU^.f 28 novembre 1853 ; voir Invasion prussienne^ p. 50-51. ^ Corresp, de Dumouriez avec Pache, 72.
lui reprochait de n'avoir pas rejoint à Metz le maréchal Luckner ; Dumouriez répondait qu'il avait de puissants [Wifs pour rester en Flandre.
Je reçois votre lettre, disait-il, dans un moment de crise qni n'admet pas le persiflage. Je suis aux ordres de Dillon, ^jêrestime et je l'aime, il est mon ancien, je lui obéirai sans ;îépugnance. Mais la nation jugera un jour s'il est avantageux dans cette circonstance que je sois à ses ordres. Je suis, par Contre-coup, aux ordres de Lafayette. Cette mesure ne peut pas tenir, e4 je vous prédis qu'elle sera détruite ou par les 'irconstancea ou par la prévoyance de l'Assemblée nationale. ^U reste, j'ai eu lieu, dans ma carrière révolutionnaire, de iigèr que ce sont toujours de grands dangers ou de grandes ^Ute5 ou de grands malheurs qui sauvent la chose publique t ia mènent à bien, contre tous les calculs de pro))abilité. . . •Vec de la persévérance, j'aurai le bonheur d'être un des buveurs de ma patrie, quelque obstacle qu'y apportent mes ûnemis personnels.
Cette lettre est datée du 5 août*; cinq jours après, > trône s'écroulait et Lafayette exigeait de toutes les oupes du Nord le serment de fidélité à la constitution inversée. Dumouriez écrivit aussitôt à l'Assemblée H'il resterait fidèle à la nation, qu'il ne reconnaîtrait imais d'autre souverain que le peuple français, qu'il aprouvait a sans détours ni ménagements la terrible cals trophe du <0 août à laquelle on devait s'attendre de i part d'une nation trompée, trahie et poussée à bout »'. •e conseil exécutif provisoire lui donna le commandelent en chef de Tarmée du Nord. Roland, Glavière, Seran oubliaient dans le péril public leurs rancunes priées et ne se souvenaient plus que le général les avait tiassésdu ministère. Servan disait à Dumouriez qu'il eflforcerait avec lui de sauver la patrie et lui parlerait >ujours avec une loyale franchise. Roland lui mandait mis devaient tous deux servir la France chacun à sa lanière; t vous ressemblez un peu, ajoutait-il, à ces *eux chevaliers qui faisaient parfois de petites scélé- ^tesses dont ils étaient les premiers à rire et qui ne
* Arch. guerre, Dumouriez à d'Abancourt, 5 août. ^ Lettre du 14 août [Monit. du 19).
18 YALMT
savaient pas moins se battre en désespérés, quand il s'agissait de Thonueur » et il assurait Dumouriez qu'il le seconderait toujours dans le conseil *.
Trois commissaires de TÂssemblée, Delnias, Dubois- Dubay et Bellegarde, s'étaient rendus au camp de Maulde. Dumouriez les reçut avec les plus grands honneurs. Leur arrivée fut annoncée par vingt -et un coups de canon. Ils embrassèrent tous les colonels au nom de TAssembléeen les priant de rendre ce baisera leurs légiments. Un soldat qui s'esquiva aussitôt pour ne pas être reconnu, mit sa montre d'argent dans les mains de Bellegardc, en lui demandant de la donner à l'Assemblée pour les frais de la guerre. On entendait de toutes parts les cris de : Vive la liberté, vive Végaliti^ HveiU nos représentants ! Les bonnets, écrit un témoin de cette scène, les chapeaux, les casques, les sabres, tout cela était en l'air ; chacun s'embrassait, se serrait, pleurait, et jamais larmes n'eurent plus de douceur. Après la revue, les commissaires regagnèrent le quartier général, au milieu d'une foule de soldats et au son de la musique militaire qui jouait le Çà ira et Où peut-on être mieu£ fV'M sein de sa famille. A neuf heures du scrir arrivait le courrier, porteur du décret qui nommait Dumouriez général eu chef. En un moment la nouvelle se répandit dans tout le camp ; ce fut, dit Couthon, un nouveau sujet d'allégresse universelle*.
Dumouriez avait alors cinquante-trois ans. U était petit et laid, mais d'une laideur agréable. L'idée d'habileté politique et guerrière que rappelle son nom, parais* sait dans toute sa personne. Il avait les traits nettement marqués, le teint brun, le front large, le nez aquilia, la bouche grande mais douce, souriante, parfois dédaigneuse, les yeux noirs et pleins de flamme. Sa figure expressive respirait à la fois la finesse et la résolution. Il s'habillait avec élégance et se poudrait à blanc. U gesticulait vivement avec ses mains qu'il avait petites et
^ Arch. guerre, Servan à Dumouriez, 22 et 25 août ; M"** Bolind, M^m., 1, 399.
* Couthon, lettre du 19 août [Ternaux, 111, 446) ; les commîflMÎres à l'Assemblée, 19 août, Monit, du 23 ; lettre du grenadier Beling^ Monit. du 26.
SSDAN 41)
ridées. Ses manières aisées, courtoises, brusques par instants et néanmoins sans rudesse, faisaient un contraste piquant avec sa tournure militaire et son air martial. Il avait en un mot la mine d'un homme de guerre, mais personne n'aurait deviné en lui l'officier de fortune. Le premier général de la Révolution avait toute la politesse et la grâce de la vieille monarchie *.
Aussi bien n'est-il qu'un parvenu dans le monde de la Hévolution. Il eut l'insiinct d'un nouveau système de guerre; il inventa ou du moins exécuta le premier une manœuvre qui transforma la tactique, l'emploi des tirailleurs en grandes bandes ; il gagna sur les escarpements de Jemmapes la première victoire qu'aient remportée les armées républicaines ; il devina que la Prusse renoncerait à Talllance de l'Autriche et ses négociations de 4792 ne sont que les préliminaires de la paix de Bêle signée en 4795. Mais il appartient encore à l'ancien régime; il a tàté de la vie des cours; ses souvenirs et ses antécédents le poursuivent sur le nouveau théâtre qu'il aborde ; il n'est pas le produit de l'époque orageuse où 11 entre en scèue. C'est pourquoi la diplomatie fut le vrai talent de cet homme singulier élevé dans les traditions du xviiie siècle et nourri des écrits de Favier. Il mêlait sans cesse la négociation à la stratégie, et même dans les marches el les combats de TArgonne et de la Belgique, sou géule diplomatique se dessinait toujours. Ne disalt-ll pas, en faisant un retour sur lui-même : « Il y a peu de nos héros en état de manier l'arme de la politique! * » Que de combinaisons sensées il avait proposées pendant son ministère I II voulait garantir la paix du continent par une alliance entre la France et l'Angleterre, ouvrir au commerce des deux nations de vastes débouchés, afifranchlr les (Colonies espagnoles, faire de la Belgique un état fédératif et neutre, n'annexer désormais un pays que
» RoBaerer, Œmret, 1854, III, 274 , Un séjour en France, 22 ; voir le portrait de Dumouriez par Bonneville, et le signalement reproduit dans le Curieux du 1*' mars 1884.
* Gorresp. de Dumouriez avec Pacbe. 71. c On retrouve dans Dumouriez beaucoup de traits du caractère et du talent du comte de BrogUe, même de ses défauts » (MaJiet du Pan, U, 490).
20 VALMT
SOUS la réserve du consentement des populations. Que de justes prophéties il répandit dans les écrit» qu'il publia durant son exil 1 II prédit que la possession de la Vénitie serait pour l'Autriche une cause de grandes guerres, que la Prusse serait inévitablement la tôte du corps germanique, que l'Allemagne ne se relèverait de sa honteuse décadence que par m Tunion et un hommeroi ù. Il annonça dès 4809 la chute de Napoléon en exposant avec une merveilleuse sagacité que Tarmée française n'était plus à ce moment la belle armée d*Austerfitz et d'Ulm. Il prophétisa la révolution d'Espagne de 4820 et Tindépendance de la Grèce. Il déclara que la Russie ne pourrait dominer sur le Bosphore parce qu'elle rencontrerait toujours l'opposition de l'Autriche, que Tune exercerait tôt ou tard son influence sur la Moldo- Valachie et la Bulgarie, et l'autre, sur la Serbie et la Bosnie, que dans ce cas l'Angleterre prendrait pied dans les lies de l'Asie-Mineure ^
Ses talents militaires n'égalaient pas sa capacité diplomatique ; il les estimait, a dit Jomini, au-dessus de leur réalité. Il ne sut pas, lorsqu'il envahit la Belgique, au mois de novembre, concentrer son armée et, après la victoire de Jemmapes, qu'il dut à la supériorité du nombre, il se contenta de suivre a à pas de loup » les traces des arrière-gardes ennemies *. Il n'avait connu la grande guerre que dans ces désastreuses campagnes où, selon son expression, le maréchal de Broglie jouaU attf barres avec Ferdinand de Brunswick. De môme qu'il y avait de l'agent secret dans sa politique, de môme il y avait du capitaine d'aventures, du chef de bandes corses ou d'insurgés polonais dans sa manière de faire la guerre. Il n'avait pris part qu'à des housardailles commandées par Fischer ou à des combats dans les maquis; il en retint toujours quelque chose.
Mais il possédait cette confiance en soi-même qui fait aussi la confiance publique « le plus fort des leviers dans les moments de révolution » *. Il savait conunent
» Boguslawski, der General Dumouriet, 1879, II, 289-298. « Jomini Hist, crit. et milit. des guerres de la Méool,, II, 244. » Puget-Barbanlane, M^m., 1827, p. 85.
on mène les Français et comment on gouverne Thommesoldat. Malgré ses cinquante-trois ans, il avait ce feu, cet éclat, cette verve militaire qui séduisent les troupes et les entraînent; il avait l'art de donner du cœur à son armée, de Venflammer et, comme disait Servan, de Télectriser*. Ses airs d'audace et parfois môme de jactance, ses paroles où brillaient toujours la belle humeur et Tesprit gaulois, la tranquillité qu'il montrait au milieu de Tactivité la plus grande et parmi les plus dangereuses agitations, égayaient tout son monde et inspiraient Tassurance. Il importait surtout, dans les premières guerres de la Bévoiution, de ne point paraître timide ; a si vous allez, écrit Monluc, ne parlant à personne, triste et pensif, quand tous les soldats auraient cœur de lion, vous le leur ferez venir de moutons ». Dumouriez s'entendait mieux qu'aucun autre général de son temps à dissiper les alarmes, à propager autour de lui par son attitude et son langage l'espérance et la joie, à relever le moral §branlé, à mettre en jeu, selon sa propre expression, Tamour-propre national *.
Au demeurant, c'était, comme dit M™^ Roland, un roué qxxi se moquait de tout, hormis de ses intérêts et de sa gloire. Mais il avait les plus brillantes qualités. Tous ceux qui l'approchent pendant son ministère, sont comme éblouis et fascinés. Dumont avoue qu'il entraîne lout par son ascendant, et ses adversaires mêmes louent l'étendue de ses vues, sa promptitude de décision, son infatigable activité*. Il pétille d'esprit et on cite partout ses bons mots ; il divertit Louis XVI dans le conseil des ministres, déride le grave Roland et môle de justes vérités aux anecdotes amusantes. Il entendait, rapporte un de ses commensaux, tout ce qui se disait dans une com-
' Servan à Dumouriez, 10 sept. ; c'est aussi le mot de Mercy.
■ Arch. guerre, Dumouriez à Servan, 7 septembre. 11 a, dit Peltier, lout ce qui séduit et attache les Français [Dernier tableau de Paris, lome I, appendice au n» 5, aperçu de la situation de l'Europe, p. 65).
• 11 vit, dit Mallet du Pan (II, 490), avec trois cuillerées de soupe et dort trois heures sur vingt-quatre, couché sur un grabat ; personne n'est laborieux comme lui, et il lui arrive souvent de < faire mettre à côté de lui une pièce de viande, du pain et de Teau, et de rester deux jours de suite a écrire sans débrider >. Cp. Arcnenholz, Minerva, janvier 1793, p. 161.
pagnie et devinait ce qu*il n^entendait pas. Le style de ses dépèches et de ses mémoires, incorrect et négligé, a cependant de la vigueur et du nerf; on sent, en le Lisant, que ce général d'armée connaît les meilleurs écrivains de la littérature nationale, a Quelle difiFérence, s'écrie M™« Roland, de cet homme tout vicieux qu'il est, avec Luckner qui fut quelque temps Tespoir de la France! *»
Il n'avait pas malheureusement cette volonté forte et suivie, cette froide fermeié de la raison, cette mâle fierté de l'âme qui font les grands hommes *. Il eut des éclairs de génie ; il n'eut jamais ce que le génie a de mûr et d'achevé. Impatient et fougueux comme un jeune homme, semblable, dit un contemporain, à un peloton de salpêtre', il ruinait ses combinaisons par une parole indiscrète ou par une démarche précipitée. Il comptait trop sur la fortune et sur les ressources de son esprit. Hardi, avantageux, plein de lui-môme, il voyait toujours et du premier coup d'œil les beaux côtés d'une situation; il oubliait ou méprisait les difficultés ; il avait le vice français du xviiio siècle, l'élourderie *. cr Je trouvai en lui, écrit Fersen qui le vit après sa défection, un vrai Français, ayant de l'esprit et peu de jugement ; tout son plan a manqué par son excès de confiance dans ses forces. »
Il eut un beau moment qui rachète peut-être ce qu'il y a de petit et de méprisable dans la fin de sa carrière. S'il a dicté des plans de campagne aux adversaires de Napoléon et fait cause commune avec l'étranger, s'il a mendié les subsides de Louis XYIII et vécu d'un» penr
* M"« Roland, Mém., I, 384 et 413; Dumont, Souvenin, 415; Math. Dumas, Souvenirs, II, 132-133.
^ I Du mouriez, dit Toulonfreon, était lo commencement d'un grand homme... Il fut en six mois homme à projets, ministre, rojuiste, constitutionnel, girondin, jacobin, républicain, général, vainqueur, fugitif, proscrit, sans trop se soucier du rôle de la veille, ni beaucoup s'occuper du rôle du lendemain. > Un vrai caméléon. (TabUim kitt, II. 126).
* Mallet du Pan, l, c,
* C'est le mot de Vaublanc, JUém,, I, 454 ; de Dumont, Sowomrft 414 ; de Montmorin, Corresp. entre Mirabeau et dé La Marck, HU^^^ et 317 ; cp. Fersen, 11, 70 ; M"»» Holand, Mém, I, 402, et Bûlow, Bsprit du système di guerre moderne^ trad. par rranchant-Lavemei 1801, p. 237 : < Jamais Français n'a été plus Français que U\ir mouriez. >
SBOAN 23
slom de T Angleterre, il repoussa rinvasion dans le mois de septembre 4792. Le souvenir de sa marche de Sedan sur Grandpré, de sa défense de TArgonne, de son obstination au camp de Sainte-Menehould, de ses négociations adroites avec les Prussiens doil nous rendre indulgents pour ses erreurs et couvrir sa trahison, si grande c[u*eUe ait été. Louis-Philippe proposa vainement en 4S44 de le nommer maréchal de France ; « ne voyez-vous pas, lui dit Dumouriez, que j'ai sur le front écrit en lettres de feu ce qu'ils ne me pardonneront jamais? C'est le met Champagne ^ ! »
in. A peine nommé général en chef, Dumouries prêta devant les commissaires Deimas, Dubois-Dubay et Bellegarde le serment de vaincre ou de mourir. Il écrivit à rAssemblée qu'elle lui donnait l'exemple du courage, lui promit de punir le crime de Secfôn et jura qu'il étoufferait la rébellion de Lafayette, ce petit Sylla. « Mon sang s'enQamme, disait-il avec emphase, quand je pense qu'une municipalité, aveuglée par un intrigant qu'elle a pris pour son idole, ait osé porter une main coupable sur Im représentants de la nation, investis d'un pouv©i¥ devant lequel tout doit plier*. » Après ces belles paroles, il envoya à Sedan un de ses officiers de son étatmajor, Chérin, accompagné d'un trompette.
Il ne songeait qu'à la conquête dos Pays-Bas autrichiens; c'était son projet favori, son idée fixe, et toutes les forces de son esprit se concentraient depuis long* temps sur ce seul objet. Rochambeau battu dès ses premiers pas, Luckner n'osant dépasser Courtrai, Lafayette représentant l'invasion de la Belgique comme fort hasardée:, rien n'avait pu détourner Dumouriez de son desr sein, et il se flattait de réussir où ses prédécesseurs avaient échoué. Il était Flamand et avait de grandes intelligences dans la Flandre française et autrichienne, fin 4763, après son voyage en Corse, il avait passé quelques jours à Mons où il « connaissait beaucoup de monde ».
* Valent, Le Palais-Royal, 227. « S'il nous abandonna, dit Thiers. il nous a^ait sauvés. »
* Dumouriez au président de PAssemblée, 18 août {Monit. du 22).
24 VALMT
En 4790 il avait reçu du ministère une mission secrète et parcouru de nouveau la Belgique, explorant le terrain, étudiant à loisir son échiquier, se liant avec les chefs du parti démocratique*. Il avait la conviction que la Belgique était le point vulnérable de l'Autriche, qu'il suffisait de forcer résolument la frontière et de déployer des forces imposantes, que la population impatiente du joug étranger se soulèverait à la première nouvelle d'un éclatant succès et accueillerait les Français comme des libérateurs. Conquérir la Belgique, disait-il, c'était enlever à TAu triche le plus beau fleuron de sa couronne*. H savait d'ailleurs que cette invasion serait populaire; elle était entreprise au nom de la liberté; elle avait pour but d'affranchir un peuple très rapproché de la France par les mœurs et la langue. L'opinion s'était vivement émue lorsque les Belges avaient pris les armes en 4789; on s'était irrité contre Louis XVI qui demeurait tranquille au milieu de leur insurrection et leur refusait son appui ; on avait fait des vœux pour leur indépendance; tous les écrivains révolutionnaires, dit le comto de La Marck, étaient les apologistes et les prôneurs de Tinsurrection belge; Camille Desmoulins intitulait son journal les révolutions de France et de Bradant ; Servan approuvait la «grande idée d'établir la liberté dans la Belgique», et, dans la séance du 3 septembre 4792,Duhem proposait à l'Assemblée législative de suspendre les remerciements et les lettres de félicitation jusqu'à ce que le Brabant fût libre •.
Un autre motif, plus puissant encore, déterminait Dumouriez à l'invasion de la Belgique. « Je ne me suis pas dissimulé, disait-il dans un rapport du 4 mai, l'insubordination des troupes et l'inexpérience des officiers, mais j'ai compté sur le courage français. » L'événement justifia sa prévision. Il craignait la confusion que produirait la guerre défensive, ordinairement circonspecte et timide. En restant sur la frontière, à cinquante lieues de Paris,
1 II devait cette mission à Lafayette, Mém, de Lafayelte, III, 310.
* Corresp. de Dumouriez avec Pache, 67.
• Corresp. entre Mirabeau et La Marck, 1, 135 j arch. guerre, lettre de Servan, du 25 août ; Monit, du 5 septembre.
on courait le risque, après un seul désastre, d'ouvrir à l'adversaire le chemiD de la capitale. Il valait mieux ens vahir le territoire ennemi, porter hardiment la lutte dans les Pays-Bas autrichiens, pousser Tarmée en avant, l'entraîner, lui donner de la vigueur et de l'élan, l'animer de cette vaillance entreprenante qu'ont toujours les troupes qui attaquent.
Tout entier à ce plan d'offensive, et persuadé qu'il fallait chercher en plein Brabant le salut de la France, Dumouriez écrivit à l'Assemblée qu'il allait c. tenter la noble entreprise de porter la liberté dans les provinces qui frémissaient sous le despotisme ». Il avait lu Plutargue, et, comme tous ses contemporains, il était hanté par les souvenirs de l'antiquité. Il se rappelait Agathocle assiégé dans Syracuse par l'armée punique et débarquant en Libye pour rendre à Garthage siège pour siège. Il se rappelait Scipion changeant soudain le théâtre de la guerre, descendant en Afrique et délivrant sa patrie par une audacieuse diversion. Dumouriez rêvait la même gloire qu'Agathocle et Scipion ; en annonçant aux a pères conscrits y* de l'Assemblée législative la prochaine invasion de la Belgique, il ajoutait fièrement : a C'est ainsi que le peuple romain transportait son armée en Afrique, pendant qu'Annibal était aux portes de Rome * I »
Servan lui conseillait de prendre aussitôt le chemin de Sedan et de se mettre à la tète de l'armée de Lat'ayette. Mais Dumouriez ne l'écoutait pas; quitter son camp de Maulde, c'était renoncer à l'expédition de Belgique, et rien ne lui tenait tant au cœur. 11 objectait que son commandement, de Dunkerque à Montmédy, était trop étendu ; qu'il ne pouvait à la fois envahir les Pays-Bas autrichiens et organiser la défense entre Sambre et Meuse; qu'un seul homme ne suffirait pas à soutenir cet énorme fardeau; il fallait donc le soulager et envoyer Dillon à Sedan.
Il est vrai que Dillon avait approuvé Lafayette après le 10 août; il était suspect; il n'osait plus traverser la grande place de Yalenciennes et faisait un détour pour
1 Dumouriez au président de TAssemblée, 18 août [Monit, du 22}.
iti VALMY
éviter la foule qui l'aurait liué>. Mais il s*était hâté de battre sa coulpe et de s'humilier devant les commissaires de rAssemblée; il leur avait déclaré qu'en rédigeant son ordre du jour du 13 août, il ne connaissait encore ni les faits ni les vrais coupables; il leur avait assuré qu'il mourrait, s'il le fallait, pour la défense de la liberté, et que, quoique Tancien de Dumouriez, il était heureux de servir sous ses ordres. Bellegarde, Delmas, Dubois-Dubay louèrent la loyauté de Dillon et les dispositions militaires qu'il avait prises; Dumouries yanta son patriotisme et ses talents. L'Assemblée avait décidé qu'il perdait la confiance de la nation et que le Conseil exécutif était chargé de pourvoira son remplacement; elle suspemlit l'envoi du décret. Le 20 août, Dumouriex, avec l'approbation des commissaires, nommait Dillon « commandant le corps d'armée depuis la Sambre jusqu'à la Meuse, ci-devant sous les ordres de Lafayette ». Dillon lui rendrait compte de ses mouvements et se concerterait avec lui sur les plaus de détensive et d'ofiensive, mais il resterait maître des moyeus et des détails de rezéeution*. Il avait pour chef d'état-major le manréchal de camp Vouillers, pour lieutenants, le brave Gbasot, l'officier du génie Gobert, le Polonais Miaczynski el l'Anglais Money; pour escorte, le 6® régiment de chasseurs à cheval. « Il a le caractère ferme, écrivait Dumouriez, il viendra à bout de déraciner à Sedan l'esprit de rébellion; d'ailleurs, à sou arrivée, il trouvera Lafayette mort ou émigré. »
Mais le 20 août, le conseil général du district de Douai dénonrait Dilion à la Législative, et Duhem l'accusait d'avoir morcelé ses troupes en petits paquets qui ne pouvaient résister à l'ennemi. L'Assemblée décréta de nouveau que Dillon avait perdu sa confiance, et Serran lui retira tout emploi. Dumouriez ne cacha pas son humeur. Dillon était le seul officier-général qu'il pût envoyer à sa place au camp de Sedan. Il affirma plus vivement que jamais la franchise et la droiture de son lieutenant. Il
> Money, The history ofthe campaign o/*/792, p. 33. ^ Arch. guerre, ordre pour le lie uteuant-général Dillon ; arch, nat., AA, 61, papiers de Galbaud, p. 110.
Valait d'apprendre que Lafayette émigrait et que Luckner cédait le commandement de Tarmée de Metz à Kellermana. « Quel général, mandait-il à Servau, serait assez audacieux pour jouer le rôle de Lafayette ou de Bouille*? Lafayette n'a pu égarer ses troupes avec tous ses moyens de séduction; aucun autre ne peut être assez fou pour tenter la même aventure; entre Kellermann et moi, il serait bientôt mis à la raison. Vous pouvez assurer le conseil et 1 Assemblée que la cordialité la plus fraternelle régnera désormais entre les généraux, tous animés du même esprit, tous sans-culot les. » Le ministre n'insista plus. Il écrivit à Dumouriez que le Conseil exécutif n'avait été que Torgane de l'opinion pal>2ique; « songez, ajoutait-il, que Ton se masque bien, que l'on ne se cbange pas dans un jour: la voix du peuple est devenue plus que jamais la voix de Dieu; mais c'est à votre sagesse que l'on s'en rapporte *. »
Buœouriez crut avoir assez fait pour la défense de la froatière; le reste regardait Kellermann et Dillon ; pendant que les armées de Sedan et de Metz arrêteraient les Prussiens, l'armée qu'il formait à Valenciennes envabirait la Belgique et « serait entraînée par la rapidité d'une guerre offensive ».
L'offensive, tel était le mot qui revenait, comme un refrain, dans ses lettres à Servan. Prendre une otîensive vigoureuse, déconcerter les alliés en ripostant à l'invasiott de la Lorraine par l'invasion du Brabant, frapper un grand coup sur l'extrémité de leur ligne, changer le sort de la campagne par cette irruption imprévue et foudroyante en pays ennemi, voilà le rôle qu'il se réservait. Qu'importe que les coalisés prennent deux ou trois places : Longwy, Montmédy, Verdun ? Les succès de Dumouriez en Belgique changeront la nature de la guerre; « non seulement, écrivait-il au ministre, ils seront un contrepoids dans la balance, mais ils la feront pencher en notre faveur ». Déjà commencent les préparatifs de l'invasion. Il appelle à son quartier général et
' Cp. sur ce curieux épisode la corresp. de Dumouriez et de Servan (arch. guerre], lettres du 20 au 23 août, et le Monit, des 20,. 22, 23 et 25 août.
et prend pour aide de camp uq de ses agents diplomatiques les plus avisés, Foriair, qui « suivra militairement la partie belgique qu'il a si bien suivie politiquement depuis un an >». Il lîxe à 6,000 hommes le nombre des volontaires belges destinés a former Tavant-garde de l'armée qu'il ne nomme plus que l'armée offensive. Il projette d'organiser avec les déserteurs autrichiens et les soldats des régiments suisses huit bataillons francs composés chacun de huit cents hommes. Il prie le ministre de la mlirine de lui céder un officier d'artillerief Thouvenot, qui dirige la fonderie d'Indret et dirigera celle de Malines. Il fait venir par Dunkerque des armes de la Hollande. Il nomme cinq lieutenants-généraux: Moreton, qui sera son chef d'état-major; Beurnonville, qui l'avait activement secondé au camp de Maulde, et les trois commandants de Lille, de Douai et de Coudé, Labourdonnaye, Marassé et O'Moran. Il fait des maréchaux de camp : Dampierre, colonel du 5« dragons; Duval, colonel du 6^ dragons; La Marlière, colonel du 44* régiment d'infanterie ; Ruault, colonel du 56^ ; Fiers, colonel du 3* régiment de cavalerie, etc. Il donne à Duval le commandement du camp de Pont-sur-Sambre, vacant depuis le départ de Dillon *.
Vainement d'Hangest écrit de Sedan que les alliés investissent Longwy. Tant mieux : que les ennemis perdent leur temps devant les forteresses, et Dumouriez conseille à d'Hangest d'assaillir leur flanc droit pendant que Kellermann attaquera leur flanc gauche. Vainement les commissaires de l'Assemblée annoncent que Sedan ne saurait faire une longue résistance, qu'ils trouvent des hommes, du courage, du patriotisme, mais qu'il manque un chef, une direction à tous ces moyens; Dumouriez répond que Dillon et Ghazot sont en route. Vainement Servan représente qu'il faut renvoyer à Thiver rinvasion de la Belgique, qu'il s'agit avant tout du salut
*■ Arcb. guerre, Dumouriez à Servan, 20 et 23 août ; Dumouriez à Fortair, 24 août (ce Foriair fut plus tard architecte, puis, grftce à la recommandation de Dumouriez, nommé par Macdonald chef de bureau adjoiut au secrétariat général de la Légion d'honneur) ; Corresp, de Dumouriez avec Pache, 128 et 266; arch. nat., AA, 61, papiers de Galbaud, p. 53 et 54 ; Dumouriez, Mém., I, 248-251.
SSDAN S9
delà capitale, qu'un patriote doit défendre sa propre liberté avant de conquérir celle des autres. Vainement il prie Dumouriez de se concerter avec Kellermanu, de se mettre à la tête des troupes de Sedan et d'arrêter la marche des envahisseurs. Le général ne houge pas et regarde toujours du côté de Bruxelles *.
Mais les événements se déroulaient avec une rapidité imprévue. LongW3% qui devait tenir trois semaines, capitulait après trois jours de siège; l'armée du Centre reculait sous les murs de Metz ; Prussiens, Autrichiens, émigrés se précipitaient en Lorraine et marchaient sur Verdun en criant « à Paris I » Dans la nuit du 24 au 25 août Westermann arrive de Sedan au camp de Valenciennes; il confirme la nouvelle de la reddition de Longwy ; il annonce que d'Hangest ne sait que gémir, que Tarmée réclame à grands cris un général, que Dillon n'ose se rendre au camp et attend à Givet les ordres de l'Assemblée ; que Chazot commande provisoirement les troupes, mais n'inspire pas la confiance. Les lettres de Servan se succèdent, pressantes et anxieuses. « Il n'y a pas un moment à perdre pour vous rendre à Sedan, écrit-il à Dumouriez ; c'est mon avis, l'opinion du conseil et celle du public. Si quelque officier-général connu avait pu s'y rendre, on aurait vu votre résistance avec moins de peine, mais nul de vos subordonnés n'a jamais manié de troupes, et dans les circonstances où nous nous trouvons, la plus petite faute peut déterminer ou précipiter la chute de la liberté et môme de la patrie. La sûreté de l'empire est confiée à votre zèle et à votre responsabilité. > Les ennemis, ajoute Servan, se dirigeront sur Verdun ou sur Thionville ; s'ils se portent sur Verdun, tâchez de vous approcher de la place en remontant la rive gauche de la Meuse et de leur interdire le passage de la rivière; s'ils attaquent Thionville, suivez-les, Inquiétez leurs derrières et gônez les opérations du siège *.
1 Arch. guerre, Dumouriez à Serran, 23 août ; les commissaires à la commission extraordinaire, 23 août ; Servan à Dumouriez, 24 et
25 août; Dumouriez, Mém.y I, 251.
s Dumouriez, Mém,^ I, 252 ; arch. guerre, lettres de Servan, du
26 et du 27 août.
Pnmourioz i^îiitia la Fiaiiire à oontre-cœur, mais sans ivnoiïorr au lU-^^sii aVu\oliir la Belgique. Il fit venir de
l.ii e a Wu^'i'./ o:::io> Lai»- ir i»:.iijye qui devait com- :nôii ivT tu > :i .L"*o:i'e i-u os es troupes du Nord. Il a î":-..a U.a :'.: .; :%vr:.- :.;r à • L.i.ie. Il chargea Moreton oi :.• v\ .:: ■•.■.^^sii-v- ^iv*- ^•:.:r s Ma. as de presser l'exéculu .'. Ki.< vo^ir» s •;; i v-va.: ir.e '.lues pour liàler Tinva- >i. ■'. /.;: lîvil\-. ' . U- i: a .U i; L.ar:ait enjuraut à Moreu»ii . i V -.ix •.:i-.v. --. .: s .:. .".V-seaiblêe qu'ils le reverla .•: ■ ■ u • ■. . c". ; : a\ai.: .- :::i àe rauuée, la conquête lii-N r. N - lî.- . .:.: o:"..o:i< so:a : un Idit accompli. Per- «.v'-.îi- : v" ..• o.i;., ::a > . .::.: i\.-.>. h partait en poste, -..■.•.'. ai. v-.i. sa:-.^ o:i.'va..\ do s^ o; il n'emmenait que WosioHiiauii ot sou\aUl ^:o o'i-.a:::Lre Baptiste.
IN lo is ax^Aî Puii'.ov.rio.' o\\i: a Mozières. Les mem- Imos vin dv'partor.îoi;! ;:: ro: d iv:'.: visite ; il les blâma d'aNv^.r o:'.v\^uraj;o la ios.>uu:v:o lo l.a ayctte. mais, dit-il, iiS ::-.o paruroal hv>iKoi:\ ot vios.r.-.ix de réparer leurs lauus *. lo îiiô'.no lour \i ^c roiixi.ii a Se ian.
l.î* lo:. domain ,*'.» aoù:' i' .aiv v.iut le camp. Une
•*raiuio ;\uiio do i ar;uoo oia.: :î\v<:iuo contre le nou-
veau i:oii'. :\".. ; ou lo ro^arda.*. o/'iir.i'.o un homme de
phuno vioia '.a \;t' >"o;a;i pass o d,-:;< .os bureaux dumi-
nislcro oi dans do ik*:.is Ovv:r.;:a-.".d; :'.o:rs : ou l'accusait
d'avoir lor.ia 1 a:aN oiîo par sos r.:.:i^;us. Il ne vit partout
(juedes vis.>o< >o:'.:b:o> o: -.i:: os; :\is o.e cris, pas de
vivats, niais lO >i.o:.oo .:uu » a:i.u\* oria^rrine et métiante.
Zn grena iior osa duo tvnii h.-.u: : * C c>: ce b. . .-la qui a
'a t déciaror .a ^uoiro *. l>.i::ou:ioj oii>niit le mol :
. '"ViVez-vous. ro;\^Uviiî-;l. ^a^ruor la ilerté sa:. s vous
,^.'«li iXJn au:ro ona : * A las lo jrvuorai: v II courut
"^ V^ aillon d où partait oo on. -ouïs, '.iraut son épée :
"'»:e ce mauvais so.viat , d;:-:l. vieiiuo se mesurer
^2 3ioil» Personne no boa^oa. Mrs a:u:s, reprit-il,
- lioiT ^^^ lâche. iu.:i-:iio de dojaeurer parmi
j I »n a Scrv,r.-.. C> d:Cl .
ari»: à Se:vui:. l-:.-i vi -S a?û:, datée de
iimat: :\ cc»...:i>".«v.e:ï lir "e rr*#:âeat et le érdi, Pli.l:p]:o:£À.ix c*. Uà;..y lÏT août.'.
SKDAN 31
ous. » Le soldat fut maltraité par ses camarades, et )iUDOUTiez acclamé '.
Son premier soin fut d'envoyer du secours à Verdun.
I donna Vordre au lieutenant-colonel d'arlillerie Gal- )aud de sejeter dans la ville avec deux bataillons et le lomma maréchal de camp pour « lier son sort a celui de la place et la faire respecter davantage de la garnison* ».
II assigna un autre emplacement à ses troupes, car il connaissait rapproche de Gierfayt et redoutait une attaque. Les magasins se trouvaient à Steuay, à quelques lieues en avant; il les fit évacuer. Le camp établi entre la Meuse et la Ghiers, sur les hauteurs de Vaux, était en l'air et occupait une trop grande étendue de terrain; il le transporta sous les murs de Sedan, à Bazeilles. 11 mit J'avant-garde à Mouzon sur la rive gauche de la Meuse et envoya Miaczynski à Stenay avec un millier d'hommes '.
Qu'allait- il faire de cetle armée? Dès son arrivée à Sedan, il mandait à ses cJiers amis, Bellegarde, Delmas et Dubois-Dubay, qu'il avait le dessein de « côtoyer l'ennemi pour lui disputer le passage des rivières ». Il ordonnait à Duval de se rendre à Rethel avec les troupes du camp de Pont-sur-Sarabre, soit pour se joindre à l'arniée de Sedan, soit pour se diriger « sur les parties de la Cliampiigne menacées par la marche rapide de l'ennemi ». Il aimonçait aux trois commissaires qu'il •* marcherait au travers de plusieurs départements » et les priait de se rendre à son camp : ce il est absolument nécessaire pour moi et encore plus pour la patrie que vous veniez me joindre pour appuyer par le pouvoir qui vous est délégué toutes mes réquisitions^ ». Il voulait donc se porter, selon le désir de Servan, sur le flanc des alliés, leur barrer le chemin de Paris et peut-être empêcher la prise de Verdun, en un mot faire la guerre défensive.
* Domonriez, Mém , I. 253; Archenholz, If ♦««rca, janvier 1793, p. 162; d'Ailonville, Mim. secrets^ II, 3S9.
* ÀTch. guerre, Dumouriez à Servan, 29 août; y oir Invasion pruss,, chapitre de Verdun,
* ÂToh. guene, Dumouriez a Servan, 31 août.
* Bii>liotb. de Verdun, Verdwn-Révolution, II, p. 18, lettre de Du-^ mouriez aux commissaires de Tarmée du Nord, 28 août.
Mais tout ce qu'il voyait et entendait autour de lui le convainquit bientôt que son armée ne pourrait soutenir le choc des Prussiens, e II s'en faut de beaucoup, écrivait-il le 29 août à Servan, que Tesprit de cette armée soit aussi bon que celui du camp de Maulde. G*est la seule force militaire qu'on peut opposer, mais cette force est un fantôme et se détruira d'elle-même si les ennemis avancent sur nous. » Il revint donc à son plan d'offensive en Belgique. A Sedan, comme à Valenciennes, il persistait à croire qu'il fallait envahir le Brabant et c tenter un coup hardi qui déconcerterait l'adversaire >. En marchant au-devant des Prussiens, on courait à la défaite; en reculant sur la Marne ou sur Paris, on exposait Tarmée à la panique et à la débandade. Ne valait-il pas mieux attaquer les Pays-Bas autrichiens? Les Impériaux, affirmait Dumouriez, se sépareront de leurs alliés pour nous suivre, et dès lors les Prussiens demeurés seuls et laissant trop de troupes en échelons pour garder leurs lip:nes de communication, seront accablés à la fois par Kellermann qui les prendra en queue et par Luckoer qui les attend au passage de la Marne ; voilà le seul movpn de détourner l'invasion ; renforcez Kellermann à son camp de Metz, portez une grande force sur Ghfilons et attendez nos succès dans la Belgique *.
Pour obtenir plus sûrement l'approbation du ministre, il réunit un conseil de guerre auquel assistèrent les lieutenants généraux Dillon et Chazot, les maréchaux de camp Money, Miaczynski, Dubouquet et youillers,le colonel du génie de Lafitte-Glavé , l'adjudant -général Thouvenot *. Il a raconté dans ses Mémoires cette séance dramatique. Il assure qu'il déploya sur la table du conseil la carte de la Champagne et fit un éloquent discours. Il prouva que Verdun était perdu sans res-
1 Arch. guerre, Dumouriez a Servan, 29 août.
^ Quoi qu'en dise Dumouriez, ni d'Hangest, ni Dielmann, ni Petiet n^assistaient à ce conseil de guerre qui eut lieu, non pas le 28, mais le 29 dans la soirée. Lafitte-Clavé avait été lieutenant-colonel da crénie à Cherbourg, puis colonel-directeur du génie à Valenciennes ; n connaissait très bien la frontière des Pays-Bas, et, lorsquHl était capitaine do génie à Cambrai, en 1778, rédigea un excellent mémoire sur la frontière de Flandre et du Hainaut^ depuis DunAerguê juiçu*à Charlemont (Tableau hist., 1, 10-61).
SBDAN 33
source, mais que Tarmée de Sedan, malgré son petit nombre, était en état de défendre le sol de la patrie contre les Prussiens, qui seraient retardés dans leur marche par les sièges, par leurs équipages, par leurs propres convois. Dillon proposa de se retirer derrière la Marne, à Ghâlons ou à Reims, et tous les membres du conseil l'approuvèrent. Mais Dumouriez ne voulait en réalité qu'étudier ses lieutenants. Il leva la séance sans se prononcer, il retint auprès de lui Tbouvenot dont il avait deviné les talents, il lui révéla sou plan de campagne ; e voilà, lui dit-il, en montrant sur la carte la forêt d*Argonne, voilà les Tbermopyles de la France. Jamais, ajoute Dumouriez, la communication du feu électrique n'a été plus prompte que cette opinion sur le gém'ede Thouvenot; pleins de coufiauce dès ce moment l'un dans l'autre, ils se jurèrent amitié et ne pensèrent plus qu'à détailler ce projet * ».
Le récit de Dumouriez est démenti par le procès -verbal du conseil de guerre et par les témoignages de Dillon, de Money et de Gobert. Loin de dire qu'il faut se porter derrière la Marne et en défendre le passage, tous les miembres du conseil, Dillon et Ghazot, Money et Miaczynski, Vouillers et Dubouquet, Lafitte et Thouvenot, affirment, avec Dumouriez, que le seul moyen de sauver la France est de faire une grande diversion dans les Pays-Bas autrichiens. Dillon, le premier, ouvre cet avis et déclare qu'on ne peut attaquer de front un ennemi formidable, que la Meuse est guéable en soixantequatre endroits de Verdun à Steuay, que les Prussiens franchiront la rivière sans obstacle où et quand ils voudront, qu'il faut donc se jeter sur la Belgique en laissant de bonnes garnisons dans les places fortes de Sedan a Maubeuge Après Dillon et comme Dumouriez, le conseil propose de changer la nature de la guerre et de la rendre offensive, de rassembler 40,000 hommes en Belgique, de diriger l'armée de Sedan sur Bruxelles et les troupes du camp de Maulde, renforcées de tous les volontaires de l'armée du Nord, sur la gauche de Tournay. Gomme Dumouriez, le conseil pense que les Autri-
1 Damoorîez, Mém,^ I, 254-257.
chiens abandonneront aussitôt leurs alliés pour défendre les Puys-Bas et que les Prussiens, réduits à leurs seules forces, s'arrêteront dans leur marche et se garderont bien de s^enfoucer dans l'intérieur de la Fraaoe. Comme Dumouriez, le conseil avoue que ce parti senihle extrême. « mais il n'est que prudent, nous soaloas le fléau de la f^uerre de notre propre pays et nous le portons chez nos voisins ». Gomme Dumouriez, le conseil prétend que l'invasion de la Belgique peut seule donner à Tannée € de l'ensemble et de l'espoir » et a la sauver de la dis* solution 0. Comme Dumouriez, le conseil s'oppose à la guerre défensive, trop méthodique et trop savante ; elle uous fera toujours faire des marches rétrogrades et nous ramènera à Paris avec les ennemis à notre dos... Si Tarmée uous voit consulter les règles de la prudence et reculer devant l'ennemi, elle se méfiera de noua et ae portera peut-être à des insurrections et au désordre. ¥n seul échec, et encore agitée par l'esprit de division que la fuite de Lafayette y a semée, elle se débande enlâèremeut s. Comme Dumouriez, le conseil déclare enfin que l'armée manque de tout et ne trouvera qu'en Belgique les ressources qui lui font défaut : « c'est en Belgique que nous pensons unanimement qu'est le salut de la France, voilà notre opiuion dernière *. » Vouillers fol chargé de porter à Paris le procès-verbal de la délibéra^ tiou et d'expliquer au conseil exécutif les détails du plan d'offensive.
Y. Cependant le ministre de la guerre avait af^s l'arrivée de Dumouriez a Sedan. Il crut que le< générai, renonçant à l'invasion de la Belgique, se dirigeait sur le flanc des alliés et n'avait plus d'autre but que d'arrêter leur marche sur la capitale. Depuis plusieurs jours, il ne cessait de « dire la même cho^e » à Dumouriez ; « je contrarie vos désirs les plus vifs, lui écrivait-il, mais croyez bien que, puisque j'insiste, c'est que je
1792 au 3 août 1793 (arch. guerre).
SBDAN 3U
vois le salut de l'État et votre gloire attachés aux mesures que je prescris^ » Soudain Vouillers arrivait à Paris ; il annonçait que Dumouriez était plus que jamais résolu, malgré les iojoDCtioQS minislérielles, à pénétrer dans le firabant, qu'il avait tenu conseil de guerre et que tous les officiers généraux de son armée s'étaient rentes à ses raisons..
Servftn eiposa la situation au conseil exécutif provisoire, e(y le) i^ septembre \ après s'être entreteuu longtemps 810M. Vouillers, après avoir consulté Lacuée et Grimoard, après avoir obtenu Tassent i meut de Danton et de ses collègues, il écrivit à Dumouriez. L'invasion de ISL Buigique, disait-il, n'arrêterait pas les Prussiens; c vous ne leur ferez pas changer le projet dn marcher en avant, biea assurés, s'ils réussissent, de se faire rendre la Buabant ou de: le reprendre dans un instant. *> L'armée de Sedan devait diriger sa marche sur TArgonne et laCiennoatois, et se rapprocher de Tarmée du Centre ; touiies deux, se réuniraient et défendraient de concert le pays entre Meuse et Marne, pendant que derrière elles, sur l'Aisne, l'Oise et la Seine, on lèverait de nouvelles troupes et remplirait les magasins. L'affaire la plus importante, joutait Servan, est de gagner du^emps, et qui gagna dub temps^ remporte des victoires : il faut organiser nas forces, augmenter notre matériel et nos approvisiomiements, encourager les populations par le spectacle de nos efforts ; il faut convaincre Tenvahisseur que- nous voulons être libres. Kellermann marche à votre rencontre et vous secondera ; le pays est propre à la défensive ; si vous êtes contraints de l'abandonner, vous l'aurez ruiné par le séjour de votre armée, et les ennûiBâs> n'y trouveront pas de quoi subsister. En un mot, ralentissez la marche de l'invasion ; vous irez en Belgique, le conseil approuve votre plan, mais laisseznous le temps de rassembler 30,000 hommes à Châlons.
Le lendemain; Servan apprenait que Verdun était investi, de toutes parts et que Gaibaud n'avait pu péné* tier dana la ville. Il écrivit encore à Dumouriez en
^ Afch. guerre^ Servan à Dumouriez, 27 et 29 août* * Qu^on remarque bien cette date.
36 TALIIT
termes plus pressants, c Au nom de la patrie, adoptez des plans dictés par les circonstances les plus impérieuses. Conduisez votre armée entre Meuse et Marne ; portez -vous sur Sainte -Menebould ou environs, ou même sur Châloas, en venant directement passer TAisne, pour vous en couvrir et arriver plus sûrement sur les bords de la Marne. Une fois derrière la Marne, si vous persistez dans votre idée, vous pourrez remettre cette armée à un lieutenantrgénéral, dirigé par les conseils du maréchal Luckner, et aller faire votre tentative sur la Belgique *. »
Qiie ferait Dumouriez? Refuserait-il d'exécuter les ordres du conseil provisoire * ? On le savait confiant en lui-môme, entêté de ses propres idées, peu disposé à se plier au plan d*autrui. Mais le 3 septembre, Servan recevait la nouvelle la plus soudaine, la plus inespérée, la plus extraordinaire, la plus propre à produire Tefifet d*un coup de théâtre. Deux jours après le départ de Vouillers, Dumouriez, abandounant son plan d'offensive, avait pris le chemin de TArgonne, sans même attendre la réponse du ministre * I Le 4 ^i* septembre, pendant que Servan lui mandait de s^ porter entre Meuse et Marne, il marchait de Sedan sur Mouzon ; le t septembre, pendant que Servan le priait de passer TAisne, il courait de Mouzon à Qrandpré ; lorsque Vouillers revint avec les instructions du conseil exécutif, l'armée qu*il croyait destinée à Tinvasion de la Belgique, s*était saisie des défilés de TArgonne et attendait les Prussiens sur la fjrontière de la Champagne I
Dumouriez avait-il remarqué dans le conseil de guerre que plusieurs membres n'adoptaient son plan que par déférence et pour ne pas lui déplaire ? Money raconte qu'en signant le procès-verbal il dit au con-
* Arch guerre, Servan à Dumouriez, 2 septembre»
* On retrouve un écho de ces alarmes dans le passaffs soivaiit d'un écrit de Robert Lindet, reproduit dans les Mémairude Meillan (Exposé des motifs qui m'ont décidé à voter pour l'arrestation de trente- deux membres de la Convention^ : c Longwy et Verdun s'étaient rendus aux despotes ; Dumounez allait transporter dans It Belnque et enlever à la France Tannée qui était sa seule ressouroe. •
'Money, Thê eampaign, 41 : « without waiting an antwer to Ûâ$ extraordinary letter. •
sell : ce Je ne donne mon adhésion que par respect pour vous, car vous connaissez le pays mieux que moi qui suis étranger ; mais je gage ma tôle que vous n'aurez pas T assentiment de l'Assemblée et des ministres; entrer en Belgique, c'est laisser la route de Paris ouverte à l'invasion. — Quel est votre plan ? », demanda Dumouriez. Money montra la carte et mit le doigt sur la rive gauche de la Meuse entre Sedan et Verdun : ce l'armée, répondit-il, doit se placer là pour défendre les passages de la rivière et jeter des secours à la fois dans Verdun et dans Sedan. Sinon, il faut se retirer dans la forêt et en garder les issues, en laissant un corps assez considérable chargé d'opérer sur les flancs de l'ennemi et d'inquiéter ses communications. J'ai signé le procèsverbal, ajouta Money, mais je prie M. de Vouillers qui porte notre lettre a Paris, de dire aux ministres que je l'ai signé contre mon opinion. » Ces paroles firent quelque impression sur les membres du conseil ; il parut même à Money que Vouillers n'approuvait pas le plan de Dumouriez ^.
D'autres officiers que le général en chef n'avait X>as consultés, apprirent avec surprise le résultat de la délibération. Quoi, s'écriait Gobert^ on abandonnerait la Champagne aux Prussiens ! On tournerait le dos à l'ennemi 1 On le laisserait marcher sans obstacle sur la capitale 1 Que pourraient les Parisiens contre l'envahisseur, pendant que l'armée française serait en Belgique • 1
Mais Dumouriez tenait bon, et le 34 août, il déclarait encore qu'il ne désespérait pas de la chose publique, si le conseil exécutif adoptait son plan d'offensive. « Comparez, maudait-il à Servan, la défensive faible, timide, et presque iu utile, qui ruinera votre propre pays sans ressource, avec l'offensive imprévue, audacieuse, dont le succès est presque immanquable, qui nous donnera
* Money, Thi campaign, 38-41 : • ...some other gênerai officers, who began to be of my opinion..., I found that he (Vouillers) also thou^ht as 1 did.
* Arch. guerre, Mémoire de Gobert : « Et cet avis prévalut, malgré rindignation qu'il inspirait à un petit nombre qui n'avaient pas de voix au conseil 1 >
3S VALMT
50,000 hommes de plus et le moyen de revenir snr Paris, par la route la plus courte et la meilleure avec une armée victorieuse contre uue armée affaiblie parles longes marches, la désertion et les points intermédiaires qu'elle devra garder pour sa retraite*. »
L'investissement de Verdun et l'approche de plus en plus meuaçante de Glerfayt changèrent sa résolution. Il croyaii, avec tous les officiers-généraux de son armée, que Galbaud aurait le temps de se jeter dans Verdun et que, grâce à ce secours, la place tiendrait au moins quinze jours ou trois semaines c qu'il pourrait employer utilement *». Mais, le 34 août au matin, on enteddit à Se lan le bruit d'une lointaine canonnade. Elle est très forte, disait Dumouriez, et dure continuellement •. Evidemment, les Prussiens investissaient Verdun et il était peu probable que Galbaud, parti du camp de Vaux dans Taprès-midi du 29 août, fût entré à temps dans la ville.
Au môme instant, on apprenait que Glerfayt s'était avancé par Longuyon et Marville, qu'il dépassait Montmédy, et, au lieu d'assiéger cette place, ne « faisait que la tourner », qu'il campait sur les hauteurs de Juvigny, que ses éclaireurs poussaient des reconnaissances jusqu'aux environs de Stenay. L'Autrichien avait certainement l'intention de passer la Meuse à Stenay et de « tenir en respect le camp de Sedan t , pendant que d'autres colonnes de l'armée alliée traverseraient la rivière à Gonsenvoye et à Dun *.
Quel parti prendre ? Envahir la Belgique? Mais Dumouriez croyait que cette invasion entraînerait Glerfayt à sa suiie, et voici Glerfayt qui marche à sa rencontre et se met devant lui avec un corps dont les espions portent la force à 15,000 hommes. Aller au secours de Verdun ? Mais Glerfayt barre tous les passages. Garder le camp de Sedan et attendre dans cette position le choc des alliés ? Mais il faudrait trente ou quarante mille soldats, une considérable artillerie, la protection
* Arch. guerre, Dumouriez à Servan, 31 août.
* Procès-verbal du conseil de guerre du 29 août,
3 Dumouriez à Servan, l"* septembre ; Dillon, Compte rmdu^ p. 15. ^ Arch. guerre, Dumouriez à Servan, 31 août.
SKDAN 39
d*une puissante forteresse, et Sedan, avoue Dumouriez, n*est pas une place de guerre. « Ce camp, écrivait-il quelques jours plus tard à Biron, était détestable, et j*y aurais été pris avec oute l'armée; j'avais en tôte Clerfayt avec sesAutric Jens; à quelques lieues de moi, les Prussiens assiégeaient Verdun, et je ne doutais pas que cette place ne dût être bientôt prise; on pouvait me mettre entre deux feux ^ >
C*en est fait. D renonce à Tinvasion de la Belgique, non saos peine, en gémissant sur la nécessité de rejeter un grand plan '. Il se résigne à cette défensive qui répugne à son génie aventureux et hardi. Les ennemis, disait-il dans le conseil de guerre du 29 août, « ne peuvent avoir que deux projets ; ou celui d'attaquer nos places, ou celui de passer entre Montmédy et Verdun, de traverser la Meuse à Stenay, d'entrer par la trouée d'Autry et de Grandpré sur la rivière d'Aisne, d'arriver à Châlons et de là, de marchier sur Paris ' ». Il faut les prévenir, il faut courir à la trouée d'Autry, se poster résolument à rentrée de TArgonne, défendre le Ghesne- Populeux, Grandpré, les Islettes, tous les chemins qui mènent de Lorraine en Champagne, attendre dans ces positions les renforts 4e Paris et l'armée de Kellermann. « Je ne peux, écrivait-il dès le 3^ août à Servan, m'opposer au mouvement de Glerfayt, ni empêcher l'investissement de Verdun, -et pour éviter un plus grand malheur, je serai peut-être forcé d'abandonner entièrement le cours de la Meuse et de me porter, par le chemin le plus court, c'està-dire par Chémery, BrieuUes et Grandpré sur la rivière d'Aire pour défendre la trouée d'Autry, tandis qu'un corps particulier se portera dans les gorges du Glermontois. » Le lendemain, 4®'' septembre, sa résolution était définitivement arrêtée. Il appelait, non plus à Rethel, mais à Aulry, Du val et les troupes du camp de Pont-sur- Sambre. Il mandait à ses amis Delmas, Dubois Dubay et Bellegarde de le joindre sur-le-champ. Les places de Montmédy, de Sedan, de Mézières resteraient àbandon-
^ Arch. gaerre, Dnmouriez à Biron, 9 et 28 septembre.
* Arob. guerre, Dumouriez a Servan, 2 septemnre.
* Proote- verbal du 29 août.
40 tàlmt
nées à leurs propres forces, mais il s'agissait, avant tout, ae barier à renvahisseur le chemin de i^crïs, et, comme disait Dumouriez, de sauver le tronc sans s'attacher aux branches.
On a prétendu que Servan avait le premier Imaginé d*arréter les Prussiens dans TArgonne ; le ministre aurait conçu le plan et Dumouriez n^aurait fait que l'exécuter. Mais Servan a publié en 4795 une critique des Mémoires du général : il censure amèrement les fautes que Dumouriez commit en Belgique ; il lui reproche une ambition démesurée et t une envie de dominer pour laquelle il ose toui hasarder et tout risquer » ; jl le hlfime d*avoir poursuivi mollement les Prussiens dans leur retraite ; 11 ne dit pas un mot du plan de campagne qu'il aurait dicté. On sait également qu'il a composé, en collaboration avec Grlmoard. un Tableau kistariguâ des premières guerres de la Révolution ; le deuxitaie volume de cet ouvrage traite de Tinvasion prussienne en 4792 ; 11 fut rédigé sur les notes de Grimoard et de Servan par un officier anonyme ; cet auteur attribue à Dumouriez, et à Dumouriez seul, Thonneur de la résistance. Il est vrai que, le 34 août, Servan écrivait au général que si la guerre était transportée dans l'A rgonne, elle serait plus défensive qu'offensive et conviendrait parfaitement au genre de troupes qu'il commandait. Il est vrai, que, le 1^' septembre, il lui mandait que, sur l'avis du conseil exécutif provisoire, l'armée de Sedan devait diriger sa marche vers l'Argoone et le Clermontois. Il est vrai encore que, le 2 septembre, il priait Dumouriei de se porter sur SainteMenehould ou environs. Mais lorsque ces recommandations arrivèrent au général, il avait déjà pris le chemin de TArgoune. Il devança les lettres du ministre et sa marche était commencée avant que Servan l'eût prescrite. Vous verrez, disait-il le % septembre à son ancien collègue, « vous verrez, en me suivant sur la carte, que je n'ai pas attendu que vous m'invitassiez à venir me placer dans les trouées de l'Argonne »^ et il Informait Luckner que le miuistre de lu guerre s'était rencontré avec lui sur toutes ses opérations et ses marches ; a j'ai prévenu les instructions qu'il m'a données. •
Quoi qu'on ait dit, Dumouriez a donc le mérite d*avoir
par EellermaDii et Gustioe qui ne souffraient pas de supérieur dans le commandement et ne surent pas» à la fin d'octobre, combiner leur action ? ,
GkKiTion-Saint-Gyr développe dans ses méiMrifes un autre pktn d'opérations. II fallait, selon lui, abasilonner à Pefivahisseur les défilés de TArgonne et ne pas môme tenter de les défendre. Dumouriez, restant à l%bri du canon de Sedan et de Mézières, mais à portée de la fbrèt, aurait attendu ses reo forts de Flandre et ooei^ TArgoone après que Brunswick l'aurait franchie. Dès lors Dumouriez et Kellermann agissaient de concert, Tufi sar la droite, l'autre sur la gauche des alliés ; au Heu d'arrêter de front renvahisseur, les deux armées ftwiçatses réunies opéraient sur ses flancs et ses derrières, eau paient ses commuulcatioDS avec Luxembourg et Tvèves. et le forçaient à la retraite ^ Ce plan de Gk>uvion-Saiat-C|yT fut pendant quelques jours celui de Serran, c II est instant, écrivait-il le 26 août à Dumouriez, de vous porter sur les derrières de l'ennemi, et je donne avis à Kettermann de se mettre de môme sur ses flancs ; le seul moyeti d'arrêter renvahisseur est d'employer toutes nos forces t le resrerrer sur ses flancs et ses derrières, et à lui Ôier la ressource de subsister aux dépens du pays, v C'était aussi le plan de Vergniaud : quand ces hordes s'avsaeeront, disait-il à la tribune de l'Assemblée le 2 septemère, nos armées qui ne sont pas assez fortes pour les attaquer, le seront assez pour les suivre, les harceler, leur eeopar les communications avec l'extérieur*.
Mais en France il faut toujours compter aiwc l'opinion ; la direction de la guerre est soumise à l^inAuence du sentiment public, et l'émotion de Paris a plus d'une fois décidé du plan de campagne. Que DumourieB envahit la Belgique ou qu'il suivit les Prussiens en les harcelant et les pressant entre son armée et celle -de Kellermaan, il laissait la route de la capitale ouverte aux coalisés, il jetait l'alarme dans une population défiante qui se croirait perdue et crierait à la trahison. « Les ennemis
* Mém, sur les camp, des armées du Rhin^ I, p. Ixiv, Ixv. ^ Arch. guerre, Servan à Dumouriez, 26 août ; disooura de TérgDiaud, 2 septembre, Monit, du 4.
SBDAN 43
menacent Paris, disait Roland, c'est vers Paris que se dirige leur rage, c'est là qu'ils ont à exercer des vengeances, c'est là qu'ils espèrent dissoudre le gouvernement et profiler de leurs avantages *. » Servan écrivait à Dumourlez qu'il fallait connaître l'esprit de la capitale et des départements, que le peuple ne voyait partout que perfidie et traîtrise, que si les troupes marchaient vers la Belgique on accuserait les ministres de a conulver » avec les royalistes ; prendre garde de « jeter le découragement dans les tètes » et couvrir Paris, tel était le mot d'ordre qu'il donnait au général ; il s'agit, ajoutait-il queJques jours plus tard, de prendre une position telle que Tennemi vous rencontre partout ^ Dumouriez devait donc se placer entre Paris et Tenvahisseur. Servan lui conseillait môme de se rendre à Ghâions et de manœuvrer derrière la Marne. Mais il y avait encore un remjMirt naturel à opposer aux alliés : la région mon tueuse et lx>isée de l'Argonae. Ce fut là que Dumouriez résolut d'arrêter l'invasion, et la nouvelle de son mouvement rassura Pans. < Il a rassemblé tout son monde, disait Prudhomme, et s'est emparé de toutes les hauteurs de l'Âirgoniie et du Glermontois, si bien qu'au lieu d'être stationuaire é.Sedan, il est actuellement éta-bli sur toutes ces montagnes ; il ferme absolument le passage à la colonne brunswickoise, et nous sommes plus qu'en mesure pour empêcher l'ennemi de pénétrer*. » Westermann avait accompagné Dumouriez dans i'Argonue. « L'ennemi, mandait-il à Danton, ne pourra pas eotrer en Champagne M nous marchons droit à lui^. i»
1 RélHid à rÂssemblée, 3 septembre, Monit. du 5 et 17 septembre.
* Arch. goerre, Servan à Dumouriez, 26 août, l*** et 17 septembre.
* Bépoknùms de Paris, XIII, 434.
* Journal des Jacobins, corresp. 10 septembre (lettre de WesternMDn, da 3 septembre). Pieut-on dire, eu reste, que tel ou tel plan était memanr que celui de Dumouriez? 11 y a, malgré tout, tant de hMsard dans lus dioses de la guerre l L'important, c'est que Dumouriez réussit. Rappelons-nous le mot de Voltaire : < Ce que M. de Guibert dit contre le héros de Denain me fait souvenir de M. de ^>lard, qui éerivnt dans ses commentaires de Polybe : Le maréchal de Viliars, après avoir donné le change aux ennemis, attaqua le corps qui était dans Denain, le fit tout entier prisonnier de guerre, s'empara de Marchiennes et prit cinq villes en deux mois ; je n'aurais rien lait de tout cela. »