GLORIEUX ET REGRET
I. Camp de Gl<HieaaL et de Regret. •*- La pluie. — La conrée prassienne. — Hostilité de la population. — II. Les officiers prussiens à Verdun. — Les Yerdunoises. — Le prince royal et Mlle Morland. — Conversations du témoin oculaire et du ferblantier Pierrot. — III. Conseil de guerre du !•' septembre à la côte Saint-Michel. «- Discours de Brans-wick. -^ Rép<Mise des émigrés. — Leur influence sur Frédéric- Ouillanme. — Hésitations de Brunswick. — Sentiments de l'armée. — La marche en avant est résolue. — On écrasera d'un seul coup Dumouriez et Kellermann. ~ IV. Le plan de Brunswick. — Tourner la position. — Btape à Valmy. — Dispositions. — Hohenlohe-Kirchberg
et le landgrave de Hesse aux Islettes. ~ Démonstrations de Kalkreuth
et de l'avant-garde prussienne. — Rôle de Clerfayt.
I. Le jour môme oii Diflon arrivait aux Islettes, Tarmée prussienne passait la Meuse (5 sept.). Le général Kôhler resta seul à Haudiomont avec dix escadrons et deux bataillons pour observer de loin la route de Metz et les mouvements de Kellermann. L*avant-garde de Hohenlohe occupa les hauteurs de Sivry-la-Perche, et envoya sa cavalerie, ses fusiliers, ses chasseurs à Bethelainville, à Dombasle, à Rampont : elle tenait ainsi la route de Glermont et de Sainte-Menehould. Le corps de Kalkreuth, qui campait, depuis le 31 août, à Sivry-la- Perche, se porta plus haut, sur la route de Varennes, le centre à Marre, la droite à Chatancourt et à Gumières, la gauche à Montzéville. Le gros de Tarmée quitta le camp de Bras en trois colonnes ; deux passèrent la Meuse
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sur des pontons près de Charny et de la fenne de Waroeaux.la troisième traversa Verdun, de la porte Chaussée à la porte de France. Les trois colonnes s'établirent en avant de Glorieux, de Regret et de Jardin-Fontaine qui forment ensemble un des faubourgs de Verdun. Le roi de Prusse et le duc de Brunswick fixèrent leur quartiergénéral, le premier à Regret et le second à Glorieux ^
Le corps de bataille garda cette position jusqu'au \0 septembre. Le temps restait sombre et pluvieux. Nos tentes, dit Gœlhe, dont le régiment campait à Jardin- Fontaine, étaient dans Tétat le plus lamentable; les cordes se pourrissaient et se rompaient l'une après Tautre: la toile battait la tète et les épaules du soldat V La dysenterie, ou, comme on rappelait dans le Verdunois, la courée prussienne, faisait de jour en jour des progrès. Le soldat mangeait imprudemment des pommes de terre et des raisins qui n*étaient pas encore mûrs. Bientôt la moitié des compagnies fut presque incapable de service ; on recourut vainement au poivre et au galanga ; tout le front de notre camp, écrit un témoin oculaire, était couvert d*excréments *. L'hôpital, installé dans une grande caserne, se remplissait de malades (200 à 300 dans certains régiments) et les visiteurs n'en sortaient qu'avec un profond sentiment de tristesse et de dégoût ^.
Le grand parti qui devait se prononcer contre la Révolution, ne se montrait pas. La population attendait l'issue de l'entreprise ou ne cachait pas son afifection pour le nouveau régime. On commençait à voir que les gens môme qui n'aimaient pas le 40 août, haïssaient plus encore l'étran-
» Minuloli, der Feldzug, 144-148.
* Gœthe, Camp, de France^ 58.
* J'ai trouvé Texpression de courée prussienne xlani un acte du conseil frCinéral de la Meuse (arch. de Thôtel de "ville de Verdun, 1>< mai 1793). Comp. le Témoin oculaire, I, 142 : t Un émigré disait ({ue cette vue lui faisait mal au cœur ; ce sont des accidents militaires, répondit un lieutenant prussien, et lorsqu'on ne peut ni les voir ni Ifcs sentir, on reste près de sa maman » ; trf., p. 198,
*" R/min. du prince royal, 155 : « die Ruhr macht Fortschritte. . . ' ^ ..-...-.- -. hôpital
nomma A' ^'/o* *"'^"*«'»'i aans les Daumenis ue i ancien couvent de Salnt- '^^'y (Hegistres de la ville de Verdun, 12 octobre).
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ger et rémigration. On acquérait la certitude que pas un soldat ne passerait dans le camp prussien. Les administrateurs de Bar-le-Duc, Ternaux et Gossin, que Brunswick avait mandés à Verdun, refusaient de signer les réquisitions qu'on leur présentait et répondaient à toutes les menaces qu'ils ne pouvaient ni ne devaient engager d'aucune manière leur conscience. Les patriotes, enfermés dans la citadelle de Verdun, criaient aux Prussiens, à travers les barreaux de leurs fenêtres : « Nos ennemis se retireront, et bientôt nous serons libres. » Le lieutenant Minutoli avait fait prisonniers, dans un village des environs, deux volontaires; l'un d'eux monta sur une borne, harangua les habitants, et leur affirma que rien n'était perdu, que les Prussiens ne pourraient pénétrer dans le cœur du pays sans courir les plus grands risques. Tant de signes, remarque Minutoli, nous prouvaient malheureusement que la France n'était rien moins que royaliste *.
II. Pourtant cette première semaine de septembre qui fut une halte en pleine invasion, ne laissa que d'agréables souvenirs aux officiers prussiens. Dès qu'ils avaient, après le service, quelques instants de loisir, ils venaient à Verdun et couraient la ville, tantôt achetant des dragées ou des liqueurs qu'ils envoyaient à leurs amis d'Allemagne*, tantôt s'attablant dans les hôtels, tantôt causant de la guerre et de la Révolution avec les habitants. Ils buvaient avec plaisir le vin de Bar-le-Duc, ce « petit vin de pays qu'on doit goûter sur place ». Il fallait, à chaque repas, apporter avec soi sa fourchette et son couteau, mais la cuisine française était si bonne 1
• Monit. du 8 septembre, lettre de Ternaux et de Gossin ; Laukhard, III, 139 ; Minutoli, Erxnnerungen, 92-93 ; voir dans le volume précédent [Invasion prussienne, 256-258) la douleur et l irritation de la population verdunoise ; j'ajouterai à tous ces témoignages celui d'un ofùcier anonyme du régiment de Romberg que je citerai désormais sous le nom de Gaudy qui doit être son vrai nom : « in Verdun war die Stimmung nicht weniger als vortheilhalt fur die Verbûndeten » {Zeitsehrift far Kunst^ Wmenschaft tind Geschichte des Krieges, 1843,
ÏV. P. il). , 1 . ^ ,
* tp. Invasion prussienne, Verdun, 253, dès le soir de la capitulation, les otticiers achètent liqueurs et dragées.
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Ils regardaient volontiers les jeunes servantes de la Lorraine, vives, accorles, résolues. Ils admiraient la beauté des Yerdunoises, et Gœthe rapporte qu*ils ne tarissaient pas en éloges sur la grâce de ces charnumiet mfants. Elles ont, disait Tun d'eux, les cheveux et les yeux noirs, et la peau blanche comme la soie. Mais ce qui frappait surtout nos ennemis, c'était la dignité des Françaises, leur politesse aisée, leurs manières toutes pleines de simplicité et de pudeur. Les jeunes filles avaient une grande liberté ; on pouvait s'entretenir avec elles en Tabsence de leurs parents, mais elles causaient avec autant de modestie et d'enjouement que si leur mère eût assisté à la conversation. Elles ne cherchent pas, raconte un officier, à briller par la toilette, et ne semblent avoir aucune idée do coquetterie; même dans les classes les plus pauvres de la société, elles savaient garder la réserve de leur sexe sans montrer le moindre embarras ^
Le prince royal, se promenant un jour sur la grande routO; rencontra des dames de Verdun qui venaient au camp prussien. Il lia conversation avec elles, mit pied à terre pour mieux causer, et, tenant son cheval par la bride, les accompagna quelque temps. Une blonde de dix-sept ans le charma par sa figure piquante et sa douceur ; il lui demanda la permission de la revoir. La mère, qui se nommait M°'<' Morland, n'osa refuser ; elle avait deux filles ; la cadette était celle qui plaisait au jeune prince ; l'aînée, mariée à un M. de la Platière, habitait Paris et eut la bonté, dit le futur Frédéric-Guillaume III dans ses Rémhiiscences, de me donner son adresse la veille de mon départ *. Le prince fit de fréquentes visites aux dames Morland qui demeuraient dans la rue de la Belle- Vierge; c'est d'une fenêtre de leur appartement qu'il vit rentrée de Monsieur à Verdun *. Au retour, il s'écarta de son chemin pour dire adieu à M^^^ Morland, qui lui donna, comme souvenir d'amitié, quelques sous neufs
^ Gœthe, Camp, de France, 44-46 ; Témoin ocalaire, I, 144.
' C'est le cas de rappeler ici Tanecdotc qu'on trouve partout (Gœthe, Camp, de France^ 59) ; son hôte de Jardin-Fontaine remit à son domestique une lettre pour Paris, en ajoutant avec une ironie malicieuse « lu n'iras pas jusque-là •.
^ Cp. Invasion prussienne^ 288.
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de la République. Le prince les conserva, et lorsqu'il rédigea, dans les premières années de ce siècle, son journal de la campagne de 1792, il écrivit ces lignes où perce encore une tendre émotion : « J'ai g^rdé ces pièces en Thonneur de M»« Morland ; son souvenir m'offre constamment un vif intérêt, et je pense à cette époque avec reconnaissance et grand plaisir. Qui sait ce qu'elle est devenue, elle et sa famille * 1 »
D'autres officiers s'entretenaient avec les habitants. Le témoin oculaire raconte longuement ses conversations avec le ferblantier Pierrot qui demeurait aux Petits Escaliers. Ce ferblantier avait lu V Essai sur les privilèges^ de Tabbé Sieyès, le traité des Droits et des devoirs du citoyen^ de Jdably, et VEssai du catéchisme national- Il dissertait avec Tofficier sur la Révolution. Gomme il arrive souvent aux contemporains, le Français et le Prussien attribuaient à de minces événements une importance excessive et ne saisissaient pas les causes profondes de ce grand mouvement. Pierrot possédait un exemplaire des Mémoires récemment publiés par Soulavie sous le nom de Maurepas; il lisait à Tofûcier les passages relatifs au régiment de la calotte, à ses épigrammes, à ses chansons qui n'épargnaient personne. L'officier parlait à son hôte de raffaire du collier qui lui semblait avoir une conséquence Infinie '. Il discutait avec lui sur la meilleure forme de gouvernement. Pierrot lui soutenait qu'un homme ne doit pas exercer la puissance souveraine et que les élus de la nation ont seuls le droit de faire les lois ; la loi est un remède, disait-il, et ce remède
* Rimin,, 154. D'après Mérat [Verdun en 4792, p. 122, note 1), M^** Morland avait un frère qui fut colocel de cavalerie. C'est le Morlaod qui tomba mortellement blessé à la tête de son régiment dins une des charges de la bataille d'Austerlitz et dont la tombe existe encore dans le petit cimetière de Souilly, près de Verdun. Napoléon donna le nom du brave Morland à l'un des quais de Paris et maria sa jeune sœur à Tun des officiers de sa garde, le baron de Lassy.
* L'affaire du collier avait fait autant de bruit en Allemagne qu'en France ; elle frappa l'imagination de Gœthe, Pelfraya, « comme aurait fait la tdte de Méduse ■ et lui fournit le sujet de sa comédie du Grand Cophte ; cp. Camp, de France» 159-160, et les Conversations avec Eckermann, II, 184.
ne peut être dicté que par les plus habiles de la nation, qui seuls couuaisscnt le mal et la plaie. L'officier lui citait la Bible et saint Paul qui déclare que chacun doit obéir à l'empereur : t Remarquez, ajoutait-il, qu'au temps de saint Paul régnaient les plus despotiques des Césars... » — «^ Je suis le très humble serviteur de votre Bible, repondait Pierrot, mais ce livre commence à passer de mode. Quant à votre Paul, il ne prêchait Tobéissance à Tempereur que pour éloigner des chrétiens tout soupçon de révolte; mais je parie qu'il ne cherchait qu'à gagner du temps et qu'en secret il recommandait à ses disciples de ne pas prendre son précepte au pied de la lettre. La puissance souveraine repose sur le droit du plus fort qui n'est autre que le droit des tigres, ou sur le droit de la guerre que le vainqueur exerce contre les vaincus. Henri II pouvait user de ce droit à Verdun; mais Louis XVI ne le pouvait pas, et il fit peàt-ôtre plus de mal aux Verdunois que n'en fit Henri II; c*était un despote ». — <r Qu'entendez- vous par un despote? i — « C'est un homme qu'on nomme souverain et qui maltraite son peuple, malgré les lois de la nature ; tous nos Louis ont été des despotes. » L'officier défendait Louis XVI et objectait à Pierrot que les ministres avaient abusé de la faiblesse du monarque. • Ëh bien ! répliquait le ferblantier jacobin, un despote est un malheur pour le pays, mais c'est un double malheur, s'il a le caractère faible, car l'État est en proie, non plus à un tyran, mais à une foule de tyranneaux. Grâce au ciel, nous n'avons plus de roi 1 » — a Mais si nous rétablissons Louis XVI. » — « Jamais, s'écriait Pierrot, jamais la France ne redeviendra un pays d'esclaves. Votre roi de Prusse est, dit-on, un brave homme; mais je vois avec peine qu'il s'efiforce de nous remettre sous le joug. Sachez-le bien, il lui est tout aussi impossible de restaurer Louis XVI que de régner lui-même sur la France K »
III. Que faisait cependant le quartier général prussien durant ces précieux jours du 2 au 8 septembre que Dumouriez avait su mettre à profit avec tant de prompti-
^ Témoin oculaire, I, première partie.
eD plus, à mesure qu*elle pénétrerait dans nntérieur de la France. Au lieu de s'engager en Champagne, sons les averses cou ti Quelles, dans des chemins rompus qui retarderdient les convois, il valait mieux se saisir de touies les forteresses de la Moselle et de la Meuse. Pendant que les Hes>ois du landgrave et les Autricliiens de Hoheulohe-Kirctiberc; mettraient le siège devant Thionville et Metz, l'armée prussienne, une fais Verdun rendu, remonter&it vers le Nord, parallèlement à PAi^nne, s'emparerait de Montmédy, de Sedan, de Mézières et, soulenuH par Glerfayt, Irait au-devant de Saxe-Teschen qui devait assiéger Lille et pousser jusqu'à Givet. Les Prtjssien.s seraient ainsi couverts sur leurs flancs par deux armées autrichiennes : ils prendraient â revers les places rorti\s du N<jrd ; ils passeraient l'hiver sur la rive droite de la Meuse et au printemps de 1793, api-ès s'être reposés et avoir reçu des renforts, ils nuffcheraient à des conquêtes presque certaines.
Le roi n'assistait pas à Tentretien. AnBBi Brunswick s'exprimait il avec chaleur et véhémence; il parlait si haut que le prince royal Tentendit du dehors. Mais Lambert, Pouilly, Nassau-Siegen ne partageaient pas l'opluiou du général en chef. Selon eux, il fallait percer dans le cœur du pays et refouler devant soi, sans leur laisser le temps de respirer, les troupes françaises qui tentaiefil de s'opposer au passage des alliés. Pourquoi s'arrêter en si bon chemin? La durée ihême de Teutrepri-e en au^mentHit les périls. On faisait une conquête, et toute conquête doit être rapide. Les places de la Meuse se rendraient elles aussi t'acilemen:. que Longwy ? Avaiton la certi tilde de ne rencontrer devant les forteresses qu*uiie faible résistanee? Montmédy se défendrait peutr être avec vigueur. Sedan et Mézières, si mauvais que fussent leurs ouvrages et si imparfaits que fussent leurs remparts, n'ouvrirHient peut-être pas leurs portes sur une simple démonstration. Il faudrait dotic passer l'automne ù investir et à prendre des villes I Le plan du duc de Hrunswick était conforme aux règles de la tactique ; mais, ajoutuleut Nassau et ses amis, la guerre qu'avaient coinnuincée les coalisés, n'était pas une guerre ordinaire ; dictée par la politique, elle devait s'inspirer unique-
et la vie. Quelle gloire pour Frédéric-Guillaume de restaurer le descendant de Louis XIV, de le tirer de la captivité, de Tarracher à la mort dont les jacobins le menaçaient I Quel beau spectacle il donnerait à Tuni- ▼ers I L'Europe entière admirerait la grandeur d*fime du roi de Prusse. Mais il fallait se hâter ; on devait, dans nntérôt môme de la politique prussienne, aller droit à Paris. Si Ton perdait du temps, Louis XVI et le Dauphin seraient immolés par la populace, et le comte de Provence, devenu roi, verrait-il dans Frédéric-Guillaume un bienfaiteur? Lui saurait-il gré de ses sacrifices? Non ; il serait ingrat, il se souviendrait seulement que les alliés Tavaient réduit à ne jouer durant l'expédition qu^un rôle subalterne \
Frédéric-Guillaume déclara qu'on irait de l'avant; il savait, rapporte Nassau-Siegen, les jours de Louis XVI en danger, et désirait que Ton march&t sur Paris dans l'espoir d*en imposer davantage aux factieux. Gomme toujours, Bruuswick n'osa contredire le roi, et abandonna son plan qui était le plus sage. Â. Verdun, comme à Coblenz et à Trêves, il maudissait l'influence de ces gentilshommes français dont les promesses enivraient Frédéric ; mais il n'avait pas le courage de la combattre ».
Toutefois, il ne se soumit pas sur le champ à la décision du monarque. Plusieurs jours s'écoulèrent avant que Charles-Ferdinand eût adopté le parti qu'il désapprouvait au fond du cœur. Il n*avait encore aucune nouvelle des mouvements de Dumouriez et de Kellermann. Il devinait que, s'il marchait sur Ghâlons, les deux généraux se jetteraient sur ses derrières, c Pou-
1 Gp. Invasion fn^ussienne^ 277 ; Massenhach, M^m.. I, 96-97; Fersen à Breieuil, F«rsen, 11, 365 : < Des étrangers, dit Massenbach (faisant allubiou à Nassau), envoyés d^une souveraine dont les desseins f politiques n'avaient d^autre but que l'Europe orientale et la mine de 'Hat prussien, des étrangers dont la renommée militaire ne repose qu(! sur les articles retentissants de journalistes gagés, ont décidé le
gttssage de la Meuse et la marche sur Paris • ; voir encore Manso, esch, des preuss, Staates, I. 245.
* Il ne voulait pas déplaire à Sa Majesté, dit Nassau-Siegen, et Tintérôt du courtisan fut plus fort que le devoir du général consommé {Feuillet de Conches^ vi, p. 345).
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avide de renommée, et à Regret le due qai n'entreprend la f(uerre qu'à contre-cœur. Gœthe, voyant passer Frédéric-Guillaume et Brunswick, demandait ironiquemeat à ses amis c quelle est celle de ces deux puissances qui prime Tautre, et laquelle décidera dans les cas douteux * ? •
Mais le parti de Taudace remportait sur le parti de la prudence Nous voilà maîtres, écrivait le duc de Weimar, de la dernière forteresse qui pilt arrêter notre course; si les Français ne se présentent pas en r&se campagne, ils soni perdus; s'ils se présentent, ils n'en seront pas mieux lotis'. Dès le 4 septembre, les compagnons de Goethe pensaient qu*il fallait s'avancer aussi vite que possible dans la direction de Paris, sans se soucier de Sedan et de Montmédy. Moi-même, avoue Gœthe, j'avais dan> l'armée prussienne et le duc de Brunswick une confiance sans limites, et il mandait au conseiller Schmauss : « nous laisserons Verdun derrière nous pour marcher contre les rebelles ; Paris en est venu à ce point de trouble et de folie que les deux partis béniront certainement la puissance qui y rétablira le repos, n'importe a quel prix ^ ». Les otficiers ne parlaient que du Palais- Royal et de ses plaisirs qui les dédommageraient bientôt de leurs fatigues. Les soldats se demandaient les uns aux autres combien il restait de lieues à faire jusqu'à Paris. Seuls, quelques vétérans hochaient la tête et rappelaient que les Français tenaient le même langage pendant la guerre de Sept-Aus et s'informaient a cliaque pas s'ils étaient encore loin de Magdehourg et de Berlin ^. Je suis très éloigné de croire, assurait le prince Auguste de Gotha, qu'on arrive à Paris
1 Massenbach, I, 49 ; Gœthe, Campagne de Frêmee, 25 et 56 ; Gaudy, 12.
* Lettre de Charles-Auguste à Einsiedel, 3 septembre (Ddntier, Oœthe und Karl Auguet, II, 72).
3 Gœthe, Camp, de France, 53 et 93 ; lettre à Schmauss, 10 septembre (Wagner, Archiv fur Cteschichte deutscher Spracke und Dieitung, I).
^Témoin oculaire, 1, 197-198; cp. Massenbach, Afdm., I, 49: c die allgemeine Stimme >.
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sine mUmnê et €0de ; oes messieurs comptent sans leur hôte*.
La marche en avaat fut r4^solue. Brunswick connaissait enQn les desseins de Dumouriez et de Kellermann ; il avait appris que le premier s'était porté de Sedan sur TArgoune et que le second suivait la route de Toul et de Bar-l^-Duc pour se réunir à son collègue. Désormais, comme disait Massenbacb, il était facile de résoudre le probième On avait hésité jusqu'alors à battre les deux généraux isoiéuient, car, si Ton attaquait Dumouriez, Kellermaun i^e jetait sur les derrières des alliés et coupait leurs communications avec Luxembourg et Trêves; si Ton assaillait Kellermann Dumouriez faisait la même manœuvre et s'emparait de Longwy. Mais les deux généraux français avaient quitté leurs positions; on n'ignorait pas le chemin qu'ils avaient pris; on savait que ni Ijun ni l'autce ne pourraient désormais interrompre ou menacer les opérations de l'armée austro-prussienne, une fois qu'elle serait en pleine marche ; on était maître de ses mouvements. Les visages, rapporte Massenbacb, se rassérénèrent et notre courage, un instant indécis, fut rammé. Dumouriez et KeUermann, opérant leur jonction, tenteriaient d'arrêter de concert les coalisés soil dans l'Argonne soit au passade de la Marne. Tant mieux; les Français, ajoute l'officier prussien, nous faisaient la partie belle ; ils venaleut se concentrer à notre portée et comme sous notre main ; on les écraserait d'un seul coup Brunswick, a dit Peitier, « se flatta de pouvoir terminer la campagne par un succès complet en resserrant les ennemis qui venaient tous se rassembler entre Glermont ei Ghâlons , il voulait détruire à la fois toutes leurs meilleures troupes » V
Ce plan esi longuement développé dans une missive en allemand, adressée par Ësterhazy au référendai^^ Spielmann. Cet officier-général autrichien venait de rendre
^ Gttthô-Jakrbueh, VI, p. 44 (art. de M. Suphan) ; sur Auguste de Grotha que SômmerriDjn; nommait un archiniémocrate (< Erzdemocrat », Heitoer, Forster's Briefwechsel mit Sômmerring, 1877, p. 565), voir Jnvoiûm prussiennûy 132.
* Massenbacb, 1, 55 ; Pallier, 85 ; Renouard, 170 ; Gebler, OsterrûiehUehe mUitOrische ieiuehrift^ 1833, 111, 71.
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visite à HoheDlobe-Eirchberg et s'était entretenu à Luxembourg avec Lafayette prisonnier. Il écrivit, à son retour dans le Brisgau, ce qu'il avait vu et entendu. Sa lettre nous fait juger des sentiments de l'état-major et des projets qui s agitaient dans les en tours de Brunswick ei de Frédéric-Guillaume ; elle nous découvre les espérances qu'ècbauffaient cbez les Prussiens leurs premiers succès et les promesses inconsidérées de Vémigration ; l'avenir devait troubler ces belles combinaisons et déconcerter tous ces calculs, mais il est intéressant de les connaître. Je sais bien, dit à peu près Esterbazy, qu'on pourrait s'arrêter sur les bords de la Meuse et se contenter des avantages certains d'une première campagne. MhIs la situation de Louis XVI est c. horrible et sans exemple » ; elle nous force a passer par dessus tout » et à prendre une résolution extrême. Il faut, ajoute l'Autrichien, mettre fin et à la guerre et aux horreurs de Paris, donner aux factieux le coup de grâce avant l'hiver, ne pas leur laisser le temps de revenir à eux-mêmes, enfin éviter une seconde campagne. Nous devons donc réunir toutes nos forces puisque l'ennemi réunit toutes les siennes et permettre même aux deux ailes de l'armée française, jusqu'ici séparées par les premiers coups de l'invasion, de se joindre Tune à l'autre. Nous devons marcher droit à l'adversaire, le « serrer de près, le battre, le disperser, répandre jusque dans Paris la crainte et l'effroi ». Sans doute les troupes des rebelles occupent de fortes positions et dispoa^ent d'une nombreuse artillerie; mais elles sont désorganisées et n'ont que des généraux très médiocres ; elles ne tiendront pas,* elles abandonneront l'Argonne et se replieront sur Châlons. Il est vrai qu'elles se grossiront de la masse des sans-culottes qu'on rassemble dans cette ville Mais quelle triste ressource ! Le pays de Sainte- Menehould à Châlons n'est qu'une plaine où de pareilles armées ne peuvent se poster et affronter une attaque. îîlles seront contraintes de refluer vers Paris; elles tenteront de se défendre dans la capitale avec l'aide de la populace, et on rapporte que le nouveau gouvernement ^ fortifié Montmartre et garni les hauteurs d'un grand Nombre de canons. Mais il sera facile d'affamer et les
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désespérant d'emporter de vive force la position, il préféra la tourner. G était la manœuvre favorite des Prussiens; la position des Français est bonne, disait-on au quartier-général, mais on. peut la tourner en trois marches, et on la tournera ^
Durnouriez tenait, outre les Islettes, Grandpré, la Croix aux -Bois et le Chesue-Populeux. On forcerait im de ces trois passages, et la prise d*uu seul défilé entraînant la prise des deux autres, on fraurhirait TÂrgoune en trois endroits différents; on longerait la chaîne des collines jusqu'à la hauteur des Islettes désormais impuissantes, et, comme un voyageur qui hiaise lorsqu'il rencontre une barrière et ne s*écarte de aa route que pour la rej;agner plus loin, on rentrerait, après un détour de quelques lieue^i, daus le grand chemin qu'on avait quitté a Verdun, 'lans le chemin qui mène à Ghâlons et de Chàlous a Paris. Le duc, consultant la carte, posait le doigt sur Valmy, près de Sainteilfenehould ; c'était là qu'il s'arrêterait pour ravitailler son armée ; il y serait le 45 ou le 46 septeaibre*. Il ne se doutait guère que ce village qu'il regardait comme une simple étape, serait le champ de bataille où l'armée française repousserait l'invasion prussienne, et que le nom de cette humble bourgade, où devait avoir lieu, contre toute prévision, le dénouement de la campagne, serait bientôt aussi fameux que celui de Leulhen et de Rosshach.
Ce plan arrêté, Brunswick prit ses dispositions, mais, comme à son ordinaire, lentement, prudemment, sans déployer la hâte fébrile de Dumouriez et son infatigable activité. Même a cette heure décisive, il hésitait encore, semblait agir avec mauvaise grâce et faire une tâche déplaisaute. A voir ses délais et ses atermoiements, on sent que sa raison son bon sens, son instinct militaire le retiennent sur les bords de la Meuse. Il pourrait, par la célérité de ses mouvements, diminuer les risques qu'il prév(dt; il perd le temps en longs préparatifs; au lieu de payer d'audace et de marcher résolument, il tergiverse et s'attarde.
*■ Vivenot, Quellen^ II, Esterhazj à Spielmann, 208. * Breteuil à Fersen, Fersen^ 11, 366.
GLORIEUX JBT BSaRBT 94
Il fit de Verdun le centre des ravitaillements de son
armée. Il ordonna de cuire du pain pour neuf jours. Il laissa dans la citadelle une garnison de deux bataillons commandés par le général de Gourbière ^ Il réunit toutes les troupes dont il pouvait disposer. Je suis sûr, écrivait il au major Tauenzien, le 7 septembre, que les armées ennemies se rassemblent entre Châlons et Sainte- Menehould et qu'elles out des retranchements dans la forêt; il est donc de la plus grande importance de rassembler toutes nos forces pour les eu chasser *. Il assigna sa tâche et sa place à chacuu de ses corps : les Hessois du landgrave et les Autrichiens de Hohenlohe- Eirchberg observeraient les Islettes, sans les attaquer, et s'empareraient de ce passage, dès que Dillon, tourné sur ses derrières, serait contraint de l'abandonner ; le gros des Prussiens marcherait sur Grandpré ; la cavalerie des émigrés se dirigerait vers le Ghesne-Populeux ; les Autrichiens de Glerfayt, soutenus par Kalkreuth, forceraient le débouché de la Groix-anx-Bois.
Hohenlohe-Eirchberg devait d abord couvrir le flanc gauche de Tarmée prussienne. Il avait franchi le Rhin à Mannheim {% août), et, traversant la région qui forme aujourd'hui la Bavière rhénane, le sud de la province du Rhin et le grand-duché de Luxembourg, passant par Kaiserslautern, Hombourg, Merzig et Remich, négligeant les deux places de Landau et de Sarrelouis, il venait d'entrer en France le 26 août, après une marche de trois semaines, et d'investir Tbionville. Brunswick lui commanda, le 7 septembre, de se porter sur Glermont-en- Argonne avec le plus de troupes qu'il pourrait, de ne laisser devant Thionville que l'infanterie des émigrés et une faible division sous les ordres du feid-maréchal Wallis pour combler les vides que ferait sou départ dans rarmée assiégeante, d'appeler sur la Moselle le
^ Le bataillon des grenadiers de Brunswick et un bataillon de Wolframsdorf. Il n^est pas impossible qu'on ait laissé Gourbière à Verdun pour se débarrasser d'un importun censeur ; voir sur Courbière Invasion pruêsimne^ 116 et 145.
« Sybel, 1, p. 554, note ; cp. Gebler. art. cité, p. 71 ; dès le 6, Brunswick écrivait que c Dumouriez et Kellermann voulaient réunir toutes leurs forces et ensuite faire tête à l'attaque des alliés > .
9i VALUT .
corps autrichien que le général d*Erbach commandait à Spire*. Hohealohe-Kirchberg n'obéit qu'à regret; il craigna t, disait-il, et non sans raison, de laisser à l'ennemi les mains libres pour agir sur les derrières des alliés ; il valait mieux, selon lui, attaquer Metz et Sedan ; on obligerait ainsi les armées françaises à venir au secours de ces deux pinces ; on aurait l'occasion de donner bataille ; on prendrait ces deux importantes forteresses, en même temps que Thionville. Maii» Brunswick répondit que des circonstances très pressantes rendaient la marche en avant nécessaire ; Hohenlohe-Eirchberg se rendit à Glermont-eu-Argonne avec six bataillons et quatorze escadrons *.
Les Hessois avaient franchi, le 30 août, la frontière française à Aubange; ils devaient d*abord observer Montmédy et garder les communications entre Glerfayt et les Prussiens. Sur un contre-ordre de Brunswick, ils marchèreut sur Verdun et de là sur Glermont en-Argonne où ils se joignirent aux Autrichiens de Hohenlohe- Kirchberg.
Tandis que les Austro-Hessois s'établissaient en face des Islettes et de la Chalade, l'armée prussienne ou, comme on la nommait, i'armée royale devait s'ébranler, avec les bagages et les fourgons de vivres, vers la trouée de Grandpré. Mais le mouvement essentiel était celui de Glerfayt. L'Autrichien était encore sur la rive droite de la Meuse dans le camp de Baalon; il doit, d'après les instruciions de Brunswick, passer la rivière, marcher sur Nouart et se porter au-devant des Prussiens à Romagne-sous-Montfaucon, presque à la même hauteur que Grandpré; mais, après être resté deux ou trois jours à Romagne, afin d'abuser Dumouriez, il se rejettera brusquement vers le nord, reviendra sur Nouart, poussera rapidement jusqu'à Boult et se saisira du déélé de
> Ce fut une faute, et une faute grave ; ces troupes autrichiennes couvraient le haut Palatinat et tout le moyen Rhin en môme temps qu'elles tenaient en échec les forces de la basse Alsace ; il ne resta plus à Spire ^ue deux bataillons de Mavençais et le 5* bataillon de Giulay ; Custine défit aisément cette faible garnison.
* Vivenot, II, 193 ; Gebler. id., p. 71. U donne la lettre de Brunswick c die Umstftnde erheischen. . . •