GRANDPRÉ
I. Dnnouries à Orandpré. — Proclamation aux hftbitaiitt dé rArgonne.
— Patiet à Chftions. — Miaciyuski à Sodan. -^ La bataillon de Monson. — Annonce «le renforts. — Dnval an Cbei— Popglonx-. — Colomb à la Croix- aux- Boit. — Ardeur de« troapaa. — IL Lea ProssieiM yeulent-ils assiéger Mets 7 — Se dirigeront-Ua aor Saint- Disier? — Plan de Dumoariez. — Son erreur. — Il sa rend- ans'IilattM. — Daval àMarcq et Duhouquet au Chesne-Popolenx. — IIL La mouvement da Brunswick. Reronnaissance de Kôhler. — ArriTéadaaAuatro-Hesaois.
— MarohA des Prusbieos sur Grandpré. -^ Bacarmoneha à Glermont.
— Dispositions de» paysans. — Leur horreur de l'aneian régime. — La pluie et la boue. — Retard des <*onvois. — La oamp de Landres ou camp de la Crotte. — IV. Exécution du plan da Bruoawick. — Les deux démonstrations du 13 septembre. ~ Kalkrenth à Bnquenay. — Hobenlohe A Fié ville. — Courage des Francaia. — Lea tirailleurs.
I. Pendant que Brunswick restait immobile sous les murs (le Verdun, Dumouriez organisait en hâte la défense de TArgonne. La confusion était grande encore; Tarmée des Ardennes * manquait d'officiers généraux ; presque aucun régiment de ligne n'avait de colonel et de lieutenant-colonel. Le service des subsistances n'était pas assuré. L'uniforme des soldats, surtout dans l'infanterie, tombait en loques. « Faites-nous des sarraus en
^ C'est le nom que porta désormais Tarmée de Sedan ; on l'appela aussi l'armée du Nord, surtout après la jonction des troupes qui Tinrent de Flandre, sous le commandement de Duval et de Beurnonville ; mais le nom d*armée des Ardennes prévalut tant que les troupes commandées par Dumouriez demeurèrent dans l'Azgonne»
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laine, écrhmit Dumonricx, de quelque eimlear que œ soit, et envoyez-lf s pour le I** octobre : sans cette précaution, il sera abso ument impossible de faire la guerre dans rarrière-«ais«m, et Farinée passera bien vite du murmure à la licence et au debandement. » On n*ayait même pas de cartes détaillées de TArgonne. « Faites chercber et venir, njandait Damonriex a Luc kuer. les caries de ràcadémie sur lesquelles se trouve le tbéâtre de la guerre que uous faisons et que nous allous faire ; personne de nous ne les a *. »
Quelques jours lui suffirent pour tout ranimer et tout rétablir; je ne perds pas cocmge, disait-il a Serran, et je travaille au milieu des combinaisons militaires, des correspondances de gens effrayés, en un mot, du plus grand désordre.
Il adressait une proclamation aux populations de rArgùnDe:
« Citoyens, l'ennemi fait des progrès sur le territoire des bommes libres, parce que vous ne prenez pas la précaution de faire battre vos grains, de les porter sur les derrières, pour qu'ils soient sous la protectioa des troupes françaises, d apporter au camp de vos frères les fourrages et les pailles qui vous seraient payés compliint par vos compatnotes, qui respectent votre propriété. Au lieu de cela, toutes vos subsistances sont dévorées par les satellites des despotes ; les cbevaux sont nourris de vos fourrages sans qu'il vous en revienne aucun paiement ; c*est ainsi que vous-mêmes vous donnez à uos cruels ennemis les moyens de subsister au milieu de vous, de vous accabier doutrages et de vous remettre dans TesclavBge. Citoyens, je vous somme, au nom de la pairie et de la liberté, de faire apporter dans nos différents camps vos grains et vos fourrages, en faisant constater par vos
i Dumoiiriez à Servan, 6 septembre, et à Luckner, 7 septembre (arch. puerre). 11 est io utile de louer le général ; Rochambeau, son ennemi, qui le nomme au intrigani et un ■ ministre caméléon > , reconnaît que « racti\ite de Uumouriez lui lit preudre des mesures d'une défensive bonne et militaire > {Mém., 1, 426} ; Massenb.ich dit qu'il oeeupc TArgonne avec la rapiuiié d'Achille [M€m,y 1, 58) ; Gaudy, IS. qu'A prit d* « excellentes mesures > et agit avec une « audace inMIgftble >.
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officiers municipaux les quantités que tous nous apporterez.
» Je vous somme pareillement de faire retirer vos bestiaux et chevaux derrière nos camps ; sinon, je serai obligé, pour le salut de la patrie, de sacrifier vos intérêts particuliers, de me conduire avec vous comme se conduisent nos barbares ennemis, et de faire fourrager et tout enlever dans vos villages, afin qu*eux-mômes n'y trouvent pas à subsister.
» Vous particulièrement, districts de Sedan, Mézières, Grandpré, Youziers et Sainte-Menehould, je vous invite à profiter de Tâpreté de vos montagnes et de Tépaisseur de vos forêts pour m*aider à empêcher l*ennemi d'y pénétrer.
j> En conséquence, je vous annonce que, si les Prussiens et les Autrichiens s'avancent pour traverser les défilés que je garde en force, je ferai sonner le tocsin dans toutes les paroisses en avant et en arrière des forêts d'Argonne et de Mazarin ; à ce son terrible» que tous ceux d'entre vous qui ont des armes à feu se portent chacun en avant de sa paroisse sur la lisière du bois, depuis Ghevenge jusqu'à Passavant ; que les autres, munis de pelles, de pioches et de haches, coupent les bois sur la lisière et en fassent des abatis pour empêcher les ennemis de pénétrer ; par ce moyen prudent et courageux, vous conserverez votre liberté et vous nous aiderez à donner la mort à ceux qui voudront vous la ravir.
y> Je requiers, au nom de la loi et au nom de la patrie, tous les administrateurs des départements et des districts, tous les officiers municipaux, de donner des ordres sur leur responsabilité pour l'exécution des différents objets de cette proclamation. Quiconque y mettra obstacle sera dénoncé à l'Assemblée nationale comme lâche ou parjure ; mais comme cette mesure serait trop lente, je déclare qu'en cas que j'y sois forcé, j'emploierai tous les moyens militaires que j*ai dans les mains, pour faire exécuter ce que je crois nécessaire pour le salut de la patrie *. »
* Avis du général Dumouriez à tous les eùoyem fronçai» dw deua départ ements des Ardennes et de la Marne et particuliiremeiU des districts de Vouzières (sic), &randpré^ Sainte- Menekonld^ Çl$rmont,
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Cette proclamation, simple et énergique, fut envoyée à Sainte-Menebould et imprimée dans cette ville, par les soins du directoire, à plusieurs milliers d'exemplaires. Dumouriez remercia les magistrats de leur promptitude, les pria d^entretenir une correspondance journalière avec lui. stimula leur zèle et leur patriotisme : « bien loin d'être abattus par la lâcheté des administrateurs et des habitants de Verdun, reprenons un nouveau courage et aidons-nous mutuellement à résister à l'ennemi \ »
En même temps il envoyait à Châlons un commissaire ordonnateur, l'actif et vigilant Petiet •, qui devait assurer pendant toute la campagne les approvisionnements de l'armée. Il nommait le maréchal de camp Miaczynski gouverneur de tout l'arrondissement de Sedan et de Mézières. Il donnait le commandement de la place de Sedan à un officier de grand mérite, nommé Naulzier, a lieutenant-colonel d'infanterie qui entend fort bien le service de l'artillerie *. Il renforçait la garnison de Sedan, en tirant deux mille hommes des forteresses de Givet, de Philippeville, de Marienbourg et de Rocroy. Il y mettait également un bataillon de trois cents hommes qu'on nommait le bataillon de Mouzon ; la moitié des soldats étaient des habitants de Mouzon qui avaient juré de faire la campagne et suivi l'armée française à Grandpré avec un drapeau et deux chariots remplis d'effets appartenant à la nation. Si les habitants de Longwy et de Verdun, disait Dumouriez, avaient montré le même courage et le même patriotisme, la France ne serait pas encore entamée. Il prescrivait à Miaczynski de tenir la campagne
Sedan, Méùères^ Rocroi et Itéthel, (Bibl. de la ville de Paris, R^v. fr.^ n« 22143, 4 pa^es). Cp. !e Journal des Débats et Décrets , n® 352, p. 255-256. et Teraaux, IV. 155-156.
* Arch. nat., A A., 61. pap. de Galbaud, p. 76, Dumouriez au directoire de Sainte-Menehould (sans date, probablement du 4 sept.].
' Cp. sur Petiet. qui portait le titre de < commissaire général de l'armée du Nord *, Invasion prussienne^ 87 ; on sait les grands services que l'intendance rendit dans cette campagne. Lackner rendait hommage aux talents de Petiet dans une lettre a Dumouriez (8 septembre) : « Le régisseur des vivres de votre armée, qui est ici, travaille avec activité à vous procurer ceux dont vous aurez besoin. > Petiet avait ordre de < faire un établissement à Châlons et d^établir des fours à Vouziers et à Sainte-Menehould > .