‹ ValpériChapitre 10 sur 10 · FAR LE COMTE D'HOUDÉXSSE · texte numérisé non relu

FAR LE COMTE D'HOUDÉXSSE

Après la fin triste et soudaine de la maréchale de S.., je revis pour la première fois le chevalier ou plutôt le baron de Valpéri, puisque le vieux M. de Valpéri était mort, dans une fort lugubre occurrence. Je le revis à l'enterrement de ce pauvre Vanille. Vous m'avez déjà entendu raconter, madame la présidente, comment Vanille se fit sauter la

cervelle, en sortant d'une soirée chez Besons où il s'était trop ennuyé. Nous étions réunis, tous les Navarrois, dans la maison mortuaire de notre compagnon, quand nous vîmes entrer Valpéri, l'œil plus noir et le teint plus pâle que de coutume , mais la démarche plus fière et le propos plus assuré. Comme cela s'était pratiqué de tout temps entre nous , on ne lui fit aucune question sur son absence. On eût dit à sa manière d'être qu'il nous avait vus la veille. Depuis ce jour, il ne cessa de vivre parmi les Navarrois.

Sa principale aventure, ce fut celle qui finit par l'enlèvement et la folie de lad y Stenay. Lad y Stenay était une espagnole d'une merveilleuse beauté , qui avait épousé un amiral anglais et qui, veuve au bout d'une année de mariage, vint se retirer aux portes de Paris dans un couvent de carmélites. 5a

prise de voile occupa la ville et la cour. Valpéri, qui s'y était trouve avec tous les Navarrois, y séduisit, dil-ou. la nonne par la seule puissance de son regard.

— C'est une puissance qu'on néglige trop d'habitude, s'écria Résous le soir du jour où l'enlèvement de lady Stenay fut connu, je m mv songer désormais à l'employer.

El le pauvre prince, en effet , 1 -mple lendemain au spectacle sur une femme qu'il fit pouffer de rire, mais dont il fâcha s ; le mari qu'il s'attira un grand coup d'épée.

Valpéri était donc le héros d'un grand nombre d'aventures, presque toutes, on ne peut le nier, marquées d'un caractère étrange de fatalité., quand la duchesse de Z... arriva de !,i Hongrie. On disait dans le monde que la duchesse de Z... avail l'ait assassiner plusieurs de ses amants; il est certain qu'elle

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avait le regard mystérieux et le front superbe ; puis son luxe dépassait celui d'une reine. Elle fut donc très à la mode pendant un hiver; Valpéri s'occupa d'elle et elle s'occupa de Valpéri. Également connus tous deux pour être funestes à tout ce qui les aimait , ils piquèrent fort vivement les curiosités en s' attaquant l'un à l'autre. Ce n'est point, disait-on, une galanterie, c'est un duel et un duel à mort qui va se passer entre eux.

Vous avez vu, madame, comment Valpéri commença" hardiment l'attaque : ne rien cacher à la duchesse, s'offrir à ses yeux dans tout l'éclat surnaturel de sa fatale puissance, la dompter ainsi par la nouveauté , la bizarrerie, la terreur, voilà quel était sans doute son plan. Eût-il réussi? Je l'imagine; mais le temps lui manqua.

Un matin, son valet de chambre Réséda

vint me chercher comme son ami le plus intime. Je le trouvai renversé dans un grand fauteuil, ayant devant lui, sur un bureau, les Mémoires que vous venez de lire. La mort l'avait pris au moment où il en traçait la dernière ligne. Il n'y avait pas une contraction sur ses traits; son âme avait l'air de S'être échappée soudain, sans rien briser dans son enveloppe. Je m'emparai des Mémoires, et envoyai chercher des médecins. On ouvrit son corps, mais on ne put y découvrir aucune lésion.

J'avoue, madame, que mon ami le baron de Valpéri était un homme assez extraordinaire; que ni sa vie, ni sa mort, ne ressemblèrent aux existences et aux trépas qui nous sont familiers; mais je dois déclarer aussi que, sans mon séjour en Allemagne, du diable si j'aurais jamais attaché quelque

importance à ses songeries infernales. Il prenait plaisir à se croire beaucoup plus mauvais qu'il ne Fêtait effectivement. En amitié, je F ai toujours trouvé fort délicat ; la maréchale de S... put apprécier ce qu'il était ea amour. Il se battait bravement, prêtait toujours et n'empruntait jamais. Son regard n'aurait point pu exprimer une pensée basse ou vulgaire. C'était le modèle des Navarrois, et il n'y avait point un Navarrois qui ne fût un galant homme.

Pour se croire d'origine diabolique , la plus grande autorité du baron ce fut Malipoli. Or, ce Malipoli, madame, comme il le reconnaissait lui-même, était bien le plus insigne charlatan qu'ait jamais porté notre globe, depuis que la race des sots y est établie. J'ai eu avec le prétendu comte romain une conversation fort longue sur ce pauvre

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baron. Je lui dis d'abord, car c'était une des choses que j'avais le plus à cœur, combien je trouvais ridicule, suranné, d'un goût d'opéra, le nom d'Iscariel dont il avait un jour affublé notre ami. Puis je le poussai très vivement sur ses bavardages et ses n'iicences. Je n'obtins de lui que les explications les plus incomplètes. L'enfer lui avait révélé un secret dont il était si fort oppressé qu'à chaque instant il bridait de s'en décharger ; mais il savait qu'en cédant à ce désir il attirait sur sa tète des châtiments effroyables. Tl fut tellement obscur, qu'il finit par me mettre de mauvaise humeur, et même de si mauvaise humeur que je me décidai à lui tourner le dos.

Reste le serpent des femmes. Ah! madame, comme j'en aurais ri en France ! Aux environs de Paris, dans un salon de la Folie-Mer-

ton, voici ce que je vous aurais dit sur le baron de Valpéri : « C'était un homme très exalté, fort séduisant, né sur les bords du Gange d'un chevalier de Malte et d'une fille des Indes. » Mais aux environs de Carlsruhe, au château de Cromstadt, ma foi ! je ne suis plus trop éloigné de dire : « C'était une créature infernale, née d'une sorcière et d'un serpent. »

Du reste, madame, qu'il soit diable ou non, s'il vous a diverti quelques instants, je l'aime, moi, de tout mon cœur.

PIN DE TALPERI.

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