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De patientes recherches permettraient de découvrir en Orient bien des faits de nécrophilie.
A ce propos, je crois utile de signaler une particularité du rite orthodoxe qui permet certains actes tout à fait voisins de la nécrophilie. Dans les funérailles, le mort est laissé à découvert, On l’orne de ses plus beaux habits. Qu'il s’agisse d’une jeune fille non mariée, on lui fait revêtir une robe d’épouse, qu’il s'agisse d’une veuve, on lui met un costume de deuil. Le cortège funèbre passe à travers les rues et la foule peut voir le mort. A l'issue de la cérémonie religieuse dans l’église, les parents et les amis du défunt sont invités au dernier baiser.
Aux obsèques des jeunes femmes, il n’est point rare que des personnes étrangères se mêlent au groupe des parents et des amis. Ainsi, des amants évincés donnent par ce subterfuge un baiser à celles qu’ils aimèrent.
Une telle coutume paraît éminemment propre à développer la nécrophilie. Parmi ses embrasseurs de mortes, il doit se trouver non seulement des amants malheureux, mais de véritables nécrophiles.
En Turquie, dans les endroits où les, cimetières sont mal gardés, on à souvent vu, paraît-il, d'abjects individus, la lie du peuple, contenter sur des cadavres qu'ils exhumaient leurs désirs sexuels.
OBSERVATION X (personnelle)
L'étude que je donne du cas récent du vampire du Muy est le fruit de mes recherches personnelles. Des renseignements ultérieurs viendront peut-être infirmer quelques-unes de mes assertions. J’ai cherché à les rendre aussi exactes qu’il était possible. En cela j'ai été aidé par bien des personnes que j'ai à cœur de remercier ici. Magistrats et médecins de Draguignan, en considération de l’œuvre purement scientifique que j'avais entreprise, ont bien voulu contribuer à rendre mon
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travail à peu près complet et m'ont facilité l'accès de la maison d’arrêt où Ardisson est détenu.
Victor-Antoine Ardisson est né au Muy (Var), le 5 septembre 1872. Sa mère, Élisabeth-Apollonie Porre, l'eut d'un homme qu'on n’a pu retrouver. Étant enceinte elle se maria avec Honoré Ardisson. Ce dernier reconnut l'enfant de sa femme.
Ardisson étant fils de père inconnu, son hérédité de ce côté est complètement ignorée.
Sa mère est âgée maintenant de soixante ans. C’est une débauchée et une violente. Alors que son fils était jeune, elle lui donna un très violent coup de bâton sur la tête d’où pourrait provenir, d’après Honoré Ardisson, le déséquilibre mental actuel de son fils d'adoption. Cette femme quitta le domicile conjugal peu d’années après son mariage. Elle vit encore maritalement à Hyères.
Le grand-père de Victor Ardisson, Antoine Porre, était sournois et parfois excentrique. La sœur de cet homme s'adonnait à la boisson. Elle eut six enfants dont trois se suicidèrent : une quatrième tenta deux fois de se suicider et la cinquième paraît atteinte de démence sénile.
On ne peut retrouver que ces particularités dans l’hérédité mentale d’Ardisson. Mais il faut tenir grand compte du rôle qu'eut sur lui son père putatif,en compagnie constante duquel il a vécu pendant vingt-huit ans. Nous verrons que Victor Ardisson est un débile mental. Or, et le fail est bien connu en pathologie mentale, les débiles mentaux sont des imitateurs : Victor Ardisson a dù calquer Honoré Ardisson. Cet homme -avait très mauvaise réputation au Muy. Il vivait d’expédients et de rapines. Déjà, pendant son service militaire, il avait été condamné à huit et quinze jours de prison pour vol. Sa femme étant partie de chez lui par suite des mauvais traitements qu’il lui infligeait, il ramassa sur les routes du pays les mendiantes, les pauvres épaves qui se traînent de village en village à la recherche d’un morceau de pain, et moyennant quelque nourriture, il fit de ces femmes ses compagnes momentanées. Il
vivait dans ces conditions avee la femme Robini lorsque Victor Ardisson fut arrêté, Enfin Honoré Ardisson avait une hérédité très chargée : son grand-père fut condamné aux travaux forcés; il faisait partie d’une bande qui détroussait les voyageurs. La sœur de son père donna des signes évidents de folie, et le fils de cette femme, Martinien Ardisson, futinterné à l’asile d’aliénés de Pierrefeu (Var), pour avoir, le 11 novembre 1900, tué le nommé Bellini, au Muy.
Dans quelles conditions vécut Victor Ardisson sous cette tutelle ? Les renseignements sont peu précis, faute de souvenirs nets. Victor Ardisson ne fut jamais malade ; il ne se rappelle même pas avoir eu de malaises, Il n’eut ni convulsions, ni incontinence nocturne d'urine. Sa puberté elle-même ne fut marquée d'aucun trouble notable. L'enfant fut envoyé à l'école. Il était assez appliqué, mais faisait l’école buissonnière. II apprit à lire, un peu à écrire et fut sorti de classe encore tout jeune. Son maître n'était pas trop mécontent de lui, mais Victor était la risée de ses camarades qui l'avaient surnommé Nigno, c'est-à-dire, nigaud, surnom qu’il garda. On le tenait à l'écart comme simple d'esprit et sournois.
Ce n’est qu’à la puberté qu'Ardisson eut ses premiers penchants sexuels. Il se masturba « quand l'envie l'en prenait » mais sans excès semble-t-il.
Il a peu bu. Ses moyens ne le lui permettaient guere, et comme il fuyait la compagnie, les occasions étaient rares. I] lui est cependant arrivé assez souvent de s'enivrer.
C'est dans les manifestations génitales que nous trouvons la preuve absolue de la débilité mentale dont cet homme est atteint, Ainsi il ne se rappelle pas le premier coït normal qu’il ail pratiqué, et lorsqu'on lui demande l'acte génésique qu’il préférait, il répond invariablement : « Ga m'est égal. »
La masturbation revêt chez lui un caractere particulier : Ardisson boit son sperme, Quand je lui ai demandé la raison de cet acte immonde, il m'a répondu : «C’est dommage de laisser perdre ça. »
Il courait après les filles du Muy. Quelquefois il leur adres-
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sait la parole et leur demandait le mariage, Elles refusaient en riant. Cela l’étonnait fort car il ne se trouvait pas vilain garçon. Alors il se retirait sans être autrement fâché. On a raconté qu'il aurait assailli une fillette sur le bord de l'Argens et qu'il l’aurait violée si l'on n’était accouru aux cris de l'enfant, Cette agression demande à être confirmée.
Quand les filles qu'il suivait allaient uriner, il se précipitait, se mettait à genoux à la place qu'elles venaient de quilter et léchait leur urine en se masturbant. Il ne se cachait pas. « A quoi bon, dit-il, je ne faisais pas de mal? »
Dans le village, il était connu pour un dépravé. Aussi le dimanche surtout, gagnait-il quelque argent au métier de fellator, moyennant cinq ou dix sous par séance.
Il n’a jamais commis d’acte de pédérastie ni de sodomie autre que celui-la, il a toujours ignoré la bestialité, Il prétend n'avoir pas même songé à ces choses, « du moins, je ne me le rappelle pas », ajoute-t-il.
Il connut le coït normal grâce aux mendiantes qu’amenait à la maison Honoré Ardisson. Ils couchaient trois au premier étage sur le même tas de paille, la femme entre les deux.Le père parti, Victor forniquait si la femme toutefois y consentait : Honoré Ardisson se levait en effet vers trois ou quatre heures du matin.
Quand Victor Ardisson fut soldat en Corse, il eut une maîtresse qui s'appelait Marie et possédait une opulente poitrine.
Ce dernier détail est important, car toutes les fois que Victor Ardisson eut en sa possession une femme, vivante ou morte, il pratiqua d’abord la succion des seins. Le premier fait de vampirisme qu’il ait commis a été accompli dans le but de voir la gorge d'une jeune fille qu’il connaissait comme bien douée de ce côté. On trouve donc chez cel homme le fétichisme des seins.
La succion mammaire n’est pas la seule que pratiquait Ardisson. À toutes les femmes, vivantes et mortes, notamment aux miséreuses qu'il trouvait dans le lit de son père, il fit la succion clitoridienne.
Voici comment s’exécutèrent les crimes de nécrophilie qui lui sont.aujourd’hui reproches.
Il s’introduisait dans le cimetière soit par la porte dont il avait la clef, soit plus tard par le mur, d’acces facile.
Il allait alors vers la tombe d’une femme qu'il avait vue -enterrer peu de jours auparavant, L'âge lui importait peu.
On atrouvé parmi ses victimes des enfants de trois ans et des femmes de soixante ans, Il ouvrait la fosse avec une pelle, quelquefois avec les mains, descendait dans la fosse, enlevait le couvercle de la bière, défaisait le suaire, asseyait la morte sur le bord du cercueil, et apres les manœuvres de succion des seins et de cunnilingus auxquelles il s’étonnait que la victime ne répondit pas (on lui avait cependant dit que certains morts parlaient !) il violait le cadavre, mais pas toujours, et en tout cas une seule fois. Il remettait ensuite les choses en place, refermait la fosse et ne revenait plus à la tombe ainsi souillée. Il aurait bien voulu emporter tous ces cadavres chez lui, en jouir longtemps et à son aise. Mais il n’était pas assez fort et cela explique qu’il ne prit qu'une têle et que le corps d’une fillette de trois ans et demi.
Ainsi, au Muy, il suivait les enterrements, qui ne sont d’ailleurs pas nombreux, dans l’espoir de déterrer ensuite les cadavres de femmes. Il s'informait même de la maladie à laquelle elles avaient succombé. Il ne déterra pas le corps d’une jeune fille qui ne survécut point à une amputation de jambe nécessitée par un sarcome du tibia.
Ainsi dépravé, sordidement élevé, Ardisson vécut dans un isolement qu'accentua sa débilité d'esprit.
Il subit de tout temps avec passivité les événements qui auraient dù provoquer chez lui une profonde tristesse. On a cru voir en lui des moments de mélancolie : interrogé cependant sur ses peines, il déclare n’en avoir jamais connu, n’avoir jamais pleuré, s’accommoder très bien de tout régime de vie qui . lui assure le gîte et la nourriture. Il s’est vu successivement la risée de ses camarades d'école, le jouet de tous au régiment, l’amoureux repoussé avec des éclats de rire. Il est toujours parti sans mot dire, sans colère et sans haine.
L'affection, l’attachement lui sont inconnus. Il Vivait en {rès
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bonne intelligence avec son père adoptif. Il répondit cependant à un chasseur maladroit qui s’excusait à lui d’avoir blessé Honoré Ardisson : « L'ares que blessa ? Oourias miès fa de lou tua, m'oouriè rapporta oou men milo fran! » (Vous ne l'avez que blessé? Vous auriez mieux fait de le tuer, cela m'aurait rapporté au moins mille francs.) — Un maître maçon qui l’employa pendant huit ans et lui donna, pendant les longs chômages, du pain et quelque argent, s’étonna fort de voir Ardisson le quitter sans aucun remerciement parce qu’il ne voulait pas consentir à une augmentation de paye de cinquante centimes par jour.
On s’est plu à représenter cet homme comme repoussé des vivantes et obligé d’épancher un trésor de tendresse sur les mortes qu’il exhumait. Cela paraît bien douteux. De sa maïitresse de Bonifacio, qui pourtant, s’il faut l'en croire, lui aurait donné une alliance d’or, il ne se rappelle que le prénom et les seins.
Les mortes m'ont paru provoquer en lui une simple admiration physique. Il les embrassait et leur donnait le doux nom de fiancée, soit, mais ces caresses ne correspondaient guère à quelque idéal imaginatif.
Si Ardisson n'est ni vraiment mélancolique, ni coléreux, il est plutôt gai, surtout depuis qu’il est en prison où il boit et mange bien. Il accompagne presque toutes ses paroles d’un -étrange rire hoqueté. C’est en riant par exemple qu'il m'a posé la question qui formule son unique inquiétude : « Vous ne venez pas me couper lé cou, au moins ? » Il se dit heureux ici, consent à y rester; il lavera les gamelles. Si peu dorée qu’elle soit, cette médiocrité lui plaît. 11 s’en faut de peu qu'il n’invite Jes visiteurs à en profiter. Il parle de préférence en provençal mais sans difficulté en français avec confiance et bonhomie. Il a une extraordinaire franchise, qu’on sent n'être pas du cynisme. S'il ne répond pas, c’est parce qu'il ne se rappelle pas, mais non point par honte de dévoiler l'odieux de ses actes,
. Jl se fatigue assez vite dans la conversation. A vue d'œil, le
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champ de ses souvenirs se rétrécit quand on prolonge l'interrogatoire. Il se rend bien compté de sa solitude « Ça nest égal », dit-il. Que de choses ainsi lui sont égales !
Aussi sa conscience n’a-t-elle jamais lutté. Ardisson ne connaît pas le remords. Il sait, maintenant qu'on l’a sermonné, qu’il a commis des crimes. Il n’en manifeste ni honte, ni regret et promet simplement de renoncer à sa passion, sans repentir feint ou sincere.
Religieux, Ardisson ne l'était guere. On trouva chez lui un paroissien qu’il prétendit, avec raison peut-être, avoir acheté lui-même à Draguignan. On y trouva également un argeen terre cuite et un ornement funéraire, pris au cimetière un jour qu'on avait nettoyé celui-ci et mis dans un coin les objets hors d'usage. Ardisson dit avoir pris ces objets parce qu’il les trouvait jolis et croyait qu’il n’y avait aucun mal à se jes approprier : ce n’est pas un voleur. Il y a sans doute un vague sentiment de religiosité, beaucoup plus que de fétichisme sexuel comme on l’a cru, dans la conservation de ces deux objets.
Ardisson était travailleur, sans excès, mais avec régularité. Il n’a jamais eu assez d'adresse ou d'intelligence pour que les nombreux métiers qu’il entreprit lui fussent rémunérateurs; ses patrons sont unanimes à convenir qu’il fut consciencieux à l'ouvrage. Pour les maçons du Muy il charriait le mortier et les pierres. Les constructions ne sont pas fréquentes dans le pays : les chômages sont longs. Avec son père, Ardisson achetait des clovisses et d’autres coquillages qu’il allait vendre à Trans et à Draguignan. Il ramassait des pommes de pin, des « pignons » pour en vendre la graine. D'aucuns croient que le surnom de Vigno lui vient de la façon défectueuse dont il prononçait pignon. Je crois plutôt que Nigno signifiait A cp d'esprit, imbécile.
Lorsque l’occasion s’en présentait, il aidait aux travaux de la campagne.
En 1892, le fossoyeur de la commune mourut. C’est un métier qui n’est guère en honneur dans ce pays et ne rapporte que fort peu. Il y a quatre ou cinq enterrements par mois, au Muy,
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et pas davantage, Ardisson père et fils acceptèrent cette fonction pour laquelle on ne trouvait en général que des Piémon” tais. À peu de temps de là, Honoré Ardisson tombait dans une fosse, se faisait mal au pied et en concevait une telle frayeur, qu’il laissait Ja place à son fils. Quand celui-ci partit au régiment, il la reprit néanmoins.
Au régiment, Victor Ardisson déserta pour aller (ravailler à Cannes comme maçon. Il gagnait 2 fr. 50 par jour et préférait cela au sou du soldat,
Cependant, depuis quelques mois, Ardisson, lors de son arrestation travaillait avec moins d’assiduité qu’autrefois. Il est vrai que sa mauvaise réputation, l’isolement de plus en plus grand au milieu duquel il se trouvait par suite de son caractère, du mépris qu'on lui témoignait, n’ont pas peu contribué à son inactivité. Il vivait de charité, de l’asile que Jui donnait son père, il se contentait d’une nourriture hétéroclite : une gousse d’ail, des concombres, des radis, peut-être même de l'herbe, et, comme viande, des chats, des rats qu’il paraît fort apprécier.
Cette paresse envahissante rend sa vie de plus en plus sordide. La maison du numéro 15 de la Grande-Rue où habite la famille Ardisson est connue de tout le village pour ses exhalaisons fétides. Ses habitants y couchent sur la paille dans un galetas rempli d’immondices. Victor Ardisson vit seul, à l'écart, s’'enivrant quelquefois. Il passe pour un brutal, non parce qu’il est batailleur, mais parce qu’il mène une existence de brute.
En 1893, il partit au service. Cela ne lui déplaisait pas. Il vint trouver un jour le maire de sa commune pour savoir sil serait pris comme soldat. Il craignait une réforme pour petitesse de taille : au régiment, il comptait manger son saoûl et avoir un bon lit. Ce fut effectivement ce qu’il trouva.
Il fut versé au 61° de ligne et bientôt détaché à Bonifacio en Corse. Il se souvient nettement et avec plaisir de ce temps, malgré les avanies qu'il eut à subir. Il a pu citer au juge d’instruction le nom de ses chefs, je lui ai fait moi-même exécuter des mouvements militaires qu’il a accomplis correctement et sans hésitation. Du reste, ce ne fut pas un mauvais soldat. Mais