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il futbien vitelesouffre-douleur de ses camarades. Ils lui volaient son pompon, sa grenade, ses gants,son bonnet de police et jusqu’à son pain, chose qui lui fut particulièrement sensible. La nuit, on renversait son lit. Il ignorait les auteurs de ces mauvaises plaisanteries et n’eût pas été capable d’y répondre. Son caporal riait quand il se plaignait. Aussi s’enfuit-il plusieurs fois aux environs de Bonifacio : il n’y a rien de l’impulsion épileptique dans ces fugues. Quand on venait le chercher, il ne résistait pas et répondait : « Vous faites bien de venir, parce que je commençais à avoir faim. v Une seule foisil manifesta de la mauvaise volonté, s'entoura la tête d’un mouchoir et répondit à toutes les objurgations : « Je ne suis plus soldat, je ne suis plus soldat ! » Le capitaine de sa compagnie, le capitaine Lemoine, auquel nous devons de très intéressants détails, ne le punit jamais parce qu’il le prenait pour un fou. Le détachement auquel appartenait Ardisson revint à Marseille. Notre homme y accomplit régulièrement son service, monta la garde à la poudrière ou à la prison militaire. Peu après, le 61° de ligne partit en manœuvre. Arrive à Fayence, dans le Var, Ardisson quitta les rangs, s’en vint à Cannes où, toujours en uniforme, il s’engagea dans un chantier. Il resta une semaine à travailler, puis reprit le chemin du Muy où la gendarmerie le eueillit.
A Marseille, on le mit pour déserlion à la prison militaire en prévention, puis à l’infirmerie en observation. Enfin, cent jours après, sur le rapport du médecin-major de son régiment, corroboré par celui du capitaine Lemoine, il fut reconnu irresponsable et réformé.
Ardisson ne se rend pas, à l’heure actuelle, compte de son renvoi du régiment. Il s'y trouvait bien, assure-t-il.
En étudiant l’histoire générale de cet homme, nous avons détaillé ses pratiques de nécrophilie. Quels sont donc les faits qui ont, à la suite de leur découverte, provoqué un tel mouvement d'horreur dans l'opinion publique ?
Ardisson avait vingt ans. Depuis peu de temps il était fossoyeur. Il avait à ce moment les appétits sexuels de son âge et point de maîtresse. [Il vit mourir au Muy une jeune fille qui
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avait de beaux seins, l’enterra. Alors lui vint la pensée de la déterrer. IL mil son projet à exécution, téta le cadavre sans le violer, chercha à l'emporter, ce qu’il ne put faire à cause du poids. On évalue approximativement à une dizaine le nombre des profanations qu’il commit jusqu’à son départ au régiment,
A Bonifacio, il ne commit aucune violation de sépulture : d’abord il trouva une maîtresse, puis c’est un faible d'esprit, et se trouvant hors de ses habitudes, transplanté, il lui eût été difficile de procéder à des exhumations. Pourtant le capitaine Lemoine nous dit que le cimetière est d’un accès très aisé pour les soldats et que même, durant le séjour d'Ardisson à Bonifacio, une jeune fille fut enterrée, suivant la coutume du pays, à découvert.
Dès qu’Ardisson revint du régiment, une longue abstinence, le manque de maîtresse au Muy, la renaissance des vieilles habitudes le menerent droit au cimetière. Et il continua à déterrer et à souiller des corps. Combien ? Cela serait impossible à dire. Il ne se rappelle ou ne veut se rappeler ni un nom, ni un chiffre. « Je ne les marquais pas », dit-il. Tant que son père fut fossoyeur, il entra avec la clef. Plus tard, quand son père abandonna l’emploi, il pénélra nuitamment par-dessus le mur d’enceinte peu élevé.
Il se rappelle qu'en 1900, il déterra une jeune fille nommée Berthe B.... Ce souvenir lui est resté parce que la jeune fille avait «une poitrine superbe », et qu'il éprouva avec elle un plaisir qu’il ne connut pas avec d’autres au point de pratiquer däâns la même nuit plusieurs coïts, ce qu’il ne faisait jamais
L'enquête étant encore en cours, on a prétendu qu'’Ardisson aurait déterré les deux sœurs N... et la fille A... les aurait emportées loin du cimetière, aurait inhumé les unes au quartier du Paradou et l’autre sur la colline des Bélugues. Ardisson paraît très étonné quand je lui fais lire l’entretilet du journal qui raconte cela. Il prétend ne pas connaître même les endroits en question. Il déclare spontanément : « Si j'avais pu emporter ces femmes, il aurait mieux valu les porter chez moi. »
Le 20 février 1901 mourait au Muy une fillette de quatorze
ans, Léonie R..,. Le 22 au matin, on s’aperçut que la fosse avail été ouverte. La gendarmerie dressa procès-verbal : le cadavre paraissait n'avoir pas été touché. Il n’y eut pas d’enquête consécutive. Cependant Ardisson avait profané le cadavre.
Au mois de mai, le corps de la jeune Honorine F... âgée de dix-sept ans, décédée le 15 du mois, fut également pollué.
En avril, Gabrielle C..., morte le 28, fut souillée par le nécrophile. Cette enfant était âgée de treize ans et fort jolie. Ardisson voulut l'emporter. Le fardeau était trop lourd. Il détacha la tête avec un couteau de poche et, sans même l’envelopper, l’emporta sous son bras. Cette tête séparée du tronc subit une sorte de momification. C’est elle qu’il conserva longtemps et couvrait de baisers en l’appelant sa fiancée.
En septembre enfin, Ardisson déterra la dernière de ses victimes. C'était une enfant de trois ans et demi, Louise M.... Elle était jolie : « Si vous l'aviez vue! », me dit il en m'en parlant. Comme elle était transportable, il la mit dans un sac et s’en fut la déposer dans le grenier de sa maison. Il coucha le cadavre dans la paille et la nuit, il allait le retrouver à l'insu de son père ou bien lorsque celui-ci, qui s’absentait de très bonne heure, élait parti. Pendant plus d’une semaine, Ardisson assouvil ses désirs sur ce cadavre; la putréfaction devenait si avancée que le rectum et le vagin ne formèrent bientôt plus qu’un cloaque. Au bout de huit jours, les émanations pestilentielles qui provenaient de ce corps furent telles qu'Ardisson n’osa plus y toucher. On prétend qu’il essaya de séparer la tête pour la conserver un peu plus longtemps, et qu’il attendait la mort et l’ensevelissement d’une autre fille pour remplacer celle-ci.
Sur ces entrefaites, Honoré Ardisson montant au grenier pour chercher une dame-jeanne vide découvrit ces lugubres restes. Jusqu’alors il ne s'était aperçu d'absolument rien. Les voisins s’élaient plaints à lui des odeurs épouvantables qui sortaient de chez lui; il avait simpement répondu que les ordures déposées au grenier par son fils devaient en être la cause. Lorsqu'il aperçut la forme blanche du corps de Louise M..., couchée sur la paille dans sa robe d’enfant, il crut être
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en présence de quelque bête et s’arma d’une pelle avec laquelle il frappa le cadavre.Il s’'aperçut bientôt de son erreur, descendit à la hâte et sur les conseils de la femme Robini prévint la gendarmerie.
Victor Ardisson, arrêté, fit des aveux immédiats, On relàcha bientôt le père et sa concubine, mis hors de cause. Après courte enquête sur place, le vampire du Muy fut écroué à la prison de Draguignan où se poursuit à l’heure actuelle l'instruction.
Les D'S Belletrud, directeur de l'asile d'aliénés de Pierrefeu (Var), et Doze, de Draguignan, furent commis à l'examen médicolégal du prévenu. Pour plus amples détails et pour le contrôle de lexactitude des faits, nous renvoyons au rapport de ces éminents praticiens qui sera ultérieurement publié.
J'ai pu grâce à la bienveillance des autorités judiciaires et administratives de Draguignan examiner sommairement à la maison d’arrêt le nécrophile Ardisson. Je donne plus loin les renseignements tirés de la fiche anthropométrique, dressée par les soins du gardien Georges Claustre.
Lorsque Ardisson s’est présenté à moi, il était vêtu d’une blouse blanche, d’une chemise fournie par la prison, d’un pantalon gris. Il était coiffé d’un chapeau gris enfoncé à la manière des maçons et chaussé de gros souliers de campagne.
C'est un homme petit, d'allure massive et paysanne, la tête inclinée à droite. Il sait qu’il est intéressant. En venant vers moi, dans la cour de la prison, il lisse hâtivement sa moustache. En entrant, il salue franchement et sourit. Il a les cheveux blonds, la moustache très blonde, le bas de la figure carré. I à l'air piais, surtout dans son rire qui ressemble à un hoquet. Dans ma première visite, le D' Doze, qui a bien voulu m’accomgner, entame la conversation en provençal. Ardisson répond en riant à toutes les questions qu’on lui pose. Il est content qu’on s'occupe de lui, se soumet sans difficulté à l'examen et me répond en français aussi bien qu’il le peut. Il répète qu’il se trouve très heureux en prison, l’écrit même sur ma demande et fume avec plaisir les cigarettes que nous lui offrons.
Il n’y a pas un instant de doute à avoir. C’est bien un
«minus habens » que j’ai devant moi. Et comme tous ceux qui l'ont jusqu'à présent interrogé, je suis obligé de sourire de cette stupéfiante absence de sens moral, de ce rire saccadé dont il accompagne jusqu'aux plus ignobles détails qu’il me révèle.
A l'inspection un peu plus détaillée, je remarque que les cheveux sont blond clair, assez fournis, à un seul tourbillon, normalement implantés et à bordure régulière. Le front est moyen, non fuyant, les sourcils épais. Les yeux sont peu fendus, à angle externe relevé, gris avec quelques rares reflets oranges. Le nez est droit, présente à sa racine une ride circonflexe assez rare en anthropologie pour être signalée. Les narines sont moyennes et peu mobiles. La lèvre supérieure est épaisse, proëémine, la moustache et la barbe sont d’un blond un peu roux. Le menton est légerement en retrait, ce qui constitue un cerlain degré de prognathisme supérieur. Les dents inférieures sont en retrait sur les supérieures de quelques millimètres. Les angles des mâächoires sont tres saillants, les pommettes effacées, les zygomes peu accentués. Les oreilles sont moyennes, bien ourlées, sans tubercule de Darwin, à lobule adhérent.
Le crâne est en carène, sans inégalité autre qu’une proéminence de la bosse pariétale gauche. La bosse occipitale n’est point bombée, le crâne est au contraire petit en arrière. L'ensemble est nettement dolichocéphale.
En regardant attentivement la face, on aperçoit une asymétrie peu marquée à première vue mais certaine. À gauche, l’angle de la mandibule est plus saillant, la pommette plus forte, la paupière inférieure plus haute ce qui fait paraître l’œil plus petit et son angle externe plus relevé que du côté droit. L’oreille gauche est implantée très légèrement plus haut que la droite.
Les plis et rides de la face sont symétriques et réguliers. Ils ‘sont assez nombreux et égaux dans le rire et le siffler,
‘ La langue est droite, très mobile, un peu tremblante. Le cou est court, tout à fait normal.
Le buste est épais, le thorax bombé et non velu, mais n’est
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point en carene. L’épaule gauche est nettement plus haute que l'épaule droite. Il n’ÿ a aucune déviation ni déformation de la colonne vertébrale, L'abdomen est gros.
Le membre supérieur est un peu grèle, mais bien conformé, La main ne présente aucune anomalie, Elle a les plis habituels. Le pouce n’est ni carré, ni en bille. Les ongles n’ont pas de Striation. L’ongle de l’auriculaire, surtout à gauche, est très long. C’est par coquetterie. « Ca sert à faire tomber la cendre de la cigarette », me confesse Ardisson. Les bras et surtout les mains sont le siège d’un tremblement généralisé rappelant le tremblement sénile. Il augmente quand on attire l'attention sur lui, ou suivant les jours. Imperceptible parfois, il peut être tel qu’il empêche de tenir les objets. Il n'augmenterait point dans l’excitation sexuelle.
Les jambes sout normales, assez velues, pas très musclées. Les condyles fémoraux internes sont un peu saillants. Le pied n'offre de particulier que des orteils carrés, non déformés et presque égaux en longueur. Le tremblement est tres accentue aux jambes, surtout quand le membre inférieur est étendu sans être soutenu. Il existe une véritable danse de la rotule.
J'ai fait ensuite examen détaillé des organes des sens.
1° Yeux. — Réflexe palpébral interne intact. Il y a quelquefois du battement des paupieres.
Réflexe conjonctival normal.
Pupilles égales, réagissant tres bien à la lumière et à l’accommodation.
Acuité visuelle normale. Ardisson prétend y voir presque aussi bien la nuit que le jour. Cette nyctalopie demanderait à être confirmée.
Le champ visuel est tres rétréci, des deux yeux également. Grossièrement mesuré, il m'a donné 25 centimetres environ,
90 Oreilles. — Jamais d’écoulements, ni de maux d'oreilles, L'acuité auditive est très diminuée, la montre n'étant entendue qu'au contact de l'oreille et n'étant pas entendue au contact du crâne.
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32 Appareil olfactif. — L'odorat est nul. Ardisson ne discerne même pas le poivre à l'odeur. On s'explique ainsi qu'il ait pu vivre à côté d'un cadavre en putréfaction sans répugnance.
& Appareil qustatif. — Le goût est également aboli ; il ne permet pas la distinction du salé et du sucré. Ardisson à mangé de la viande pourrie et les choses les plus abjectes, comme le sperme, grâce à cette agustie totale. Il fume sans éprouver du tabac la moindre impression.
5° Toucher. — Le tact est imparfait, tant à la pulpe des doigts qu'aux lèvres et à l'extrémité de la langue. Il faut piquer fortement pour provoquer de la douleur.
La sensibilité générale est amoingrie d’une façon égale des deux côtés. L'hypoesthésie est surtout marquée au tronc. Il faut un écartement anormal du compas de Weber pour que les pointes soient perçues.
Les organes génitaux sont d'apparence très normale, assez petits, bruns, velus. Le prépuce, assez long, recouvre le gland sans le dépasser. Les testicules sont fermes, tres sensibles à la pression, le. gauche un peu plus bas que le droit. Il n’y a pas trace de maladie vénérienne.
Les érections ne sont point fréquentes. IL semble qu’en prison le détenu soit calme au point de vue génital. Le réflexe crémastérien existe, plus net à gauche.
La force musculaire est au-dessous de la moyenne. On sait que si Ardisson n’emporta que le cadayre d’une enfant de trois ans, c’est qu’il trouva les autres trop lourds. Les mains surtout ont peu de force pour serrer. Les bras résistent mal quand on cherche à les étendre et à les élever. Les jambes sont bien plus robustes. Ardisson est droitier.
Par le pincement, on provoque sur le biceps une onde musculaire très nette.
Les réflexes musculaires et tendineux sont nuls aux muscles temporaux et masséters ainsi qu'a la face antérieure du bras. La percussion du triceps au-dessus de l’olécrâne détermine une extension assez franche de l’avant-bras. La flexion brusque des
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doigts par percussion de l’avant-bras est peu accentuée. Le réflexe de Westphal est légèrement exagéré des deux côtés. Celui du tendon d'Achille n'existe pas.
Les réflexes peauciers au cou et à l'abdomen n'existent pas. Le réflexecrémastérien, ai-je dit, est marqué. Le chatouillement de la plante du pied provoque une sensation, mais très peu de mouvement. Au pied droit j'ai cependant, à plusieurs fois, vu cette manœuvre suivie de l'extension du gros orteil et d’un ou deux des orteils suivants.
Les réflexes muqueux ont montré une abolition complete de la sensibilité pharyngée.
Les réflexes circulatoires ne sont pas marqués. Ardisson est pâle et ne rougit point. Il n'y à ni dermographisme, ni troubles vaso-moteurs.
La circulation est du reste en général normale et les bruits du cœur n’offrent rien de particulier.
L'appareil respiratoire n'offre rien à signaler. L'auscultation est difficile.
L'appareil digestif présente comme particularité l’extraordinaire intensité de l'appétit. A la prison Ardisson mange trois gamelles et deux pains, c’est-a-dire le régime de trois détenus; au régiment, sa voracité nous a été rapportée par le capitaine Lemoine. Le besoin de manger est le primum movens dans la vie d’Ardisson. Je ne reviens que pour mémoire sur la façon hétéroclite dont il se nourrissait.
Les digestions et les selles sont normales.
L'appareil urinaire ne présente rien d’intéressant.
Le système pileux examiné avec soin n’a donné lieu à aucune remarque particulière.
Les stigmates physiques de dégénérescence ont été cherchés infructueusement. J'ai décrit l’asymétrie faciale et le tremblement. La voûte palatine n’est point ogivale, les dents sont au complet, tres saines, très régulières, tres bien plantées. Les oreilles n’ont que l’adhérence du lobule.
Les stigmates psychiques de dégénérescence sont par contre
légion.
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La sensibilité est, nous l'avons vu, très amoindrie chez lui.
La volonté ne l’est pas moins. Les impulsions même n’ont pas plus de force que chez un sujet normal, mais c’est le frein qui manque tout à fait, le discernement de ce qui est bien et de ce qui est mal.
La mémoire, sans être complètement défectueuse, n'est pas brillante. Elle se fatigue vite. -
Si Ardisson n’a pi cauchemars, ni hallucinations, il rêve à haute voix à ce que disent ses co-détenus.
Enfin, il a quelques absences sur lesquelles je n’ai pu avoir aucun détail.
En somme Ardisson est un débile mental inconscient des actes qu’il accomplit. Il a violé des cadavres parce que, fossoveur, il lui était facile de se procurer des apparences de femme sous forme de cadavres auxquels il prêtait une sorte d'existence.
Ci-joint un autegraphe obtenu sous dictée et un extrait de la fiche anthropométrique d’Ardisson.
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