OBSERVATION XIV
MicHéA, Union médicale, 1849.
LuniER, Annales médico-psychologiques, 1849.
Morez, Gazette hebdomadaire, 1857.
Bertrand François est né en 1822 à Voisey, canton de Bourbonne, Haute-Marne.
Son père, sa mère, son frère unique étaient cultivateurs. Leur santé était excellente.
Une sœur et un frère moururent en bas âge.
Un oncle maternel mourut subitement à quarante ans. Il avait depuis plusieurs années l'esprit dérangé.
Bertrand lui-même n’a jamais eu à sa connaissance de maladie qui ait pu le retenir au lit plus de cinq ou six jours. Dans sa jeunesse, il était impressionnable et irascible,
Bertrand reconnaît s’être masturbé dès l’âge le plus tendre. Vers huit à neuf ans seulement il commença à songer aux femmes. À cette époque, on remarqua sa bizarrerie. Il allait se promener dans les parties les plus profondes d’un bois où il restait des journées entières en proie à la plus profonde tristesse, et cela par accès, une ou deux fois par semaine.
» À treize ou quatorze ans, dit-il, je ne connus plus de bornes, je me masturbai jusqu’à sept ou huit fois par jour, la vue seule d'un vêtement de femme m'excitait. En me masturbant, je me transportais en imagination dans une chambre où des femmes se trouvaient à ma disposition; là, après avoir assouvi ma passion sur elles et m'être amusé à les tourmenter de toutes les manières, je me les figurais mortes et j'exerçais sur leurs cadavres toute sorte de profanations. D’autres fois, le désir me venait aussi de mutiler des cadavres d'hommes, mais très rarement ; j’'éprouvais de la répugnance.
«Me voyant dans l'impossibilité d’avoir des corps humains, je cherchai des corps morts d'animaux que je mutilai comme plus tard ceux de femmes et d'hommes. Je leur fendais le ventre et, après en avoir arraché les entrailles, je me masturbais en les
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contemplant, après quoi je me retirais, honteux de mon action, et me promettant bien de ne plus recommencer ; mais la passion était plus forte que ma volonté. J'éprouvais dans ces circonstances un plaisir extrême, une jouissance que je ne puis définir. € Il m'est arrivé de mutiler depuis le cheval jusqu'aux plus petits animaux, tels que les chats, les petits chiens, etc. »
Pendant que cette perversion suivait sa marche croissante, Bertrand recevait une certaine instruction. Il fit ses études au séminaire de Langres, jusqu’à la philosophie. Il quitta cette classe pour entrer dans l’armée dont il voulait faire sa carrière. Il fut incorporé au 74° de ligne.
« Étant arrivé au camp de la Villette, écrit-il dans son mémoire, je ne tardai pas à aller retirer du canal Saint-Denis des animaux noyés, des chiens, des moutons, etc., pour les traiter de la même manière que ceux dont j'ai parlé plus haut.
« En 1846, je ne me contentai plus d'animaux morts, il m'en fallut de vivants. Au camp de la Villette, comme dans toutes les casernes, il y avait beaucoup de chiens qui, n’appartenant à personne, suivaient tous les militaires indistinctement- Je résolus d'amener de ces chiens à la campagne et de les tuer, ce qui m’arriva en effet trois fois ; je leur arrachais les entrailles comme aux animaux morts et j'éprouvais autant de jouissance qu'avec ces derniers.
« Sur la fin de 1846 seulement, la pensée me vint de déterrer des cadavres, la facilité avec laquelle cela pouvait se faire dans la fosse commune du cimetière de l'Est fit naître en moi celte idée : mais elle ne fut pas mise à exécution, la crainte me retenait encore, |
« Au commencement de 1847, mon régiment étant allé à Tours, ma compagnie fut envoyée dans la petite ville de Bléré. C'est là que je commis la première violation de sépulture (le 23 ou 25 février) dans les circonstances que voici :
« ILétait midi, étant allé me promener dans la campagne avec un de mes amis, la curiosité me fit entrer dans le cimetière qui se trouvait près de la route ; une personne avait été enterrée la veille, les fossoyeurs, d’après ce qui m'a été dit le lende-