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main, ayant été surpris par la pluie, n'avaient pu achever de remplir la fosse, et avaient de plus laissé leurs outils à côté. À cette vue, les plus noires idées me vinrent, J'eus un violent mal de tête, mon cœur battit avec force, je ne me possédais plus. Je prétextai un motif pour rentrer de suite en ville ; w’étant débarrassé de mon camarade, je retournai au cimetière et sans faire attention aux ouvriers qui travaillaient dans les vignes qui touchaient au cimetière, je saisis une pelle et je me mis à creuser la fosse avec une activité dont j'aurais été incapable à un autre moment. Déjà j'avais retiré le corps mort ; ne me trouvant muni d'aucun instrument tranchant pour le mutiler, je commençais à le frapper avec la pelle que je tenais à Ja main, avec une rage que je ne puis encore m'expliquer, quand un ouvrier qui travaillait tout près, attiré par le bruit que je faisais, se présenta à la porte du cimetière. L’ayant aperçu, je me couchai dans la fosse à côté du mort et j'y restai quelques instants. L'’ouvrier étant allé prévenir les autorités de la ville, je profitai de cet instant pour recouvrir le corps de terre et sortir du cimetière en escaladant le mur.
« J'étais tout tremblant. Une sueur froide me couvrait le corps. Je me retirai dans un petit bois voisin où, malgré une pluie froide qui tombait depuis quelques heures, 7e me couchai au milieu des arbrisseaux. Je restai dans cette position de midi jusqu'à 3 heures du soir dans un état d'insensribilité complète. Quand je sortis de cet assoupissement j'avais les membres brisés et la tête très faible. La même chose n'arriva dans la suite après chaque accès de folie.
« Deux jours après, je suis retourné au cimetière de Bléré, non plus à midi, mais au milieu de la nuit, par un temps pluvieux. Cette fois, n'ayant pas trouvé d’outils, je ercusai entierement la même fosse avec mes mains, elles étaient en sang, mais rien ne pouvait m'arréter, je ne sentais pas la douleur ; n'ayant pu découvrir que la partie inférieure du corps, je la mis en pièces, je remplis ensuite la fosse de la même manière
qu’elle avait été creusée.
« Étant rentré à Tours dans les commencements du mois de
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mars, je ne fus pas longtemps sans éprouver le besoin de déterrer des morts. J’allai à cet effet au cimetière de cette ville un soir; maisayant reconnu l'impossibilité d’exécuter ma résolution, je me retirai et je n’y retournai plus.
« Cet état de choses dura pendant les mois de mars, avril et mai, Étant rentré à Paris à la fin de ce dernier mois, le mal se fit bientôt sentir de nouveau. M’étant laissé entraîner un jour au Père-Lachaise, cette solitude me plut, la facilité d'y pénétrer me fit prendre la résolution d’y revenir dans la nuit. J’y entrai en effet à 9 ou 10 heures du soir en escaladant le mur, je me promenai quelques instants agité des plus noires idées ; m’étant ensuite approché de la fosse commune, je me mis à déterrer un cadavre. Ce corps était celui d’une femme d’environ quarante ans, assez bien conservé; je lui ouvris le ventre, j'en arrachai les entrailles, je la coupai en mille morceaux avec rage; mais je ne commis sur cette femme aucun acte impudique (juin 1847). »
« Pendant une quinzaine de jours, j'allai à ce cimetière presque tous les soirs. Dans cet espace de temps, je deéterrai trois ou quatre femmes que je traitai comme la première sans attenter à la pudeur.
« Après avoir arraché les entrailles aux divers cadavres dont je viens de parler et les avoir muilés, je me retirais après m'être masturbé deux ou trois fois à genoux près du cadavre. Je me masturbais d'une main, tandis que je serrais convulsivement de l’autre une partie quelconque du cadavre, mais plus particulièrement les entrailles. Ayant été surpris par deux gardiens du cimetière qui furent sur le point de faire feu sur moi, je fus assez heureux pour me tirer d’affaire en leur disant qu’étant ivre, je m'étais endormi dans le cimetière jusqu’à cette heure. Comme j'avais toujours eu soin de recouvrir les cadavres mutilés, ils ne se doutèrent de rien et me laisserent sortir.
« Le danger que je venais de courir produisit sur moi une telle impression que je ne pensai plus à retourner dans un cimetière, jusqu’au 12 novembre même année, jour où je quittai Paris pour aller à Soissons, ville où se trouvait le dépôt de
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mon régiment. La difficulté de pénétrer dans le cimetière de ce lieu m'empêcha encore de me livrer à ma funeste folie.
« Arrivé à Douai, après les affaires de février, j’éprouvai le besoin de mutiler des corps morts. Un soir, vers lé 10 mars, j'allai au cimetière; il était 9 heures et après la retraite qui se battait à 8 heures, les militaires ne sortaient plus de la ville, pour exécuter mon dessein je me trouvais done dans la nécessité d'escalader le mur d'enceinte et de sauter un fossé de quatre mètres environ de largeur sur deux de profondeur. Ces difficultés ne furent pas capables de m'arrêter: après avoir escaladé le mur dans un endroit où il tombait en ruine, je reconnus l’impossibilité de sauter le fossé; je le traversai à la nage après avoir jeté mes habits de l’autre côté. Le froid était très vif ; il y avait même de la glace. A peine entré dans le cimetière,je me mis à déterrer une jeune fille. qui pouvait avoir de quinze à dix-sept ans.
« Ce corps est le premier sur lequel je me livrai à des exces impudiques. Je ne puis définir ce que j'éprouvar dans ce moment; tout ce que l’on éprouve avec une femme vivante n’est rien en comparaison. J'embrassai celte femme sur toutes les parties du corps, je la serrai contre moi à la couper en deux; en un mot je lui prodiguai toutes les caresses qu'un amant passionné peut faire à l’objet de son amour. Après avoir joué avec ce corps inanimé pendant un quart d’heure, je me mis à le mutiler, à lui arracher les entrailles comme à toutes les autres victimes de ma fureur. Je remis ensuite le corps dans la fosse et après l’avoir recouvert de terre, je rentrai à la caserne par les moyens employés pour aller au cimetiere.
« Mon régiment ayant été envoyé à Lille le 14 mars, j’exhumai quatre corps de femmes dans cette dernière ville, dans l’espace d’un mois et je me livrai sur ces quatre cadavres aux mêmes excès qu’a Douai,
« Quelque temps après ma compagnie alla tenir garnison à Doullens, d’où elle ne sortit que le 16 juillet pour rentrer à Paris. Étant allé dans le cimetière de cette ville et n’ayant pu venir à bout de creuser une fosse tellement la terre dure m'avait abîmé les mains, je n’y retournai plus.
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« Nous étions rentrés à Paris; le régiment occupait le camp d’Ivry. Après quelques jours'de repos, le mal me revint plus violent que jamais. Pendant la nuit, les sentinelles étaient très rapprochées et avaient une consigne sévère; mais rien De pouvait n’arrêter, je sortais du camp presque toutes les nuits pour aller au cimetière du Montparnasse où je me livrai à de si grands excès. »
Ce fut à cette époque que l’on s’aperçut des profanations commises par Bertrand. Au mois de juillet 1848, le commissaire de police du Luxembourg dressa un procès-verbal duquel il ressort que, dans le cimetière du Sud, dans la tranchée formée par la fosse commune, une fouille avait été pratiquée par une main habile, pour exhumer une bière que l'on avait emportée à quelques mètres de la fosse. Les deux planches supérieures étaient brisées et le cadavre était à quelques pas. C'était celui d’une jeune fille nommée Marie-Caroline, enterrée depuis trois jours. Ce cadavre était déja dans un état de putréfaction avancée : il était vêtu d’une chemise, de bas et enveloppé d’un lin- ceul avec un chapelet passé au bras droit. Il reposait sur le feuillage. Le profanateur avait ouvert l’abdomen par une légère incision longitudinale, laissant voir une partie des intestins. A côté et à quelque distance élait un autre cercueil. C'était celui d’une femme de trente-six ans, inhumée depuis dix-huit jours, la femme Chapitelle, morte à la suite de couches. Le cadavre portait la même ineision. La fosse du reste avait été fouillée en plusieurs endroits, deux cercueils avaient été soulevés mais les cadavres n'avaient pas été déplacés.
Le 26 août, on découvrit au cimetière d’Ivry que le corps d’une enfant âgée de sept ans et dix mois, la petite Gillet, enterrée de la veille, avait éte déterré pendant la nuit : la bière était brisée, le cadavre retiré aux trois quarts du cercueil, dépouillé de ses vêtements. L’abdomen et l'estomac étaient entièrement fendus, une partie des intestins était sortie du corps.
Les recherches faites à ce moment n’aboutirent à aucun résultat.