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couteau dans le ventre et était resté sur une pièce de bois placée pour maintenir les terres de la fosse. Le troisième, qui était un noyé et dont le corps était tout noir, avait le ventre fendu, Le quatrième, enfin, avait la poitrine traversée de part en part d’un cop de sabre.
« D'ailleurs, je dois d'autant plus être cru sur ce point, qu’il ne fait rien du tout à la chose et que j'avoue franchement que mon but en déterrant tant de corps était d'en trouver un de femme. Si j'ai mutilé un cadavre d'homme, la rage seule de ne pouvoir en trouver un de femme m’y a poussé. Car, comme Je l'ai déjà dit, au lieu d’éprouver de la satisfaction, j'éprouvais une grande répugnance. Quant à la monomanie érotique, je soutiens qu’elle n’a pas précédé la monomanie destructive et que le besoin de violer avant de mutiler s'est fait sentir en moi pour la première fois à Douai comme je lai dit ailleurs. Or,avant celte époque, j'ai mutilé huit ou dix cadavres de femmes tant à Bléré qu’au cimetière de l'Est sans penser à me livrer sur ces femmes à des actes impudiques. Je faisais à cette époque comme j'avais fait avant sur des corps d'animaux : c’est-à-dire que je mutilais toujours les corps aussitôt déterrés et que ce n’était qu'après cet acte accompli que je me masturbais en contemplant les débris des cadavres. Du cimetière de Douai jusqu’au jour de mon arrestation, le contraire arriva, ce fut la monomanie érotique qui précéda la monomanie destructive.
« Mais cette dernière était au moins aussi forte en moi que la première, car j'éprouvais autant, je puis même dire plus de plaisir en mutilant le cadavre après l'avoir violé, qu’en me livrant sur lui à toute sorte de profanations. Oui! la monomanie destructive a toujours été plus forte en moi que la monomanie érotique, c’est incontestable; et je crois que je ne me serais jamais exposé pour violer un cadavre, si je n’eusse pu le détruire après. Donc la destruction l'emporte sur l’érotique, quoi qu’on en dise, et personne n’est capable de prouver le contraire; je sais mieux, il me semble, ce qui se passait en moi que qui que ce soit. La mutilation des corps n’avait done pas pour but, comme quelques personnes ont voulu le dire, de
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cacher ma passion et les excès auxquels je me livrais : le désir de mutiler était plus impérieux chez moi que celui de violer,
« Soyez persuadé, Monsieur le docteur, que tout ce que je vous ai dit est l’exacte vérité. Ce serait bien mal reconnaître ce que vous avez eu la bonté de faire pour moi qui vous suis étranger que de vous induire en erreur; jamais cette lâche pensée ne m'est venue à l'esprit. Aussi, sans vous occuper de ce que pourront dire M. Michéa et d’autres médecins, vous pouvez maintenir votre opinion. Personne, je le répète, ne sait mieux que moi ce qui s’est passé, et je vous l'ai dit sans réserve; j'aurais mieux aimé ne rien vous avouer que de vous dire des choses fausses. »
Les conclusions psychiâtriques qui découlent de l’étude détaillée de cette curieuse affaire ont été remarquablement posées par Lunier dès 1849 et reprises par Morel en 1857.
Depuis, Lombroso a voulu voir dans Bertrand un épileptique (/ Homme criminel, t. Il). Je ne puis me rallier à cette opinion, bien que les stigmates épileptiques n'aient pas été recherchés, et qu’il s'agisse nettement d'impulsion dans le cas qui nous occupe. Le souvenir persistant des faits après disparition de la crise vient à l'encontre de l'opinion soutenue par l’anthropologiste italien.
J’adopterai les vues de Lunier, affermies par les découvertes modernes en pathologie mentale.
Le sergent Bertrand était atteint de cette forme très spéciale d’aliénation décrite sous le nom de folie périodique.
Krafft-Ebing, dans sa Médecine légale des aliénés (1),
(1) Krarrr-Eginc : Médecine légale des aliénés, traduction française de Brémond. Paris-Toulouse, 1900.
mue
donne comme caractères généraux de la folie périodique les signes suivants :
1° Concordance typique des accès au point de vue des prodromes, même des symptômes, dans leurs détails et leur durée. Les exceptions consistent seulement en ce que:
x) La psychose périodique n’apparaît que lorsqu'il y a déjà eu des récidives répétées, mais non concordantes d'une psychose;
6) Dans le cours des années (probablement sous l’influence de modifications cérébrales secondaires), la psychose se modifie dans sa forme clinique.
7) La durée des accès est modifiée par des influences externes et internes; les accès prennent une allure d’autant plus grave et plus longue que les intervalles qui les séparent sont plus longs ; avec le temps ils s’allongent et deviennent moins intenses.
2 La personnalité pendant l'accès est complètement changée au point de vue mimique et psychique;
3 Il existe des troubles somatiques spéciaux, névrotiques, qui se répètent d’une facon psychique dans chaque accès, l’annoncent comme une aura et l'accompagnent ensuite ;
4 Les intervalles lucides ne sont pas francs, mais sont, au contraire, remplis par des phénomènes qui se rattachent à la dégénérescence, plus particulièrement aux névroses constitutionnelles (neurasthénie, hystérie, etc.), par des modifications cérébrales secondaires dans le sens de l’irritabilité, de la faiblesse psychique, prodromes d’un accès qui s'approche ou qui s'arrête, ou suites d’un accès qui vient de passer;
0° Le retour des accès se produit à des intervalles |
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d’une durée à peu près constante (semaines ou années), autant, d’ailleurs, qu'il n'intervient aucune condition favorable ou nuisible qui puisse la modifier:
6° Il s’agit de phénomènes localisés, surtout dans le domaine affectif, avec de simples perturbations dans la forme des représentations, du moins en ce qui concerne les formes mélancolique et maniaque. Les délires et les hallucinations peuvent faire complètement défaut. Pour cette raison, les phénomènes prennent souvent, à cause de leur origine dégénérative, l'allure de la folie raisonnante, allure analogue à celle de la folie morale et de la folie impulsive ;
7° La durée moyenne des accès est plus courte que celle des maladies qui, portant le même nom, ne sont pas de nature périodique ;
8° *La durée d’incubation est très courte, les stades prodromiques mélancoliques manquent d'habitude chez les jeunes maniaques. L'accès atteint rapidement le stade d'acmé, la décroissance de l’accès est également rapide.
Krafft-Ebing distingue une forme particulière de la folie périodique avec impulsions pathologiques dont il donne la définition suivante :
Cette forme est fréquente et importante. Il s’agit ici d’impulsions d’origine organique, demandant impérieusement leur satisfaction, absolument étrangères à la vie normale de l'individu et qui ne représentent pas des symptômes accidentels, épisodiques, mais le fond même de la maladie. Ces impulsions reviennent périodiquement avec tous les signes de la folie périodique, quelquefois même les actes impulsifs prennent un caractère de perversion instinctive. Le point de départ organique
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semble être représenté par un état général de névrose, revenant en s’exacerbant d’une façon périodique (neurasthénie).
Je crois superflu de prendre un à un les symptômes des accès de nécrosadisme, compliqué de nécrophilie que présentait Bertrand pour montrer combien ils cadrent en tout point avec le schéma de la folie périodique donné par Krafft-Ebing.
En somme Bertrand fut un vampire comme certains sont buveurs : chez les uns, cela se nomme dipsomanie ; chez lui, c'est nécrosadisme et nécrophilie.