‹ Vampirisme: Nécrophilie, Nécrosadisme, NécrophagieChapitre 31 sur 49 · LA · texte numérisé non relu

LA

sommet, avec une base large, l’occiput aplati, avec un développement du pariétal droit exagéré par rapport au gauche, énorme mandibule et de fortes épaules. Sobre et sain d'esprit les trois premiers quarts de sa vie, il n’avait eu qu’une hydrocèle et de la spermatorrhée. Il n’était pas extraordinairement adonné aux plaisirs vénériens et n’a jamais répété plus d’une fois l'acte sexuel avec ses victimes. Il déclare qu’il avait, il-y a déjà quelque temps, une éjaculation rien qu’à la vue des cadavres, et qu’il sentait une rumeur dans la tête, du vertige et des saignements de nez lorsqu'il se disputait avec les femmes. Il fut prouvé qu'il était très habile dans son métier, bon époux et bon père pendant les treize ans de son premier mariage, que, depuis, il avait changé de sentiments et de caractère, perdu l’aflection pour ses enfants et qu'il n'avait plus pensé à ramasser quelque argent que pour manger et boire. En prison, il montre une intelligence ouverte. N'ayant pu obtenir de rasoir, par exemple, il y supplée avec des allumettes. Il apprend à lire en un mois. Avec sa fille, il se montre frappé de ses reproches et déclare que la faute n’est pas sienne, mais est imputable aux femmes, qui lui ont fail perdre la tête.

Il ne montre ni remords ni honte. Sa plus grande préoccupation est de manger; aussi, se montre-t-il intéressé aux visiteurs, avec lesquels il parle s’ils lui donnent de l’argent ou des aliments : il confesse les plus petits détails de ses crimes. Il se tait si les visiteurs sont peu généreux.

Le jour qui précède son exécution, il demande qu’on lui envoie de la viande en sauce. Il la mange toute avec un appétit extraordinaire, engloutissant de plus une livre de pain. Il n’a aucune émotion quaud il voit conduire à la mort un compagnon d'emprisonnement.

Il montre beaucoup de mémoire. Après la lecture d’un livre sur la crainte de Dieu, il dit que s’il avait pu comprendre cela, à la place des discours inutiles, il ne serait point en prison. Il se rappelle un sépulcre antique découvert il y a cinquante ans.

Dix experts, parmi lesquels Ramon Apraiz, voulurent prouver que Garayo n’était pas .aliéné. lis fondaient la parfaite

logique de ses actes sur ses antécédents héréditaires, sur le fait qu’il n’était pas satyriasique, parce qu’il n'avait jamais pratiqué plus d'une fois le coït des cadavres, et sur ce qu’un monomaniaque n'aurait jamais mis tant d'intervalle entre un crime et l’autre. Cette dernière raison est tres subtile, mais moins bonne que lorsqu'il s’agit d'épilepsie larvée qui estexactement intermittente. Ils déclarèrent « que Diaz de Garayo avait agi avec un plein libre arbitre et une véritable liberté morale! » (Où va-t-on chercher la liberté! )

Deux seuls aliénistes, Esquerdo de Carabonquel et Sanchez Toledo, eurent le courage d’objecter que cet homme était un faible d'esprit, qu’il avait commis ses crimes en état de folie partielle; j'avais déjà (Lombroso) dans l'Homme criminel et dans Amore nei Pazzi pu constater combien fréquentes sont dans l’imbécillité morale (qui n’exclut ni la préméditation, ni les embüches, ni une extraordinaire adresse) la nécrophilie, la tendance à jouir sexuellement des agonisants, des cadavres. Il se substitue même au coït l’action de frapper, de dilacerer les cadavres, qui provoque, comme me l’avoue Verzeni, une véritable jouissance sexuelle : il y a là un crime completement en rapport avec l’aliénation mentale comme c'était le cas probablement de Menescloud et de Zastrow (voir Amore nei Pazzi); j'en trouve la preuve non-pas tant dans l’hérédité que dans Ja conformation défectueuse du crâne, dans le contraste imprévu avec la vie antérieure, très honnête et tres sobre pendant quarante ans, enfin dans la cause bien prouvée des chagrins, c’est-a-dire la mort de la première femme et l’intempérance de la seconde, de la troisième et de la quatrième.

Nous trouvons en outre une preuve dans les vertiges et les épistaxis qui suivaient ses luttes, et dans les anomalies génitales qui produisent fréquemment des hallucinations et des actes maniaques instinctifs d’origine réflexe. Qu'on se rappelle la manie masturbatoire, la manie hystérique, la manie menstruelle de Krafft-Ebing. Joignons à cela la disproportion entre la cause et le crime; après ces quatre mariages, étant donné son état sénile, il aurait déjà dû avoir un frein ; d'autant plus que

presque toujours il s’attaquait à des prostituées, s’il eût commis sur elles un viol, il n'aurait pas couru un grand péril, et certainement le péril eût été moindre qu'à la suite de l’assassinat» ce qui montre qu'il n'y avait pas de correspondance logique entre le crime et son mobile,

Joiguons encore à cela que bien des fois, il s'adressa à des vieilles et’ à des infirmes qui ne pouvaient, sinon d’une façon anormale, éveiller en lui de si violents désirs ; et qu'il tuait une femme quand ces désirs étaient tellement peu excités qu’il ne pouvait les satisfaire, Notons, de plus, presque dans tous ses crimes une période de l’année constante, comme dans les meurtres de Verzeni. En mars, on en trouve deux, en juin et en août cinq et deux en septembre, avec une seule exception pour novembre, Mais par-dessus tout, il faut mettre en ligne de compte la parfaite apathie morale, qui le rendit, lui, auparavant homme très honnête, presque indifférent devant des crimes si énormes, et enfin l'indifférence pour la condamnation et la peine, indifférence certainement plus grande que celle qu’on peut observer chez les criminels vulgaires.

Il faut remarquer, enfin, cette voraeilé excessive qui est même un signe d’aliénation plus grave. Et pourtant, il fat condamné, et, comme nous le disions, l’opinion presque unanime des experts y contribua! A l'ignorance excusable des juges. nous devons joindre celle de experts, bien plus répréhensible.

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