CHAPITRE PREMIER
L'homme a toujours eu pour ses morts du respect et de la crainte. Et cela s’est traduit jusqu’à nos jours par toutes les religions et toutes les pratiques.
Dès l’enfance de l’humanité, l'esprit humain se refusa à croire définitivement absents ceux que la mort avait pris. Il en est encore ainsi, car depuis des milliers d’années, malgré la marche en avant de l'élite, la masse est restée avec les mêmes instincts et les mêmes croyances.
MM. Lacassagne et P. Dubuisson, dans l’article Crémation, du dictionnaire Dechambre, ont très bien mis en lumière la genèse des coutumes funéraires à travers les âges. Comme ils l’ont expliqué, le désir des hommes fut de conserver les morts, et la pratique de l’incinération par exemple fut dans le principe une nécessité d'hygiène sociale, les victimes des guerres étant trop nombreuses pour être ensevelies.
La tombe est comme la caverne de l’homme préhisto- \
Sr
rique, le dolmen du chef gaulois, la pyramide du pharaon, la dernière demeure. Toutes les religions ont sacré cette demeure. L’exhumation est donc une violation.
Quant au cadavre, par la force des croyances ataviques, il possède encore pour nous une sorte d'existence. Et nul de nous ne manque de se découvrir sur le passage d’un enterrement pour le dernier adieu à celui qui n’est plus. |
Profaner un cadavre, quelle qu’en soit la raison, est chose immorale. Aussi la loi, sans être sévère pour ceux qui commettent de tels actes, considère comme violation même des faits de minime importance : elle punit par exemple le fossoyeur qui, pour faire entrer dans le cercueil un corps trop grand, donne sur quelque partie de ce corps un coup de bêche. |
Les vraies et graves profanations, de véritables crimes, reconnaissent pour mobile les grandes forces impulsives qui font agir l’être humain. Je nommerai cela vampirisme, quitte à expliquer par la suite l’origine de cette appellation.
L'instinct sexuel, le plus perturbateur de tous les instincts, doit être cité en prennère ligne comme l’un des facteurs les plus importants du vampirisme.
La faim, besoin fondamental de tout être vivant, aboutit dans quelques circonstances à des actes de vampirisme. On pourrait citer maint naufrage et maint siège célèbre où la nécessité fit loi. Le cannibalisme de bien des tribus sauvages n'a pas d'autre origine que la faim à satisfaire,
Chez l’homme se développe énormément l'instinct de propriété. D'où le travail, d’où, chez certains, le vol. Nous venons de voir que la coutume de tous les temps fut
LIT Pen
d'orner les morts de ce qu’ils aimaient à posséder. Les voleurs n’ont pas hésité à dépouiller les cadavres. Ainsi, semblables au Thénardier des Misérables, d'abjects pillards suivent les armées dans les guerres, Ps les ravages des combats.
Les parlements et les tribunaux eurent assez souvent à châtier des voleurs sacrilèges. Les recueils d’arrêts nous fournissent les citations suivantes:
En 1664, Jean Thomas était roué pour avoir exhumé une femme et lui avoir volé ses bijoux; en 1572, le fossoyeur Jean Regnault était condamné aux galères pour avoir de la même façon dérobé des bijoux et des suaires ; en 1823, Pierre Renaud passait devant le tribunal de Riom pour avoir dépouillé une morte après exhumation:; il y à quelques années, la police capturait à Paris la « bande de la rue Mercadier » : sept individus à l'affût des enterrements riches avaient réusssi à voler plus de 300.000 francs de bijoux ; enfin Ravachol viola sans résultat la sépulture de M"° de Rochetaillée.
Un fait plus extraordinaire qui n’a guère de chance de se reproduire aujourd’hui, c’est la condamnation que, le 12 juillet 1663, le parlement de Paris prononça contre Île fils du fossoyeur du cimetière Saint-Sulpice. Ce dernier avait déterré des cadavres et les avait vendus à des médecins.
En Angleterre, les fossoyeurs qui vendaient les cadavres aux médecins furent si nombreux qu’on les nomma résurrectionistes.
Autant que des besoins organiques, l’homme a des besoins psychiques. Et nous voyons l'esprit humain évo-
luer suivant la marche qu'Auguste Comte indiqua, des religions primitives jusqu’à la science moderne.
Science, religion, superstition amenèrent à des mutilations de cadavre.
Il ne viendrait à la pensée de personne aujourd’hui de considérer comme immorales des recherches scientifiques pratiquées sur des corps privés de vie. Il n’en fut pas toujours ainsi. Au xvir° siècle ‘encore, on n’accordait à la Faculté de Paris qu'un cadavre par an, et le célèbre Mauriceau fut inquiété pour s’être frauduleusement procuré des sujets anatomiques et en avoir pratiqué la dissection.
Les profanations d’origine religieuse se retrouvent dans la plupart des religions primitives où l'esprit du mal est adoré. Le cannibalisme des tribus sauvages prend le plus souvent un caractère religieux. Un roman récent, bien documenté semble-t-il, vient nous remettre en mémoire des faits de cette nature dans l’Inde brahmanique (1).
Bien plus nombreuses encore sont les profanations dues à cet à-côté de la religion que sont les superstitions et les légendes. On à surtout cru les morts, dans une existence extra-terrestre présumée, bienveillants et protecteurs. Mais d’autres fois, ils ont passé pour maléfiques.
La légende des vampires est le meilleur exemple à citer. C’est une superstition d’origine slave qui se manifeste en Hongrie dès les premiers temps du moyen âge.
Du mot slave Oupir, les Allemands ont fait Vampyr et les Français Vampire. Le mot Oupir iui-même paraît se rattacher au mot turc septentrional Uber (sorcier).
(1) Le Mystère de Kama, par Jane DE La VaupÈre. Société du Mercure de France, 1901.
ay,
On croyait que certains morts, la nuit, sortaient de leur tombe, entraient chez les vivants, surtout dans leur famille. Ils profitaient du sommeil de ceux qu’ils trouvaient endormis pour leur sucer le sang. La victime ne sentait rien ou se réveillait en proie à la plus affreuse terreur, se croyant étouflée. Le vampire, repu, rentrait dans sa tombe. Si on le déterrait on le trouvait toujours frais, le sang rutilant et fluide. Quant à la victime, elle succombait en général dans les trois jours, à la suite d'une inexplicable langueur. Cette légende s’accrédita grâce au récit de quelques hystériques et sans doute à la bonne conservation de certains cadavres par des terrains d’une nature particulière. Elle fleurit jusqu’en plein xvIn® siècle. La frayeur, la rage de représailles, fit déterrer, exorciser et mutiler horriblement les cadavres qu'on supposait vampires. Ces mutilations prirent le caractère d’une folie épidémique et reçurent le nom de Vampirisme.
Il subsiste encore de semblables légendes. Debay (1) prétend qu’en Grèce on croit toujours à l'existence de Bronkokola suceurs de sang, et Max-Simon (2), d’après l’auteur du Voyage en Dalmatte, parle des Vukodlacks de Walachie.
Le nom de vampire eut tant de retentissement qu'il s’appliqua par un de ces changements d’acception fréquents en linguistique, non plus aux morts qui venaient sucer le sang des vivants, mais aux hommes qui avaient fait acte de vampirisme, c’est-à-dire profané des cadavres.
(4) Desay : Histoire des sciences occultes, 1860. (2) Max-Simon : Crimes et délits dans la folie, 1886.
NPC EP CINE €
0 De COR « PAR
as
L'ART AU Pre,
vampire du Muy. 3 É = AN
Le SR Me CR de © 1
tal Lu
Lei CRUE
\ LE Lu Aussi are en 1849, on por les crimes du sage Bertrand, lui donna-t-on le surnom de vampire. Mes
De même Ardisson fut re par les journaux le.
Lu
C’est pourquoi ’ai englohé SOUS + terme de vampirisme | 4 toutes les profanations de cadavre, quelle que soit Au $ # è
raison DÉCUIGES 35
‘ ES D. VE ‘ 1 y # M Ed ? » 3 CT « ; A # L “| = ss F2 ‘ d+ = v".
“= R Ë < ; de ve + "ETES * ï A . È - “1 d A . . L < + 3 } j + % Fe SR : ! + ‘ ; + La “ « L# £, > ' L SARL.
"4" a 3 | “ < » é TS : $ 2 ; ë n + ce = = : ;. et e PA et Et . = ee : À = D \ : : ù 2 == pe TE = F ANT Tr Cu = © st É ce - D à Ê . ee DE + NT ne à < TT, Cody = x & " = | Ca. à 1 A s EN - LE 08. A - w FE > = . >” = 2 . Û e | Re J rt 2 E ÿ "y 2 e— > :
LA T UTT É WW 1) = ‘à Les CET Cl