ARCHEVEQUE DE CAMBRAI
NOTICE SUR SA VIE ET LES FONDATIONS DE CHARITÉ DONT IL A DOTÉ LA VILLE DE CAMBRAI.
L'histoire est là pour le dire, le peuple réserve son admiration et une place dans ses souvenirs pour les hommes qui Font opprimé ou étonné , tandis qu'il désapprend vite les noms de ceux qui n'ont pesé sur lui que du poids de leurs bienfaits.
Et il est permis de croire que Fénelon lui-même serait aujourd'hui à demi ignoré, si les talents eminents de l'écrivain n'avaient pas projeté sur les actes de vertu du prélat, un éclat suffisant pour les dégager de la pénombre de l'oubli.
Qui s'étonnera dès lors que la renommée de Vander-Burch , de ce génie de la bienfaisance , ait été si longtemps circonscrite dans l'enceinte
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de noire ville. Son nom même n'est point cité dans des collections, des dictionnaires biographiques volumineux où se groupent des milliers de glorieux inconnus dont personne, certes, ne s'avisera jamais de discuter les titres à l'immortalité.
Dans ces derniers temps cependant , et grâce à l'initiative prise par la Société d'Emulation, dès son origine , on a cherché à rendre au bienfaiteur de notre ville, sa juste part de célébrité.
M. Préfontaine, en 1809; M. Dutilleul, dans un éloge fort remarquable, publié en 1823 ; M. Durozoir, dans un article de la Biographie Universelle qu'il a étendu plus tard pour le recueil des Hommes Utiles; tous ces écrivains , dans une mesure et à des points de vue divers , se sont occupés de la vie et des travaux de Vander-Burch. Le sujet était beau et la matière fertile, car, tendre appui des classes souffrantes , ce prélat fut en môme temps l'un des plus zélés partisans de la propagation des lumières parmi le peuple 5 et cela au sortir des terribles crises religieuses et sociales du 16 e siècle J Etait-il donc convaincu, lui aussi, qu'il faut, comme l'a si éloquemment exprimé notre collègue 9 M. Leroy , « qu'il faut persévérer m à instruire, à éclairer le peuple, c'est le moyen 9 le plus sûr de le garantir des idées dangereu- » ses, des fausses routes dans lesquelles on s^n-
)> gage plutôt par défaut de connaissances que par m volonté (1). »
Chose étonnante , c'est peut-être sous le rapport des immenses services qu'il a rendus à la cause de la propagation de renseignement, que le noble archevêque a été le moins apprécié. Aussi est ce à combler cette lacune que nous consacrerons la meilleure partie de l'espace dont il nous est permis de disposer dans ces mémoires.
Le plus ancien des biographes de Vander- Burch, l'abbé Foulon qui fut pendant quarante ans son secrétaire et son ami , s'est complu à dérouler la longue suite des aieux de ce généreux soutien du pauvre, à la fin de prouver qu'il appartenait à une des plus nobles et des plus anciennes familles des Pays-Bas. Recherche vaine et fastidieuse, car s'il a jamais existé un homme qui put se passer du prestige de la naissance, assuré d'être recommandé suffisamment par ses œuvres à l'attention de la postérité, c'est, sans contredit, Vander-Burch.
Né à Gand le 26 juillet *567, Vander-Burch fit paraître , dès ses premiers pas dans la vie, un zèle pour la religion que fortifièrent les persécutions auxquelles sa famille fut en butte, à cause de
(1) Séance publique de la Société d'Emulation du 17 Août 1831. Discours d'ouyerture ; président , M. Henri Leroy avocat.
son catholicisme éprouvé , à cette époque où les réformes de persécutés étaient devenus persécuteurs , cycle fatal des passions humaines !
Quant aux aptitudes d'un autre genre qui se révélèrent chez cet enfant prédestiné à être la colonne et l'ornement de la société chrétienne, un historien presque contemporain les a parfaitement caractérisées en disant : « A peine homme fait, il » savait tout ce que l'entendement d'un homme » éclairé du rayon de Dieu peut comprendre (1). »
Vander-Burch commença ses études à Page de 19 ans et termina ses humanités à Utrecht, sous la surveillance de Lambert, l'un de ses oncles, chanoine de l'église Notre-Dame. On le plaça ensuite au collège des Jésuites de Douai qui lui enseignèrent la philosophie. Cette circonstance explique, à notre sens du moins , la faveur sans doute excessive dont cette société célèbre jouit toujours auprès de lui : la reconnaissance est la première vertu des belles âmes. Il acheva dans l'université de Louvain l'étude du droit dont il avait appris les premiers éléments à Douai, et le 5 juin i5oo il fut reçu licencié avec une note de distinction extraordinaire.
Ses succès dans les études n'avaient pas laissé
(!) Carpentier : Histoire de Cambrai et du Cambresis. Tome l tr page 421.
de faire quelque bruit. Ils engagèrent l'évêque d'Arras, Matthieu Moulart à lui offrir successivement un canonicat et un vicariat dans sa cathédrale. C'était ce même prélat qui, en i5o,i , lui avait conféré la prêtrise. Jamais ministre des autels ne se montra, à l'égal de Vander-Burch, dégagé d'ambition personnelle. Et cependant qui eut jamais plus d'occasions pressantes et tentantes de sortir de l'obscurité ? Elles se présentaient comme d'elles-mêmes : c'est d'abord un canonicat que le prince évêque de Liège lui offre et qu'il refuse; puis le vicariat général du diocèse de Malînes auquel l'appelle le célèbre Mathias Hove (on Vanden Hove), et qu'il se défend d'accepter. II fallut les sollicitations, les ordres, dirons-nous, de son père pour vaincre sa résistance.
Après avoir rempli pendant vingt ans , sur le seuil de l'épiscopat , ces utiles et laborieuses fonctions , Vander-Burch semblait s'éprendre de plus en plus de l'amour de la retraite.
Il songeait sérieusement à échanger son emploi éminent contre une simple prébende dans l'église de Sainte-Vaudru , de Mons , ne sachant pas qu'il était dans sa destinée de payer sa part de contrariétés et d'épreuves, lot de tous les mortels, en sacrifices incessants faits à ses goûts particuliers si nobles et si légitimes d'ailleurs? Ils le portaient à regarder comme des obstacles au salut, les hon-
nears et les dignités, ces objets constants des préoccupations des hommes quelle que soit la carrière qu'ils suivent, Mais Dieu ne voulait pas que notre Vander-Burch laissât périr infécond le génie organisateur qu'il avait mis en lui.
Il était sur le point de signifier à ses supérieurs ses projets de retraite, quand on lui apprit une nouvelle qui n'étonna que lui , du reste. C'était que l'archiduc Albert , gouverneur des Pays-Bas , l'avait proposé pour occuper le siège de Gand devenu vacant sur ces entrefaites. Il est inutile de dire que Vander-Burch n'adhéra pas facilement aux projets qu'on avait sur lui. Exemple unique d'humilité, l'ordre seul du pape alors régnant, Paul II, put le déterminer à subir, le mot est juste, cette haute dignité qu'il occupa aux applaudissements de toute la chrétienté pendant trois ans, c'est à dire jusqu'en i6i5.
A cette époque, la mort du savant F. Buisseret de Gaud , archevêque de Cambrai , fournit à l'archiduc Albert une nouvelle occasion de témoigner de son estime pour le caractère et les talents administratifs de l'évéque de Gand. Personne ne lui paraissait plus digne du pallium que Vander- Burch. Sans l'avoir consulté, il écrivit, dans ce sens et de sa main, au chapitre métropolitain de' Cambrai alors assemblé pour procéder à l'élection d'un archevêque.
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Irrésolu jusqu'à ce moment, le pieux Synode ne le fut plus dès que ce nom vénéré qui rallia l'unanimité des suffrages, eut élé prononcé. La pression qu'exerçaient les gouverneurs des Pays-Bas sur le clergé, n'influa point sur cette résolution. Cependant c'était l'époque où la vieille commune de Cam. brai voyait ses privilèges de tout ordre s'anéantir un à un, au profit d'une centralisation dont la France, et non l'Espagne, serait habile à recueillir les fruits : Sic vos non vobis.
Cette décision ne levait pas les plus considérables difficultés. On ne devait pas s'attendre d'après la conduite antérieure du prélat et l'esprit d'humilité qui réglait sa conduite, qu'il se laisserait créer, sans opposition et d'un seul coup , duc de Cambrai, Prince du Sl-Empire et Comte du Cambresis. Il est curieux de lire dans les historiens du temps le narré circonstancié des démarches pressantes et multipliées que Vander-Burch tenta personnellement pour obtenir d'être continué dans les fonctions plus modestes qu'il occupait.
Dieu qui protégeait visiblement Cambrai en celte conjoncture, permit que l'on déployât, pour triompher des répugnances et même du refus formel de l'évêquede Gand, une persistance égale à la sienne. Aussi, quoique Mathias Hove, archevêque de Malines , sous qui Vander-Hurch s'essaya dans une carrière où il devait se montrer su-
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périeur à ses devanciers , quoique Mathias Hove n'appartienne pas à l'église de Cambrai , son nom vivra pourtant dans le souvenir des Cambrésiens associé à celui de Vander-Burch. Nous n'eussions jamais, sans lui , possédé un prélat que l'Eglise placerait volontiers dans la milice sacrée et qui pour nous est au premier rang et hors ligne parmi les bienfaiteurs de la cité. Cet ascendant incroyable qu'un supérieur .conserve toujours, s'il n'a pas démérité, sur celui qui fut son subordonné, le docte archevêque l'employa à propos pour vaincre les scrupules de son ancien grand vicaire et le succès récompensa ses efforts.
Vander-Burch obéit enfin à celle voix qui lui prêchait, pour ainsi parler, l'avancement dans les dignités ecclésiastiques comme aux autres on prêche le détachement et le sacrifice ! Il céda surtout à cette considération puissante pour une ame de cette trempe , que cette nouvelle dignité lui créait des devoirs plus étendus et le constituait le protecteur d'un plus grand nombre d'infortunés.
Avant de se rendre dans sa nouvelle mé tropole , Vander-Burch voulut visiter son diocèse qui comprenait alors plusieurs villes de la Belgique actuelle, Mons entre autres. Cette cité importante était dans ce temps là décimée par la peste; et, quoique les historiens ne le disent pas expressément, il est fort probable qu'elle ne fut
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pas exceptée de la tournée épiscopale de son nouveau pasteur. Ainsi la Belgique aurait son Belzunce ! Une administration dont chaque jour devait être marqué par une amélioration ou une création philantrophique nouvelle, méritait certes une telle préface.
Quoiqu'il en soit, ce fut le 29 juillet qu'il fut revêtu du pallium par l'évêque de Tournay, Le pape Paul V le lui avait remis le 19 mai, par les mains du cardinal André Feretti. Le 19 octobre il prit en personne possession de son siège.
Ce serait entreprendre sur la mission des panégyristes en litre que de décrire, d'une part , les touchants et universels regrets qui attristèrent son départ de Gand ; et de l'autre , l'enthousiasme vrai, les acclamations qui saluèrent son entrée dans Cambrai. Cet instinct qui trompe rarement les masses, avertissait-il le peuple, pressentiment mystérieux! qu'une nouvelle ère allait commencer pour lui d'où dateraitle rétablissement de la paix le bien être général et surtout le soulagement des classes souffrantes !
Le caractère de cette notice nous défend , nous ne l'oublions pas, d'entrer dans le détail des événements qui ont marqué dans la carrière de Vander-Burch , carrière longue , immense si, pour en calculer l'étendue , on suppute le nombre di s œuvres de charité dont il a jalonné la route au
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terme de laquelle l'attendait la gloire éternelle, Tunique objet de ses saintes aspirations.
Mais avant d'aborder les actes de sa vie, dont il reste trace dans nos cœurs comme dans nos monuments, on nous permettra de rappeler qu'il déploya dans l'exercice de ses fonctions épiscopales une intelligence rare, c'est trop peu dire, une prudence surhumaine. Il y joignait une activité qui passait pour prodigieuse, même dans les Pays-Bas catholiques dont le clergé a, de tout temps, été renommé sous ce rapport surtout.
Pour donner une idée des travaux opiniâtres et sans relâche auxquels se complaisait Vander-Burch peut-être suffirait-il de rapporter, témoin son secrétaire intime Foulon , qu'en une seule année, il confirma plus de 120 mille personnes (i). Il y a eu, qui le conteste? des prélats plus érudits, plus éloquents , il n'y en aura jamais de plus fructueusement laborieux.
Son administration était et a mérité de rester un modèle. Il l'avait réglée sur des principes tels
(1) On trouve dans le Cameraeum Christianum ( page 60) excellent ouvrage du docteur L s Glat, une note relative aux travaux apostoliques de Vander-Burch, qui diffère peu de celle que l'abbé Foulon a laissée sur lemème sujet. On y voit que l'inratigablearchcvêque à consacré 5 évoques, béni 89 abbés et 8 abbesses , mîtré 7 autres prélats inférieurs. Qu'il a donné la tonsure a 6,752 clercs, le sous-diaconat à 3,746 personnes, le diaconat à 3,697, la prêtrise à 3,360. Il a consacré en outre 3,431 autels et dédié 89 églises.
que ses successeurs les plus illustres et même des prélats étrangers , n'ont pas hésité à suivre ses errements. La fermeté, chez lui inébranlable, se tempérait d'indulgence, et s'appuyait sur l'équité et l'impartialité. Joignez-y ce tact rare, né de l'esprit d'observation qui discerne vite et nettement les hommes capables et sait les placer dans un milieu favorable à leur développement. Telles étaient les qualités de Vander-Burch en tant que chef de circonscription ecclésiastique. Deux mots peindront le ministre des autels :
C'était le plus parfait modèle des vertus chrétiennes. Il les possédait à ce dégré qui déroute, si non désarme l'envie et attire tous les cœurs Ce qu'étaient son désintéressement, sa charité infinie, nous le verrons tout à l'heure lorsque nous parierons du noble usage auquel il employa constamment ses immenses revenus qu'une intelligente économie accroissait chaque année.
On dit ordinairement que les peuples, comme les individus, apprécient les biens dont la possession leur était acquise alors seulement qu'ils leur sont ravis. Ils ne parait pas qu'il en ait été ainsi pour nos pères. Ils n'eurent point le tort de méconnaître ce qu'avait de providentiel, après une époque de troubles et de bouleversements intérieurs , la venue d'un apôtre de l'évangile qui consacrait sa vie a rétablir et a consolider l'ordre
et la paix pour le présent et dans l'avenir en assurant le bien être moral et matériel des populations.
La gratitude du peuple de Cambrai se révéla d'ailleurs éclatante et significative dans des circonstances diverses , mais surtout dans la consternation profonde; le deuil universel qui régnèrent dans notre ville lorsqu'on y apprit que ce véritable père des pauvres avait rendu sa belle âme à Dieu , à la suite d'une assez courte maladie. Six semaines après ce fatal moment les cloches des 17 églises de la métropole rappelaient une dernière fois, par leur tintement lugubre une perte cruelle qui semblait dater de la veille , une perte que nous dirions irréparable, si la voix de notre conscience ne nous criait le grand nom de Fénelon et ne protestait pas contre toute appréciation exclusive.
On le sait, c'est à Mons que mourut Vander- Burch, le 23 Mai 1644 « l'âge de 77 aus (i).
Mais ce bienfaiteur de l'humanité n'est point descendu tout entier dans la tombe , les fonda-
(1) Une inscription conservée parmi les fragments de son tombeau nous apprend que Vander-Burch fut inhumé dans l'église des Jésuites de Mons où on lui éleva un tombeau et qu'à l'époque de la démolition de cette église , le 6 mai 1779, ce tombeau fut transporté â Cambrai.
(Alcib. Wilbebt : Histoire des monuments de l'arrondissement de Cambrai. )
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tions de charité dont nous avons maintenant à parler, défendent à jamais sa mémoire de l'oubli.
Personne n'ignore que ces établissements ont été créés surtout dans la vue de moraliser le petit peuple par l'éducation et l'instruction. Si Ton veut bien se reporter par la pensée à l'époque où a vécu Vander-Burch , on ne pourra s'empêcher de reconnaître en lui un homme vraiment supérieur à son siècle. On sortait à peine, en effet, d'une commotion terrible enfantée par l'esprit d'examen qui pour les Pays-Bas s'était traduit par une guerre de 4o années ; esprit de vie pour les uns , esprit de mort pour le plus grand nombre et qui n'avait soufflé sur le monde, croyait-on, que du jour où l'imprimerie fut trouvée. Conséquents avec eux-mêmes , ceux-ci auraient voulu que l'instrument de l'inoculation des idées, la lecture, ne fut point mis à la portée des masses $ ceux-là , au contraire, voulaient en propager le plus possible l'usage, c'est qu'ils étaient imbus de cette idée, avaient ils tort? que l'instruction est le seul moyen d'établir le règne des lois, d'assurer la paix des familles, d'établir l'ordre politique sur des bases qui participent de l'indeslruclibilité promiseài'ordre moral.
Cette dernière opinion, on l'a déjà compris, était partagée complètement par notre sage archevêque. Tous les actes de sa vie administrative
déposent suffisamment de sa volonté d'adoucir le sort des classes souffrante* par le travail plus encore que par l'aumône.
Celte pensée pour qui ne s'en tient pas à la lettre . morte des textes, a son empreinte dans tous les établissements dûs à la munificence de Vander-Burch.
Mais la plus importante de ses créations , c'est la maison qui fut trop longtemps connue sous le nom de Notre-Dame et de St-Agnés et qui a repris depuis 4 ou 5 ans seulement, celui que la modestie du fondateur n'avait pas permis qu'on lui imposât.
D'après les statuts donnés en i633, confirmés ou modifiés par actes de 1637 et de i638 (voyez les pièces annexées). La fondation fonder- Bure h, restituons lui son titre, se compose d'un vaste bâtiment construit des deniers de l'archevêque, sur un terrain autrefois appelé place aux Ours. Elle a pour objet de recevoir, nourrir, entretenir et endoctriner gratuitement 80 à 1 00 jeunes filles de 12 a î/j ans, catholiques et appartenant les t\o premières à Cambrai, la moitié du surplus à la même ville et l'autre moitié aux communes du Cateau, Catillon et Ors.
Ces boursières , ainsi qu'on les appelle , sont placées sous la direction des filles dévotes de Ste- Agnès, et l'établissement administré par des proviseurs ou curateurs qui , investis d'une autorité
presque sans limites, prononcent sur l'admission, sur l'exclusion des enfants et décident en dernier ressort dans toutes les questions graves.
L'enseignement confié aussi aux dames de Sle- Agnès comporte le catéchisme , la lecture, l'écriture. Il leur est enjoint en outre d'apprendre à leurs pupilles , à coudre, à filer, confectionner de la dentelle (1), à vaquer aux soins divers dun ménage, etc., etc. Le produit des ouvrages de main qu'elles façonnent, pour les personnes du déhors , entre à titre de boni dans la caisse de la fondation (2).
Les boursières restent dans l'établissement 8 années au plus et à leur sortie elles reçoivent un trousseau composé à la discrétion des curateurs. Celles qui ayant demeuré 8 ans dans rétablissement viendraient à se marier , recevront une dot de i5o florins. Si devenues veuves elles tombent dans l'indigence , un secours variant de 4 à 3o florins leur sera accordé pourvu que dans aucun temps leur conduite n'ait rien laissé à désirer.
Un article spécial prévoit le cas où les filles de Ste-Agnès voudraient ou devraient se retirer de
(1) La fabrication de la dentelle de Cambrai n'est plus aujourd'hui qu'un souvenir. Cette dernière prescription par le fait sans objet, devait tomber en désuétude.
(2) Un tantième déterminé de ces recettes sert a former une vtasse pour les boursières et leur est remis a leur sortie de l'établissement.
la fondation , elles seraient remplacées par d'autres, de semblable institut, bien idoines, de Mom, ou de Valenciennes (voir les pièces annexées).
Sur Jes revenus de rétablissement (Vander- Burch l'avait doté de 20,000 florins de rente) on accorde aux filles de Ste-Agnès, pour l'entretien de chaque boursière, une somme de 56 florins par an, plus 6 mencauds de blé, etc. , etc.
Tel est réduit à ses dispositions fondamentales l'acte constitutif de ce bel institut. Vander-Burch y fit plus tard quelques additions et modifications.
On a dit et répété que l'établissement de Sl-Cyr crée par M n,e de Maintenon , avec le concours des dames de St-Louis, l'avait été sur le plan de Stedgnès, dont les statuts auraient même été envoyés à Louis XIV, sur sa demande.
Cette assertion nous paraît assez hasardée. Nous n'avons pas vu , quant à nous, en parcourant les édits et ordonnances du grand roi, émanés de son initiative à celte occasion, qu'il y eut quelque chose de réellement commun dans les deux établissements. Le but comme les moyens différaient totalement. L'institut de St-Cyr était un asyle gratuit ouvert à de jeunes personnes filles de gentilshommes et d'officiers nobles mais pauvres. Elle y recevaient la plus brillante éducation. C'est qu'on les élevait pour un théâtre tout autre que celui ou devaient figurer nos modestes boursières
destinées évidemment dans la pensée de Vander- Burch à entrer au service des bourgeois, quand une meilleure chance ne les associait pas, épouses chrétiennes, à d'honnêtes et laborieux artisans.
L'identité donc, si on voulait la chercher, ne pourrait se déduire que de quelques dispositions réglementaires banales ou insignifiantes.
L'opinion que nous combattons ici s'appuie peut-être sur une particularité qu'offrit un premier essai d'établissement , réalisé à Noisy par M n,e de Maintenon , sur des proportions très modestes, avant qu'il fut question de bâtir St-Cyr. Il avait été décidé alors, en effet, qu'un certain nombre de jeunes filles appartenant à des fermiers des environs du Château de Versailles, seraient élevées dans un pavillon voisin du noble refuge et instruites par des maîtresses communes, mais séparément des pensionnaires à quatre quartiers.
Elle devaient s'appeler filles bleues ou Sœurs de Charité , dénomination qui a pu aussi accréditer l'erreur.
Un autre établissement non moins intéressant et destiné à pourvoir à des besoins du même ordre, est celui qui a conservé le nomdi Ecole Dominicale que l'on confond quelquefois à tort avec l'école de Quérénaing établie vingt ans auparavant.
Il n'est pas d'institution qui dénote dans son créateur un esprit plus éminemment progressif.
Ce n'est rien moins qu'une première tentative , la seul praticable bien plus, pour résoudre le problème si complexe de l'instruction obligatoire. Tout le monde ne sait peut-être pas qu'encore de nos jours, dans cette école annexée à celle des frères de la Doctrine Chrétienne , des secours , en argent ou en pain , sont accordés, dans des proportions déterminées , aux enfants pauvres qui se distinguent par leur bonne conduite et leur assiduité à fréquenter la classe.
Sans doute , et ce sera son éternel honneur , Vander-Burch s'est proposé surtout de rendre accessible, aux masses les éléments des sciences , mais il n'a pas négligé pour cela de favoriser l'enseignement secondaire. La preuve, c'est qu'il a gratifié le collège des Jésuites de Cambrai d'une somme de 4°*ooo florins , que ces religieux ont employée à bâtir le plus beau quartier de leur maison, transformée aujourd'hui en Séminaire diocésain. Il leur a légué en outre , par son testament, de quoi édifier l'église actuelle de St-Charles , si habilement restaurée par les ordres et sous l'épiscopat de notre vénérable évêque Belmas.
Sa sollicitude s'élendait aussi sur les écoliers sans fortune qui annonçaient de véritables dispositions. Chaque année un certain nombre d'entre eux obtenait de sa munificence des bourses qui
leur permettaient de compléter leur éducation dans les collèges ou pensionnats religieux.
Est-il besoin d'ajouter que son inépuisable charité embrassait encore et surtout les établissements de bienfaisance proprement dits. Nous n'aurions pas trop d'un volume si nous voulions énumérer toutes les maisons de refuge, tous les asiles qu'il a ouverts à l'indigence, ou dont il a accru les ressources durant son épiscopat, tant à Cambrai qu'à Gand , Enghien , Lessines , Mons , Maubeuge , le Cateau , le Quesnoj, etc., etc.
Mais, beaucoup de ces largesses si noblement multipliées n'ont pu, de par le cours ordinaire des choses , laisser des traces durables. Il en est autrement de la fondation de Ste-Agnès Elle a traversé deux siècles et est restée debout au milieu des ruines que les révolutions amoncelaient autour d'elle sans subir, presque jusqu'au milieu de ce siècle, de modifications d'aucune sorte.
Ce n'est pas , au reste , ce dernier avantage que nous aimerions à exalter. Le progrès, selon nous, est dans les conditions de tout institution qui tend à asseoir ou a affermir l'édifice social sous peine de voir se perdre l'unité dans les efforts qui seule constitue sa force. Le privilège de l'immuabiïité ne saurait être acquis à aucun établissement d'utilité publique si vigoureusement, si intelli-
gemment constitué qu'il ait été à son origine.
Il est donc permis de louer, et nous louons sans réserve ceux qui ont cru que ce n'était pas dénaturer les intentions du bienfaisant archevêque, que d'étendre, pour ainsi dire, leur sphère d'action. Nous louons ceux qui , d'une main respectueuse mais ferme ont détruit les abus (ne se glissent-ils pas partout et sous tous les couverts? ) qui menaçaient d'ébranler l'existence même de la fondation qui nous occupe.
La plus importante de ces réformes, puisque le succès des autres en dépendait , fut la substitution des dames de Sl-Vincent-de-Paui aux filles dévotes de Ste-Agnèst dont l'ordre, sur le point de s'éteindre , ne correspondait plus qu'imparfaitement aux vues du donateur. C'était déjà un pas de fait dans la voie des améliorations. Un concours plus actif et plus dévoué était désormais assuré, il fut dès lors possible d'agiter sérieusement une question déjà soulevée plus d'une fois ; c'est-àdire d'assigner une destination à la partie du bâtiment de Ste-Agnès restée jusque là inoccupée. Personne ne niait qu'il ne fut facile, au moyen de constructions et d'apropriations relativement peu coûteuses, de grouper autour de la fondation plusieurs institutions analogues , éparses dans divers quartiers de la ville. Seulement on arguait des volontés sacrés du donateur pour se dispen-
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ser de combler des lacunes ou pour réprimer des abus visibles pour les moins clairvoyants. Cet obstacle était plus spécieuxf'que réel. Il n'était pas malaisé de prouver que le texte des statuts, à moins qu'on ne l'interprétât judaïquement, était assez élastique pour autoriser les améliorations qu'on se proposait d'introduire. C'est ce qu'ont pensé les administrateurs éclairés de ce bel établissement qui aurait singulièrement périclité s'ils n'eussent point pris l'initiative des réformes et des améliorations réclamées par les besoins de la société. Grâce à eux, cette institution, par elle même si digne d'intérêt, s'offre au philantrope et aux amis du peuple sous un aspect tout nouveau et vraiment plus intéressant. Au lieu d'une seule fondation , il y en a réellement quatre , et plus touchantes les unes que les autres. Elles fonctionnent réunies sous la direction des dames de St-Vincent.
L'unité et la pureté de vues de ces Sœurs du pauvre transmettent le mouvement réglé, l'air, la vie, pour ainsi parler, d'une extrémité à l'autre de ce vaste et riant monastère , où une rigidité austère intempestivement claustrale paralysait naguères tous les élans, immobilisait toutes choses sous la pression de pratiques étroites et stériles.
Tandis queles unes distribuent aux vieillards des bouillons reconfortants et du linge aux plus indi-
genls, d'autres inilienl avec une patience maternelle, aux éléments de l'instruction, tout un monde de petits enfants des deux sexes. Dans une autre partie de l'édifice, déjeunes filles de 6 à i4 ans, appartenant pour la plus part à des parents peu aisés , participent aux avantages assurés à l'école dominicale et reçoivent une instruction qui, dans sa partie élémentaire , leur est commune avec les boursières. Non loin de là une salle bien aérée est ouverte aux filles ainées de nos ouvriers, à celles qui n'ont pu profiler des avantages réservés à leurs sœurs cadettes. Elles apprennent ces métiers utiles qui les soustrairont aux séductions de la misère en les mettant à même de pourvoir honorablement à leurexistence. Cetouvroir estcontiguà celui qui est affecté aux enfants de Vander-Burch , ce qui tend à réduire le nombre des maîtresses spéciales.
Cet ensemble de travaux matériels et intellectuels se complète par un cours supérieur d'études grammaticales et autres, accessibles aux élèves pensionnaires seules, embrassant les matières dont la connaissance est exigée pour l'obtention du diplôme légal d'institutrice. Ces études complémentaires sont parfaitement organisées : livres , méthodes mobilier spécial , tout y est à la hauteur des progrès de l'enseignement, nous avons pu nous en assurer par nous même. Aussi ces dames ont elles déjà obtenu de ces succès qui sont la preuve et la
récompense de leurs efforts: plusieurs de leurs élèves ont subi , avec une certaine destinction , les examens d'aptitude devant la commission Académique de Douai.
Tel est, en peu de mots, le tableau que présente actuellement rétablissement Vander-Burch. Il est impossible de se figurer, si Ton n'en a pas été témoin , Tordre et la propreté vraiment flamande qui y régnent. Une surveillance de tous les instants, active sans être tracassière, sauvegarde tous les intérêts, pourvoit à tous les besoins sans bruit, sans ostentation. Le bien s'accomplit ici en quelque sorte de lui-même. Cette surveillance, il est vrai, est merveilleusement aidée par l'appropriation nouvelle et judicieuse de l'édifice à ses destinations diverses.
Ce que nous avons particulièrement remarqué en visitant la fondation ainsi réorganisée , c'est la pensée de reconnaissance pour le fondateur dont on rencontre l'expression à chaque pas.
Son nom presque désappris , son image oublié resplendit partout maintenant. Sa statue mutilée par des vandales, ou bien pis, par des ingrats, a été restaurée par des mains habiles. C'est à l'heure actuelle le plus bel ornement d'une chapelle que M. de Baralle a décorée avec un art infini, jusqu'à en faire un véritable monument, et il faut en dire autant de l'oratoire particulier des
dames. Par les soins du même architecte , les armes de la famille Vander-Burch 9 sculptées en pierres et ensevelies pendant des années sous un tas de gravats et de décombres , ont été réplacées au-dessus de la grand'porte de l'édifice.
De quelque côté que Ton se dirige, vous le voyez, tout parle du philantrope chrétien : tableaux, boiseries , tentures antiques , dons du prélat ou honorés autrefois de ses regards, tout a été ragréé, rajusté, replacé, a repris si on Fose dire, une nouvelle vie. Et même, nous avons contemplé avec attendrissement une chaise sculptée ayant appartenu à Vander-Burch et que Ton a réparée et placée dans le réfectoire des institutrices.
A ce siège, il manque visiblement un fragment; et on assure que par un pieux larcin , les boursières s'en sont emparées autrefois pour se le distribuer comme on fait des reliques sacrées.
Cette revue des appropriations et des embellissements introduits dansla fondation, pour être sans lacunes devrait mentionner aussi avec une juste part d'éloges, les vestiaires, les lingeries, la pharmacie , les deux infirmeries pourvues d'un matériel si confortable. L'amélioration a aussi passé par là : c'est tout ce que les bornes de ce travail déjà trop étendu, permet de consigner ici.
Une transformation aussi complète qui a rendu possible et facile le jeu d'institutions nouvelles sans
grever la fondation mère, une (elle transformation, disons nous, avait incontestablement, l'importance d'une création d'utilité publique. Il était donc convenable et juste qu'une inauguration entourée d'un certain appareil fixât la date de ces innovations fécondes dans la mémoire de nos concitoyens. Le même obstacle dont nous venons de parler , le manque d'espace, nous empêche d'entrer ici dans les détails sur cette fête de la reconnaissance qui a fait époque dans notre ville. Nous dirons cependant, à la louange de ses organisateurs, qu'on lui a reconnu généralement le mérite de ces sortes de démonstrations publiques et officielles , l'opportunité , Tordre et le bon goût.
Outre les autorités ecclésiastiques, civiles et administratives, on y a remarqué, avec émotion , un cortège composé de députations des diverses institutions charitables de la ville, auxquelles s'étaient joints les élèves de la fondation et des écoles dominicale, des jeunes filles de la classe ouvrière conduites par les soeurs de Charité et, ouvrant la marche, un groupe d'enfants de la salle d'asile.
Contrairement à ce qui arrive dans les cérémonies analogues , les deux discours prononcés à cette occasion , l'un par M. Lenglet, maire de
Cambrai ; Vautre par Monseigneur l'Archevêque, ont élé l'événement de la journée.
Comme nous les transcrivons à la suite de cet article, on pourra juger si nous dépassons la mesure des éloges en affirmant que ce sont, avec des qualités de style différentes, deux véritables chefs d'œuvre. Le Magistral et le Pontife ont eu plusieurs fois de ces mouvements oratoires qui enlèvent électrisenlles auditeurs.il faut convenir qui si Monseigneur Giraud a ohéi plus souvent à ces inspirations heureuses, M. Lenglet, mérite plus grand ,avait à lutter, lui, contre les formes nécessairement administratives de son discours, obstacle sérieux à de pareils élans.
Indépendamment du mérite littéraire, ces deux pièces d'éloquence empruntaient à une circons tance particulière une importance capitale , nous entendons parler de la transcription littérale qui en été faite dans le procés-verbal d'inauguration.
Il est clair que tous ceux qui ont signé cet acte ont accordé leur adhésion pleine et entière aux dérogations qu'il a pour objet de constater. Or, on sait que des descendants du noble archevêque (1), venus de la Belgique et des Pays-Bas, assistaient à la cérémonie et que leurs
M. le Comte Alexandre Vander-Burch. — Chambellan de S. M. le roi des Pays-Bas. — M. Guillaume Vander-Burch. — M. Hyp. Vander- Burch, — M. le Comte de Gomuecnies.
signatures se trouvent au bas du procès-verbal de la cérémonie. Les changements introduits dans la fondation ont donc reçu l'assentiment de ceux là seuls qui également avaient qualité pour y susciter opposition.
Et comment, héritiers du beau nom de Vander- Burch, auraient-ils pu ne pas reconnaître qu'ajouter à la grandeur et à l'utilité du temple bâti à la bienfaisance par leur illustre parent, c'était raffermir et perpétuer l'œuvre de son génie et non en dénaturer le caractère.
Charles Aimé LEFEBVRE.