Van der Meer de Delft
Pour peu qu'on ait approfondi l'étude de l'art ancien, qu'on ait fouillé les vieilles archives, feuilleté les livres des comptes des princes, des villes ou des Etats, parcouru les rôles des corporations et les listes des académies, il est bien rare qu'on ait pu se défendre d'un mouvement d'étonnement, à la révélation d'une quantité peu croyable d'artistes de tout état, gens de mérite probable, de valeur certaine, honorés par leurs confrères, estimés de leurs contemporains, souvent même distingués par les princes ou par les rois, et qui nous sont aujourd'hui à peu près inconnus. Les noms de ces hommes de talent, parvenus ainsi accidentellement jusqu'à nous, nous surprennent sans nous rien révéler, car, ignorant leurs œuvres, nous n'avons pas la moindre notion des qualités ou des défauts qui ont bien pu caractériser leur production respective.
Il se produit, en effet, dans toutes les écoles, un phénomène singulier. L'histoire de l'art, au bout d'un temps relativement très court, se synthétise. Les rayons lumineux qu'elle projette ne s'arrêtent plus que sur un nombre très limité de têtes spécialement favorisées; les autres restent plongées dans une ombre qui va toujours s'épaississant, et dont chaque année qui s'écoule augmente la profondeur. Ouvrez les livrets des Salons du commencement de ce siècle, et vous serez stupéfait de la quantité d'artistes qui florissaient à cette époque, et dont les noms ne sont même pas parvenus jusqu'à nous.
Fait plus regrettable et plus curieux encore, les œuvres de ces infortunés ont subi le même sort que leurs noms. Elles ont disparu peu à peu de la circulation, et, quand elles n'ont pas été brutalement détruites, elles