‹ Van der Meer de Delft (volume 2)Chapitre 7 sur 28 · LE SOLDAT ET LA FILLETTE QUI RIT · texte numérisé non relu

LE SOLDAT ET LA FILLETTE QUI RIT

(Galerie de Mm« la Princesse Dëmidoff de San Donato.)

io LES ARTISTES CELEBRES

persévérance pendant près d'un siècle et demi, les œuvres de Vermeer n'avaient point imité leur inqualifiable silence.

Chaque fois que Tune d'elles s'était manifestée au grand jour, elle avait parlé aux yeux avec une éloquence spéciale. Beaucoup des tableaux du maître avaient, il est vrai, subi le sort que nous signalions tout à l'heure. On les avait démarqués, altérés, mutilés, rendus méconnaissables et attribués à d'autres peintres. Mais chaque fois qu'il en était passé un en vente, bien pur et bien authentique, non seulement les enchères s'étaient suivies solides et nourries 1, mais les experts avaient eu grand soin de proclamer bien haut le talent de l'artiste et la valeur de l'œuvre.

C'est ainsi que l'expert Lebrun, en 1809, le déclarait « un très grand peintre dans la manière de Metzu », et que, sept années plus tard, un autre expert, Pérignon, dans le catalogue de la première vente Laperrière, lui reconnaissait le talent de rendre « dans une manière large, le fini de la nature, la différence des objets, le soyeux des étoffes par la justesse de ses teintes et de l'effet ».

A demeure dans une galerie princière ou dans une collection privée, l'effet produit par lui n'était guère moins grand. Chacune de ses œuvres resplendissait d'un tel éclat, se manifestait avec tant d'ampleur, qu'à sa vue les gens du métier s'arrêtaient étonnés, surpris, émus, et se croyaient obligés de constater l'évidente supériorité de cet inconnu. C'est ainsi que Reynolds, qui devait se sentir de pressantes affinités pour ce robuste talent, ne manque pas de mentionner sa Femme transvasant du lait -', parmi les tableaux qui l'ont le plus frappé dans son voyage en Hollande :i.

C'est ainsi que, dans les temps plus modernes, des critiques assurément fort compétents eux aussi, et non moins touchés par la puissance de cet admirable talent, lui ont payé leur juste tribut d'éloges. M. Maxime Du Camp, en 1857 (Revue de Paris), Théophile Gautier, en 1 858 (Moniteur), M. Paul Mantz, en 1868 (Galette des Beaux-Arts), M. Clément de Ris, en 1872 (Moniteur), rendent à Vermeer toute la justice qui lui est due. Quant à M. Viardot, la précaution qu'il prend de nous inviter à ne pas confondre Johannes Vermeer avec le vieux Gérard van der Meir,

1. Témoin la Laitière, dont nous donnons la gravure, et qui fut paytie à la vente de Bruyn (1798) i,55o florins, et à la vente Muilman (i8i3) 2,125 florins, près de 5,ooo francs.

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