‹ Van Dyck et ses élèvesChapitre 1 sur 75 · PREFACE DE LA PREMIÈRE EDITION · texte numérisé non relu

PREFACE DE LA PREMIÈRE EDITION

Malheur 5 qui conlrisle un osprU immortel!

(Tra duel ion d'un vern de MaiiMni.j

En écrivant mon Bistoire de la peinture flamande^ j'avais montrû dans le talent de Van Dyck un genre d'inspirations demeuré tout à fait inaperçu, un élan héroïque, une indignation contre le mal, une révolte sublime conti-e l'injustice du sort elle pouvoir mystérieux qui a organisé le monde d'une manière absurde et immorale. C'était un écho lointnin, mais puissant, des cris de Prométhée maudissant les dieux sur son roc sauvage. Il y a trois ans, une excursion en Belgique et en Hollande me prouva que hien d'autres côtés du proltlèmc étaient encore environnés d'une ombre épaisse, que la grande âme de Van Dyck, son talent, ses œuvres-charmantes ou tragiques avaient besoin d'une lumière nouvelle, qu'il était resté jusqu'ici, malgré sa gloire, un homme illustre et mal connu. Il y a même dans sa facture des secrets de la plus haute importance, denieurés un arcane pour tout le monde. Et je vis la nécessité de fouiller ce riche placer, dont j'avais à peine extrait quelques parcelles d'or,

Une chance heureuse devait seconder mon travail et profiter au maître immortel. .4 peine revenu en France, j'appris par une note de XAbecedario de Mariette que la bibliotbi^que particulière de l'administration du Louvre

VI PHEPACE.

jHisscdc un maDuscrit Hainaiid et français, entièrement consacre à Van Dyck. Ce manuscrit, acheté en 1850, dormait depuis lors dans la solitude et l'oubli. Qaol fut mon ctonnement de voir qu'il contenait les renseignements les plus précieux, les plus inattendus; qu'il rectifiait, éclairait sur une foule de points la biographie du grand peintre et l'histoire de ses œuvres! L'auteur avait fait des recherches patientes pendant plusieurs années, transcrit des actes de l'état civil, obtenu dans les églises et monastères des renseignements authentiques, lu des recueils de lettres écrites par Yan Dyck lui-même et par Kubens, ou par des coloristes liés intimement avec eux, lettres qui contenaient une foule de détails maintenant ignorés. L'insuffisance des travaux publiés jusqu'alors lui avait mis la plume h la main, comme il le dit lui-même :

« De tous les auteurs qui ont entrepris d'écrire la vie de Van Dyck, aucun n'a satisfait le lecteur. Sandrart, Félibien, Biillart, Florent le Comte, De Piles et d'Argenvillc ont dit très peu de choses sur cet artiste et se sont trompés quelquefois, lloubraken et Weyerman ont été moins laconiques, mais ne sont pas plus véridiques. M. Descamps a suivi ces auteurs, et au lieu de corriger leurs inexactitudes, de réfuter leurs erreurs, il a copié ces fautes et achevé de déligurer l'histoire du grand peintre. Il a négligé de consulter les biographies de Van Dyck publiées par Bellori et Soprani, lesquelles, bien que défectueuses aussi, contiennent plusieurs faits positifs et intéressants. M. Descamps néanmoins a la prétention d'être plus exact que ces biographes, et il étale dans un préambule tous les avantages qu'il croit avoir sur eux. Il affirme avoir tout lu, pris toutes les précautions nécessaires pour se garantir de l'erreur. Jamais assertion n'a été moins vraie, jamais programme n'a été moins bien exécuté.

« Nous avons donc fait toutes les recherches que nous pouvions entreprendre, pour corriger les défauts qui dénaturent l'histoire de Van Dyck. Nous n'avons pas apporté moins de soins A rendre cette histoire plus complète, plus intéressante et plus agréable, soit par le choix et par le nombre des faits avérés, dont nous l'avons enrichie, soit en évitant d'y faire entrer cent petites anecdotes populaires qui ne servent qu'à amuser les sots et les désœuvrés. »

L'auteur de ces remarques a tenu sa promesse : il est seulement fAcheiix qu'il ait regardé comme inutiles et supprimé nombre de détails biographiques et historiques, très recherchés de nos jours, parce qu'ils ont souvent un inicrèt grave sous une apparence frivole, contribuent à dessiner le caractère d'un individu ou la physionomie d'une époque. 11 aurait dû

PllÉFACE. VII

puiser plus largement dans les recueils de lettres et autres sources d'iaformation qu'il avait sous la main.

Quel était ce personnage moqueur, épris de l'exacliludc? Je l'ignore. Son aom ne se trouve dans aucun endroit de ses deux manuscrits, dont l'un forme un texte rédigé, dont l'autre contient des notes et des pièces originales, en latin ou en flamand. Les éditeurs du livre de Mariette ont donc eu tort d'écrire : « Ce qui est en français n'est qu'une traduction d'une très mince partie des notes flamandes, dont la seule vue montre qu'avec beaucoup de désordre et de répétitions, elles sont trop importantes pour ne pas être consultées par un futur historien de Van Dyck. >< Le texte français contient ^ peu près tout ce que renferment les notes. Le stjle n'en est ni brillant ni pur; l'auteur devait être un Flamand et un Anversois, pour lequel l'idiome de Itacine était une langue étrangère. Il a exprimé ç& et là en marge, d'une façon naïve, ses doutes sur certaines formes grammaticales. Même en le citant, j'ai donc été forcé presque partout de corriger sa diction. It n'en devait pas moins à la nature uq esprit distingué, un sentiment juste et vif des beautés de l'art, {tien dans son manuscrit n'indique précisément l'époque où il le rédigeait; seulement, à ta manière dont il parle de Descamps, on voit que ce scribe ennuyeux vivait encore. L'ouvrage qu'il persifle avec tant de raison avait paru en 1753 ; le Voyage pittoresque de la Flandre et du Brabant, qui ne te divertit pas moins, fut publié en 1769, elle chroniqueur étourdi alla rejoindre ses pères le 14 août 1791 ; cela fait un intervalle de 22 ans, pendant lequel dut être composée l'étude du biographe inconnu. Mais a la vivacité, à la multiplicité des railleries dont il perfore le malencontreux historien, on sent que la dernière publication venait seulement d'avoir lieu. Son mépris et son indignation n'avaient pas eu le temps de se refroidir. Plus tard, il aurait peut-être dédaigné sa victime. Le manuscrit du Louvre fut certainement rédigé entre 1769 et 1775, puis enfermé dans deux grosses boites en carton, ayant la forme de reliures. L'auteur avait l'intention de le publier, car il dit dans un endroit : « Si mes observations irritent M. Descamps, il pourra se donner la satisfaction de me répondre. »

Qu'arriva-t-il ensuite? On ne le saura probablement jamais. L'hypothèse la plus vraisemblable est que l'admirateur de Van Dyck fut surpris par la mort, qu'un mal soudain le coucha dans ie tombeau, avant l'heure où il comptait mettre son travail sous presse. Son œuvre alors fut sans doute abandonnée aux caprices d'une vente après décès, puis emportée à travers le monde, où elle erra soixante-quinze ans, jusqu'à ce qu'un heureux

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