VIII PRÉFACE
Iiasard l'ait fait échouer dans la bibliothèque du Louvre. Et pendant ces années de péril, qui pouvaient amener sa destruction, pas un homme intelligent ne s'est rencontré pour lire les pages précieuses, pour en tirer des faits et des dates, comme on tire un diamant de sa gangue.
Abritées enfin sous le toit d'un palais, garanties conirc des accidents irrémédiables, ont-elles servi à éclaircir sur un point les ténèbres qui enveloppent presque toute l'histoire de la peinlure? Elles ont été lues parun homme, par un seul, et de la façon la phis étrange. Le manuscrit avait été acheté en ISoû; M. Villot le mit h profit pour son catalogue de l'Ecole flamande, publié en 1853. Dans une notice de quarante-deux lignes, il condensa le texte do l'amateur inconnu, le prît uniquement pour base, ne conserva rien des anciennes erreurs, sauf en ce qui touche la profession du père de Van Dyck ; le morceau est neuf d'un bout à l'autre. Cette courte biographie aurait dû exciter l'étonncment, produire l'efTct d'une tentative paradoxale; elle ne surprit pas du tout, n'éveilla aucune attention. Ce fut comme si l'auteur ne l'avait pas écrite, tant on se soucie peu en général d'avoir des renseignements vrais ou faux sur la vie des artistes et l'histoire des beaux-arts!
Mais pourquoi M. Villol, ayant lu le manuscrit français d'un bout à l'autre, ayant eu confiance dans les recherches, dans les critiques, dans les allégations du mystérieux amateur, fit-il un si maigre usage des matériaux qu'il avait à sa disposition? Pour un niolif très grave : parce qu'il avait juste la dose de talent qu'exigent de courts résumés. Ses forces ne lui permettaient pas de faire davantage. Quand il avait rédigé quelques-unes de ses étiquettes et de ses descriptions, il lui fallait un long repos : il avait besoin de se mettre en jachère. Pendant vingt-cinq ans, il laissa le catalogue des Ecoles septentrionales tel qu'il l'avait d'abord fabriqué, sans tenir compte des renseignements nouveaux de toulo espèce, qui soi-tont constamment des archives et des œuvres longtemps perdues dans l'ombre, que le hasard met on lumière. Pour les tableaux de Van Dyck seulement, on verra combien d'erreurs il laissait dormir ainsi sous la protection de l'autorité; les motifs même de plusieurs toiles sont défigurés au point de devenir incompréhensibles. Former un plan, grouper des faits, les mettre en scène, indiquer leur véritable signification, animer le sujet par le style, par la pensée, par sa propre vie et par la vie intime des choses, c'est une lâche i]ut dépassait de beaucoup sa portée. Il se borna donc à écrire sur Van Dyck une notice succincte, dont personne ne comprit l'importance, pas même les sourcilleux algébristes de l'art, passionnés pour l'exactitude : dans l'opu-