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X. — En Angleterre

Malgré le retentissement de son nom et de son art, Van Dyck est resté méconnu. Les légendes ont obscurci l’esprit des historiens ; la production inégale et diverse du maître a déconcerté la critique. On accorde à l’auteur du Saint Martin une habileté de pinceau, une sûreté d’œil, une précision de dessin supérieures, — toutes qualités relevant du métier. On lui concède même l’art de prêter à ses modèles les caractères extérieurs de sa propre personne : élégance, finesse, charme. Jamais, me semble-t-il, on a osé lui attribuer un idéal intime, une de ces fois ardentes qui font découvrir aux créatures d’élection les aspects vierges de la beauté.

Pour nous. Van Dyck ne se contenta point de sa merveilleuse virtuosité. Il réalisa quelque chose de plus.

CHARLES 1'^^', TROIS TÈTlîS O’ÉTUDE (Windsor.)

VAN DYGK.

Maître de son exécution et de sa pensée, il nous transmet rinefîaçable témoignage d’iine vision inédite. Cette révélation dernière, il la reçut en Angleterre. Evidemment, dans bien des œuvres précédentes, il annonce les conquêtes de sa maturité et quelques-uns de ses portraits anglais s’inspirent encore par moments de Venise et de Gênes. On ne peut pas dire que toutes les toiles de la

période anglaise soient incomparables et qu’à tous les portraits antérieurs manque la flamme suprême. Il est impossible de délimiter d’une manière absolue la marche progressive d’un esprit humain, fût-il, comme celui-ci, souriant, clair, plein de force juvénile et confiante. Les classements de la production du maître en deux, trois, voire en quatre manières, sont arbitrairement établis, et la vanité de ce petit jeu pseudo-scientifique éclate dans l’impossibilité pour ceux qui s’y livrent de trouver une base d’accord.

Ceci ne nous empêchera point — contrairement d’ailleurs à l’opinion répandue — de considérer la période anglaise comme un épanouissement. Nous avons parcouru aussi surpris qu’émerveillé, car notre joie imprévue bouleversait nos connaissances livresques, cette admirable salle de bal de Windsor où Van Dyck se montre peintre et créateur unique. Alors seulement nous avons appris comment ce maître, multiforme et inconstant en apparence, s’était transformé un jour en un artiste sans pareil — et les mots prodigués reprennent ici leur valeur — apportant à l’art, avec le prestige de sa

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destinée princière, l’exemple d’un novateur et d’un « générateur ».

Van Dyck avait trente-deux ans en débarquant à Londres. N’est-ce pas l’âge des accomplissements, des résolutions décisives ? Loin de s’appauvrir, sous le ciel étranger, son sang flamand, pendant les premières années du séjour en Angleterre, circula plus riche et plus pur. N’oublions pas que Van Dyck se transportait dans un pays privé de traditions artistiques. Holbein lui-même n’avait pas pénétré l’âme du peuple anglais. Van Dyck ne pouvait s’amoindrir par le besoin de flatter un goût national, et sa carrière devait désormais s’accomplir sans rivalités ou comparaisons d’aucun genre.

Tout d’abord il recula, semble-t-il, devant une installation définitive à Londres. Pour quelles raisons? On l’ignore. Les circonstances de son départ sont enveloppées de ce voile impénétrable qui nous dérobe les principaux événements de sa vie. D’après Félibien — cité par Garpenter — Van Dyck fut invité par Kenelm Digby, sur la prière de Charles PL Bellori attribue ce rôle d’intermédiaire à lord Arundel. Walpole, dans les Mémoires de Mrs. Beaie publics par ses soins, dit que le roi forma le projet d’attirer Van Dyck après avoir vu le portrait de Nicolas Lanière, maître de chapelle de la cour d’Angleterre, œuvre à laquelle l’artiste avait consacré sept journées entières. On sait d’autre part que le souverain avait chargé Endymion Porter d’acheter pour son compte une composition du maître : Renaud et Armide,

TROIS EM'ANTS l>E CHARLES I er

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Il est certain que le talent de Van Dyck était fort prisé à Londres. Pour être agréable à Charles P"*, un personnage remarquable de ce temps, Balthazar Gerbier, architecte, diplomate, dilettante, espion et conspirateur, fit don au monarque d’un tableau de maître Antoine. Un débat des plus singuliers s’éleva au sujet de cette toile. Quelques échos nous en sont parvenus ; ils sont fort troublants.

Van Dyck avait à se plaindre de Balthazar Gerbier et prétendit ne pas avoir peint le tableau envoyé à Charles PL Or l’œuvre était de premier ordre. En contestant l’authenticité de la composition. Van Dyck dénonçait Gerbier comme faussaire au roi. La chose tourna mal pour le peintre. Le diplomate réunit des experts. Bubens luimême déclara que Van Dyck n’avait jamais rien peint de plus beau! On rédigea un acte notarié qui fut envoyé à Charles P'’, et, il faut bien l’avouer, la lecture des pièces publiées par M. Carpenter fait supposer qu’une vengeance irréfléchie ou le désir de jouer un bon tour entraînèrent Van Dyck à ce mensonge. C’est une ombre dans sa vie, une petite tache qu’on aimerait effacer. Au surplus, Balthazar Gerbier est une de ces rusées canailles à qui l’on regrette de devoir donner raison.

Le départ de Van Dyck pour Londres fut un moment compromis par cette affaire bizarre. L’artiste avait des protecteurs trop puissants pour que les difficultés ne fussent pas bientôt aplanies à son profit. A la fin de l’année 1632, il était définitivement installé à Londres,

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portait le titre de 'principal peintre ordinaire de Leurs Majestés^ était créé chevalier, possédait une résidence royale à Blacfriars, se voyait, au bout de quelques mois, adulé, comblé de faveurs, traité d’égal par les seigneurs d’une des cours les plus cultivées et les plus fastueuses d’Europe.

Si l’Angleterre ignorait presque totalement la peinture, elle n’en était pas moins à cette époque un actif foyer de beauté et de pensée. L’âge d’or de la littérature anglaise cessait à peine. Le génie deShakespeare, Bacon, Beaumont, Flechter, Marlowe, Johnson nourrissait encore l’âme de la nation. Peut-être même ces illustres disparus de la veille étaient-ils appréciés avec plus de profondeur et de calme que sous le règne peu contemplatif d’Elisabeth. Autour de Charles P% lettré plein de goût, autocrate rêveur, des grands seigneurs, des ministres : Buckingham , Thomas d’Arundel , Endymion Porter, Kenelm Digby soutenaient l’art avec une inlassable générosité. Faut-il s’étonner de l’empressement, de l’amitié que tous ces hommes de haut goût témoignèrent à Van Dyck? Le triple prestige de l’art, de la beauté, d’une noblesse naturelle revêtait cet Anversois de trente-trois ans d’une séduction victorieuse. Voyez la superbe toile (musée de Madrid) où il s’est représenté lui-même aux côlés de sir Endymion Porter, devenu son ami intime. Tout de suite, à voir le visage fin, le sourire subtil, la toilette sobre du peintre contrastant avec l’allure plus massive du ministre, on surprend le secret de cet ascen-

Cliciit; iiaalslaeiigl.

LES CINU EM'AIMS ]t E CHAULES : l>RIi\CESSE 31AUIA, PRIACE JACQUES, PRINCE CHARLES, princesse É L I S A H E T H ET PRINCESSE ANNA

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dant irrésistible exercé par l’homme de génie sur l’aristocratie britannique.

L’aventure merveilleuse de Gênes se renouvelle avec plus d’éclat et de durée. Ce fut, dans l’entourage royal, un enchantement immédiat. Les peintres accrédités à la cour : Mytens, Jansen, van Ceulen, s’effacèrent dans l’ombre. Toutes les flatteries, toutes les commandes étaient pour le nouveau favori. Le 17 octobre 1633, le roi lui accordait une pension annuelle de 200 livres et met tait une demeure d’été à sa disposition. A Eltliam, comme à Blacfriars, Van Dyck recevait richement ses modèles, ses amis. Il entretenait des musiciens à gages dans son hôtel : « Sa maison était montée sur un pied magnifique, lisons-nous dans V Essay toivards an English School de M. Graham ; il possédait ua équipage nombreux et élégant, et offrait si bonne chère que peu de princes étaient aussi visités et aussi bien servis que lui. » On se disputait l’honneur de lui être présenté. Le roi traitait son peintre comme un frère de son sang et de sa race. La calomnie, il va sans dire, s’attaquait avec plus d’acharnement que jamais à cette destinée brillante. De ce grand seigneur artiste, elle faisait le moins scrupuleux des lovelaces.

En réalité. Van Dyck peignait sans relâche. Loin de se perdre dans la volupté de cette existence nouvelle, son goût du travail s’accentuait, ses facultés s’aiguisaient. L’artiste avait reconnu ce nouveau milieu comme sien. Ses goûts de luxe et d’élégance y étaient satisfaits. Le

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faste qui manquait à ta cour un peu provinciale des archiducs Albert et Isabelle, il le trouvait et en jouissait largement chez Charles Son rêve de vie princière devenait une réalité ; ses aspirations les plus intimes prenaient forme. L’œuvre d’un Léonard de Vinci n’a-t-il pas été réalisé dans le décor brillant des cours italiennes? En conduisant Van Dyck en Angleterre, le destin lui assignait une tâche glorieuse. Nous verrons avec quel bonheur il sut la remplir.

XL — Les portraits anglais.

En moins de dix ans — depuis le jour de son arrivée à Londres jusqu’au moment de sa mort — Van Dyck peignit environ trois cent cinquante tableaux! Près de cent maisons anglaises montrent avec orgueil quelques-unes — parfois une collection — de ses œuvres. A Windsor, dans les galeries Clarendon, Bedford, Petworlh, Bothwell- Castle, etc., un monde revit, comme à Gênes Trentehuit portraits de Charles 1®% dont sept équestres, trentecinq portraits de la reine Henriette, d’innombrables effigies d’enfants royaux (Windsor, National Gallery, Louvre, Dresde, Saint-Pétersbourg, Turin, Berlin), attestent l’appel incessant que le roi faisait au génie de son peintre. La cour de Wbite-Hall imite le monarque. Avec une aisance, une pénétration admirables, le maître fixe l’éblouissante figuration groupée autour du trône des

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Stiiarts : ministres, ambassadeurs, magistrats, savants, guerriers titianesques aux cuirasses brillantes, capitaines cavalcadant sur des genêts d’Espagne, gentilshommes imberbes, frêles et gracieux dans leur uniforme chatoyant; grandes dames un peu figées dans leur toilette d’apparat, enfants exquis traduits par la poésie la plus délicate que jamais pinceau ait créée.

Deux œuvres marquent l’apogée de cet art : les J^ois têtes d'étude (Windsor) représentant Charles de profil, de trois quarts et de face, et le Charles P'" à la chasse du Louvre.

Les Trois têtes sont des merveilles d’analyse physionomique. Van Dyck, sans se soucier outre mesure de vie intérieure, apporte dans l’observation de la couleur, de la forme, de la lumière une telle justesse que le roi agit sous nos yeux dans le détail de ses ressorts intimes. N’est-ce pas en s’arrêtant à l’examen scrupuleux de l’enveloppe que les grands gothiques ont si merveilleusement réussi à traduire l’âme de leurs modèles? Et Van Dyck ne s’affirme-t-il pas ici le petit-fils des anciens Flamands? Ces trois têtes furent envoyées au Bernin qui, d’après ces modèles, sculpta un buste de Charles Le roi se montra tellement enchanté de ce marbre qu’il lit exécuter également le buste de la reine, en faisant parvenir au maître napolitain les éludes de son peintre. L’artiste llamand ne devait-il pas connaître à fond la manière du Bernin pour lui envoyer des documents aussi sûrs, aussi propres à l’inspirer?

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Le Charles mieux que les Trois têtes^ trahit l’origiiie anversoise de Van Dyck. Un peintre flamand pouvait seul rapprocher avec celte heureuse intrépidité les gris bleuâtres, les blancs dorés, les tons fauves du costume royal. Van Dyck, de plus, composa une scène originale et vivante. Depuis son arrivée à Londres, il s’était détourné presque complètement des œuvres religieuses et mythologiques. Il n’avait guère réussi jadis dans les grandes compositions. Toutefois, à cette « école » il avait acquis une particulière sûreté dans l’arrangement de ses portraits en groupe. Cette science est si naturelle dans le Charles P' qu'on se croirait devant une scène véridique. Rien de plus vrai que l’attitude du valet retenant le cheval au col fin et courbé; rien de plus noble que la pose délicatement impertinente de ce roi frêle profilé sur l’exubérante nature chère aux maîtres d’Anvers. Un suprême rayon des splendeurs vénitiennes colore le domaine du souverain nostalgique.... Tout Van Dyck est dans ce chefd’œuvre : technicien merveilleusement habile, gentilhomme accompli, créateur découvrant des lois nouvelles de lumière, de coloris, de style pour les portraitistes de l’avenir. Peut-être une dernière influence est-elle venue favoriser cette transformation décisive. Velasquez semble avoir impressionné l’artiste flamand à un certain moment. Waagen le premier en a fait la remarque. Mais le maître espagnol devait lui-même beaucoup au maître anversois dont il avait vu les œuvres à Gênes. Ce fut donc entre eux un échange infiniment utile à l’art; ils étaient égale-

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ment riches de dons divers ; ils pouvaient se prêter sans s’appauvrir.

Van Dyck se servait d’une matière de plus en plus délicate. Sa couleur était devenue de plus en plus mince, et I on se demande comment il réussissait à indiquer les reliefs arrondis des mains ou les méplats du visage comme dans le portrait de John et Bern'iardt Stuart^ par exemple (collection du comte Üarnley), où les tons perlés et transparents sont posés sur un fond de grisaille. La toile apparaît presque toujours sous la pâte, dans les portraits anglais. Voyez les Trois têtes de Charles P"*, le Vicomte Grandison (collection Jacob Herzog, Vienne), Lord Digby et lord William (collection Spencer Althorp), et surtout, à Windsor, les prodigieux bustes du poète Carew et de l’acteur Killigrew. Le maître s’éloigne des procédés contemporains et revient à la facture des gothiques qui toujours usaient de la grisaille et des glacis ; mais la résonance de son coloris reste très chaude et dénonce l’école d’Anvers. Les tons les plus vifs s’assemblent ; en distribuant de légers empâtements dans les étoffes, Van Dyck, de-ci de-là, ajoute encore de fines étincelles. Autour des figures Hotte une pénombre caressante, insaisissable, rompue par la lumière dorée qui semble s’échapper des visages. Est-il possible, à ce point de vue, de rêver, d’imaginer une œuvre plus harmonieuse que le portrait du séduisant et énigmatique Lord Whnrlon^ cet inappréciable joyau de l’Ermitage? Le gris bruni du pourpoint se prolonge dans la draperie du

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fond, l’or de l’écharpe répond aux teintes merveilleuses du visage et des mains ; les bistrures ombrant les étoffes rappellent les voiles crépusculaires répandus sur le paysage. Le blanc de la chemisette, seule note isolée dans cette symphonie de rêve, est à elle seule une trouvaille de génie.

Xll. — 1 ÆS DERNIÈRES ANNÉES.

Van Dyck, suivant tous ses historiographes, fut tué par les excès du plaisir et du travail. Sur ses aventures aucun renseignement précis ; sur sa production inlassable mille indications sûres. En 1634, le maître revit Bruxelles ainsi qu’Anvers où la gilde de Saint-Luc l’acclama comme doyen. Rentré à Londres, il y institua une corporation semblable. Van Dyck fondant une « société », n’est-ce pas un trait bien flamand de son caractère?

Chargé de représenter l’ordre de la Jarretière pour l’une des salles de White-Hall, l’artiste exécuta la maquette d’un des panneaux. Le mauvais état des finances royales ne permit pas la réalisation de cette entreprise. A en juger d’après le dessin qui nous est resté, l’imagination de Van Dyck manquait vraiment de l’éian nécessaire. Après une courte apparition en Flandre et en Hollande, en 1640, nous le retrouvons à Paris, au commencement de 1641, quelques mois avant sa mort, malade déjà, épuisé, mais ne désespérant point d’obtenir de la Cour de France, comme autrefois son maître Rubens, la commande

Cliilif Kleimii.imi.

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de quelque décoration gigantesque. Ses démarches n’eurent aucun succès. On lui opposait un nom écrasant : le Poussin.

Van Dyck avait épousé à Londres, en 1639 ou 1640, une jeune fille de haute famille, Marie Ruthven, attachée à la reine, petite-fille de lord Ruthven, comte de Gowrie. Une aimable personne appelée Marguerite Lemon, à qui ce mariage déplaisait, aurait conçu le dessein de couper le poignet à Van Dyck, « afin qu'il ne pût plus exercer son art ». Le projet fut découvert. Marguerite Lemon passa en Flandre, y perdit l’ami qui avait remplacé Van Dyck et se tua d’un coup de pistolet. Et c’est ainsi que la vie du grand portraitiste se dramatise jusqu’au dernier jour d'anecdotes empruntées, dirait-on, au répertoire alors en vogue, de Galderon et de Lope de Vega.

L’artiste, en tout cas, ne survécut pas longtemps à son mariage. Une maladie sourde, dont les causes sont inconnues, le minait depuis quelque temps. L’excès du travail surtout avait détruit avant l'heure sa constitution délicate. Pendant les dernières années de sa vie, il consacrait, dit-on, des journées et une partie de ses nuits à l’étude de l'alchimie. J. Lievens visita l'artiste en Angleterre et le trouva penché sur son creuset, u faible et décharné ». Descamps renchérit. « 11 fit bâtir un laboratoire à grands frais, écrit-il, et vit en peu de temps s'évanouir par le creuset, l'or qu’il avait créé avec son pincca\i. »

Les historiens modernes ont nécessairement mis ces

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témoignages en doute. Mais faut-il tant s’étonner de voir Van Dyck partager une croyance générale de son temps? Il est certain que l’amour de la science ne le transforma )as en un Balthazar Glaes, sacrifiant ses richesses à sa chimère. Il légua une fortune considérable à ses héritiers et son testament, publié par Garpenter, est un démenti préventif à l’adresse des chroniqueurs du xviii® siècle. Il est impossible de ne pas être frappé du ton digne et grave de ce document. Jamais on n’a vu un dissipateur et un débauché partager avec autant d’équité entre ses héritiers, des trésors acquis par un labeur incessant.

On a dit aussi que Van Dyck avait cherché à quitter l’Angleterre sans esprit de retour, en 1641, parce que ses tableaux restaient impayés et qu’un vent de révolution menaçait le trône des Stuarts ! Pure calomnie. Gharles P' n’aurait point pardonné cette ingratitude qui eût été une trahison. Profondément affligé de la maladie du peintre, le monarque promit trois cents livres à son médecin [physician) s’il pouvait sauver l’artiste. Ge fut en vain.

Van Dyck mourut à Blacfriars, en décembre 1641. Il fut enterré dans l’ancienne église de Saint-Paul, à côté du tombeau de John de Gaunt. L’Angleterre entoura ses funérailles d’une pompe magnifique. Solennellement elle s’engageait à ne point oublier la merveilleuse leçon de son premier maître et, dès ce jour, exprimait une admiration et une gratitude pieuses à l’illustre fondateur de sa grande école de peinture.

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