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LE SEMEUR

raire et aucun changement n’était apporté ainsi dans la méconnaissance qu’on avait de l’artiste. Il fallut des années d’un travail obscur, préparant le terrain, pour que l’on pût se permettre de faire des expositions de ses œuvres attirant réellement l’attention.

MM. Bernheim-Jeune furent les premiers à faire, en Mars 1901, une exposition importante qu’on peut dire décisive, comme ouvrant le chemin. Elle comprenait soixante et onze œuvres, empruntées à des sources diverses. Cette exposition, rue Laffitte, en un centre artistique, exercerait une action durable. Une préface, en tête du catalogue, due à Julien Leclercq, faisait connaître la vie de Van Gogh et donnait une analyse de son art. O11 n’avait encore vraiment parlé de lui qu’au Mercure de France , où Albert Aurier, mort depuis, et Emile Bernard avaient inséré des articles louangeurs. La préface de Julien Leclercq venait maintenant, dans des circonstances favorables, renseigner sur son compte et permettre de juger son art avec certitude.

Après cette exposition, l’intérêt excité par les œuvres de Van Gogh ne pouvait qu’aller

de lui-même en s’étendant. MM. Bernheim- Jeune trouvaient donc le moment venu, pour une seconde exposition en 1908. Cette fois ils montraient cent tableaux, pris parmi ceux que Théodore Van Gogh avait accumulés, alors qu’employé à Paris par la maison Goupil, il soutenait son frère. Les tableaux de cet ordre avaient été gardés en Hollande par la veuve de Théodore, qui en renvoyait maintenant une partie à Paris. A l’époque où cette exposition avait lieu chez MM. Bernheim, M. Druet, rue du faubourg St-Honoré, en faisait une autre, en puisant dans les collections françaises, puis M. Druet s’étant transporté l’année suivante rue Royale, y faisait encore une exposition de tableaux de Van Gogh. Qu’il y eut, en si peu de temps, trois expositions consacrées à Van Gogh et très visitées, montre à quel point son œuvre avait progressé dans l’estime publique.

Les expositions à Paris, avec les comptes rendus, les jugements, les louanges qu’elles suscitaient dans la presse avaient porté le nom de Van Gogh hors de France. Nul n’est prophète en son pays. Il y a longtemps que cela

a cté dit. Van Gogh était donc resté ignoré aux Pays-Bas. Le bruit fait en France y attirait sur lui l’attention. Des hommes savaient alors l’apprécier, qui bientôt se montraient jaloux de le placer au niveau des anciens maîtres hollandais. Mais une telle prétention causait un véritable soulèvement. On revoyait à cette occasion, en Hollande, la même résistance qu’on avait vue en France, au cours du xix< siècle, chaque fois qu’un nouveau peintre original se produisant, il s’était agi de l’admettre, dans la filiation de l’art français, comme l’égal des maîtres précédemment acceptés.

Vouloir élever Van Gogh à la hauteur des maîtres du xvip siècle, la gloire de l’école hollandaise, paraissait à la plupart une monstruosité. Vaincre une opposition de cette sorte, en prétendant convertir par des arguments ceux qui la dirigent ou y participent, est chose irréalisable. Les changements de goût ne s’accomplissent que lentement. Faire accepter une forme d’art nouvelle en révision par les hommes qui, à sa venue, l’ont repoussée est impossible. Ce n’est qu’en gagnant d’abord quelques adhérents, qui eux-mêmes feront des prosélytes,

que l’on peut se promettre de faire admettre graduellement des œuvres originales, qui auront heurté le goût banal de la génération qu’elles viennent surprendre. Puis la seconde génération, les trouvant établies sous ses yeux, saura tout naturellement les apprécier et les comprendre.

Cependant, après le premier bruit fait en Hollande, la veuve de Théodore maintenant remariée et devenue Mme Bonger, ayant conservé les œuvres de Vincent accumulées par son premier mari, jugea opportun d’en faire une exposition générale. Elle eut lieu au Stedelijk Muséum à Amsterdam, en Juillet et Août 1905. L’art de Van Gogh était montré d’une façon complète. A la suite de cette exposition, les partisans devinrent plus nombreux, plus ardents et eurent à leur tête M. H. P. Bremmer, à la Haye. M. Bremmer s’est appliqué à faire connaître Van Gogh de toutes les manières. Il a popularisé son œuvre par une publication en livraisons illustrées, il a écrit un livre où il explique ses tableaux en détail, il a ouvert un cours d’esthétique, suivi par des auditeurs qu’il a conquis à ses idées et fait entrer dans les voies nouvelles.

Aujourd’hui, après les expositions de ses œuvres, la publication de ses lettres par Mme Van Gogh-Bonger, le travail, sous toutes les formes, de ses partisans, il n’est personne en Hollande qui puisse ignorer Van Gogh. Deux partis existent toujours à son égard. L’un comprend les innovateurs, qui veulent le mettre au niveau des maîtres du passé, l’autre les traditionnalistes, qui s’y refusent. Mais la résistance faiblit. Le parti des innovateurs gagne du terrain et sa victoire est certaine.

C’est en Allemagne que Van Gogh a été le mieux accepté. Il y a profité du travail accompli en faveur de l’art impressionniste. Dans les tout dernières années du xixe siècle, M. de Tschudi, mort depuis, s’était mis à faire à la National- Galerie, à Berlin, dont il était directeur, une importante collection d’œuvres de Manet, de Degas et des impressionnistes Claude Monet, Renoir, Cézanne, etc. A son exemple les directeurs de plusieurs musées allemands et de nombreux collectionneurs recherchaient les œuvres des Impressionnistes français. Quand Van Gogh venait à être connu, il trouvait donc les voies relativement ouvertes. On allait l’ajouter aux

IOI

Impressionnistes déjà admis, il prendrait place à côté d’eux, comme appartenant à leur lignée. Ce n’est pas que M. de Tschudi, à Berlin d’abord à Munich ensuite, et M. Pauli au Musée de Brême, (des premiers engagés en laveur de Van Gogh), n’aient eu à combattre, mais le combat n’a servi qu’à mieux mettre en relie! leur initiative.

En 1912 une exposition générale de l’œuvre de Van Gogh, survenant après plusieurs expositions chez M. Paul Cassirer à Berlin, était organisée à Cologne, par la Société des artistes de l’ouest de l’Allemagne.

Van Gogh possédait depuis longtemps, en Belgique, un défenseur zélé en la personne de Verhaeren, lorsqu’au printemps de 1914, la Société de l’Art contemporain, à Anvers, appelait le public belge à voir une importante réunion de ses œuvres.

La bataille qu’il a fallu livrer pour faire accepter l’art de Van Gogh tire à sa fin. Elle se terminera par une éclatante victoire, comme toutes les batailles de même ordre, livrées en faveur des peintres originaux du xixe siècle, qui à leur venue ont déconcerté la routine et la

tradition. Van Gogh en France est entré, au Louvre, avec la collection Camondo et dans de nombreuses collections particulières. Il est entré dans la plupart des musées et des collections de la Hollande et de l’Allemagne. Il sera demain partout où il n’est pas aujourd’hui.

LE VANNIER (Hollande)

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