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maison. Il a un ami de Antonio, qu’il s’est fait dans l’atelier Cormon, qui habite sur la place St-Pierre, à Montmartre. Il peint chez lui, où il trouve de la clarté, d’une manière assidue.
Les tableaux peints sont en grand nombre de dimensions réduites, ayant pour sujets des fleurs, des paysages, des natures mortes. Dans ce dernier ordre tout lui est bon. Il peint des souliers. Il peint des harengs, accompagnés d’accessoires variés. On connaît de ses petits tableaux, où les ustensiles du fumeur, poches à tabac, pipes, cigares, allumettes forment les sujets. Puis encore un grand nombre où les fruits, les légumes de toute sorte, jusqu’à des choux-fleurs, fournissent les motifs. D’autres auraient pu penser que ces objets vulgaires étaient indignes d’être peints. Mais les objets ne lui sont jamais apparus nobles ou vulgaires en eux mêmes. Il ne leur demande, alors qu’il s’étudie au coloris, que de lui offrir des couleurs variées.
Van Gogh ne se préoccupe nullement, à cette heure, de tirer parti de ses œuvres. Il ne pense môme pas qu’il puisse se trouver des gens pour les acheter. Il remet bien celles qu’il
considère comme les plus importantes à son frère Théodore, avec l’espoir que, dans l’avenir, il en tirera profit, mais les autres, de moindre importance, de petites ou médiocres dimensions, il en fait librement cadeau à qui veut les accepter, ou les laisse avec insouciance sur les lieux où elles ont été produites, ou encore en donne à un restaurant, sur l’Avenue de Clichy, Au Tambourin , tenu par une italienne, la Segatori, un ancien modèle, qui acceptait assez facilement, en paiement, les tableaux des peintres qui, comme Van Gogh, venaient manger chez elle.
Il a du, avec sa rapidité d’éxécution, produire plusieurs centaines de ces tableaux de petite ou moyenne dimension. Ils ont été en majorité signés, mais du seul prénom de Vincent. Depuis que l’œuvre est devenue célébré on en a vu sortir des coins les plus obscurs. Toutefois beaucoup sont sûrement perdus. Ils ont été tellement méprisés à l’époque par les détenteurs, qu’ils les ont gratté pour se servir des toiles ou les ont laissé périr à l’écart. Le nombre des tableaux qui ont ainsi disparu, à Paris, a peut-être atteint la centaine. Van Gogh s’est désintéressé de même, dans d’autres circons-
tances, des études ou des tableaux qu’il a pu peindre. Sa belle-sœur Mme Van Gogh-Bonger nous apprend qu’en quittant Anvers, après y avoir suivi les cours de l’Académie des beauxarts, il abandonna, on ne sait à qui, d’assez nombreuses études, dont on n’a jamais retrouvé de traces. (I)
Van Gogh outre le souci auquel il obéit d’accentuer sa gamme de coloris, en connait un autre, qui sert à expliquer qu’il ait tant multiplié ces tableaux variés qu’il peint, par une sorte de gymnastique, en une seule séance, ou tout au plus au cours d’une journée. C’est le besoin qui s’est emparé de lui et qu’il lui faut satisfaire, d’arriver à une exécution rapide, hardie et, en même temps, précise et arrêtée. Il doit la première pensée de cette nouvelle recherche au Japon. Il n’a pu manquer en effet d’observer dans les arts du dessin japonais, avec quelle liberté et quelle justesse les touches sont mises et les contours tracés.
Les Japonais qu’ils écrivent, dessinent ou peignent n’ont qu’un instrument et qu'un pro-
(i) Mme Van Gogh-Bonger. Vincent Van Gogh. Brieje an seinen Bruder. Einleitung, page 35.
cédé. Ils se servent exclusivement du pinceau promené à main levée. Or comme le pinceau met sur le papier ou la soie des lignes et des surfaces sur lesquelles il n’y a pas à revenir, elles doivent être appliquées, du premier coup, d’une manière réussie. La justesse et la perfection à obtenir de prime-saut sont ainsi devenues les qualités essentielles de la technique japonaise. Quand on se prend d’intérêt pour l’art japonais, si on est avant tout attiré par la vivacité du coloris, on ne peut manquer ensuite d’admirer la hardiesse de facture qui mène au succès. Aussi Van Gogh, épris des artistes du Japon, va-t-il adopter à leur exemple une exécution rapide, par touches hardies, mises avec justesse, du premier coup. Ces procédés lui étaient, comme la peinture claire, restés étrangers, en Hollande, où s’il avait peint d’une manière déjà large, il n’avait connu que cette facture qu’on peut dire reposée, qui est un des traits de l’art hollandais.
Dans cet état d’activité où il se tient à Paris, Van Gogh ne s’est pas senti particulièrement attiré vers la figure humaine. Il peint cependant, à deux reprises, le père Tanguy. Ce sont là,
à peu près, les premiers portraits, au moins de grande dimension, qu’on lui doive et ils marquent comme un développement de son art. Si Van Gogh a trouvé le père Tanguy assez intéressant pour le retenir et le faire poser, on ne s’étonnera pas que nous nous arrêtions nousmêmes sur lui.