INTRODUCTION
Le système nerveux est celui dont les variations offrent la signification la plus profonde. Par elles, se trouve réellement exprimé le degré de développement etde complexité des relations externes et internes de l’organisme ; et l’on peut dire du névraxe qu’il est essentiellement
représentatif de l'être, Cest là, sans doute, la conclusion énérale qui se dé- * gage, indépendamment de toute théorie systématique, de l’ensemble des recherches poursuivies sur ce sujet ; mais
la difficulté est grande de savoir quelle part il faut attri-
bee
buer dans les variations des centres nerveux à chacun de ces deux facteurs : le fonctionnement somatique, lactiviié psychique. Jusqu'à quel point sont-ils indépendants ? Comment leur influence respective se traduit-elle ? Telles sont les questions qui attendent encore leur solution. Ce n’est pas faute d’avoir été travaillé que ce problème est si loin d’être résolu d’une façon définitive. Des anatomistes et des physiologistes du plus haut mérite y ont appliqué leurs efforts persévérants depuis près d’un siècle. Mais toutes ces études ont été, malheureusement, dominées par des préoccupations théoriques qui leur ont beaucoup plus nui qu’elles ne leur ont servi. Il n’est peut-être pas de partie de la Biologie où les hypothèses se soient développées plus librement aux dépens de la connaissance exacte des faits. Aussi, avouerons-nous n'avoir nulle envie de rééditer quelqu'un de ces systèmes prétendus explicatifs où toutes les variations, quelles qu’elles soient, se trouvent ob à souhait. Nous ne céderons pas, toutefois, à un entraînement, de ce genre en indiquant la facon dont à été conçu le déterminisme cérébral par les auteurs les plus récents ; sel cet exposé
nous permettra d'établir plus nettement la position ne la
question, telle qu’elle nous apparaît.
Si l’on admet que le cerveau est, non pas seulement le.
substratum, mais, au seus propre, l'organe de l'intelli-
, S 3 gence (1), l’on se trouve logiquement amené à chercher
1. Claude Bernard, Des fonctions du cerveau. Revue des Deus Mondes, 15 mars 1872, conclusions p, 385,
one
dans les variations de développement de la masse cérébrale l'équivalent des différences intellectuelles. Notamment, il doit y avoir ‘une correspondance étroite entre le poids du cerveau et la grandeur de l'intelligence. Certes, des statistiques nombreuses (1),se rapportant surtout à l’homme, ont mis suffisamment ce fait eu lumière pour entraîner la conviction ; et pourtant, un examen attentif des cas individuels ne tarde pas à démontrer que cette’relation est bien moins constante qu’on ne l’aurait cru tout d’abord. C’est qu'il est une autre cause qui influence aussi puissamment la masse cérébrale et rend difficile l'évaluation exacte de l’accroissement pondéral corrélatif à la supériorité intellectuelle, nous voulons parler de la taille ou de la masse du corps. C’est le grand mérite de MM. Manouvrier et Ch. Richet d’avoir tenté de déterminer iso- lément chacune des variables dont lencéphale est fonction.
Avec M. Manouvrier (2) supposons dans le poids de l’encéphale C, l'existence d’une quantité m proportion-
nelle à la masse organique M (3). Si nous retranchons
1. Séatisliques de Leuret, Broca, Sappey, Manouvrier, Papillaut etc.
2. Sur l'interprétalion de la quantité dans l’encéphale (Mem. de la Soc. d’Anthr.). Paris 1883, 2, ILE, 137, 326.
Article Cerveau du Dict. de Physiologie de Richet, p. 610, 745 (1897).
5. À la masse active représentée, par exemple, par le poids du fémur. Cette considération n’a d'importance que pour la comparaison des cas individuels et le choix du fémur n’est vraiment préférableque chez l’homme. Ghez le chien, M. Manouvrier, s’est servi tantôt du poids du fémur, tantôt du poids du foie.
m de G, nous obtiendrons cette quantité # exprimant le
F en poids de la portion du cerveau en rapport avec lexer
cice de l'intelligence. Considérons, maintenant, deux groupes d'individus de même espèce et sensiblement égaux en intelligence, mais très différents par la taille. Les variations des poids encéphaliques G et C devront être rattachées aux variations des quantités m et m° -Proportionnelles aux masses M et M’. L’on pourra donc écrire m C-C? jee: (c-c’)M M MN 5 d'où M = MM
connaissant cette quantité & égale, par hypothèse, dans
. Et comme ;? =c— m,
les deux groupes envisagés, l’on aura m = € — r. Ces calculs appliqués à lespèce chien par M. Manouvrier, lui ont donné, pour la quantité #, des chiffres allant de 40 à 96 grammes.
M. Ch. Richet (1) partant d’une hypothèse un peu différente, — la partie variable du cerveau varie comme la surface de l’animal, — a obtenu pour la quantité servant à l'intelligence chez le chien, des valeurs extrêmes de 30 et 56 gr, mais dont le plus grand nombre oscillent autour de 50 gr. Telle serait, d’après cet auteur, la quantité
intellectuelle du chien.
Maintenant, il faut nous demander quelle peut être la valeur de ces procédés d'analyse du poids cérébral.
Disons, tout de suite, que cette appréciation comporte
1. Travaux du Laboratoire, T. IL 1895. Poids du cerveau, du foie et de la rate des Mammifères p, 463,
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l'examen de deux ordres de questions : les unes sont du domaine spéculatif, les autres, au CURE ne relèvent que de l'observation.
La notion d'intelligence, surtout d'intelligence animale, n'est-elle pas trop imprécise pour permettre une évaluation exacte de cette faculté ?
À supposer qu’on puisse la mesurer mathématiquement serait-ce uniquement en unités de poids ?
Enfin, la quantité pondérale représentant le développement intellectuel du sujet est-elle, oui ou non, solidaire de sa taille ?
Voilà le problème théorique, et, de sa solution explicite ou implicite, dépend toute la signification des résul- - tats obtenus.
Quant à la question de fait, elle concerné lexpression des données acquises : s’accordent-elles avec les hypothèses acceptées ? forment-elles un ensemble satisfaisant ?
Remarquons, tout d’abord, que MM. Manouvrier et Ch. Richet semblent prendre le terme #ntelligence dans une acception très éompréhensive, correspondant au degré d'évolution psychique, au psychisme de l'être. Ils ne donnent pas, du reste, à entendre que ce développement intellectuel puisse être mesuré, dans le sens rigoureux du mot, par les différences pondérales : du moins M. Mauouvrier s’est défendu, à plusieurs reprises (1), d’une telle prétention. Aussi bien, lés conditions de nombre (2)
{. En particulier p. 312 ér Mém. de 1883 etin dicl. de Richet.
p. 694 (art. cerveau).
2, Studien über Klinik und Pathologie der 1diotie nerbst Un-