CONCLUSIONS
Les feuilles des végétaux à feuilles persistantes se déshydratent progressivement à l’approche de l'hiver, vraisemblablement par réduction de l'absorption. Les travaux de Mazé (1) établissent en effet que cette fonction est supprimée presque instantanément aux environs de 0°. Il en résulte une concentration plus élevée du suc cellulaire, tout au moins en hydrates de carbone solubles. Cette accumulation de sucres simples en hiver dans le parenchyme foliaire peut être attribuée à des causes multiples et variées. Tout d'abord, comme le végétal se trouve placé à cette époque dans de mauvaises conditions de végétation, il ya par suite prépondérance des diastases hydrolysantes sur les diastase de synthèse et par conséquent formation de sucres simples aux dépens des sucres complexes. Mais la masse totale des sucres solubles étant en disproportion par rapport à la quantité de polysaccharides disparue, il estévident qu'on ne saurait attribuer à cette seule cause la production d’une aussi grande quantité d'hydrates de carbone à poids moléculaire faible, surtout en sucres à base de lévulose plus ou moins voisins du saccharose. Or la présence de ce dernier est intimement liée à l’activité de la fonction chlorophyllienne ; les feuilles continuent donc d’assimiler en hiver, très faiblement il est vrai, mais comme la fonction respiratoire est beaucoup plus sensible à l'influence de l’abaissement de température que la synthèse chlorophvyllienne, la production de sucre l'emporte done sur la destruction par l'oxygène. Dans ces condions, l'activité du parenchyme assimilateur ne doit pas s'exercer avec la même énergie qu'à la température normale ; il s'établit un régime de synthèse faible, limitée à une condensation intermédiaire entre le glucose et l'amidon, c'est-à-dire aboutissant à des sucres à
(1) Mazé. Les échanges nutritifs chez les végétaux. C. R. Ac. Sc., Paris, CLIX, pp. 809-811.
petite molécule, solubles, dédoublables par l'invertine et plus ou moins voisins du saccharose.
L'absorption étant nulle ou tout au moins très affaiblie, les échanges osmotiques ne sont plus possibles, le courant migrateur se trouve arrêté, d'où accumulation de sucres solubles dans les feuilles.
Il semble donc que le froid, dont d'influence hydrolysante sur l’amidon et l'inuline est nettement établie, est sans action sur le saccharose ou ses isomères.
Des recherches actuellement en cours sur les tubercules de Pomme de terre soumis à de basses (températures m'amèneraient aux mêmes conclusions. Ces résultats paraissent à première vue en opposition avec les conclusions de Saillard (1) dans ses recherches sur les Petteraves, où l’auteur démontre que les tubercules altérés par le froid sont ceux qui contiennent le plus de sucres réducteurs et le moins de saccharose. Cette contradiction n’est qu'apparente et la destruction du dissaccharide n’est en aucune façon l'effet direct des basses températures.
Les racines considérées ont subi le gel et le dégel et, à la suite de l'élévation de température, il s’est produit des fermentations multiples aboutissant en particulier à la production d'acides. Or le saccharose est très sensible à l’action de ces derniers et, comme le reconnait Saillard lui-même, l'inversion du sucre ne doit pas être imputée au froid, mais aux acides organiques de fermentation.
La similitude des lois de variation de l’amidon et des glucosides, ces derniers renfermant une forte proportion de substances mucilagineuses ou tout au moins de pentosanes, la coïncidence parfaite des maxima de printemps et des minima d'hiver pour ces deux groupes de substances, paraît établir une certaine relation entre la présence de ces composés carbonés et l'assimilation chlorophyllienne.
Quant aux hydrates de carbone à grosse molécule, ils restent en quantité sensiblement constante dans les feuilles persistantes étudiées pendant l'été et l'automne; c’est l'époque de l'édification des réserves dans la tige et les racines et la totalité des sucres résultant
(1) Sainzarp. Dosage du saccharose dans les Betieraves ayant subi le gelet le dégel. G. R. Ac. Sc.. Paris T. CLX, pp. 360-863.
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e la synthèse chlorophyllienne (sauf bien entendu la petite quantité nécessaire à l'entretien de la vie des parenchymes de la plante) vient s’accumuler dans les organes vivaces du végétal.
En hiver, l'amidon disparait totalement des feuilles (Zierre) ou persiste en quantité assez considérable même par les froids les plus rigoureux {Laurier-cerise) ; il semble par suite que l'hydrolyse partielle ou totale de l’amidon à cette époque n'est pas le simple fait de l’abaissement de température.
Au printemps, il v a régénération ou augmentation rapide des composés amylacés, et chez le Lierre en particulier dans une forte proportion, les feuilles ne paraissant pas se ressentir de la forte consommation de la plante en hydrates de carbone résultant du développement des jeunes organes ; dans ce cas, ce sont surtout les réserves accumulées dans la tige et la racine, comme l'a établi Leclerc du Sablon, qui sont utilisées.
À partir de Juin, pour le Zäerre (on a vu pour quelles raisons), dès Juillet pour le Laurier-cerise, les polysaccharides en général et l’'amidon en particulier, sont en régression dans les feuilles. Ces substances sont solubilisées en partie et vont contribuer : 1° à la reconstitution des réserves dans la lige et la racine ; 2° à la maturation des fruits. Les feuilles tombent à ce moment, à leur taux minimum en sucres simples et complexes, ce qui semblerait paradoxal, étant donné l’activité de la végétation au début de l'été dans la région parisienne.
En somme, les lois générales de variation des substances hydrocarbonées établies par Fischer et Leclerc du Sablon pour la tige et la
“racine s'appliquent aussi dans leurs grandes lignes pour les feuilles, mais avec des caractères beaucoup moins accusés et quelques oscillations, ce qui s'explique par ce fait que les feuilles; contrairement à ce qui à lieu pour la racine ét surtout pour la tige, ne jouent qu'exceptionnellement le rôle d'organes de réserve. Cependant cette dernière fonction apparait nettement au printemps.