INTERPRÉTATION DES RÉSULTAT
Rien ne paraît plus compliqué que d’expliquer ce qui se passe au sein des molécules des protéines sériques. Il est donc bien difficile d'interpréter les modifications que M: Jonnarp et ses collaborateurs ont observées et que nous avons pu vérifier par la suite. d
Comment expliquer cet « abaissement paradoxal » de l'indice de réfraction qui semble être normal, puisque c’est le schéma qu’on rencontre chez tous les sujets que nous avons l’habitude de considérer comme normaux ?
En ajoutant du sel dans un sérum, le nombre de ses molécules devrait forcément augmenter entrafnant une élévation de la concentration du milieu, et par conséquent l'indice de réfraction devrait aussi augmenter.
Or, nous avons pu constater le contraire. En ajoutant de petites doses de NaCL, de l’ordre de 0 mgr. 10 et O0 mgr. 20 par cc. de sérum, l'indice de réfraction diminuait. Qui dit diminution de l’indice, dit diminution de la concentration et, par conséquent, diminution du nombre des molécules. N'est-ce pas une contradiction ? .
ET
Diverses hypothèses ont été émises pour expliquer cet « abaissement paradoxal ».
Nous en reproduisons quelques-unes :
M. JonnarD avait recherché ce que donnait à l’interféromètre l'addition de glucose dans le sérum et 1l a trouvé une augmentation de l’indice de réfraction supérieure à celle qu’aurait dû produire l'addition de la fraction de glucose. Il émet à ce sujet trois hypothèses possibles :
1) On peut supposer l'existence d’une réaction chimique entre la substance additionnée et les constituants du sérum.
Or, une nouvelle réaction chimique peut, soit diminuer, soit augmenter la concentration d’une substance donnée.
2) Cette hypothèse admise, la nouvelle substance issue d’une réaction chimique serait répartie d’une façon hétérogène dans le sérum.
3) Dernière hypothèse, qui suppose l'existence d’une phase solide (structure colloïdale) dans le sérum où le sucre serait uniformément réparti entre les particules en suspension.
Hypothèse de fragmentation des molécules sériques.
M. Lecomre pu Nouy, en étudiant les modifications qui se produisent dans le sérum par le chauffage à 569, a expliqué ces phénomènes par une pénétration des molécules d’eau à l’intérieur de l’édifice protéique, en changeant ainsi sa symétrie structurale.
Peut-on admettre qu’il y a de la même façon pénétration des molécules de sel à l’intérieur de l'édifice protéique ? Cette pénétration aurait pour conséquence un regroupement des molécules en molécules plus grosses. Il en résulterait une diminution de leur nombre et parallèlement un abaissement de la concentration, et par suite de l'indice de réfraction.
Cette hypothèse permettrait d'admettre que les protéines des rétentionnistes d’eau sont plus avides de sel que celles des sujets normaux et expliquerait : les diminutions exagérées de l'indice de réfraction rencontrées chez eux. |
La conséquence clinique de cette avidité des protéines sériques pour le sel est l’appel d’eau, qui passe dans les espaces lacunaires et donne une infiltration des tissus facilement perceptible à l'examen.
Quel est le facteur qui joue ici ? Est-ce Na ou C1 ?
MM. Bium et Van CaULAERT ont montré en 1925 (Compte rendu de la Société de Biologie, 93 p. 283), en dosant dans le sang CI, Na, et l’eau, qu’on pouvait faire varier le rapport en faisant subir au sujet un régime hypo ou hyperchloruré.
Ils concluent >
19 Entre l’eau et la teneur en chlore il ÿ à antagonisme marqué ; à la période de concentration sanguine la plus élevée correspond le taux de chlore le plus fort ; avec l’abaissement du chlore le sang se dilue ;
29 Il y a parallélisme entre la teneur en eau et la
teneur en sodium ; au taux le plus fort de sodium correspond la concentration la plus forte du sang ; avec le relèvement de Na le sang se dilue.
Le sang se dilue donc en raison directe de sa teneur en sodium et en raison indirecte desateneur en chlore.
C’est en somme l’ion Na qui retient l’eau, ce qui explique d’ailleurs l'application du caleium comme diurétique préconisée par BLum, à cause de l’antagonisme qui existe entre Ca et Na. L’ion Ca déplace lion Na, qui, en s’éliminant, entraîné#de l’eau.
On peut observer les modifications de Na et Cl en les dosant dans l’urine. Normalement, le rapport
Na ; ÿ à :
a St égal à 1. L’abaissement de ce quotient tra-
duit donc une rétention de Na, et, par conséquent, un trouble du métabolisme de l’eau, ce qu’on rencontre dans les oedèmes.
Inversement on a dans certains cas de résorption d’eau, après les crises où on assiste à des décharges chlorurées, une surélimination de Na et on voit (crise pneumonique par exemple), alors le quotient augmenter.
L'hypothèse de fragmentation moléculaire permettrait également d'expliquer les phénomènes que nous avons observés dans les sérums des dysthyroïdiens.
Les protéides sériques étant altérés ne sont pas capables de résister à l'introduction d’une substance étrangère aussi minime soit-elle. Les micelles se fragmentent et cherchent à se regrouper, à se repolymé-
Re
riser ; n’étant pas très stables elles se reforment en plus petites, leur nombre augmente. Ceci fait augmenter la concentration, et ilen résulte tout naturellement une élévation de l’indice de réfraction.
On pourrait donc interpréter une augmentation de l'indice de réfraction par l’adjonction des quantités minimes de sel comme une altération des protéines sériques. Plus cette augmentation est importante, plus l’altération est profonde.
Il est à ce sujét intéressant de constater la réaction anormale du sérum de vieillard en présence de quantités minimes de NaCl, réaction qui traduirait dans ce cas le vieillissement des protéines.
Bien entendu il s’agit là d’hypothèses qui demandent encore à être confirmées ; mais elles paraissent donner quelques explications sur les phénomènes cliniques qu’on observe en corrélation avec les modifications des protéines sériques en présence du chlorure de sodium.