SUBSTITUTION DE
heure est-il? — 4 heures < comme si elle faisait traîne' il faut queje me lève 1 allon;
Allons, tourne-toi. (Elle fait semblant de traire une vache.) — « Laisse-moi tranquille, Gros-Jean. Voyons, Gros-Jean, laisse-moi tranquille, ■ que je te dis!... Quand j'aurai fini mon ouvrage. Tu sais bien que je n'ai pas fini mon ouvrage... Ah! oui, oui! plus tard... »
En actrice. -Sa figure prend un aspect souriant, au lieu de l'air dur et ennuyé qu'elle avait toutà l'heure. « Vous voyez bien ma jupe. Eh bien, c'est mon directeur qui l'a fait rallonger '. Ils sont assommants, ces directeurs. Moi, je trouve que plus la jupe est courte, mieux ça vaut. Il y en a toujours trop, simple feuille de vigne. Mon Dieu, c'est assez! Tu trouves aussi, n'est-ce pas, mon petit, qu'il n'y a pas besoin d'autre chose qu'une feuille ds vigne? Regarde donc cette bringue de Lucie; a-t-eile des jambes? hein! — Dis donc, mon petit (elle se meta rire), tu es bien timide avec les femmes, tu as tort. Viens donc me faire une petite visite, et apporte-moi quelque chose. »
Engénéral: « Passez-moi une longue-vue, C bien! c'est bien! — Où est le commandant du j: mi°r zouave? — II y a là des Kroumirs! je les \ qui montent le ravin... Commandant, prenez i compagnie et chargez-moi ces gens-là. Qu'on prei aussi une batterie de campagne ! — Ils sont bons, zouaves! Comme ils grimpent bien! — Qy'esi que vous me voulez?... Comment, pas d'ordre?
^ar/ '.J C'est un mauvais officier, celui-là; il ne rien faire. — Vous, tenez... à gauche. Allez vite, (A part.) Celui-là vaut mieux... ce n'est pas enc tout à fait bien. (Haut.) Voyons, mon ctieval, n épée ! (Elle fait le geste de boucler son épée à la cx ture.) Avançons! Ah! je suis blessé!... »
Enprëtre : Elle s'imagine être l'archevêque de Pa sa figure prend un aspect très sérieux, sa voix d'une douceur mielleuse et traînante qui contn avec le ton rude et cassant qu'elle avait dans l'ob tivation précédente. (A pari.) « Il faut pourtant ■ j'achève mon mandement. (Elle se prend la tête e. Us mains et réfléchit. — Haut.) Ah ! C'est vous M sieur le grand vicaire; que me vouiez-vous? Je voudrais pas être dérangé... Oui, c'est aujourd'
le I" janvier, et il faut aller à la cathédrale. Toute cette foule est bien respectueuse, n'est-ce pas. Monsieur le vicaire. Il y a beaucoup de religion dans le peuple, quoi qu'on fasse. Ah! un enfant! qu'il approche, je vais le bénir. Bien, mon enfant. » (Elle lui donne sa bague imaginaire à baiser.) Pendant toute cette scène, avec la main droite, elle fait à droite et à gauche des gestes de bénédiction... — « Maintenant, j'ai une corvée : il faut que j'aille présenter mes hommages au Président de la République... — Monsieur le Président, je viens vous offrir tous mes vœux.* L'Eglise espère que vous vivrez de longues années ; elle sait qu'elle n a rien à craindre, malgré de cruelles attaques, tant qu'à la tête du gouvernement de la République se trouve un parfait honnête homme. » (Elle se tait et semble écouter avec attention, — A part.) « Oui, de leau bénite de cour. Enfin!... Prions!... » Elle s'agenouille.
En religieuse : Elle se met aussitôt àgenoux et commence à réciter ses prières en faisant force signes de croix, puis elle se relève : « Allons à l'hôpital ; il y a un blessé dans cette salle. — Eh bien, mon ami, n'est-ce pas que cela va mieux ce matin? — Voyons, laissez moi défaire votre bandage. (Elle fait le geste de dérouler une bande.) Je vais avec beaucoup de douceur, n'est-ce pas que cela vous soulage? — Voyons!
mon pauvre ami, ayez autant de courage devant la douleur que devant Tennemi... »
On pourrait encore citer, ajoute M. Ch. Richet, d'autres objectivations de A... soit en vieille femme, soit en petite fille, soit en jeune homme, soit en cocotte. Cependant les exemples donnés sont suffisants pour qu'on se fasse quelque idée de cette transformation absolue de la personnalité dans tel ou tel type imaginaire. Ce n'est pas un simple rêve, c'est un rêve vécu.
Les objectivations de B,.. sont tout aussi saisissantes que celles de A... En voici quelques-unes :
En général: Elle fait << hum, hum! » à plusieurs reprises, prend un air dur et parle d'un ton saccadé... « Allons boire! Garçon, une absinthe! Qu'est-ce que ce godelureau? Allons, laissez-moi passer. — Qu'est-ce que tu me veux? (On lui remet un papier; elle griffonne quelque chose d'illisible.) Vous remettrez ça au capitaine adjudant-major. Et filez vite. »
En matelot: Elle marche en titubant, comme le matelot qui descend à terre après. une longue traversée. «Ah! te voilà, ma vieille branche! Allons vadrouiller! »
En vieille femme : On lui demande : « Comment allez -vous? » Elle baisse la tête en disant: « Hein! Parlez plus haut; j'ai l'oreille dure. » Elle s'assoit en geignant, tousse, se tâte la poitrine, les genoux.
en se disant à elle-même : « C'est les douleurs ! Aïe ! Aïe!... — Ah! vous m'amenez votre fille! Elle est gentille cette enfant. Embrasse-moi, mignonne, et va jouer. — Avez-vous un peu de tabac? >>
En petite fille * : Elle parle comme une petite fille de cinq à six ans : « Je veux :(oiier. Raconte-moi quelque 505^. Jouons à cache-cache »,etc. Elle court en riant, se cache, fait coucou. Ce jeu dure près d'un quart d'heure ; il est remplacé par colin-maillard, puis cachetampon, etc. Ensuite elle veut jouer à la poupée, la berce. On lui fait raconter l'histoire du Petit Chaperon Rouge ; elle dit que c'est très joli, mais triste. On lui demande si c'est moral, et elle répond qu'elle ne sait pas ce que c'est que moral. Elle ne veut pas raconter d'autre histoire, se fâche, tire la langue, pleure, tape du pied, etc., ne veut pas d'un polichinelle parce que c'est un joujou de petit garçon, dit qu'elle sera bien sage, demande sa poupée ou des confitures.
On peut donner à un sujet les objectivations les plus variées. Toujours le sujet se compose une physionomie, une attitude et répond suivant le rôle qui lui est iassigné.
Toutes ces expériences permettent de penser que
^ Cette objectivation a duré une heure et demie, sans que B...se soit démentie une seule fois dans son langage enfantin ou dans ses allures.
chez les personnes artificiellement endormies, cette faiblesse de sentiment est en quelque sorte la règle. Cependant l'imagination doit jouer un grand rôle; chez un de nos sujets nous n'avons pu obtenir de sérieuses objectivations, parce que c'était une jeune fille à imagination peu viye. 11 nous était difficile, pour ne pas dire impossible, de lui faire prendre le rôle de reine d'Espagne, et cependant nous pouvions provoquer chez elle avec la plus grande facilité le réveil de ses personnalités antérieures.
. Nous avons été témoins d'expériences toutes semblables qu'un de nos amis le commandant Delarue, de l'infanterie de marine, exécutait avec une grande îacilité. Il avait pour ordonnance un jeune homme très sensible à l'hypnotisme et à la suggestion. Il le transformait à son gré en toute sorte de personnages et nous nous rappelons toujours la scène comique de ce soldat transformé 'en nourrice, berçant dans ses bras, baisant tendrement un tapis roulé qu'il prenait pour son nourrisson. Il allait le coucher dans une chaise qui lui paraissait un berceau,
itant sous le rideau de la fenêtre. Enfin ne pouréussir à calmer les cris imaginaires qu'on lui it entendre, il déboutonnait sa tunique et sa che- : et lui présentait le sein.
n jour que sa cuisinière était absente, le comdant transforma son soldat en cuisinière. Celui-ci son rôle au sérieux, prépara le dîner, le servit et le temps pariait de lui au féminin, comme aurait une femme.
. de Rochas a fait des expériences de mêmeordre '. : à Benoît, sujet intelligent et bien portant : « A r de demain jeudi, vous viendrez pendant trois î ici à 5" 1/2; quand vous entrerez dans ma ibre, vous croirez être mon fils Henri, et vous ne ^-iendrez Benoît qu'en sortant de ma chambre. » : jeudi, à 5" 1/2, Benoît arrive, il entre dans la on sans sonner, contrairement à ses habitudes, te rapidement l'escalier, entre dans la chambre, 'asseoir devant la table de Henri absent depuis mois, en disant :
[e viens de faire une bonne promenade (ce qui lexact). — Avec qui étais-tu? — Avec M... (un de Henri qu'il connaît à peine); il m'a prêté
de Rochïi, lUviu pbihsapbiqut, mars 1887 et juillet 1887. — Les
ce livre (un livre qu'il tient à la main). — As-tu rencontré Benoît? Non, voilà bien trois mois que je ne l'ai vu.» Passant dans une pièce où est réunie la famille, il s'assied près du feu, cause avec sa maman, avec sa sœur, avec son petit frère Louis, en le tutoyant comme fait Henri. S'apercevant que M. de Rochas est debout, il se lève et lui offre son siège : « Je te « demande bien pardon, papa. » M. de Rochas prie Benoît de l'accompagner dans une course; dès qu'ils ont passé le seuil de la porte, il reprend son individualité et dit « mon commandant ».
Voici une expérience d'un autre ordre. On "a voulu voir si les mathématiciens aliénés perdent le sens des vérités nécessaires et font, par exemple, de fausses démonstrations dont ils ne peuvent reconnaître Terreur. On a songé que, à défaut d'un tel renseignement, il serait intéressant d'étudier les suites de la suggestion d'une erreur mathématique. M. de Rochas a donc suggéré à son sujet Benoît que 3 et 2 font 4, puis il lui a fait faire quelques calculs, où l'erreur suggérée a produit le résultat prévu. La réalité de la suggestion étant ainsi bien établie, M. de Rochas lui a démontré que 3 et 2 font 5 et non 4, ce que Benoît a compris. Dans cette expérience, il ne s'est produit qu'une perversion de la mémoire, la faculté de raisonnement persistant dans son intégrité. 11 serait intéressant de
poursuivre dans cet ordre d'idées avec un sujet possédant une instruction mathématiqueun peu développée.
M. Bernheim * a fait des expériences à peu près concordantes avec celles que nous venons de citer. 11 fait perdre à certains somnambules le sentiment de leur personnalité en la transformant en une autre.
Chez Cl... rien de plus facile que de lui communiquer des illusions relatives à sa personne. On lui dit: « Tu as six ans, tu es un enfant, tu vas Jouer avec lesgamins ». Le voilà qui se lève, saute, fait le geste de sortir des chiques de sa poche, les aligne convenablement, rriesure la distance avec la main, vise avec soin, court les remettre en série, et continue ainsi indéfiniment son jeu avec une activité, une attention, une précision de détails surprenante. 11 joue de même à l'attrappe, au saut de mouton, sautant successivement en augmentant chaque fois la distance, par-dessus un ou deux camarades imaginaires, avec une facilité dont il ne serait pas capable, vu sa maladie, à Tétat de veille.
On lui dit : « Vous êtes une jeune fille. » H baisse la tête modestement, ouvre un tiroir, en tire une serviette, fait semblant de coudre. Quand il en a assez.
i Bernheim, De la suggestion et de ses applications à la thérapeutique^. Paris, 1886.
il va à une table sur laquelle il tapote, comme pour jouer du piano.
On lui dit : <c Vous êtes un brave et saint curé. » Il prend un air illuminé, regarde le ciel, marche en long et en large, lisant son bréviaire, faisant le signe de la croix, le tout avec un sérieux et une apparence de réalité qui défient toute idée de simulation.
On le transforme en animal : « Vous êtes un chien. » Il se met à quatre pattes, aboie, fait mine de mordre, et ne quitte cette posture que quand on lui a rendu le sentiment de sa vraie personnalité ou qu'on lui en a donné une autre.
Cl..., qui est timide de son naturel et n'a pas. la parole facile, fait son rôle presque comme une pantomime, il parle peu. Quand on lui endosse une personnalité au-dessus de ses rnoyens, il essaye en vain de la réaliser. Un jour on lui dit : « Vous êtes un avocat, vous avez la parole très facile, vous êtes très éloquent. Voici Taccusé devant vous. Défendez-le. Vous êtes au tribunal. » Il se place debout, lève les bras et commence : « Le condamné que je dois défendre... » Le reste ne vient pas, il balbutie, s'arrête honteux, sa tête tombe, il s'endort comme épuisé par l'impossibilité de continuer ce rôle.
Chez aucun de ses sujets, M. Bernheim n'a vu, d'ailleurs, la suggestion hypnotique exalter à un degré
extraordinaire, comme le prétendent quelques-uns, les facultés intellectuelles, ni créer d'emblée des aptitudes nouvelles. Il croit que la concentration de tout l'individu psychique vers l'idée suggérée peut augmenter la sagacité, développer une clairvoyance limitée à la sphère d'idées évoquées, plus grande qu'a l'état de veille, mais jamais il n'a vu nettement un phénomène intellectuel dépassant la mesure normale. Il n'a pu rendre avocats ou prédicateurs éloquents des sujets non doués naturellement du don de l'éloquence.
Chaque somnambule a son individualité propre. Automate dirigé par une volonté étrangère, il agit avec sa machine et répond aux suggestions cornme il les conçoit, comme il peut, comme il lés interprète.
G. M... est une blanchisseuse, âgée de cinquantequatre ans, excellente somnambule, suggestible à l'état de veille et de sommeil. D'une intelligence remarquable, elle conçoit avec une mimique des plusexprestives, avec une vérité des plus saisissantes, tous les actes qu'on lui suggère, elle s'identifie en vraie artiste avec les rôles qu'on impose à son imagination.
On lui dit : « On va vous ramener à l'âge de vingt ans, vous êtes jeune, vous êtes chanteuse, vous allez faire votre entrée au casino (café chantant) et vous chanterez une chansonnette comique. — Oh ! ce n'est pas possible ! Vingt ans, moi je suis vieille ! —
Dans deux minutes vous aurez vingt ans ! Vous allez vous sentir transformée. » Elle se recueille, et, au bout de deux minutes : « Que c*est joli, c'est magnifique ! » Elle arrange son fichu, prend un air souriant : « C'est très beau, cela! Cest splendide! » Elle se redresse dans son lit: « Oh ! Oh ! Voilà Monsieur le directeur. A qui donc ? » Et, adressant la parole à une camarade imaginaire : « Est-ce à toi ou à moi ? Est-ce ton tour ou le mien ? Allons ! il faut bien que Tune de nous paraisse. Eh bien! j*y vais; la sonnette! Monsieur! qu'est-ce qu'il faut chanter? je ne sais pas ce qui est inscrit sur le répertoire. Oh! n'importe quoi. » Elle salue trois fois gracieusement et chante avec gestes et intonations expressives : Mes amour s, je suis née en Bretagne, etc., et la chansonnette terminée, elle salue, fait une profonde révérence puis étend la main pour saisir quelque chose qu'on lui offre: « Oh! le beau « bouquet. Parce que c'est ma fête ! Cest gentil. » Et se tournant vers sa voisine : « Ah ! tu as vu. »
On lui dit que dans une minute elle sera un charretier ivrogne. Elle se frotte les yeux, et au bout d'une minute se dresse sur son séant ; le tronc courbé en arrière, la main étendue, elle allonge un coup de fouet : « Allons! Euh! Allez! Hue! Hue! Allons! Hue donc! Hue! Hoh! Heu iou! Vieille bigue ! » Et prenant les brides imaginaires : « Vas-tu te coucher !
Vf'^
t SUBSTITUTION DE LA PERSONNALITE
ons! Yoh! YohI Yoh! Uh! C'est que je ne vois ; bien non plusl Eh! toi, là-bas, gamin, passe ton :min. »
ï Et maintenant, lui dit-on, vous voilà une grande ne, dans votre carrosse, avec un laquais. » Elle nd nn air digne, grave, dédaigneux, s'incline en iére, s'adosse sur son siège, se recouvre soigneulent avec la couverture du lit, croise les bras, :c majesté, et d'une voix brève et digne ; « Quel
temps! Temps splendide, Joseph! Conduisez-moi qu'à la cascade. Faites attention. Allez au pas. » ; salue de la main, sourit à diverses personnes, in voilà du monde! En voilà du monde! » Elle te silencieuse , l'air fier et dédaigneux pendant IX minutes. Puis : « Ah! retournez, faites atten- 1. »
Dn la transforme en caporal : « Oh ! oh ! caporal ! el régiment donc? je suis une femme. — Vous •z être transformée en homme et en caporal. Tous ; hommes sont là. Vous êtes à leur tête. » Elle md une minute environ pour évoquer son rôle, s, se redressant : « Voyons donc, conscrits, tenez is mieux que cela. Levez la tête. Allez! Alignent! Là! Bien! Attention au commandement! Por-
arme ! Arme au bras! Arme sur l'épaule gauche! ons, alignement! Ne restez pas en arrière, vous.
Redressez-vous. Si vous ne vous tenez pas mieu vous mets à la salle de police. Une, deux! 1 deux! Allez donc ! Voilà un triste métier. »
S..., âgé de trente-neuf ans, est un ancien serj actuellement ouvrier aux hauts fourneaux. Ble; Patay, par un éclat d'obus au cuir chevelu, il [ sur la tête une cicatrice profonde. On lui dît : « ^ êtes en 1870, sergent à la tête de votre compag vous êtes ii la bataille de Gravelotte. » 11 réfléchi instant comme pour vérifier ses souvenirs; cei renaissent, deviennent images, et s'imposent avec saisissante réalité. Il se lève, appelle les hommt sa compagnie, commande, marche, les dispose l'action ; l'ennemi est là ! 11 se couche, épaule fusil, tire plusieurs fois de suite; quelques-uns d^ soldats tombent; il ranime le courage des aut «. Allons! courage! Abritez-vous derrière ce buis Allons, ii faut nous retirer! C'est la retraite, il exécute avec ses hommes toutes les péripétie la lutte, telles que son souvenir les lui retrace.
On le remet au combat de Patay, où un éclat bus l'atteint au crâne. Il tombe, reste sans pro un mot, porte la main sur sa tête, ne bouge Puis il revient à lui, demande le médecin, se porté à l'ambulance, appelle un infirmier pour q Je panse, etc.
S..., en revivant cette partie de son existence, fait à la fois les questions et les réponses; il parle pour lui comme pour les autres, comme s'il faisait un récit. On le transfère à Dijon où il était en garnison : «Tiens, caporal Durand. Comment vas-tu? — Pas mal, et toi? D'où viens-tu comme cela? — Je viens de congé; j'étais à Saverne. — Et toi, B..., toujours le même! — Je ne change guère. — Tu es toujours en salle de police? — Plus souvent qu'à mon tour. — Allons au café prendre un bock. » Il cherche des chaises, prie ses camarades de s'asseoir, appelle le garçon, commande des bocks et continue à parler de toute espèce de choses avec ses compagnons, parlant à la fois pour lui et pour eux.
On lui fait voir son ancien colonel, le général Vincendon. 11 se lève, salue : « Bonjour, mon colonel. — Bonjour mon garçon ; toujours le même ! Tu es guéri de ta blessure. Tu n'as pas de médaille, pas de pension ! — Non, mon colonel. » A son réveil, le souvenir de tout ce qui s'est passé est absolument éteint.
M. Bernheim fait remarquer que ce sujet rêve le drame suggéré, se voyant pour ainsi dire lui-même dans son ancienne existence avec ses camarades, répétant à haute voix ce que ceux-ci lui disent, ce qu'il leur répond, gesticulant et mimant comme s'il était en action ; spectateur et acteur à la fois.
srait d'être placé à côté des cas de que de ceux de substitution de la a eu des hallucinations données, mais lose de plus : c'est le rappel des sou- .'avons laissé à cette place, c'est pour dissociation des différents changesonnalité n'est pas faite dans l'esprit its.S..., en effet, quand il est blessé, 1 cœur ne bat pas'plus vite; c'est un qu'il voit et sent agir.
■nés pas d'accord avec M. Bernheim pare au délire que l'on observe chez es atteints de fièvre typhoïde qui, ntée par des rêves morbides, parlent ux et pour les autres, répétant successivement les questions de leurs interlocuteurs et leurs propres réponses.
Nous sommes de l'avis de M. Bernheim, au contraire, quand il assimile les autres cas aux phénomènes qui se produisent dans le rêve physiologique. Au même moment, nous sommes nous-même et un autre, comme le somnambule qui se croit transformé en chien et répond avec sa voix humaine aux questions qui lui sont adressées.
Les hallucinations du somnambulisme ne sont en réalité que des rêves provoqués; l'image produite est
plus OU moins vive, la conscience de l'idenlité peut persister plus ou moins confuse à côté du rêve, sans que le rêveur soit frappé de la contradiction. II faut ajouter que dans certains de nos rêves, nous nous croyons revenus au temps de notre jeunesse. Les êtres qui ne sont plus, nous les revoyons, nous causons avec eux, et en même temps le sentiment du moment présent n'est pas perdu; quelquefois il est assez distinct pour que nous nous disions à nousmêmes : « Ce n'est qu'un rêve. » A côté de toutes les divagations des songes, il y a des souvenirs qui revivent et redeviennent images. C'est peut-être parce qu'il y a un mélange de vrai et de faux que la modification de la personnalité n'a pas été suffisamment dissociée jusqu'à ce jour.
MM. Ferrari, Héricourt et Ch. Richet ont entrepris des essais de graphologie expérimentale. C'est en étudiant les documents recueillis par Michon et les graphologues que l'idée leur est venue de chercher à établir que l'écriture est sous la dépendance directe des états permanents ou passagers de la personnalité.
au même titre que le geste en général, dont el être considérée comme une variété particulier
En d'autres termes, les mouvements qui la main de l'homme qui tient une plume aur même origine, la même nature et la même si] tion que ceux qui déterminent ses allures géi et animent son visage pour lui constituer sa | nomie particulière. Mais cette hypothèse, tou semblable qu'elle fût, demandait à être ver prouvée expérimentalement.
L'emploi des suggestions hypnotiques se pn naturellement pour fournir cette preuve. E:
dans ce cas, l'expérimentateur peut facilemen fier les états de la personnalité, ainsi que première fois l'a indiqué M, Ch. Richet'.
Si la forme de l'écriture est réellement dépendance des états de conscience et de nalité, à chaque personnalité différente di respondre une écriture différente. Les résu l'expérimentation ont confirmé cette piévisioi
On prend un jeune étudiant en médecine, f âgé de dix-neuf ans et absolument ignorar graphologie; on a son écriture normale. On
successivement à M. X... qu'il est un paysan madré et retors, puis Harpagon, et enfin un homme extrêmement vieux, et on lui met la plume à la main. En même temps qu'on voit les traits de la physionomie et les allures générales du sujet se modifier et se mettre en harmonie avec l'idée du personnage suggéré, on observe que son écriture subit des modifications parallèles, non moins accentuées, et revêt également une physionomie particulière à chacun des nouveaux états de conscience, en un mot, le geste scripteur.
D'autre part, on suggère à une dame dont on connaît récriture normale qu'elle est Napoléon, puis on la ramène à Tâge de douze ans. Deux écritures bien différentes correspondent encore à ces deux états de personnalité.
Nous avons prié M. le commandant Delarue, dont nous parlions plus haut, de renouveler cette expérience de graphologie; voici le récit qu'il veut bien nous en donner :
« Au nombre des différents sujets quej'ai trouvés à Rochefort, le soldat Ch... dormant d'un sommeil somnambulique profond me paraît devoir répondre à cette expérience du changement d'écriture.
« Un jour qu'il venait chez moi pour mon service, je lui demandai sans autre préambule de se mettre à mon bureau pour m'écrire ce qu'il voudrait sur une
feuille de papier, car je désirais savoir comment il écrivait ; ce qu'il fit aussitôt;
« Le soldat Ch..., natif de la campagne ety ayant reçu une instruction des plus élémentaires, me montra des caractères ressemblant à tous ceux tracés par les soldats de cette classe de la société. Le sujet, tiré .d'un règlement militaire, était émaillé de pas mal de fautes d'orthographe. Je pris le papier que je serrais
« Ensuiteje fixai mon sujet pendant sept à huit ser condes, et après je lui dis : Vous n'êtes pas soldat, mais professeur d'écriture, venu à Rochefort pour vous y installer comme tel et donner des cours particuliers à la jeunesse de la ville. Vous allez par suite m'écrire de votre plus belle main une circulaire annonçant à la population votre arrivée et votre but.
« Je m 'assurai aussitôt de la certitude de la suggestion en lui adressant quelques questions sur ce qu'il était. Son ton d'assurance en me répondant, m'apprenant qu'il sortait d'un lycée de Paris pour venir enseigner à Rochefort, contrastait trop avec son attitude de quelques minutes avant pour me laisser des doutes sur l'efficacité de la suggestion.
« Séance tenante, il me fit une espèce de circulaire dans le sens indiqué, et laissant à désirer tant sous le rapport du style que de la correction du français, car si la suggestion peut faire changer le caractère de
l'individu, elle n'a pu jusqu'ici donner la science à quiconque ne la possède point.
« Mais ce qui ma frappé, c'est le changement notable des caractères. Le soldat Ch... me présenta une écriture anglaise avec pleins et déliés bien tracés ; les caractères, couchés régulièrement, semblaient ne pas avoir été tracés par la même main.
«Je serrai de nouveau cet écrit; ensuite, fixant mon sujet comme précédemment pendant sept à huit secondes, je lui dis : Vous n'êtes plus professeur d'écriture, mais docteur en médecine.
« Aussitôt engageant une conversation avec mon sujet, je m'assurai par ses réponses qu'il était convaincu d'être médecin à Rochefort. Je lui dis de m'écrire une ordonnance pour le pharmacien, destinée à un malade fiévreux et dysentérique. Le nouveau docteur, le menton appuyé sur la main, cherchait dans sa mémoire ce que Ton donnait pour ce genre de maladie, et je dus venir à son secours pour le mettre sur la voie du laudanum et du sulfate de quinine. Mon docteur aussitôt tiré d'embarras reprit son aplomb et me répondit : (( Ah c'est juste, j'en donne journellement à «mes malades. » Restait à déterminer la dose, ce qu'il fit d'un ton convaincu, soit : 50 gouttes de laudanum dans un verre d'eau et 10 grammes de sulfate de quinine (sic).
« L'ordonnance fut écrite séance tenante. En la prenant de ses mains, je lus des caractères mal formés et et à peine lisibles; et comme je lui en faisais la remarque, il répondit sans hésiter : « Oh ! nous autres « médecins, nous sommes tous comme cela, nous « écrivons mai! »
« Je mis de côté ce troisième écrit, puis soufflant une fois seulement sur ses yeux qui étaient toujours ouverts puisque ces suggestions étaient faites à Tétat de veille, je le rendis immédiatement à son état normal.
«je lui présentai alors son premier écrit qu'il se rappplla fort bien avoir tracé sur ma demande, étant assis à mon bureau. Quant à la circulaire du professeur, et à l'ordonnance du médecin que je lui montrai, il nia naturellement les avoir écrites et ne reconnaissait pas cette écriture; ce qu'il avait dit et fait était ignoré de lui, conséquence du reste bien connue d'une suggestion de ce genre*. »
La première conclusion à tirer de ces expériences, c'est qu'elles démontrent que les variations de l'écriture sont/?«^//(}« des changements delà personnalité. Par cela même est établi le principe de la réalité possible de la graphologie.
I Nous regrettons bien vivement que ces spécimens d'écritures différentes aient été égarés, ce qui nous empêche de les reproduire ici.
Elles démontrent en outre sa réalité effective, en ce sens que lesvariations de 1 écriture, observées parallèlementaux variations de la personnalité, reproduisent, dans leurs traits généraux du moins, les signes caractéristiques attribués par les graphologues aux diverses personnalités suggérées.
MM. Ferrari, Héricourt et Ch. Richet se bornent à faire remarquer que les changements opérés dans l'écriture ont porté : i"* sur les dimensions des lettres; 2"* sur leur contexture; 3° sur l'épaisseur des traits; 4* sur leur direction générale. Il reste à vérifier ou à établir les lois de ces variations, et à les expliquer physiologiquement.
Quoi qu'il en soit, ces expériences de graphologie expérimentale offrent un moyen bien simple de contrôler et d'apprécier les observations des graphologues, moyen qui consiste à soumettre des écritures à ces observateurs et à leur proposer le diagnostic des personnalités suggérées.
Enfin ces expériences comportent une troisième conclusion, à savoir que les spirites qui arguent de ces écritures différentes des médiums écrivains pour affirmer l'existence réelle de personnes différentes qui guideraient leur main, ne peuvent être admis à faire valoir ce fait à Tapui de leur système. La variabilité de la personnalité étant suffisante pour expli-
quer ces différences, Thypothèse de la variété des personnes doit être écartée.
M. Hoctès S qui d-epuis 1879 s'était occupé de gra- ;f^
phologie, a cherché à tirer des déductions des expériences de MM. Ferrari, Héricourt et Ch. Rîchet.
Il feit remarquer • que chaque sujet modifie les •contours du type prévu d'après sa personnalité parti- <:ulière. « M. X... et Harpagon ne forment qu'une seule personne ; leur personnalité et leur écriture sont identiques, sinon sur un point : Favarice. Tous les élé- .ments graphiques de l'écriture normale se retrouvent dans récriture suggérée ; cette dernière ne fait qu'amplifier, à la dernière puissance et jusqu'à la transformation, Véconomie contenue dans la première. Si M. X... eût été foncièrement et normalement prodi- .gue, la suggestion n'aurait peut-être pas abouti, ou elle aurait mis au jour un Harpagon expansif et généreux sous l'empire d'une fantaisie ou d'une passion, c'est-à-dire un Harpagon monomane.
« Même remarque peut s^appliquer au paysan madré. M. X... est un crédule, un naïf même. Comment jf^
-s'est-ril incarné dans la peau du paysan madré et retors? Non pas en employant la finesse, l'acuité de la pénétration, mais bien par la réserve, par la dissi-
^ Hoctès, Revue philosophique f septembre i886.
■■jm
2l6 SUBSTITUTION DE LA PERSONNALITÉ
mulation, par la diplomatie de Tavocat de village, toutes manières d'être dont on peut suivre la marche exagérée, en partant de récriture normale.
« Même remarque encore pour le vieillard. Les années et l'expérience de la vie ont amené quelques finesses parmi les crédulités natives, ont agacé la volonté, déséquilibré le tempérament et mis en plein jour la désillusion, mais en opérant toujours sur les données primitives.
« Ne serait-ii pas intéressant de voir récriture suggérée reproduire par anticipation la forme scripturale du sujet devenu vieux?
«La comparaison faite entre l'écriture de M*"**** telle qu'elle était réellement à l'âge de douze ans, et l'écriture actuelle suggérée, ne serait pas moins curieuse. Les traits caractéristique de l'enfance n'y sont cependant pas très accentués ; il ne serait pas facile, dans la circonstance, de diagnostiquer la personnalité obtenue. L'hésitation serait d'ailleurs légitime.
« Le type de l'avare se présente presque identiquement à l'esprit de tout le monde. On est avare ou on ne l'est pas. Si oui, le manque d'expansion sera affirmé dans toutes les manifestations de l'existence, aussi bien dans l'écriture, la physionomie, le geste en général, que dans l'entre-bâillement du porte-monnaie. Le type du paysan retors est déjà plus élastique; cha-
cun en crée le concept un peu à sa fantaisie. Cette élasticité devient plus grande encore lorsqu'il s'agit du type du vieillard ou de celui de Tenfant.
4ç M""* ***, à douze ans, était une enfant précoce, très intelligente; actuellement elle est plus rassise, moins follette, mais toujours enfant, cela dit en très bonne part. Le type bien défini n'existe pas; chacun est enfant à sa manière^ et la différence entre tel et tel enfant est considérable. Toutefois, pour entrer dans la peau d'un enfant ou d'un vieillard, on n'a qu'à s'écouter vivre, et d'après les incitations du tempérament et les souvenirs, parfois inconscients, emmagasinés dans la mémoire, on joue son personnage au naturel. Il n'en est plus de même lorsqu'il s'agit d'une personnalité qui a eu son existence propre; il est difficile de s'incarner dans le monsieur qui passe. On a grande tendance à créer son personnage de chic. La suggestion faite à M*"* *** est celle-ci : Vous serez Napoléon. Que s'est-il produit dans son entendement à l'instant de la suggestion? Rapidement elle a battu le rappel des lectures, des conversations, des anecdotes disséminées dans les dessous de son souvenir et relatives à la guerre. On lui parle de Grouchy, de l'ennemi qui déborde les lignes; l'imagination crée de suite en son entendement les concepts de lutte, de fermeté, de désespoir. M*"' *** a les cheveux châtains.
2l8 SUBSTITUTION DE LA PERSONNALITÉ
plus OU moins foncés; pour mieux lutter, elle fabrique un Napoléon à cheveux plus noirs que plats; elle le doue avec raison d!une volonté de fer, mais en même temps elle le gratifie de sa mobilité d^impression etd*une vivacité qui laissent percer le bout de l'oreille féminine. En un mot, elle s'est dit :. Grouchy, l'ennemi qui déborde les lignes, c'est grave. Dans les circonstances graves, on s'exaspère, on perd la téte^ elle a fait perdre un peu la tête à Napoléon.
« On voit donc que, même lorsque la personnalité est créée de chic, le scripteur ne se sert pas d'éléments autres que ceux qui se trouvent dans son caractère, dans son tempérament et dans sa mémoire; que le moi n'est jamais absolument supplanté ou métamorphosé. L'écriture varie suivant la sensation ou la pensée imposée au scripteur ; le fond disparaît presque sous les fioritures et les arabesques résultant de la suggestion, mais non pas au point que Ton ne puisse en retrouver la trace. »