CHAPITRE VII
L*aliénation de la personnalité doit comprendre tous les cas où Taltération est profonde et durable. A rétat normal, la personnalité est le résultat d'une coordination psycho-physiologique aussi parfaite que possible qui se maintient, malgré des changements perpétuels et des incoordinations partielles et passagères; dans certains états, la dissolution physique et mentale suit une marche progressive et se traduit par une incoordination toujours croissante, jusqu'au moment où le moi disparaît dans l'incohérence absolue et qu'il ne subsiste dans l'individu que les coordinations purement vitales, les plus inférieures, les plus simples, par conséquent les plus stables, qui disparaissent à leur tour.
On sait que Ton observe fréquemment des altéra-
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tions de la personnalité dans cer ce sont le plus souvent des épi| ques maladies et de l'aliénation i
Il est des cas où les états ps; prépondérant et paraissent être I des altérations de la personnalit vée par More! avait été livrée ; dès l'âge de quatorze ans. Sourr les angoisses de la honte et de d'autre ressource que de se jeter prostitution. Elle en fut retirée i au couvent du Bon-Pasteur, k Mi ans, et ia réaction trop vive qui ■ timents fit éclater une manie rel d'une période de profonde stupi livrée aux soins du médecin ell riodes alternatives, où elle se cr tituée et religieuse. En sortant à pidité, elle se met à travailler a avec convenance; mais elle arrj une certaine coquetterie. Puis mente, les yeux sont brillants.
danse, chante. Enfin Tobscénité de ses paroles et de ses provocations erotiques nécessitent son placement dans un quartier solitaire. Elle dit s'appeler M°** Poulmaire et donne les détails les plus cyniques sur son ancien état de prostituée. Puis après une période d'abattement, elle redevient douce et timide ; elle pousse le sentiment de la décence jusqu'au scrupule ; elle arrange sa toilette avec une sévérité extrême. L'intonation de sa voix a quelque chose de particulier. Elle parle du Bon-Pasteur de Metz et de son désir d'y retourner; elle s'appelle maintenant sœur Marthe des Cinq-Plaies, sœur Thérèse de Jésus, sœur Marie de la Résurrection. Elle ne parle plus à la première personne : « Prenez notre robe, dit-elle à la sœur, woilknoire mouchoir. » Rien ne lui appartient plus en propre (suivant les règles des couvents catholiques)... Elle voit des anges qui lui sourient ; elle a des moments d'extase.
Une folle de Charenton, d'un esprit très distingué et très ingénieux, changeait de personnage, de condition, de sexe même, du jour au lendemain. Tantôt fille de sang royal et fiancée à un empereur, tantôt plébéienne et démocrate, aujourd'hui mariée et enceinte, demain encore vierge. Il lui arrivait aussi de se prendre pour un homme; elle se figura un jour être un prisonnier politique et composa des vers à ce sujet.
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nfin dans l'observation suivante on trouve la forion complète d'une seconde personnalité. « Un lé de la maison de Vanves, dit Billod', tous les huit mois environ, laissait pousser sa barbe et se entait avec un extérieur et des manières insolites jte la maison, comme étant un lieutenant d'artilnommé Nabon, récemment arrivé d'Afrique - remplacer son frère. Il disait que, avant de parcelui-ci lui avait donné des renseignements sur
le monde, et il demandait et obtenait l'honneur ■e présenté à chacun, dès son arrivée. Le malade lit alors plusieurs mois dans un état d'exaltation loncée, conformant toute sa conduite à sa nou- ! individualité. Au bout de quelque temps, il )nç;iit le retour de son frère, qu'il disait être dans liage et qui devait venir le remplacer. Puis un
il faisait complètement couper sa barbe, chan- : d'habitude et de maintien et reprenait son véri- ! nom. Mais il présentait alors un cachet prononcé élancolie,se promenant lentement,silencieuxetsoe, lisant habituellement l'Imilalion de Jésus-Christ s Pères de l'Église, et il restait dans cet état menarticulier jusqu'au retour du lieutenant Nabon. » n a pu, dans une circonstance, constater, par le
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fait d'un traumatisme cérébral, une perturbation extraordinaire du sentiment de la personnalité. Il s'agit de l'observation publiée par M. Mesnet*. Un sergent ayant été blessé à Bazeilles, en 1870, d'une balle qui lui avait fracturé le pariétal gauche, fut atteint d'hémiplégie qui dura environ un an. Il était guéri de ces accidents quand il a présenté dans sa vie deux phases essentiellement distinctes, l'une normale, l'autre pathologique.
« Dans son état ordinaire, F..; est un homme « assez intelligent pour pourvoir à ses besoins, pour « gagner sa vie. A l'hôpital Saint-Antoine où il est « soigné, il est serviable, bienveillant, et ne donnant « lieu à aucun reproche pour sa conduite. Sa santé « générale ne laisse rien à désirer.
« La phase pathologique est différente. La transi- 4i tion de l'état normal à l'état de maladie se fait en « un instant d'une manière insensible. Ses sens se « ferment aux excitations du dehors; le moride « extérieur cesse d'exister pour lui, il n'agit plus « qu'avec le mouvement automatique de son cer- « veau. Complètement isolé du milieu dans lequel il « est placé, on le voit aller, venir, faire, agir comme
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1 Mesnet, Mémoire sur l'automatisme de la mémoire et du souvenir dans le somnambulisme pathologique, Paris, 1874.
« s'il avait le plein exercice de ses sens et de son « intelligence. Une personne non prévenue de son « état se rencontrerait sur son passage sans se douter « des singuliers phénomènes qu'il présente. Si Ton « veut diriger ses mouvements, il se soumet comme « un automate et marche dans la direction qu'on a « voulu lui donner.
« Les sentiments sont différents dans les deux états. « Dans la vie ordinaire, on n'a aucun reproche à lui « faire au point de vue de la probité; dans sa phase « pathologique, agissant sous l'influence d'une sorte « de manie du vol, il met dans sa poche, sous les « yeux mêmes des personnes qui l'entourent et de la « présence desquelles il ne se doute pas, tous les « objets de valeur qui sont à sa portée. »
Un traumatisme cérébral peut donc, aussi bien que nombre de maladies spontanées du cerveau, devenir l'origine d'une altération de la personnalité.
Une autre observation présente avec la précédente quelque analogie. Un agent de police ayant reçu de nombreux coups à la tête, on a vu son intelligence se troubler d'une façon singulière ; sans être aliéné, il croit être double, dit toujours nouSy en parlant de lui même et à table dit volontiers : Moi je suis rassasié, mais l'autre ne l'est pas; enfin il tente de se suicider pour tuer l'autre. Ce malade est devenu complètement
fou et tombé dans la démence; à l'autopsie on a trouvé une inégalité considérable entre les deux hémisphères cérébraux.
Les troubles sensoriels sont souvent Torigine d'altération de la personnalité. Cest généralement l'un des sens dont les fonctions perverties ou dénaturées, sont la cause que la personnalité est altérée, entamée, transformée*.
Pour Touïe, l'histoire de la folie religieuse fournit de nombreux exemples. Les cas les plus simples sont ceux où rétat hallucinatoire agit seul à son origine. Une femme était persécutée par une voix intérieure « qu'elle n'entendait que dans so.n oreille » et qui se révoltait contre tout ce qu'elle voulait. Sa voix voulait toujours le mal, quand elle voulait le bien. — Elle lui criait parfois sans qu'on pût l'entendre extérieurement : « Prends ton couteau et tue-toi. » — Une autre hystérique eut d'abord des pensées et proféra des mots qu'elle n'avait pas rintention de dire et qu'elle exprima bientôt d'une voix qui différait de sa voix ordinaire.
Bourru et Burot, Var. de la personn. I 5
Une jeune fille de dix-neuf ans, que Tun de nous traite en ce moment et qui est atteinte de tics convulsifs depuis l'âge de six ans, ne peut s'empêcher de répéter constamment des bruits et des mots malsonnants qui ont impressionné son cerveau la première fois qu'elle les a entendus. Elle a pour ainsi dire, deux vies qui s'enchevêtrent l'une dans l'autre : l'une normale, consciente dans laquelle elle dit ce qu'elle pense avec intelligence et en toute liberté; l'autre inconsciente, toute réflexe, qui la pousse à exprimer malgré elle des idées malsaines qui lui traversent le cerveau, avec une intonation de voix différente et avec des gestes plus ou moins bizarres. On peut voir dans ce fait comme un envahissement de la personnalité normale par quelque chose d'étranger et de parasite qui tend à Tétoufifer.
Pour la vue, les aliénations de ce genre sont moins fréquentes : « Un homme très intelligent, dit Wigan, avait le pouvoir de poser devant lui son double. Il riait très fort à ce double qui riait aussi. Ce fut longtemps ppur lui un sujet d'amusement, mais dont le résultat final fut lamentable. Il se convainquit graduellement qu'il était hanté par lui-même. Cet autre moi le chicanait, taquinait et mortifiait sans relâche. Pour mettre fin à cette triste existence, il régla ses affaires, et ne voulant pas commencer une autre année,
le 31 décembre, à minuit, il se tira un coup de revolver dans la bouche. »
M. Bail* a rapporté le fait d*un Américain qui, par des hallucinations simultanées de Touïe et de la vue, créa de toute pièce un personnage imaginaire. A la suite d'une insolation, il resta sans connaissance pendant un mois. Peu de temps après avoir repris ses sens, il entendit une voix d'homme nettement articulée qui lui dit : « Comment allez-vous? » Le malade répondit et une courte conversation s'engagea. Le lendemain, la même question est répétée. Le malade regarde et ne voit personne. « Qui êtes-vous? dit-il. — Je suis M* Gabbage » répondit la voix. Quelques jours plus tard le malade vit son interlocuteur qui, à partir de cette époque, s'est toujours présenté sous les mêmes traits et le même costume. — Gabbage devient de plus en plus tyrannique ; il ordonne à l'Américain de jeter dans le feu son journal, sa montre et sa chaîne, de soigner une jeune femme et son enfant qu'il empoisonna, enfin de se jeter par la fenêtre d'un troisième étage d'où il tomba tout meurtri sur le pavé.
Ces faits montrent un commencement de dissolution de la personnalité.
A Bail, Encéphale, 1882.
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1;^ Parfois ce sont des troubles de la sensibilité générale
qui suscitent par une action secondaire des états psychiques.
On a noté de nombreuses aberrations de la personnalité physique. On voit, sans cause extérieure, un état organique inconnu, une altération de la sensibilité, produire un sentiment d'anéantissement corporel. Au milieu de la plus florissante santé et alors qu'on est en possession d'une exubérance de vie et de force, on éprouve une sensation de faiblesse toujours croissante et telle qu'on craint à chaque instant de tomber en syncope et de s'éteindre. D'ailleurs, la sensibilité est intacte, le malade mange avec appétit et, si l'on essaye d'agir contre son gré, réagit avec une extrême énergie ; il répète qu'il se sent mourir, qu'il s'éteint peu à peu, qu'il n'a plus que quelques heures à vivre. Naturellement sur ce fond tout physique se greffent des conceptions délirantes : l'un se dit empoisonné, l'autre prétend qu'un démon s'est introduit dans son corps et « suce sa vie ».
La conséquence immédiate de l'état physique, c'est que l'individu tend à n'être plus le même. C'est une
ALIENATION DE LA PERSONNALIT!
nouvelle étape vers la dissolution du moi celle-ci soit encore loin d'être atteinte.
Ce commencement de transformation, causes toutes physiques, se rencontre auss sujetsqui se disent entourés d'un voile ou d' retranchés du monde extérieur, insensibles (et ces phénomènes s'expliquent naturelle des troubles de la sensibilité musculaire) avec délices de la légèreté de leur corps, s suspendus en l'air, croient pouvoir voler, ont- un sentiment de pesanteur dans tout dans quelques membres, dans un seul me paraît volumineux et lourd. « Un jeune é| sentait parfois son corps si extraordinairemei qu'à peine il pouvait le soulever; d'autres fois, tait tellement léger, qu'il croyait ne pas toucl Quelquefois il lui semblait que son corps ava tel volume qu'il lui serait impossible de passf porte'. » Dans cette dernière illusion qui les dimensions du corps le malade se sent '■. plus petit ou beaucoup plus grand que dans
Les perversions de la sensibilité générale, restreintes par nature, ont une importance logique non moins grande. Certains suje
■ Griesinger, Trailr du maladies matlaUs. Paris, [868.
n'ont plus de dents, de bouche, d'estomac, itins, de cerveau ; ce qui ne peut s'expliquer ir une suppression ou une altération des sensainternes qui existent à l'état normal et contrià constituer la notion du moi physique. C'est à la
cause, compliquée parfois d'anesthésie cutanée, lut rapporter le cas où le malade croit qu'un de embres ou même son corps tout entier est en ■n verre, en pierre, en beurre, etc.
ore un peu et il dira qu'il n'a plus de corps, :st mort. Ces cas se rencontrent. Esquîrol parle
femme qui croyait que le diable avait emporté irps ; la surface de la peau était complètement ibie. Baudelocque, dans les derniers temps de sa avait plus conscience de l'existence de son corps ; it n'avoir plus de tête, de bras, etc. Enfin tout nde connaît le fait rapporté par Foville: « Un
se croyait mort depuis la bataille d'Austerlitz, vait été grièvement blessé '. Qyand on lui délit de ses nouvelles, il répondait : « Vous voulez lir comment va le père Lambert? Il n'est plus, il s emporté par un boulet de canon. Ce que vous ez là n'est pas lui, c'est une mauvaise machine Is ont faite à sa ressemblance. Vous devriez les
tel, Aniaiti midko-psycbologiqait.
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« prier d'en faire une autre. » En parlant de lui-même, il ne disait jamais moi, mais cela, La peau était insensible et souvent il tombait dans un état complet d'insensibilité qui durait plusieurs jours. »
C'est encore à des perturbations de la sensibilité générale qu'il faut rapporter cette illusion des malades ou convalescents qui se croient doubles. 11 y a parfois illusion pure et simple sans dédoublement ; 1 état morbide est projeté en dehors ; l'individu aliène une partie de sa personnalité physique. Tels sont c^s malades dont parle Bouillaud qui, ayant perdu la sensibilité d'une moitié du corps, se figurent avoir à côté d'eux, dans leur lit, une autre personne ou même un cadavre. Mais quand le groupe des sensations organiques de nature morbide, au lieu d'être ainsi aliéné, s'accole au moi organique normal, coexiste avec lui pendant quelque temps sans qu'il y ait fusion, alors, pendant ce temps, le malade croit qu'il a deux corps. « Un homme convalescent d'une fièvre se croyait formé de deux individus, dont l'un était au lit, tandis que l'autre se promenait. Quoiqu'il n'eût pas d'appétit, il mangeait beaucoup, ayant, disait-il, deux corps à nourrir ^ » Pariset ayant été affecté dans sa première jeunesse d'un typhus épidé-
1 Leure!:, Fragnienl s psychologiques sur la folie. Paris, 1834.
mique, demeura plusieurs jours dans un anéantissement voisin de la mort. Un matin, un sentiment plus distinct de lui-même se réveilla ; il pensa, et ce fut comme une résurrection ; mais, chose merveilleuse, en ce moment il avait deux corps, ou du moins il croyait les avoir, et ces corps lui semblaient couchés dans des lits différents. Parfois un de ces corps se sentait guéri, il goûtait un repos délicieux, tandis que l'autre souffrait.
On trouve des cas où la désorganisation est encore plus complète. Cest ainsi que les déments sont doubles, se croient doubles, agissent comme doubles. Pas de doute pour eux. Ils n'ont pas conservé ce reste d'indécision qui, dans un grand nombre de cas, montre que la personnalité normale (ou ce qui en reste) garde une dernière force qui, après des semaines ou des mois, assurera son retour. 11 leur semble aussi naturel d'être doubles qu'à nous d'être simples. Nul scepticisme de leur part sur leur état et ils n'admettent pas celui des autres. Leur manière d'être, à eux donnée par leur conscience, leur apparaît avec ce caractère de clarté, d'évidence qui est au-dessus du doute
et ne le supporte même pas. M. Ribot attache à ce point une grande importance, parce qu'il montre, dans, ces formes morbides de la personnalité, la spontanéité d affirmation et d'action qui caractérise tout état naturel. Quelques cas de ce genre sdnt cités par M. Ribot.
Un ancien soldat, D..., ensuite sergent de police, ayant reçj plusieurs fois des coups à la tête, fut atteint d'un affaiblissement graduel de la mémoire qui le fit mettre à la retraite. Son esprit se troublant de plus en plus, il en vint à se croire double. Il parle toujours en employant le pronom nous : Nous irons, nous avons beaucoup marché. Il dit qu'il parle ainsi parce qu'il y a un autre avec lui. A table, il dit : Je suis rassasié, mais Vautre ne l'est pas. Il se met à courir ; si on lui demande pourquoi, il répond qu'il aimerait mieux rester, mais que c'est « Vautre » qui Ty force, quoiqu'il le retienne par son habit. Un jour, il se précipite sur un enfant pour l'étrangler, disant que ce n'est pas lui, mais « l'autre ». Enfin il tente de se suicider pour tuer « l'autre », qu'il croit être caché dans la partie gauche de son corps ; aussi l'appelle-t-il le D... gauche et se nomme le D... droit. Ce malade tomba peu à peu en démence.
Un cas rapporté par Langlois nous fait tomber d'un degré plus bas. Le nommé G... est imbécile, gâteux, loquace, sans hésitation de la parole, ni paralysie des
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membres, ni troubles de la gré sa loquacité, il ne répé stéréotypées, li parle toujoi personne, et presque tous médecin en disant : G... e; cendre à l'infirmerie, Souv s'applique de vigoureux sou se frotte joyeusement les ma méchant, il a été mis en pi il saisit son sabot, se frapi s'enfonce les ongles dans I joues. Ces moments de furei ces actes de mutilation, la ] sentiment décolère auquel s tion dès qu'il a cessé de cori n'est pas surexcité par ses se lui demande : « Où est G...
en se frappant la poitrine, lui demandant à qui elle c'est la tête de cochon. — I ainsi? — Parce qu'il faut ce — Mais tout à l'heure vous G.. . n'a pas été méchant au cochon qu'il faut battre. » I G... qui est mécontent, maiï a lieu et alors ce n'est plus I
Un paralytique général, dans un état voisin de la de la démence, ne cessait de se donner des conseils, de se faire des reproches. « Vous savez. Monsieur G. . . , que Ton voua a placé dans cet établissement. Du reste, vous êtes bien ici... nous vous avertissons que nous désespérons complètement de vous, etc. » A mesure que la paralysie générale a progressé, les paroles sont devenues moins intelligibles. Cependant, au milieu du délire, on retrouvait cette conversation que le malade entretenait avec lui-même. Parfois il faisait les demandes et les réponses. Arrivé à la démence presque absolue, il présentait le même phénomène. 11 poussait des cris, s'agitait; mais aussitôt, il se calmait et disait à voix basse, avec un geste significatif : « Veux-tu te taire ; parle donc plus doucement ! » Et il se répondait: « Oui, je vais parler plus doucement... » — Un autre jour, on le trouve très occupé à faire des mouvements continuels de dégustation et de sputation...On lui demande :« Vous amusez-vous, Monsieur G...?». 11 répondit : «Lequel?» puis retombe dans son incohérence*.
Dans l'observation suivante, la dissolution de la p^sonnalité se présente sous un autre aspect : l'indi-
* Des€Ourtis, Du fractionnemsnt des opérations cérébraUs et en particulier de leur dédoublement dans les psychopaibies. Paris, 1882.
vidu n'a plus conscience d'une partie de lui-même qui lui est devenue étrangère ou ennemie.
Il s'agit encore d'un paralytique général, dans la période de démence, dont la parole était presque inintelligible et pour qui la notion du monde extérieur était très affaiblie. Un jour, il était occupé à éplucher des petits pois. Quoique assez mal habile et naturellement droitier, il n'employait que la main gauche. A un moment, la main droite s'avança comme pour prendre sa part de travail, mais à peine était-elle arrivée à son but que l'autre se précipitait à sa rencontre, la saisissait et l'étreignait violemment. Pendant ce temps, la figure du malade exprimait la colère, et il répétait avec autorité : « Non ! Non ! » Son corps était agité de tressaillements brusques, et tout indiquait la lutte violente qui se passait en lui. Une autre fois on avait été obligé de le fixer sur un fauteuil. Sa figure s'assombrit et de sa main gauche il saisit sa main droite en criant: « Tiens, c'est de ta faute, c'est à cause de toi qu'on m'a attaché », et il se mit à la frapper de coups redoublés. Ces deux faits ne sont pas restés isolés. A plusieurs reprises on put remarquer que lorsque la main droite sortait de son inertie habituelle, le malade l'arrêtait de sa main gauche. Il se fâchait, s'agitait et la frappait aussi violemment que ses forces le lui permettaient.
Certains déments attribuent aux autres malades le bruit qu'ils font eux-mêmes et se plaignent d être troublés par leurs cris. On peut citer un cas, observé par Hunter, d'un vieillard dont les facultés étaient extrêmement affaiblies. Il rapportait sans cesse au présent les incidents de son premier âge. Quoiqu'il fût en état d'agir correctement, d'après certaines impressions, et de les attribuer aux parties de son corps qu'elles affectaient, il avait Thabitude de rapporter constamment ses propres sensations à ceux qui l'entouraient. Ainsi, il disait à sa garde-malade et aux assistants qu'il était sûr qu'ils avaient faim et soif. Mais si on lui apportait à boire ou à manger, on voyait à son avidité que cette idée absurde lui était suggérée par le sentiment de la faim et de la soif, et que le mot ils se rapportait à lui-même et non aux autres. 11 était sujet à de violents accès de toux. Après chaque paroxysme, il reprenait le fil de sa conversation, mais non sans avoir exprimé en termes appropriés et sympathiques combien il était touché de voirie mauvais état de son ami : « Je suis peiné, disait-il, de vous voir une toux si incommode et si fatigante. »
Peu à peu tous ces cas aboutissent à une incoordination toujours croissante, à l'incohérence complète.
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