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Depuis un certain nombre d'années on a signalé des changements dans ta personnalité survenant spontanément chez certains sujets, et ces changements, par leur retour plus ou moins périodique, divisaient la vie de ces malades en plusieurs phases.
L'hypnotisme a permis d'étudier les troubles de la personnalité; on a pu provoquer des hallucinations comparables, à certains points de vue, aux rêves qui viennent parfois assaillir l'homme bien portant, mais plus souvent encore le malade et lui faire prendre la fiction pour la réalité.
Ce que nous allons raconter diffère beaucoup de ce qui a été déjà signalé, mais avant d'entrer dans le cœur de notre sujet, on nous permettra de présenter
quelques considérations générales sur les troubles de la personnalité, et d'en préciser les termes.
Littré définit la personnalité : ce qui fait qu'une personne est elle et non pas une autre. Cette définition s'applique bien à' la personne tout entière, soit physique, soit morale : un individu diffère d'un autre et par ses traits, son âge, sa taille, et par son caractère, son intelligence et ses mœurs; mais elle est trop vague et ne peut servir de base à notre étude. Nous préférons dire, avec M. Ribot, que la personnalité résulte de deux facteurs fondamentaux : la constitution du corps avec les tendances et les sentiments qui la traduisent, et la mémoire. C'est un tout concret, formé de conditions organiques, affectives et intellectuelles.
La personnalité peut être modifiée de bien des façons.
Tantôt ce sont deux personnalités qui se succèdent l'une à l'autre ; tantôt c'est une personnalité nouvelle se substituant à une autre oubliée ou expulsée, tenue pour extérieure et étrangère; d'autres fois c'est un envahissement de la personnalité normale par des sensations insolites auxquelles elle résiste tant bien que mal. Dans certains cas, il existe une véritable dissolution de la personnalité; ainsi chez les déments, la désorganisation est complète, ils ne conservent
même pas ce reste d'indécision qui dans quelques cas montre que la personnalité normale (ou ce qui en reste) garde une dernière force qui, après des semaines ou des mois, assurera son retour; et parfois l'individu n'a plus conscience d'une partie de lui-même qui lui est devenue étrangère ou ennemie.
Ces formes variables des troubles de In personnalité peuvent se réduire à quelques types fondamentaux.
A l'état normal, le sentiment de notre propre corps change de différentes manières dans le cours de la vie, par le fait de cette évolution qui nous conduit de la naissance à la mort^ mais ce changement est d'ordinaire si lent, si continu, que l'assimilation des sensations nouvelles se fait peu à peu et que la transformation est insensible, réalisant ainsi ce qu'on appelle l'identité, c'est-à-dire la permanence apparente dans les variations incessantes.
Déjà pourtant les maladies graves ou les changements profonds (puberté, ménopause) jettent quelque indécision; entre l'état nouveau et l'ancien, la fusion n'est pas immédiate, et, comme on l'a dit, «au débuts ces sensations nouvelles se présentent devant le moi ancien comme un /o/étranger qui excite l'étonnement».
Mais si le sentiment général du corps se modifie subitement; s'il se produit un afflux brusque et abondant d'états insolites, alors l'élément fondamental du
moi est complètement transformé, l'individu se sépare de sa personnalité antérieure, il s'apparaît comme un autre. Le plus souvent il y a une période de trouble et d'incertitude, et la rupture ne se fait pas en un instant.
Quand cet état morbide est fixe, alors il peut se présenter trois types principaux dans les troubles de la personnalité.
11 peut exister une aliénation de la personnalité, l'ancienne étant devenue pour la nouvelle aliéna, étrangère, en sorte que l'individu ignore sa première vie, ou, quand on la lui rappelle, la contemple objectivement, comme séparée de lui. Le sentiment général du corps est complètement changé. L'état nouveau sert de base à une nouvelle vie psychique (nouvelle
manière de sentir, de percevoir, de penser, d'où résulte une nouvelle mémoire). Il ne reste de l'ancien moi que les processus complètement organisés (marche, langage, travail manuel, etc.), activités purement automatiques, presque inconscientes, qui sont comme des esclaves prêts à servir tous les maîtres. Encore faut-il remarquer que dans la réalité, ce type présente des exceptions. Tantôt une partie des acquisitions automatiques n'entrent pas dans le nouveau moi. Tantôt, de loin en loin, quelques vestiges de l'ancienne personnalité se ravivent et viennent jeter dans la nouvelle une indécision passagère.
Un second type est réalisé parce qu*on peut appeler la substitution de la personnalité. C'est le cas assez vulgaire où l'individu croit simplement avoir changé de personnage. On trouve des exemples de ces types chez les somnambules auxquels M. Ch. Richet fait perdre le sentiment de leur personnalité en la transformant en une autre. Rien de plus facile, en effet, que de communiquer à un hypnotisé des illusions relatives à sa personne ; on en fait un général, un évêquCy on le transforme en animal. On dit à un sujet qu'il est brouette, quinquet, canapé, et à l'instant même il entre dans l'esprit de son rôle. C'est que dans tous ces changements, le caractère propre du sujet se révèle; chacun joue son rôle avec les qualités qui lui sont personnelles, avec les aptitudes dont il dispose. Ces changements psychiques qui consistent à faire croire à un hypnotisé qu'il est pape ou empereur ou tout autre personnage que la réalité, sont plutôt de l'ordre des hallucinations. Ici, le changement est exclusivement psychique, c'est plutôt un désordre local du cerveau qu'une transformation générale de l'organisme; c'est comme l'hypertrophie d'une idée fixe qui ne suppose en rien la transformation totale le l'individu.
Un troisième type a pour caractère fondamental alternance ou l'enchevêtrement de deux ou plusieurs
lO INTRODUCTION
personnalités. Chez des sujets d'ordinaire hystériques, c'est-à-dire instables par excellence, parmi des variations secondaires, il y a dans la vie physique deux ou plusieurs habitus distincts qui servent de base à une organisation psychique. Le changement s'exerce même sur le caractère, sur ce qu'il y a de plus intime dans la personnalité et qui exprime le plus profondément la constitution individuelle. La mémoire est aussi complètement modifiée. Tantôt ce sont deux personnalités qui se succèdent et s'ignorent réciproquement. Tantôt Tune embrasse toute la vie, l'autre n'étant que partielle. On peut même voir la deuxième personnalité empiéter constamment sur la première qui, très longue à l'origine, devient de plus en plus courte, en sorte qu'on peut prévoir une époque où celle-ci disparaîtra complètement et la seconde subsistera seule. Il peut se faire que plusieurs personnalités s'enchevêtrent les unes dans les autres. C'est à ces cas qu'on a voulu réserver la dénomination de double conscience, mais en présence de la multiplicité des états de conscience que l'on peut observer, il convient, à notre avis, de les décrire sous le terme plus vague mais plus réel de variations de la personnalité.
Cette classification que nous venons d'esquisser rapidement est à peu près celle adoptée par M. Ribot. Elle ne sert qu'à mettre un peu d'ordre dans les faits,
à montrer combien ils sont dissemblables, surtout à faire voir que la personnalité a ses racines dans l'organisme, varie et se transforme avec lui.
Nous nous proposons d'étudier tout spécialement dans ce travail les changements de la personnalité qui rentrent dans la troisième catégorie. Nous avons adopté le titre de variations de la personnalité et il importe avant tout de préciser les termes.
Nous entendons par ce mot les modifications qui surviennent lentement ou brusquement dans la manière d'être d'un individu, tant au point de vue physique qu'au point de vue psychique. Un individu qui a subi une crise, peut affecter une manière d'être toute nouvelle; il n'est plus le même physiquement et il peut même être changé dans sa vie morale. Il présente une existence nouvelle qui n'a plus avec l'ancienne que des points de contact assez éloignés. La variation peut être complète ou incomplète; elle peut se reproduire plus ou moins fréquemment et la vie de cet individu peut être ainsi partagée en plusieurs périodes bien distinctes.
Nous avons trouvé qu'il était possible de faire varier le sujet comme il avait varié spontanément et que l'on pouvait par certains moyens faire reparaître une époque antérieure de sa vie.
Pendant près d'une année, nous avons observé un sujet probablement unique dans la science au point de vue qui nous occupe. Le point intéressant, c'est qu'on peut à volonté reporter le sujet à plusieurs époques différentes de son existence où il a présenté des phénomènes particuliers physiques et psychiques. Chaque modification apportée par des agents physiques à la distribution du mouvement et de la sensibilité entraîne un changement corrélatif de la mémoire et inversement lorsqu'on le ramène par suggestion au souvenir d'une des époques de sa vie passée, il se réveille, affecté de la paralysie particulière qui coïncidait avec ce moment de son existence. Il a été possible d'obtenir chez ce même malade plusieurs états de personnalité bien distincts les uns des autres et les états obtenus ont été confirmés et trouvés exacts après coup par des renseignements puisés à diverses sources. Ces retours à des périodes antérieures de la vie ont été provoqués par l'emploi des moyens physiques de la catégorie des agents esthésiogènes ; par l'application d'aimants ou de métaux en différents points du corps, on pouvait facilement faire succéder les unes aux autres, les diverses personnalités qui avaient réellement existé et qui nous étaient inconnues.
Cette observation si intéressante nous a donné
ridée de rechercher si d'autres malades ne présentaient pas des phénomènes analogues et nous avons, en effet, obtenu, par les mêmes moyens, la confirmation de ce que nous avons pensé. Ainsi une malade qui avait présenté dans le cours de sa vie un état de paralysie particulier, a pu par les métaux être remise dans ce même état, et alors elle se retrouvait à Tépoque où elle était ainsi paralysée. De plus, chez un certain nombre d'hypnotiques, nous avons pu par la suggestion, faire revivre des souvenirs absolument éteints en les reportant à une époque quelconque de leur existence.
Ce sont tous ces faits bien différents de ceux déjà connus que nous allons décrire. Nous relaterons incidemment les autres troubles de la personnalité et nous tenterons de donner une explication rationnelle.
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