‹ Variations de la personnalitéChapitre 3 sur 26 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Au mois de mars 1885, entre à Thôpital de Rochefort un jeune soldat récemment engagé dans rinfanterie de marine. Le jour même de son entrée, il tombe dans un état de mal hystérique qui dure plusieurs jours et'à la suite duquel il devient hémiplégique et insensible de la moitié droite du corps.

En appliquant un barreau d'acier aimanté sur le bras droit de ce malade pour provoquer un transfert, nous avons été surpris de voir surgir, comme par un coup de théâtre, un personnage nouveau. La paralysie et l'insensibilité avaient disparu du côté droit pour se transporter du côté gauche, mais en même

l6 PRINCIPAUX ÉTATS DE PERSONNALITÉ

temps une autre transformation s'était produite, non moins saisissante; tout d'un coup les goûts du sujet s'étaient complètement modifiés; le caractère, le langage, la physionomie, tout était nouveau. En quelques minutes la transformation est complète. Ce n est plus le même personnage; la constitution du corps a varié avec les tendances, et les sentiments qui la traduisent. C'est un transfert total. La mémoire s'est modifiée, le sujet ne reconnaît plus ni les lieux où il se trouve, ni les personnes qui l'entourent et avec lesquelles, il y a quelques instants, il échangeait ses idées. Un changement aussi inattendu et aussi radical était bien de nature à nous étonner et à nous faire réfléchir.

Nous avons renouvelé cette application plusieurs fois dans les conditions les plus diverses et le résultat était constant. Le même personnage reparaissait, toujours identique à lui-même. C'était une transformation pour ainsi dire mathématique, toujours la même pour le même agent physique et le même point d'application.

. Poursuivant nos recherches, nous n'avons pas tardé à nous apercevoir que d'autres changements se produisaient quand on appliquait l'aimant sur les diverses parties du corps. En même temps nous faisions la remarque que le même état physique était

toujours déterminé par le même procédé et que dans tous les cas il entraînait avec lui sa conscience propre.

Engagés dans cette voie, nous devions la poursuivre, d'autant plus que nous venions de reconnaître que le sujet qui s offrait à notre étude avait déjà fourni l'occasion d'une observation très intéressante, à M. Camuset qui l'avait soigné à Bonneval et l'avait considéré comme un cas de double conscience. De plus, nous venions d'apprendre que c'était un évadé de Bicêtre où il avait dû être observé attentivement.

Après plusieurs mois d'une étude minutieuse et pour ainsi dire de tous les instants, nous sommes arrivés à reconstituer à peu près son existence et à dégager en lui plusieurs personnalités bien distinctes pour les aptitudes physiques et intellectuelles. Ce sont ces personnalités que nous désirons faire connaître dans tous leurs détails.

Au mois de juin 1885, ce malade a quitté Rochefort, il a été transféré à l'asile de Lafond (la Rochelle) où M. le docteur Mabille nous a aidés de ses conseils; il nous fliisait part des remarques journalières qu'il pouvait faire et signala des faits nouveaux que nous ne manquerons pas de mentionner. C'est dans ces conditions que nous avons observé et étudié

Bourru et Burot, Var. de la personn. 2

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PRINCIPAUX ETAfS DE PERSONNALITE

les changements provoqués et spontanés de la personnalité que nous allons raconter.

Depuis le mois d'octobre 1886, ce malade est retombé entre les mains de M. J. Voisin. Cet observateur, qui l'avait déjà étudié à Bicêtre, a fait de nouvelles expériences qui ont sensiblement modifié les conclusions tirées de ses premières recherches. Ce cas à été Tobjet de notre part d'une communication à la Société médico-psychologique dans la séance de juin 1885, et au Congrès de Nancy, en avril 1886. Certaines publications françaises et étrangères en ont fait mention K Nous avons appelé l'attention sur des points qui nous paraissaient nouveaux, mais le moment nous paraît venu de raconter tout au long les faits et d'en déduire quelques conclusions.

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L'histoire du sujet qui a présenté ces phénomènes si singuliers est déjà connue dans la science. M. Ca-

i Revue philosophique, octobre 1885 ^^ janvier 1886. — Archives de neurologie, — Journal of mental science, Revue psychologique, par A. Mycrs. — Revue de Vbypnolisme, ]ain\ier, février et mars 1887. — Comptes rendus du Congrès de Nancy, 1886.

muset* l'a racontée le premier, et après lui, M. Ribot^ M, Legranddu Saulle^ M. P. Riciher^ en ont parlé; M. J. Voisin^' a fait deux importantes communications sur ce malade.

On nous permettra pour bien ftrire comprendre les observations que nous avons pu faire, de rappeler ce qui a été déjà signalé par ces différents auteurs, en ajoutant les renseignements nouveaux que nous a donnés ce sujet dans les différents états de personnalité où nous le faisions passer, renseignements trouvés exacts, à la suite d'une enquête minutieuse entreprise auprès de toutes les personnes qu'il nous signalait.

V... Louis, est un jeune homme de vingt-deux ans, engagé par accident dans l'infanterie de marine et soigné comme soldat dans le service de la clinique médicale de l'hôpital de Rochefort.

Né à Paris, rueJean-Bart, n°6, le 12 février 1863, de mère hystérique et de père inconnu, il a passé une partie de son enfance à Luysan près de Chartres ; sa mère le maltraitait et il était devenu vagabond. 11

* Camuset, Annaks médico-psychologiques f]2iTiV\tTf l832.

2 Ribot, Les Maladies de la personnalité, p . 82.

^ Legrand du Saulle, Les Hystériques, p. 279, Paris, 1883.

4 P. Richer, Etude clinique di l'bystéro-épilepsie. 2" édition.

5 J. Voisin, Archives de neurologie, septembre 1885, p. 212.

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paraît avoir eu dès son bas âge des crises d'hystérie accusées par des crachements de sang et des paralysies passagères. Le 23 octobre 1871, il est condamné pour vol domestique à la détention dans une maison de correction jusqu'à l'âge de dix-huit ans. 11 est envoyé à la colonie des Douaires, puis dirigé sur ia colonie agricole de Saint-Urbain (Haute-Marne) où il reste du 27 septembre 1873 au 22 mars 1880. Occupé plusieurs années de travaux agricoles, il reçoit en même temps Tinstruction primaire dont il profite très bien, car il est docile et intelligent. Un jour, étant occupé dans une vigne à ramasser des sarments, une vipère s'enroule autour de son bras gauche, sans le mordre. 11 en eut une frayeur extrême et le soir, rentré à la colonie, il perdit connaissance et eut des crises. Les attaques se renouvelèrent; il survint enfin un paralysie des membres inférieurs, l'intelligence restant intacte. Les renseignements que nous venons de prendre tout récemment auprès de M. Pasquier, directeur de la colonie de Saint-Urbain, nous ont apppris que V... a présenté de violentes convulsions qui ont occasionné la paralysie des jambes et Tont empêché de marcher pendant trois ans ; il refusait alors tout travail ; il a présenté aussi quelques phénomènes particuliers relatifs à la mémoire, mais il se rappelait son enfance.

En mars 1880, il fut transféré à l'asile de Bonneval (Eure-et-Loir). Là, on constate que le malade a la physionomie ouverte et sympathique, que son caractère est doux, qu'il se montre reconnaissant des soins qu'on a pour lui. Il raconte l'histoire de sa vie avec les détails les plus circonstanciés, même ses vols qu'il déplore, dont il est honteux ; il s'en prend à son abandon, à ses camarades qui l'entraînaient au mal. Il regrette fort ce passé et affirme qu'à l'avenir il sera plus honnête. Il sait lire, écrire à peu près. On se décide à lui apprendre un état compatible avec sa paraplégie, son infirmité. On le porte tous les matins à l'atelier des tailleurs; on l'installe sur une table où il prend naturellement la posture classique, grâce à la position de ses membres inférieurs paralysés et contractures. Au bout de deux mois, V... sait coudre assez bien; il travaille avec zèle, on est satisfait de ses progrès. Un jour, il est pris d'une crise qui dure cinquante heures, à la suite de laquelle il n'est plus paralysé. Au réveil, V... veut se lever. Il demande

ses habits, et il réussit à se vêtir, tout en étant fort maladroit; puis il fait quelques pas dans la salle; la paralysie des jambes a disparu.

Une fois habillé, il demande à aller avec ses camarades aux travaux de culture. On s'aperçoit vite que ce sujet se croit encore à Saint-Urbain, et veut repren-

l'RlNClPAUX ETATS DE PERSONNALITE

S occcupations habituelles. En etTet, il n'a aucun nir de sa crise et'il ne reconnaît personne, pas e médecin et les infirmiers que ses camarades rtoir. Il n'admet pas avoir été paralysé et dit se moque de lui. On pense à un état vésanique jer très supposable après une forte attaque hyse, mais le temps s'écoule et- la mémoire ne it pas. V... se rappelle bien qu'il a été envoyé it-Urbain, il sait que Vautre jour, il a eu peur jerpent, mais à partir de ce moment il y a une !. Il ne se rappelle plus rien. 11 n'a pas même le lentdu temps écoulé.

urellement on pense à une simulation, à un d'hystérique, et on emploie tous les moyens e mettre en co.itradiction avec lui-même, mais amaisy parvenir. Ainsi on le fait conduire sans venir à l'atelier des tailleurs. On marche à côté , en ayant soin de ne pas l'Influencer. Quant à sction à suivre, V... ne sait pas où il va. Arrivé lier, il a tout l'air d'ignorer l'endroit où 11 se ; et il affirme qu'il y vient pour la première !)n lui montre les vêtements dont il a fait les s coutures alors qu'il était paralysé; il rit, a e douter, mais enfin 11 se résigne à croire, es un mois d'expériences, d'observations, uves de toutes sortes, on reste convaincu que

V... ne se souvient de rien. Le caractère s'est aussi modifié. Ce n'est plus le même sujet, il est devenu querelleur, gourmand et il répond impoliment. 11 n'aimait pas le vin et donnait le plus souvent sa ration à ses camarades, maintenant il vole la leur. Quand on lui dit qu'il a volé autrefois, mais qu'il ne devrait pas recommencer, il devient arrogant : « S'il a volé^ il Ta payé puisqu'on la mis en prison. »0n l'occupe au jardin. Un jour, il s'évade emportant des effets et soixante francs à un infirmier. Il est rattrapé à cinq lieues de Bonneval au moment où, après avoir vendu ses vêtements pour en acheter d'autres, il s'apprête à prendre le chemin de fer pour Paris. 11 ne se laisse pas arrêter facilement ; il frappe et mord les gardiens envoyés à sa recherche. Ramené à l'asile, il devient furieux, il crie, se roule à terre. 11 faut le mettre en cellule.

Pendant le reste de son séjour à Bonneval, il continue à présenter quelques manifestations névrosiques, attaques convulsives, anesthésies et contractures passagères. Il sort de cet asile le 24 juin 1881 ; il parait guéri.

11 passé quelque temps à Chartres chez sa mère, puis on l'envoie aux environs de Mâcon, chez un grand propriétaire agricole. 11 tombe malade, reste un mois à l'Hôtel-Dieu de Mâcon et est transféré à

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Tasile Saint-Georges près de Bourg (Ain), le 9 septembre 1881.

M. Lacuire, médecin en chef de l'asile Saint-Georges, qui a traité ce r^alade pendant dix-huit mois, a bien voulu nous fournir quelques renseignements sur lui. Ses antécédents lui étaient inconnus; il présentait des crises qui n'avaient aucune régularité, souvent très fortes, parfois légères, d'autres fois survenant par séries ; il insiste toujours sur le côté moral du sujet qui tantôt était exalté comme un paralytique général, tantôt presque stupide et imbécile. Dans certains cas, il n'a reculé devant aucune responsabilité, obéissant à ses instincts et à ses impulsions les plus dangereuses, sachant habilement les couvrir de sa qualité de fou dont il se parait et de son irresponsabilité matérielle par le fait de son internement dans un asile d'aliénés. V... est sorti de Saint-Georges, le 28 avril 1883, amélioré et muni d'un pécule pour rentrer dans son pays.

Il arrive à Paris, nous ne savons encore comment; il est admis successivement dans plusieurs services, en dernier lieu à Sainte-Anne et enfin à Bicêtre où il entre le 3 1 août 1883 dans le service de M.J. Voisin qui le reconnaît comme étant le sujet de M. Camuset, sans savoir ce qu'il était devenu entre Bonneval et Bicêtre.

Du mois d'août 1883 au mois de janvier 1884, ses attaques sont rares et observées seulement par les surveillants. Le 17 janvier 1884/ nouvelle attaque très violente qui se répète les jours suivants avec accès de thoracalgie et alternatives de paralysies et de contractures du côté gauche et du côté droit. Le 17 avril, à la suite d'une crise légère, la contracture du côté droit a disparu. Il s'est endormi, le corps plié, les mains derrière la tête et a tranquillement sommeillé. Le matin, il se réveille et demande ses habits à Tinfirmier. 11 veut aller travailler. 11 s'étonne que ses vêtemements ne soient pas au pied de son lit ; il croit qu'on vient de les lui cacher par plaisanterie. 11 se croit au 26 janvier (jour d'apparition de sa contracture). On l'amène auprès du chef de service. 11 reste éhahi quand on lui fait remarquer que les feuilles sont aux arbres, que le calendrier marque 17 avril, que le personnel du service est modifié. L'élocution est normale. 11 ne se souvient pas d'avoir été contracture du côté droit. Il est faible sur ses jambes et se dandine en voulant se tenir debout. La pression dynamométrique de la main droite est plus faible que celle de la main gauche. L'hémianesthésie sensitivo-sensorielle persiste.

Les mois suivants, il est calme et se promène dans la section. Le 10 juin, le malade a une série de

crises et à leur suite la contracture du côté droit est revenue. Il est resté plusieurs jours au lit, dans rétat où il était, du mois de janvier au mois d avril. Il se croyiait au 17 avril. Il parlait impersonnellement comme alors. Le lendemain la contracture avait disparu et le sujet était revenu à son état primitif.

Pendant les six derniers mois de l'année 1884, V... n'a présenté aucun phénomène nouveau. Son caractère est modifié. Il était doux pendant la période de contracture ; en dehors de ces périodes il est indiscipliné, taquin, voleur. Il travaille irrégulièrement. Les attaques sont toujours assez fréquentes. La contracture ne reparaît pas une seule fois, mais l'hémianesthésie conserve son caractère de stigmate indélébile. V... garde quelques idées délirantes. Le 2 janvier 1885. ^près une scène de somnambulisme provoqué suivie d'une attaque, il s'évade de Bicêtre en volant des effets d'habillement et de l'argent à un infirmier, comme lors de son évasion de BonnevaL

Il reste plusieurs semaines à Paris, en compagnie d'un ancien compagnon d'asile dont il avait fait la rencontre. Le 29 janvier 1885, il se fait engager dans l'infanterie de marine et arrive à Rochefort le 31 janvier. Pendant son séjour à la caserne il commet des vols. Envoyé devant le conseil de guerre, une ordon-

nance de non-lieu est prononcée le 23 mars 1885 et, le 27 mars, il entre à l'hôpital (en observation). Dès son entrée, il est pris d'une série d'attaques d'hystéroépilepsie. Le 30 mars^ il présente une contracture de tout le côté droit, qui se dissipe au bout de deux jours, mais il reste paralysé et insensible de toute la moitié droite du corps.

Dans cet état, tel qu'il s'est montré tout d'abord à nous dès que nous avons pu l'examiner, aux premiers joursd'avril 1885, ce sujet est hémiplégique et insensible à droite (fig. i). Il peut cependant marcher en traînant la jambe droite ; le bras est absolument inerte, sans contracture, la main toujours soutenue dans la ceinture du pantalon. La contractilité musculaire est parfaitement conservée. Les courants faradiques font contracter énergiquement les muscles, aussi bien appliqués sur les muscles eux-mêmes que sur les troncs nerveux. La force musculaire mesurée au dynamomètre est de o du côté droit et de 36 kilogrammes du côté gauche. Au mois d'août, la paralysie avait progressi-

t diminué, la jambe était devenue libre de tout vement, le bras est resté plus longtemps paralysé ; ndant le dynanomètre marquait à la main droite logrammes et à la main gauche 36 kilogrammes, hémianesthésie est absolue de tout le côté droit. ensibilité tactile est complètement abolie jusqu'à i;ne médiane du corps, sur les muqueuses extées comme sur la peau, et en même temps tous jtres modes de sensibilité, douleur, température, ricité faradique. Cependant la sensibilité à l'or est grande à droite qu'à. gauche, excepté dans les liers jours qui ont suivi la contracture où elle était idre adroite; le contact d'une pièce d'or, assez aureux, pouvait être supporté. Les sens spéciaux abolis à droite; la moitié de la langue, la narine e, ne perçoivent ni goût, ni odeur. L'oeil droit a ïcuité très faible et le sens des couleurs présente otables aberrations; il ne peut lire, il n'entrevoit n brouillard gris, il a cependant conscience de rception de la couleur rouge, ms l'hypochondre gauche existe une zone hyperisiéeethystérogène. La compression du testicule he arrête instantanément l'attaque de convul- ; hystériques.

... a le caractère d'une mobilité excessive, doux facilement irritable. Il est violent et arrogant

dans ses paroles, sa physionomie et son attitude. Il est bavard, son langage est grossier; il tutoie tout le monde et donne à chacun un surnom irrévérencieux; il fume du matin au soir et obsède chacun de ses demandes indiscrètes de tabac ou d'argent. La parole au début était embarrassée, la prononciation défectueuse ne permettait guère d'entendre que la terminaison des mots, comme chez l'enfant qui apprend à parler. II savait lire, mais ce vice de prononciation rendait inintelligible la lecture à haute voix; il ne pouvait écrire, la main droite étant paralysée. A mesure que la paralysie s*est modifiée et surtout à partir du moment où le bras droit a pu exécuter quelques mouvements, on a vu une transformation lente, mais progressive, dans le caractère, le langage et les sentiments affectifs ; il est devenu plus réservé, la parole était plus correcte et la lecture à haute voix plus intelligible, enfin peu à peu il se servait de sa main droite pour écrire.

Les sentiments aflFectifs sont développés. Il est très

affectueux pour les personnes qui s'intéressent à lui;

mais à la moindre contrariété, il ne peut se tenir de

les injurier, cherche même à les frapper ; ce sont de

éritables accès de manie hystérique.

11 se met en colère pour le moindie motif et parle 'lors très haut d'un ton impératif. Si on le punit, il

pleure et demande pardon comme un entant. Quand il est contrarié, il veut se suicider, mais il a soin de prévenir et annonce qu a telle heure il sera mort, si on ne lui donne pas satisfaction ; il indique le moyen dont il doit faire usage et fait voir la corde qu'il a préparée. 11 avale des épingles et pile du verre pour le manger; il se fait des déchirures au front et au visage. 11 a conscience de ces mouvements de mauvaise humeur et en témoigne du repentir, tout en déclarant qu'il lui est impossible de les maîtriser.

Son raisonnement est parfois assez juste sur les personnes et sur les choses, se tenant au courant de tous les événements du jour, grands et petits; il affiche les idées les plus antireligieuses et ultra-radicales en politique. Il déraisonne sur certains points. Incapable d'aucune discipline, il veut tuer tout supérieur ou même toute personne qui voudrait exiger de lui une marque de respect. Il a à sa disposition des théories commodes pour expliquer ses actes délictueux. 11 a commis plusieurs vols, il les avoue, mais les explique en disant que les objets volés appartenaient à tout le monde ou bien encore que c'est une vengeance. S'il ne peut évoquer un motif plausible, il emploie le mensonge et nie le délit dont il est l'auteur; une montre disparaît, on la trouve dans sa poche, mais il ne sait comment elle se trouve sur lui.

Sa mémoire est très précise pour toutes les actualités; il récite des colonnes entières de journal. Son souvenirdans ie temps est bornée à sa présence actuelle à Rochefort. à son séjour à Bicêtre et à la deuxième partie de son séjour à Bonneval, mais les faits qui se rapportent à ces périodes assez restreintes de son existence sont bien présents à son esprit. Il ne sait comment il a été transporté à Bonneval; il croit qu'il y est venu tout enfant. Si on lui dit qu'il a appris le métier de tailleur, quand il était paralysé des deux jambes, tl répond qu'on se moque de lui ; il n'a jamais été paralysé des deux jambes, jamais il n'a appris à coudre, et en effet, il ne sait pas tenir une aiguille en main. A Bonneval, on l'a toujours employé aux travaux du jardin ; du reste, il passait son temps à fumer des cigares. Il se rappelle parfaitement avoir volé soixante francs et des effets à un infirmier, s'être évadé et avoir été ramené à l'asile. M. Camuset qui l'a soigné et qui lui portait beaucoup d'intérêt est resté bien gravé dans sa mémoire. M- Corlhyl, directeur de l'établissement, est aussi présent à son esprit.

De Bonneval, il se trouve à Bicêtre. sans pouvoir dire ni pourquoi ni comment, ayant oublié toutes les étapes intermédiaires. Il donne des renseignements très complets sur Bicêtre, il parle souvent des médecins qui le soignaient, de M. J. Voisin et de M. Bour-

neville, ainsi que de M. Besanj:on qui lui a fait quelquefois des misères. On l'avait d'abord placé salle Cabanis, mais plus tard il a occupé une chambre isolée; sa grande occupation était de soigner les lapins.

Il connaît très bien Paris et il parle de tout avec précision en donnant des détails sur chaque point. Il raconte son évasion de Bicêtre, sa vie à Paris, pendant trois semaines, en compagnie d*un ancien pensionnaire de l'asile dont il avait fait la rencontre, mais il est incapable de dire comment il s'est procuré les pièces nécesssaires pour s'engager.

Tout ce qu'il a fait* au régiment pendant les deux mois où il a été soldat est présent à sa mémoire ; il sortait quelquefois de la caserne et allait même se promener à la Rochelle et à Saintes.

Ainsi, la mémoire, très précise pour les moindres détails actuels ou récents, est très bornée dans le temps. Impossible de reporter son souvenir au delà de sa présence actuelle à Rochefort, et d'une partie de son séjour à Bicêtre, au service de M. J. Voisin. Toutefois il a conservé la mémoire de la deuxième partie de son séjour à Bonneval, alors qu'on l'employait au jardinage ou qu'il ne faisait rien. Entre Bonneval et Bicêtre s'étend une grande lacune de la mémoire. D'autre part, sa naissance, son enfance, son séjour à

Saint-Urbain, le métier de tailleur qu'il a appris à » son arrivée àBonneval, lui sont totalement étrangers.

Il ne connaît ni Bourg, ni Mâcon; c'est à peine s'il a conservé une vague notion de Chartres. . \?'

On voit que dans Tétat de paralysie avec insensi- -^J

bilité du côté droit qu'il a présenté dès qu'il a pu |^

être examiné quelques jours après son arrivée à B

l'hôpital, il ne connaît de sa vie que la deuxième partie de son séjour à Bonneval, une partie de son séjour à Bicêtre, et enfin son séjour à Rochefort où il se trouve.

En présence de cette paralysie dont la nature hystérique n'était pas douteuse, le premier soin qui s'imposait était d'essayer l'action des métaux et de l'aimant. On applique sur le bras droit paralysé un barreau d'acier aimanté. Quelques secondes à peine après l'application., on constate que la respiration est gênée, les inspirations très fréquente3, et bientôt il existe une véritable polypnée, La physionomie change, le malade a l'air anxieux, il ne répond plus

nf.

tir*

• aux questions qu'on lui adresse. En même temps il ^'' se produit des mouvements dans la face et les mem-

bres paralysés. Au bout de quelques minutes^ les inspirations deviennent plus profondes, la physionomie est plus calme, enfin une grande inspiration avec bruit pharyngien, comme s'il y avait un véritable déclanchement, annonce que le transfert est terminé (fig. 2).

Mouvement, sensibilité dans 'ses divers modes, tout a passé de gauche à droite avec la symétrie ordinaire, mais en plus il existe une paralysie de la face. Le malade se sert aisément de la jambe et du bras droits, il est complètement sensible de ce même côté, tandis que le côté gauche est devenu inactif de toute manière. Avant le transfert, le côté droit ne donnait rien au dynanomètre, et le côté gauche 36 kilogramrnes; depuis le transfert, le côté droit a récupéré exactement les 36 kilogrammes qu'a perdus le côté gauche. 11 voit et entend du côté droit; la diminution de l'acuité visuelle, la dyschromatopsie se sont fixées sur Tœil gauche, la couleur rouge persiste la dernière du côté gauche et le bleu disparaît un peu avant. La zone hystérogène, Tarrêt de l'attaque convulsive par la pression du testicule, sont passés de gauche à droite.

En même temps, une autre transformation s'est

mm

produite, bien plus surprenante. Tout d'un coup, les goûts du sujet se sont complètement modifiés : le caractère, le langage, la physionomie, tout est nouveau. Le sujet est réservé dans sa tenue. Iln'aime plus le lait; c'est cependant le seul aliment qu'il prenne habituellement. L'expression de sa physionomie est devenue plus douce, presque timide; le langage est correct et poli. Le malade tout à l'heure si arrogant est maintenant d'urte politesse remarquable, ne tutoie plus personne et appelle chacun « Monsieur ». 11 fume, mais sans passion. Il n'a pas d'opinion, ni en politique ni en religion, et ces questions, semble-t-il dire, ne regardent pas un ignorant comme lui. 11 se montre respectueux et discipliné. La parole est beaucoup plus nette qu'avant le transfert, la lecture à haute voix est remarquablement claire, la prononciation est bien distincte, il lit parfaitement et écrit passablement. Ce n'est plus le même personnage.

Mieux encore ! il ne reconnaît plus les lieux où il se trouve. Si on essaye de continuer la conversation qu'on avait avec lui dix minutes auparavant, avant le transfert, il ne sait de quoi on lui parle.

Il est à Bicêtre, il a vu hier M. J. Voisin, il attend sa visite. Il prétend être à la safle Cabanis; son lit, dit-il, est celui qui porte le numéro 1 1 . Invité à montrer ce lit, il est tout étonné, en entrant dans la salle,

)as le reconnaître : « Ce n'est pas la salle et je ne suis jamais venu ici, »II ne reconnaît ntage les médecins du service. On lui présente le avec lequel il se promène le plus souvent ;

dit-il , jamais vu . 11 se croit au 2 janvier : 884,

devingtetunans.il ignore complètement les ;nts qui se sont passés depuis cette époque. Il nais venu à Rochefort, n'a jamais entendu e l'infanterie de marine, ni de la guerre du

qui était alors l'événement important. En it ses souvenirs antérieurs, il raconte qu'avant

à Bicètre, il a fait un séjour à Sainte-Anne. ;sage à Saint-Anne n'a pu être encore vérifié; Dbable cependant qu'il y a été admis, car c'est l'observation. Il s'imagine qu'il était tout uand il est entré dans cet asile. Au delà, dans il ne voit rien. Aucun souvenir ne subsiste, notion de Bourg, de Màcon, de Bonneval, :-Urbain et de Chartres. On lui a dit seulej'il était né à Paris, que sa mère habitait ; et qu'il avait un demi-frère âgé maintenant )rze ans.

dans ce deuxième état d'hémiplégie avec iSthésie gauche complète, son souvenir ne ue sur une période de son séjour à Bicêtre nte-Anne, quand il se trouvait dans un état

physique correspondant à celui qu'il affecte en ce moment.

L'application sur le bras droit, soit d'un aimant à distance, soit d'un flacon de chlorure d'or ou de nitrate acide de mercure détermine un troisième état sensiblement analogue au précédent (fig. 3).

Quand on emploie l'aimant, on l'applique sur le bras droit, sans prolonger le contact, ou même il suffit de le placer à une petite distance du bras; le transfert commence par une accélération de la respiration avec des mouvements dans le bras et la jambe du côté droit. Une grande inspiration annonce que le transfert est terminé.

Le chlorure d*or a été employé, parce que le sujet très sensible à Tor ne pouvait supporter le contact d'une pièce d'or. Ce composé est contenu dans un flacon de verre qui est appliqué sur le bras paralysé ; après quelques minutes, on rémarque des mouvements dans la main et les doigts, par intervalles. Le sujet manifeste de la douleur, mais assez passagère

le pas forcer a interrompre. La respiration est ée et entrecoupée. Au bout de dix minutes, sfert est complet; une grande inspiration indicore que l'action est terminée.

nitrate acide de mercure a été essayé par la que le malade est aussi sensible au mercure or. Un flacon contenant du nitrate acide de re appliqué sur le bras droit détermine de es contractions du bras et de la jambe, avec on douloureuse. La respiration est légèrement ée et après une grande inspiration le transfert levé.

différents procédés ont déterminé le même état ue et psychique, avec cette différence touteue par le chlorure d'or, le sujet se réveille à au lieu de se réveiller à Mâcon ; mais les moons somat,iques et intellectuelles sont très i. C'est toujours la même période de son exis-

:ransfert opéré, l'état physique est absolunverse, mais symétrique du premier état ou dinaire, pour le mouvement comme pour la ilité, la zone hystérogéne et les points d'arrêt taque. La force dynamométrique est de o à ! et de 36 kilogrammes à droite. La manière et les goûts sont semblables à l'état précédent.

La seule différence réside dans l'hémiplégie faciale qui ne se rencontre plus ici. La physionomie est douce, la parole n'est pas embarrassée..

Qyant à la mémoire, elle se trouve bornée à une époque antérieure et varie un peu suivant qu'il se réveille à Mâcon où à Bourg.

DansTétat de Mâcon il croit être àSénozan, aux environs de Mâcon, au mois d'octobre 1881 ; il a dix-huit ans et demi, il venait de Chartres où il avait vu sa mère chez laquelle il était resté pendant un mois. Il ne sait pas d'où il venait, ne connaît ni Bonneval, ni Saint-Urbain et ignore tous les faits de son enfance. Il ne sait pas où il est né, mais il s'informera à son maître qui a ses papiers. Nous lui demandons où il a appris à lire; il réfléchit un instant et ne peut nous renseigner. « Je suis un peu troublé en ce moment, je trouve extraordinaire de ne pas savoir où fai appris à lire. » Il habite avec un de ses camarades dont il cite le nom. 11 travaille la vigne, se sert surtout de la main droite et ne peut guère travailler avec la main gauche; sa jambe gauche est un peu plus faible que l'autre. La nourriture ordinaire se compose de soupe grasse et de lard, c'est ce qu'il a mangé encore aujourd'hui. On lui donne la composition du repas qu'il a fait en réalité et il refuse d'y croire. On lui ftiit voir le lait qu'il a à sa disposition et

ià en boire. Il refuse d'abord en disant qu'il is en priver la personne à qui il appartient; voir .goûté il ajoute : « Cela ne vaut pas le « Maçonnais. » Il est très étonné de se trouette chambre ; on lui di( qu'il a été malade est trouvé transporté à Rochefoit sans en onnaissance. 11 trouve cette raison étrange, ivaillé toute la journée.

îtat de Bourg, il se réveille à l'asile Saint- 1 août 1882; il a dix-neuf ans. L'état phyrès analogue à celui de Mâcon. Le caractère, s aflfectives, le langage, la physionomie, les t aussi à peu près semblables. La mémoire t plus étendue. Il vient de Chartres, chez l'où il a été envoyé à Mâcon chez un grand ede vignobles où il était employéà la culibé malade à plusieurs reprises, il a été lôpital de Mâcon puis à l'asile de Bourg où e, soigné par M, Lacuire. Au point de vue nents contemporains, il sait que la France Te avec la Tunisie '. Tout ce qui précède i suit cette courte période de sa vie lui est ; étranger.

Un quatrième état, tout spécial celui-ci, est obtenu par l'application de Taimant sur la nuque. La respiration s'accélère, le sujet reste immobile, les yeux fixes ; on constate un léger tremblement des lèvres, puis un certain mouvement de mâchonnement et de déglution, enfin bâillement et réveil (fig. 4).

La paralysie des deuxjambes est complète avec contracture en extension. La perte de sensibilité est étendue sur toute la partie inférieure du corps. Toute la partie supérieure jouit de la sensibilité et du mouvement. La force musculaire est égale dans les deux membres supérieurs; l'essai dynamométrique donne à droite 2 1 et à gauche 25. L'or, qui dans les autres états ne pouvait être toléré, ne détermine plus de douleur aux bras. Certaines régions sont devenue^ douloureuses ; la zone hystérogène de Thypochondre droit, est transportée dans l'aine droite. La pression sur un point quelconque de la partie supérieure du corps ne détermine rien; il est impossible de produire là léthargie, ni la catalepsie.

nnambulisme, La physionomie est triste, les it baissés, il n'ose regarder autour de lui; il :t même timide. La prononciation est nette, 1 langage est incorrect, impersonnel et en- ►n lui présente un livre, il épelle les lettres et bes comme s'il commençait à apprendre à khiffre à peine les lettres capitales et ne peut s petites. C'est à Saint-Urbain qu'on a com-

lui apprendre les lettres; ici on le fait lire ; par semaine. Il ne sait ni écrire, ni compter, il tombe spontanément en somnambulisme jperçoit qu'il parle très mal. « Je veux être . Où c'est qu'il est parti, Fougereau? Y faut z; c'est bien loin d'ici ça, Châtellerault ? »\\ ement des deux yeux et entend bien dislincdes deux oreilles. 11 se croit à Bonneval; il voir M. Corthyl, M. Camuset et d'autres pere cet asile. Son occupation ordinaire est le l'atelier des tailleurs; il coud en homme du : fait un sac avec adresse. Son intelligence est ise, ses connaissances générales sont nulles : ■ine s'il connaît son âge et encore il se trompe,

accuse quinze ans, quand en réalité il en compter dix-sept. Sa mémoire confuse ne des personnages ni des événements de cette

Il ne connaît que deux endroits : Bonneval

OÙ il se trouve et Saint-Urbain d'où il vient. A Saint- Urbain, il ne faisait rien, il ne travaillait pas, il restait couché et n'a pu marcher pendant tout le temps de son séjour ; il se rappelle avoir vu une vipère qui lui a fait peur, qui l'a rendu malade. Toute la partie antérieure de sa vie, de sa naissance à l'accident de la vipère qui a causé sa maladie, il l'ignore. Tout ce qui a suivi l'attaque et le changement spontané d'état à Bonrieval lui est absolument inconnu. Il n'a aucune notion de Chartres, de Mâcon, de Bourg, de Bicêtre ni de Rochefort. Il ne reconnaît point le lieu où il se trouve et n'a jamais vu ceux qui l'entourent.

Cet état de conscience correspond donc exactement à la période assez limitée de son existence, pendant laquelle il a été paralysé des deux jambes.

Ces changements sont déjà bien saisissants, puisque, au gré de l'expérimentateur, la conscience et la paralysie se modifient d'une façon absolue et concordante ; mais dans les états précédents il ne se produit qu'un simple déplacement de la paralysie, coin-

avec une mémoire partielle. Espérant alors ; à notre sujet l'activité de son cerveau au grand et, nous avons cherché à faire disparaître toute sie.

es quelques tentatives infructueuses par des iés variés, nous essayons le bain électrique, et :ès dépasse nos prévisions. En effet, en le plajr le tabouret électrique, les mains appliquées î cylindres de la machine statique, le sujet fait indes inspirations et on voit des mouvements iduire des deux côtés. Il trépigne sur le tabouste un moment immobile, la respiration presispendue, puis subitement les yeux se ferment, tend un bruit pharyngien terminant une- insn profonde (fig. 5). Dès lors, le malade paraît assé de toute infirmité physique. Toute paralu mouvement et de la sensibilité dans tous odes s'évanouit subitement sous nos yeux, me temps que la mémoire se transporte à une e plus reculée de la vie, et dont le sujet n'a inscience à son étal ordinaire. V... se réveille t-Urbain, le 23 mars 1877; il n'a que quatorze jouit de toutes ses facultés; il ne se rappelle oir été malade.

foix, son attitude, sa physionomie, sont celles nfant convenable. Il raconte l'histoire de son

- EtU de Saint-Urb^

enfance, ses occupations ordinaires à la colonie cole. Tout ce qui suit la date où il se trouve re] lui est complètement étranger.

Dans cette dernière épreuve, un agent physl l'électricité, a restitué au système nerveux, l'Inté de ses acuités motrices et sensibles, et du même i a transporté la conscience à cette époque très éloi de la vie, où cette intégrité du mouvement e sentiment n'avait encore été que fort peu atteinti la maladie.

Un jour on lui fait prendre un bain dans une cine, avec l'idée d'étudier sur lui l'action de l'aii et le phénomène de l'attraction. Le barreau aim appliqué sur le sommet de la tête a agi comme 1' tricité statique, a déterminé le même mode de ti fert suivi du même changement d'état.

Le malade est débarrassé en grande partie de t paralysie, de tout trouble de sensibilité. La musculaire est sensiblement égale : à la i droite i8 kilogrammes et à la main gauche 20 grammes. La sensibilité est à peu prés norma droite et à gauche. Toutefois il existe une légère | sie et un peu d'anesthésie de la jambe gauche. Et état d'équilibre presque complet, il n'est plus influ par l'aimant; il est aussi beaucoup moins sensil l'or qui, habituellement, le brûle des deux côtés e

ç6 PRINCIPAUX ÉTATS DE PERSONNALITÉ

maintenant détermine à peine un peu de cuisson et de picotement à droite. C'est avec beaucoup de difficulté, qu'on arrive à déterminer la léthargie, la catalepsie et le somnambulisme. 11 lit des deux yeux très facilement. En lui faisant passer sous les deux yeux et alternativement devant chaque œil les différentes couleurs, rouge, bleu, vert, jaune, il les distingue aussi nettement d*un côté que de l'autre. Il entend aussi très distinctement des deux oreilles.

Ce qui nous a plus particulièrement frappés, aussitôt le transfert opéré, c'est son adresse et son agilité. Nous n'oublierons jamais l'émotion que nous avons éprouvée quand, pour la première fois, ce sujet paralytique descendu péniblement et soutenu dans une piscine, tout d'un coup, après l'application de l'aimant sur la tête, se lance à nager vigoureusement et des quatre membres, à grimper aux cordes à nœuds et plonger habilement.

Ce spectacle, si merveilleux qu'il parût, n'approche pas encore de la transformation qui s'opérait dans le domaine de la conscience.

Tout à l'heure bornée, l'intelligences'ouvre ; éteinte, l'imagination s'éclaire ; les sentiments affectifs, de grossiers deviennent délicats; les goûts changent; le caractère devient docile ; Içs expressions se perfectionnent; le langage est doux et poli, les gestes modérés.

l'attitude réservée. Si l'on interroge ce personnage qui semble nouveau, on reconnaît le même qu'avant le changement, mais transporté de huit ans en arrière. 11 croit que le maréchal de Mac-Mahon est président de la République, Pie IX est pape '. C'est un enfant bien portant au lieu d'être un jeune homme de huit ans plus âgé, profondément modifié par la maladie et l'internement.

Timide comme un enfant, sa physionomie, son langage, son attitude, concordent pafaitement. Il sait très bien lire et convenablement écrire. 11 connaît toute son enfance, les mauvais traitements qu'il recevait à Luysan et sa vie de vagabond. Il se rappelle avoir été condamné à l'internement dans une maison de correction. Il est à la colonie pénitentiaire de Saint-Urbain que dirige M. Pasquier. Il apprend à lire à l'école du village. On l'occupe aux travaux de l'agriculture. En ce moment il se baigne à la Pointerie^, comme il le fait tous les dimanches en compagnie de ses camarades. Son souvenir s'arrête exactement à l'accident de la vipère dont l'évocation amène une attaque terrible d'hystéro-épiiepsie. Toute la période récente de

sparu tout à coup comme derrière un rideau it tiré,

ïfeuve décisive et facile à répéter nousdonnait 1 de ramener à volonté notre sujet à t'âge de ans. Nous avons appliqué plusieurs fois l'aila tête et le résultat a toujours été le même. ir qu'il venait d'être ainsi transformé, on )n attention sur son domicile actuel ; il est né de ne pas reconnaître les lieux, de ne iUver à Saint-Urbain et de voir des personjères qu'il ne connaît pas. On lui dit qu'il a e et recueilli pardes amis. Il se rappelle, en ir eu tout récemment un étourdissement, [u'il travaillait au coteau des Trois-Frères, iaint-Urbain ; il raconte son histoire de la nt le souvenir lui donne une crise, tre fois, on lui fait remarquer qu'il tousse. tpas étonnant, dit-il, le mois de mars est lou- '■ide sur les coteaux. »

, étant dans le même état, après s'être entreques instants avec nous, il dit qu'il est très : nous prie de le laisser dormir. Il s'enfonce :ouvertures et, sans plus entendre nos quesinterpelle plusieurs de ses camarades de ain et nous fait assister à une scène de somme spontané des plus intéressantes.

il parle à ses camarades des occupations joui lières de la colonie. C'est d'abord un accident vient d'arriver au timon de la voiture et qui le prt cupe beaucoup. Il songe que peut-être il n'a pas soi son cheval (Poulette), avant de se coucher; alors 1 lève, se rend dans la cour, et arrivé près d'un mur il ■ brasse et caresse Poulette. Un moment après, c'est série de conseils qu'il donne à un de ses camarades ne voulait pas travailler; c'est une morale en règle dénote chez lui les meilleurs sentiments et qui imp sionne les assistants habitués à l'arrogance ordin du sujet. «Jette veux pas que tu me payes; quan rends un service, c'est de bon cœur. — Toi, tune ^ pas travailler; quand tu sortiras d'ici tu iras vagai der dans les rues, comme lu le faisais autrefois et coi je le faisais moi-même avant d'entrer ici. M. Pasq est très bon, il nous loge, nous babille et même nous instruire. — Fais comme tu voudras, moije te donm conseil d'ami. Tu es un batailleur ; au bout de , mois, f ai été porté au tableau d'bonneur, et toi, dé quatre ans, tu n'y as pas encore été une fois. Quan sortiras d'ici, je ne veux pas dire que tu feras du t non, mais tu feras comme moi autrefois, tu serai vagabond. — Je suis plus heureux ici que cbe:{ mei rents où j'étais roué de coups. La justice qui m'a en ici m'a rendu un grand service; je suis arrivé mai

rces, je crachais le sang et je me suis rétabli, ')é mon intelligence. — Cela ne m'a pas été ger de vie; si j'avais été livré à moi-même, •itres enfants de Luysan.je seraîsperdu au- — Je pourrai plus tard trouver une petite ut-étre avoir une propriété ; manger du pain nt, c'est là toute mon ambition. — Oui, mon 'badie, c'est comme cela, je te le dis. — r ne vient qu'une heure avec nous, et cepenincbe il sait bien ceux qui travaillent. — Le !st un homme doux; si tu n'avais pas désobéi, t pas signalé au rapport. — ^ Tu es de garde, lice; situ es trop fatigué, je te relèverai à ce n'est qu'une demi-nuit à passer II y a ères à entretenir, ce n'est pas une affaire ; cela si lu fais mal, M. Pasquier te fera

la gendarmerie. »

tvec diverses personnes qu'il a connues à n, elles passent tour à tour devant ses erpelle Madame Louise et s'étonne de ne

vue depuis' plusieurs jours; c'est sans e était à la confirmation de sa demoiselle.

versalion dure plus de trois quartsd'heure.

chant la main droite, il se réveille. Il t d'un air surpris, il nous dit : « Vous vés, Messieurs, quelle heure est-il? » Il

2 lever pour aller à Son travail. Nous î l'interroger et ses réponses sont tou- )ropbs. Quand on lui fait observer qu'il

pour son âge, bien musclé, très grand, « Le travail développe le corps! » Et

fait remarquer que sa lèvre porte une ui n'est pas en rapport avec l'âge qu'il

rit franchement en disant ; « // faut bousse ; la barbe commande le respect ,

eut, V... a toutes les allures d'un char-

lomme, bien élevé, à l'air très honnête,

it, timide et d'excellentes manières, s'ex-

îctement, d'une voix douce, d'une tenue

)le et de la nature la plus sympathique.

Je l'étonnement de se trouver dans une

il ne connaît pas. On lui dit qu'il se

chefort où il a été conduit après une

maladie qui lui a enlevé longtemps la connaissance,

mais qu'il ne doit s'inquiéter en aucune façon, qu'on

lui expliquera tout cela plus tard, quand il sera tout à

fait bien. « J'ai peine à vous croire. Messieurs, car

on ne perd pas la mémoire pendant huit ans, je suis très

intrigué et je ne peux pas croire que j'aie été malade si

longtemps; tout à l'heure encore j'étais bien portant et

je travaillais. Autrefois, j'avais quelques ébloui ssements.

mais c'était peu de chose, O est bien étrange. Messieurs, et je ne peux croire ce que vous me dites là ! »

Au milieu de cette conversation si intéressante, il a une ébauche d'attaque et la paralysie reparaît à droite; il redevient le V... que nous connaissons et voyons chaque jour. C'est un rêve qui vient de se dérouler sous nos yeux, mais d'après tout ce que nous savons ce n'est point une chimère, ni une fantaisie de l'imagination du sujet ; c'est une réalité qui s'est dégagée du cerveau en concordance parfaite de la mémoire et de l'état physique dans lequel se trouvait ce malade huit ans auparavant.

Cet état, plus complet que les autres, était cepen- . dant imparfait puisqu'il ne donnait pas la personnalité entière; il fallait encore chercher, mais ici nous n'avions plus de guide, le hasard seul pouvait nous être favorable.

Le fer doux appliqué sur la cuisse droite produit un transfert plus laborieux que le transfert ordinaire.

Le changement d'état que nous allons voir se développer s'effectue d'une manière un peu spéciale et suivant des phases très complexes, mais toujours les mêmes.

La respiration est d'abord modifiée, et s'accompagne d'un mouvement rythmé de l'abdomen. Au bout de quelques minutes on remarque des mouvements de la face et des membres et l'on voit se dérouler différentes phases de la crise dans un ordre constant. Le sujet imite la locomotive, de la voix et du geste, depuis le moment où elle se fait entendre au loin, jusqu'au moment où elle laisse échapper la vapeur avec coups de sifflet, mouvements des membres imitant le va-et-vient du piston.

Il fait le chien, c'est le jappement et l'aboiemen imités d'une façon remarquable ; en même temps la main remue comme la patte de cet animal. Puis viennent les grands mouvements et les contorsions avec l'attitude de l'arc de cercle. On voit alors se produire une chorée rythmée de la tête et du tronc. La tête est balancée d'arrière en avant et exécute trois mouvements de salutation, puis elle se repose sur l'oreiller et au bout d'un instant les trois mouvements de salutation se reproduisent ; de temps en temps, après les salutations ordinaires, il se produit un mouvement de salutation de la tête et du tronc. Le réveil

est particulier, les mains en pronation forcée sont ramenées sur la figure, il se gratte la face, puis les jambes et les pieds.

Comme dans Fétat précédent, le malade est débarrassé à peu près de tous les troubles du mouvement (fig. 6). La force musculaire est plus grande; l'essai dynamométrique donne à la main droite 30 kilogrammes et à la main gauche 32 kilogrammes. La sensibilité est normale du côté droit, mais le côté gauche est le siège d'une grande hyperesthésie ; le contact de l'or détermine une vive douleur. La zone hystérogène est passée dans l'hypochondre droit. Impossibilité de le mettre en léthargie, en catalepsie et

en somnambulisme.

Ce n'est plus l'enfant timide de tout à l'heure; c'est un jeune homme convenable, pusillanime, point arrogant; le langage est correct, la prononciation nette. 11 lit bien des deux yeux et écrit convenablement. 11 est poli, on lui offre une montre, il hésite à l'accepter parce qu'il ne veut pas en priver la personne qui la lui donne. Il n'aime pas fumer, cependant il accepte une cigarette. 11 reprend conscience le 6 mars 1885, quand en réalité on se trouve au 22 mai de la même année. 11 a vingt-deux ans et est soldat d'infanterie de marine. Il connaît les événements contemporains et les personnages au pouvoir, mais

Vf/.

Cii,

Victor Hugo, grand poète, sénateur, est encore vivant'.

Sa mémoire embrasse toute sa vie à l'exception de plusieurs époques, dontune très importante, celle où il était paralysé des jambes :i Saint-Urbain et à Bonneval ; aussi ne se rappelle-t-il point d'avoir été tailleur et ne sait-il point coudre.

Use rappelle les principales phases de sa vie, qu'il raconte en détail. Né à Paris, rue Jean-Bart, il a habité tout jeune à Luysan et à Lèves près de Chartres, chez sa mère qui le maltraitait. Il se rappelle avoir été souffrant à plusieurs reprises et même avoir été soigné à l'hospice de Chartres. Il errait et était vagabond ; il commit des vols, et un jour il fut surpris dans un enclos. Traduit pour ce délit devant le tribunal correctionnel de Dreux, et sa mère refusant de le recevoir, il est condamné à la détention dans une maison de correction jusqu'à l'âge de dixhuit ans.

Envoyé d'abord chez M. Bonjean, il est bientôt dirigé sur Saint-Urbain, chez M. Pasquier, dans la Haute-Marne, où il arrive en 1873, à l'âge de dix ans

i 1 L« mort de Victor Hugo était l'événement du jour qui nous

I d« point de repère pour contraier b limite dini le temps, de k m

et demi. Là, il travaillait la vigne et était très heureux. Il ignore l'accident de la vipère et ne sait comment il a quitté Saint-Urbain. 11 se retrouve à Bonneval en septembre 1880, il prétend que là on ne Ta jamais employé qu'au jardinage; il n'a jamais fait le métier de tailleur. Sorti de Bonneval à dix-huit ans, il va passer quelques mois chez sa mère. On le fait placer comme vigneron à Senozan, aux environs de Mâcon. Tombé malade après quelques mois de travail, il est envoyé à l'hospice de Mâcon et de là dirigé sur Tasile de Bourg, où il a connu M. Lacuire, M. Adam et M. Dupré. Plus tard, il se trouve à Paris où il serait entré successivement dans divers services et en dernier lieu à Sainte-Anne et à Bicêtre, d'où il est sorti le 2 janvier dernier.

11 sait qu'il est à Rochefort depuis la fin de janvier 1885. 11 s'est engagé comme soldat pour aller au Tonkin, mais cet engagement est un mystère pour lui. Un soir que nous avions provoqué ce dernier état, il entre spontanément en somnambulisme et il engage une conversation avec un de ses anciens camarades qu'il désigne et qui paraît être l'auteur de l'engagement. Nous comprenons que c'est son compagnon, avec lequelil avait vécu plusieurs semaines à Paris, qui le décide à s'engager. Nous distinguons les paroles suivantes : « Eh bien! engage-toi, si tu

ly^^wx, moi je ne veux pas, — Jeté V ai déjà dit où fêtais né. — Pourquoi faire que tu veux retirer mon casier judiciaire? — Je ne peux pas lui dire que j'ai demeuré dans cette rue-là; je n'y suis jamais reste, dans la rue de rHôtel-de-yUle, — Comment que tu vas faire pour avoir ces papiers? -^ Et pour le certificat de bonne vie et mœurs? — On n'a pas voulu te donner mon acte de naissance? — Comment tu Vas eu? frétais à Bicêtre, je ne pouvais pas tirer au sort. — Oie veux-tu aller? — Je ne veux pas aller au Tonhin; après tout, ça m'est bien égal. Allons ! — Qu'est-ce qu£ je vais faire de cette feuille-là? — Et la tienne, où est-elle? — Eh bien toi, tun 'y vas pas ? — // est 5 heures, le train part an heures, je vais dormir, »

Il semble que ce soit une question d'argent qui ait décidé son camarade à le faire engager et à se procurer pour lui tous les papiers nécessaires. La suite de la conversation fait comprendre que les deux amis partent ensemble de Paris, à 1 1 heures du soir, mais qu'arrivés à Tours, le complice s'échappe emportant avec lui une petite valise contenant de Targent. Arrivé à Rochefort, il se présente à la caserne après avoir attendu en vain son camarade pendant plusieurs jours. 11 sait que pendant son séjour à la caserne, il a commis plusieurs vols pour lesquels il a été incarcéré.

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id on lui parle d'exercice et d'un sergent qui i faire jeter sa cigarette et lui apprendre le lent du fusif, c'est une scène très pittoresque reproduit toujours, toutes les fois qu'il se dans cet étal; une attaque en est fatalement quence.

sont tes six états principaux qui embrassent

ble presque complet de la vie de V... Quelitres états, moins importants, se sont encore es sans être attendus, et alors qu'on cherchait quer des effets physiologiques avec les difféîthésiogènes.

isile de Lafond, un tube de fer-blanc soudé lé du sujet a produit un transfert qui s'est caracar l'accélération de la respiration et un somolongé. V... se réveille à Bonneval, le 9 sep-

1880, il a dix-sept ans (fig, 7). Il existe une ture du visage à gauche et du bras gauche en

avec la main fléchie; la jambe est contracn extension et pronation. 11 est sensible à côté droit et non du côté gauche. Son séjour sile remonte au 22 mars de la même année.

it de Saint-Urbain où il avait été malade, il esté deux mois paralysé du bras et de la gauches, comme maintenant, puis il avait été

- Eut dE Bonntval, tn corn Juin iSBo; dii-M

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